Droit dans les yeux
Chapitre 31 · — West Village, à l'angle de Bedford…
— West Village, à l'angle de Bedford et Commerce. Alistair Campbell donna l'adresse de sa maison au chauffeur et s'enfonça dans un siège dont les vieux, ressorts avaient connu des temps meilleurs. Le taxi quitta l'aéroport JFK où l'avion d'Alistair venait d'atterrir et s'inséra dans le flot des véhicules jaunes en route vers la ville.
Les lumières de New York étaient allumées mais leur lutte contre l'obscurité n'était pas encore engagée. Après un long séjour à Sainte-Croix, dans sa propriété des îles Vierges, retrouver les lueurs colorées de la ville l'intimidait et l'éblouissait, comme toujours. Chaque retour à New York se traduisait par un mélange d'angoisse et de soulagement. Alistair Campbell : homme et écrivain, homme dépourvu de courage et par conséquent écrivain fragile et indécis qui, comme tous les indécis de ce monde, avait sans cesse besoin de reconnaissance. Cette ville illuminée qui s'avançait pour avaler le taxi semblait seule capable de lui en apporter. Une fois que la reconnaissance et les flatteries avaient exercé leur magie et qu'elles se métamorphosaient en oppression et en nouvelles peurs, il comprenait que le moment était venu de retrouver son île.
Dans son domaine au bord de la mer, la nuit n'était pas une simple convention, le soleil baignait chaque journée et il suffisait de faire une vingtaine de pas pour aller pisser dans l'océan. La sonnerie du portable retentit dans sa poche. Alistair l'interrompit sans même regarder l'écran. Il avait programmé le téléphone pour lui rappeler, heure par heure, les divers cachets qu'il devait ingurgiter. Dans la poche intérieure de son sac à dos, il prit le boîtier à pilules qui contenait un comprimé d'amiodarone. Son cœur étant depuis longtemps sujet à la fibrillation ventriculaire, sa tranquillité dépendait de ce type de médicament.
Il posa le cachet sur sa langue et l'avala sans eau, comme il en avait depuis longtemps l'habitude.
Garçon frêle et peu endurant, Alistair avait dû apprendre à vivre avec sa cardiopathie dès l'enfance. Les premiers temps, les médecins avaient même craint qu'il ne fût affligé d'une cardiomyopathie dilatée, une pathologie dégénérative qui fait grossir le cœur jusqu'à l'empêcher de battre. Sans transplantation, aucune chance de survie. Son père était Arthur Campbell, le célèbre « Eagle » Campbell, l'homme ayant réussi le plus grand nombre de big shots de toute l'histoire du golf. Comprenant qu'Alistair ne deviendrait jamais un champion - ni au golf, ni en aucun autre sport -, il l'avait archivé au rayon des « impondérables et pertes variées ». Il était par ailleurs trop occupé à cultiver sa légende pour se soucier des vies misérables et trop réelles de ceux qui l’entouraient, même quand il s'agissait de son propre fils. Quant à sa mère, Hillary, elle avait réussi, en se comportant de manière totalement opposée, à réaliser l'impossible : causer des dégâts encore plus importants. Elle l'avait étouffé sous son aile protectrice, lui avait inculqué la peur et l'envie de fuir.
Depuis lors, Alistair Campbell n'avait fait que craindre et fuir. Le téléphone se manifesta de nouveau. L'impérieuse sonnerie annonçait cette fois une communication en attente. Alistair ouvrit le clapet du Samsung : affichés à l'écran, le nom et la photo de Ray Migdala, son agent littéraire.
— Allô?
— Salut, Alis. Où es-tu ?
— Je viens d'atterrir. Je suis dans un taxi, pas loin de la maison. — Parfait.
— Tu as lu le manuscrit que je t'ai envoyé ?
— Bien sûr. J'ai justement fini hier soir. — Tu en penses quoi ?
La nature impatiente et enthousiaste d'Alistair interpréta le court silence de Ray comme un signal d'alarme.
— J'en pense que nous devrions nous voir. — Merde, Ray, tu fais le mystérieux ? Tu as aimé ou pas ? — C'est précisément de ça que je veux te parler, quand nous nous verrons. Si le voyage ne t'a pas trop fatigué, est-ce que demain matin te convient ?
— Non, parlons-en maintenant. Et pour une fois, exprime-toi clairement, si seulement tu en es capable.
Ray Migdala accueillit ces paroles comme une aimable incitation au crime. Il n'éprouva aucun scrupule à répondre à la provocation d'Alistair.
— Très bien, comme tu voudras. J'ai lu ton nouveau roman et c'est de la merde. C'est assez clair pour toi?
— Comment tu peux dire ça ? Tu l'as bien lu ? Je le trouve très beau, moi.
— Autant te dire que tu es le seul de cet avis. J'en ai parlé longuement avec Haggerty, ton éditeur chez Holland & Castle, et il est d'accord avec moi.
Se souvenant peut-être de la santé fragile d'Alistair, Ray se rendit compte qu'il avait été trop brusque. Il adopta un ton plus conciliant pour faire passer la pilule.
— Je dis ça pour ton bien, Alis. Si tu sors un bouquin pareil, tu vas te faire massacrer par la critique.
— Tu connais aussi bien que moi le poids de la critique. Elle n'a aucun impact sur le résultat commercial.
— Ça, je n'en suis pas sûr. Ceci dit, je t'informe que Ben Ayeroff, le directeur éditorial, n'est pas disposé à vérifier l'exactitude de ton affirmation.
Pâles symptômes de panique qui se profilent. La ville, de plus en plus proche, paraissait désormais incapable de lui offrir la reconnaissance et les flatteries dont il avait besoin. Elle était devenue un lieu menaçant où l'échec, toujours à l'affût, s'accompagnait invariablement d'une punition cinglante. Devant le taxi, le Queens Midtown Tunnel apparut tel un gouffre dont nul ne ressortait jamais, tel un ver des sables géant venu tout droit de la planète Dune.
Alistair répondit en s'efforçant de chasser les tremblements de sa voix. — Qu'est-ce que tu veux dire ?
— En un mot comme en cent, ils n'ont pas l'intention de publier ton roman. Ils accepteraient même de renoncer à l'avance qu'ils nous ont déjà versée.
— Qu'est-ce que ça peut foutre ? Ce n'est pas la seule maison d'édition au monde. Knopf, Simon & Schuster, et puis... Ray Migdala éteignit cette flambée d'orgueil sans conviction avec quelques paroles glacées :
— Je sais, mais là, c'est moi qui n'ai pas envie d'aller leur proposer ton manuscrit. Je ne vais pas t'assassiner de mes propres mains. Cette dernière objection se traduisit dans la poitrine d'Alistair Campbell par un battement inquiet, affaibli. Lisant entre les lignes, il voyait clairement que dans cette situation épineuse, Ray s'inquiétait bien plus de sa réputation que de celle de son client. — Il vaut peut-être mieux faire un pas en arrière, Alis. Désolé d'être aussi brutal, mais tu dois savoir que si Holland & Castle a publié ton premier roman, c'est parce que ton paternel a accepté de mauvaise grâce que sa biographie sorte chez eux. En toute franchise, ton livre était médiocre et tout le monde s'en foutait, mais l'éditeur est largement rentré dans ses frais avec le bouquin de ton père. Tu étais au courant, n'est-ce pas ?
Alistair ne l'était que trop. Il se rappela son humiliation quand sa mère lui avait présenté cet arrangement, un passage obligé, disait-elle, pour parvenir à se faire connaître.
— Évidemment que j'étais au courant, mais quel est le rapport ? Mon premier livre était une oeuvre de jeunesse et devrait être jugé comme tel.
— En effet. Et c'est pour cette raison qu'ils ont accepté de lire le suivant. Quand tu as écrit ce petit chef-d'œuvre, Délivrance d'un homme brisé, tu as pu constater que le succès a été au rendez-vous. Public et critique... Ray laissa cette dernière idée en suspens, par volonté manifeste de contredire l'opinion d'Alistair sur les critiques littéraires. — Je ne sais pas comment te dire ça. Ce troisième roman ne semble même pas avoir été écrit par la même personne que celle qui a produit Délivrance d'un homme brisé. Heureusement qu'à l'autre bout du fil Ray ne pouvait pas voir l'expression affichée sur le visage d'Alistair. Eussent-ils été face à face, Ray aurait peut-être compris qu'il avait frappé dans le mille. Ne semble même pas avoir été écrit par la même personne... S'il en avait été capable, Alistair Campbell aurait éclaté de rire. Dans la grande maison du Vermont où sa mère et lui étaient presque toujours seuls, il y avait une sorte de factotum qu'ils avaient plus ou moins hérité du propriétaire précédent. Il s'appelait Wyman Sorhensen et il vivait dans une dépendance au fond du parc. Aussi loin que se rappelait Alistair, cet homme n'avait pas changé d'un iota. Cheveux blancs, grand et mince, vêtu d'habits qui semblaient toujours une taille au-dessus. Le genre de personne dont on se dit qu'il devait être vieux dès la naissance.
Mais il parlait toujours d'une voix douce, son sourire et ses yeux étaient les plus sereins du monde.
Pour Alistair, coincé entre une présence paternelle toujours plus évanescente et une mère qui, à force d'affection et d'inquiétude, l'avait isolé du monde extérieur, Wyman Sorhensen était devenu le seul véritable point de référence, l'unique individu qui ne le traitait pas comme un malade mais comme un garçon normal. Seul Wyman lui faisait oubher l'interdiction de jouer, transpirer et rire avec les autres enfants.
Il lui avait enseigné tout ce qu'il savait et une forte comphcité s'était tissée entre les deux naufragés du monde - Alistair qui n'avait pas le droit d'y mettre les pieds, et Wyman qui ne s'y intéressait plus depuis longtemps. Il ressemblait à un personnage de Steinbeck, un homme qui s'était construit une résidence confortable dans son Tortilla Fiat personnel.
Il avait communiqué à Alistair l'amour des livres et de la lecture, il lui avait fait découvrir un univers parallèle d'évasion et de voyage que l'on pouvait visiter sans bouger de cette chaise installée sous le porche de la maisonnette au fond du parc. Grâce à lui, Alistair avait compris l'importance de la parole et de l'imagination, même s'il parlait et rêvait bien peu à l'époque. C'est aussi à Wyman qu'il devait l'ambition longuement mûrie de s'inscrire au Vassar Collège pour étudier la littérature et l'écriture ; en prenant cette décision, il s'était opposé pour la première fois à la volonté de sa mère.
Alistair avait quatorze ans quand le vieil homme s'était éteint paisiblement dans son lit, passant de vie à trépas par le filtre indolore du sommeil et de la nuit. Tant d'années plus tard, Alistair pensait toujours avec la même tendresse que le vieux Wyman Sorhensen avait largement mérité ce privilège.
Sa mère ne l'avait pas autorisé à assister à l'enterrement, car elle était convaincue qu'avec sa constitution chétive, son fils supporterait mal un trop-plein d'émotions. Le matin des funérailles, il avait erré dans le parc et, pour la première fois, il s'était senti réellement seul. Il avait marché jusqu'à la maison de son ami décédé. La porte étant ouverte, il était entré malgré un léger sentiment de gêne, malgré l'impression qu'il violait l'intimité et la confiance d'un homme qui ne pouvait plus se défendre. Il avait néanmoins commencé à fouiller parmi les possessions de Wyman, en se demandant ce qu'il allait advenir de ses affaires puisqu'il n'avait aucune famille.
Puis il avait ouvert le tiroir.
Posé à l'intérieur se trouvait un épais dossier à couverture noire, attaché par une ficelle rouge. Sur la couverture, une étiquette blanche portait un titre écrit au stylo :
Délivrance d'un homme brisé.
Il l'avait sorti, puis feuilleté. Des centaines de feuilles numérotées, remplies par une écriture fine et nerveuse. Alistair avait trouvé à peine croyable qu'à l'époque de l'informatique, un homme ait pu noircir à la main un tel volume de papier, avec une patience et une ténacité d'un autre temps.
Alistair avait pris le dossier et l'avait ramené dans sa chambre. Il l'avait caché parmi ses affaires les plus intimes. Il avait lu ce roman écrit par Wyman dans les dernières années de sa vie, ce manuscrit qu'il n'avait jamais évoqué avec personne. Alistair n'avait pas tout compris mais il en avait pris soin comme s'il s'agissait d'un secret précieux - d'abord comme relique d'une merveilleuse amitié, et ensuite comme un petit trésor à dépenser dans le futur.
Et en effet, il l'avait bien dépensé.
Son premier roman ayant été accueilli avec indifférence par le public et la critique, il avait décidé de publier le texte de Wyman sous son propre nom, après y avoir apporté les quelques modifications nécessaires pour adapter l'histoire à son style et à son époque. Le taxi s'engouffra dans le tunnel du Queens et la communication avec Ray Migdala fut coupée. Le silence qui avait remplacé la voix de Ray dans son tympan le tira de sa rêverie. Il attendit la sortie du tunnel pour reprendre cette conversation qu'il avait attendue avec impatience et qui, à présent, le démoralisait.
Quand il appuya sur la touche d'appel du téléphone, il eut l'impression d'être assis sur une chaise électrique actionnée par ce bouton vert. Ray décrocha après la première sonnerie.
— Désolé, je suis passé dans un tunnel, la ligne a été coupée. — J'étais en train de te dire que tu n'as aucune raison de t'inquiéter. Ayeroff s'est montré assez dur, mais pas catégorique. Si je me donne du mal, je pense qu'ils seront disposés à te laisser tout le temps dont tu auras besoin pour leur livrer un roman comme tu sais les écrire. Mais je ne sais pas les écrire. La personne qui savait est morte depuis longtemps et c'est moi qui suis un homme brisé maintenant. Sans aucune délivrance possible.
Voilà ce qu'il aurait aimé hurler dans le combiné jusqu'à s'en arracher les cordes vocales, au heu de garder le silence, caché dans ce taxi comme il s'était caché toute sa vie.
— Tu verras, tout va s'arranger. Ça pourrait être bien pire. Tu as entendu parler de la dernière grande affaire en date, ici à New York ? — Non, tu sais que quand je suis à Sainte-Croix, je débranche complètement.
— Eh bien, un truc incroyable. Le fils du maire - le peintre - a été assassiné. Et Chandelle Stuart aussi.
Une série inquiétante d'extrasystoles comprima le cœur d'Alis Campbell et un voile de sueur froide lui couvrit le front. La main qui tenait le téléphone devint soudain moite comme si une vapeur glacée émanait du portable.
Il posa une question dont il connaissait déjà la réponse, poursuivant malgré lui un espoir chimérique.
— Stuart ? L'héritière de cette famille qui a fait fortune dans l'acier ? — Oui, c'est bien elle. La police n'a donné aucun détail mais il paraît que c'est le même tueur. Ça pourrait faire un bon début de thriller. Alistair Campbell resta sans voix, sa langue telle une lime dans la rouille de sa bouche desséchée.
— Tu es toujours là ?
— Oui, je suis là. Comment c'est arrivé ? — Je te l'ai dit, secret absolu. Pas la moindre indiscrétion. Juste ce que je viens de te raconter. Plutôt compréhensible, quand on considère que l'une des victimes est le fus de Christopher Marsalis.
La voix de Ray Migdala exprima enfin une légère inquiétude pour le brusque changement de ton d'Alistair.
— Qu'est-ce qui se passe, Alis, tu te sens bien ? — Oui, désolé, je suis juste un peu fatigué. Ne t'inquiète pas, ça va. Mais en réalité, ça n'allait pas du tout.
Tout d'un coup, le goût acide de la peur lui emplissait la bouche et le poussait vers le placebo illusoire de la fuite. Il aurait voulu dire au chauffeur de faire demi-tour et de le ramener à l'aéroport, il aurait voulu retrouver la quiétude immobile de son île. La seule chose qui l'en empêcha était le fait que le prochain vol ne partait que le lendemain. — Bon, on se voit demain pour faire le point sur la situation. — D'accord, à demain.
Il raccrocha alors que le taxi quittait la l’ ’Avenue pour s'engager dans la 34e Rue. Il se laissa aller sur la banquette. A partir de cet instant, devant ses yeux écarquillés, à travers une vitre qu'il ne voyait pas, le trajet jusqu'à destination ne fut qu'une succession d'images floues et de sillons lumineux tracés par les néons et les feux des voitures. Quand de violentes pulsations commencèrent à lui marteler les tempes, il fouilla son sac à la recherche du boîtier à pilules. Avec les mêmes gestes fébriles qu'auparavant, il sortit un cachet de Ramipril pour faire baisser sa tension, sans attendre l'alarme du téléphone. Deux noms ricochaient sans fin contre les parois de son crâne, tel l'économiseur d'écran d'un ordinateur fou.
Gerald et Chandelle. Et un mot. Assassinés. Il n'eut pas le temps de s'abandonner complètement à ses réminiscences et à la panique qu'elles pouvaient provoquer. Quand le taxi s'arrêta devant sa maison, Alistair en fut presque surpris. Il régla la course et sortit de la voiture. Pendant qu'il cherchait ses clefs dans le sac, il avança vers la petite maison en bois clair d'aspect accueillant, avec trois marches qui menaient à une porte en noyer encadrée de laiton.
Bedford Street était une rue courte et étroite, perpendiculaire à Hudson et peu animée. A cette heure-là, elle était tranquille et éteinte. La seule lumière encore allumée venait d'un atelier de couture anachronique au coin de Commerce Street, en face de sa maison. La vitrine éclairée indiquait que quelqu'un était encore en train de travailler, mais Alistair Campbell était à tel point perdu dans ses pensées qu'il n'y prêta pas attention - tout comme il ne remarqua pas la vieille voiture cabossée garée à une centaine de mètres, qui se mit en marche et remonta lentement la rue dans sa direction, tous phares éteints. Il n'entendit pas l'auto qui s'arrêtait dans son dos, portière ouverte, il ne vit pas l'homme qui en sortit et s'approcha de lui d'un pas chancelant. Il portait un survêtement avec la capuche sur la tête, il boitait légèrement de la jambe droite. Alistair Campbell venait de gravir les trois marches et d'insérer la clef dans la serrure quand un bras fit irruption dans son champ visuel. Un tissu humide recouvrit son nez et sa bouche. Il essaya de se dégager mais son agresseur l'étranglait avec son autre bras. Il happa une goulée d'air et l'odeur piquante du chloroforme lui attaqua les narines. Ses yeux brûlaient, sa vision se troubla et il sentit que ses jambes étaient sur le point de céder. Son corps malingre s'écroula dans les bras de l'agresseur, qui le souleva sans effort. Un instant plus tard, son corps inerte se retrouva allongé sur la banquette arrière d'une Dodge Nova branlante. L'homme au visage caché par l'ombre de la capuche se mit au volant. Sans allumer les phares, il engagea la voiture sur la route et, sans se presser, alla se mêler aux lumières et à l'anonymat de la circulation.