Enigma

Carbonel Armelle · Chapitre 16 sur 63

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Enigma

Chapitre 14

 

Une chose hideuse s’est logée en moi.

Mais ça, tu le sais déjà. Tu as contribué à l’y mettre. Ma mise en bouche t’a-t-elle ouvert l’appétit ? Inutile de

prétendre le contraire, je sais que tu t’en délectes autant

que moi. Passons donc à l’étape suivante : une entrée tout en

nuances qui t’aidera à patienter jusqu’au plat de résistance.

 

Dès le premier regard, j’ai su qu’elle serait la prochaine. Mais, à ce stade, il serait prématuré de divulguer mes

sombres talents.

Vois-tu, il y a tant à savourer en amont d’un acte de

sauvagerie !

Trop occupé par ailleurs, je me contente de humer l’odeur

entêtante de mon petit sucre d’orge qui se dépose partout où

elle passe. L’abondante végétation étouffant le paysage recèle

bien des trésors. Et elle fait désormais partie du décor. Je

l’ai regardée courir à travers bois pour aller s’abriter dans

ce terrier centenaire. Elle ignore que dans ses profondeurs

suinte encore la pestilence d’anciens massacres que les vents

lèchent comme des goules affamées.

Pour elle, ce n’est qu’un jeu. Une partie de cache-cache. Si elle regardait de plus près, elle découvrirait des

fragments d’ongles plantés dans les parois, témoins des

supplices endurés.

Tout compte fait, je déciderai peut-être de perpétuer la

tradition dans ces entrailles suffocantes, plutôt que de

l’attirer dans une forêt sans âme. Niché au fond d’une cave,

un papillon pâle et sans ailes incite fatalement à la

barbarie, n’est-ce pas ?

D’aussi loin que porte le vent, je devine son souffle délicat

et savoure la symphonie de son rire chaste. J’imagine ses

longs cheveux emmêlés tombant sur son visage tel un bouclier

qui la rendrait hors d’atteinte.

Pour contrer l’obscurité du sous-sol, je m’équiperai d’une

lampe torche. Il serait regrettable de trancher à

l’aveuglette.

Tout ce temps à parfaire mon approche finira par enfermer mon

papillon dans un fantasme que je ne suis en mesure de partager

qu’avec toi. Les pulsions sont des maux intimes retranchés

derrière un masque de société. Fatalement, le masque tombe et

révèle nos vraies natures. J’en suis l’incarnation même.

Incapable de supporter la cruauté de mes enseignements, ma

créature tentera d’y échapper. Il suffira alors d’ouvrir la

boîte à musique pour adoucir mon calvaire à lui enseigner la

douleur.

Elle apprendra vite, j’en suis sûr.

Et si, malgré tous ces efforts, elle oppose encore une

résistance, je brandirai l’instrument de notre jouissance. La

lame effilée cherchera à taquiner les chairs molles de mon

petit sucre d’orge sans trop vouloir l’abîmer.

Je tuerai la vertu par le vice.

Et si, pour convoquer le silence, je dois étouffer ses

gémissements, je m’y plierai à regret, tout en murmurant son

prénom, encore et encore, jusqu’à ce que mes lèvres en perdent

la saveur.

Et si, et si…

À force de suppositions, mes mains s’engourdissent et mon

cerveau bouillonne…

Je suis sous l’influence d’un mal plus fort que ma raison.

Lutter ne servirait qu’à accroître la pourriture alors autant

la laisser prendre possession de mes derniers lambeaux

d’humanité.

Finie, la partie de cache-cache.

Il est temps pour moi de l’attraper.

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