Enigma

Carbonel Armelle · Chapitre 3 sur 63

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Enigma

Chapitre 1

 

Une chose hideuse s’est logée en moi.

Lutter ne servirait qu’à accroître la pourriture qui

m’infecte.

C’est ainsi que débute le premier chapitre d’une épopée sous

influence, et j’ai l’assurance que cette mise en bouche te

plaira. Inutile de prétendre le contraire, tu ne recules

jamais devant un bon festin.

Dès le premier regard, j’ai su qu’elle serait la prochaine. Vois-tu, mettre en confiance mon petit sucre d’orge fut un

jeu d’enfant. J’aurais pu la dévorer sur-le-champ sans y

mettre les formes, mais qu’aurait-elle appris en retour ? Rien

qui vaille mes incessants détours. Il me faut l’attendrir,

créer une distance salutaire afin de mieux l’apprivoiser sans

qu’aucun puisse rien soupçonner.

Seule la vision fantasmée de ce qui nous attend tempère mon

impatience.

Bientôt, je façonnerai les courbes majestueuses de ma jolie

friandise, pétrie dans un moule de chair pâle et malléable. Je

m’abîmerai dans la contemplation de son innocence en éprouvant

le besoin viscéral d’en déchirer les moindres recoins.

Conduire à la folie est ce que je fais de mieux. Un art que

la vie m’a enseigné en déformant méticuleusement mon esprit

jusqu’à le rendre méconnaissable.

Sa candeur s’évanouira lorsque je dévoilerai mes intentions.

C’est inévitable. Personne n’aspire à devenir un objet de

tortures.

Toutefois, je ne saurais résister très longtemps. Les

préliminaires n’ont déjà que trop duré…

Elle s’enfuira, et je lui accorderai une bonne longueur

d’avance.

Puis viendra la traque.

Elle jappera comme une bête apeurée détalant entre les

branchages qui laboureront ses cuisses et souilleront d’une

bruine écarlate les tapis d’aiguilles et de feuilles mortes.

Elle traînera dans son sillage un parfum de terreur comme une

poignée de cailloux semés dans l’intention d’être retrouvée.

Le cri d’un busard cendré ajoutera une note sinistre à notre

symphonie dramatique. Le tableau se précisera. Elle, rampant

pour se cacher derrière un tronc d’arbre à peine plus large

qu’elle. Moi, humant l’air saturé par les effluves grisants de

ce papillon écorché qui n’aura plus d’ailes pour s’envoler.

Je tendrai alors une main gantée vers ses joues baignées de

larmes. Son menton se soulèvera et me défiera. Elle livrera

son ultime combat contre l’aliénation.

Elles le font toutes.

En remerciement de tous ces moments délicieux que nous

partagerons, je la gratifierai d’un sourire sincère, mais ses

yeux resteront rivés aux deux cavités découpées dans la toile

de jute plaquée sur mon visage. Alors, je murmurerai son

prénom, encore et encore, jusqu’à ce que mes lèvres en perdent

la saveur.

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