Fugitive - Tome 2 (French Edition)
Chapitre 12
Premières réponses
N ous arrivons péniblement sur le camp de Kidal, à la vitesse d’une tortue bourrée d’arthrite, mais sans nouveau heurt. L’équipe logistique se charge de déposer les containers. Pour les autres, les démineurs, les légionnaires et les mécaniciens, le job est terminé et chacun rejoint son quartier. Nous n’avons qu’une envie : nous débarrasser de notre équipement, enfiler un short et filer sous la douche. Dans cette perspective, nous rangeons le matériel avec encore plus de célérité, puis nous nous mettons en route en chahutant, serviette sur l’épaule. Arrivés devant la plateforme, c’est la douche froide. Enfin, façon de parler. Il ne s’agit pas d’un problème de chauffe-eau, mais d’une file d’attente qui nous fait gémir de frustration.
— Non, mais sérieux ? Il y en a au moins pour une heure ! rouspètent les gars.
Je n’ai pas plus envie qu’eux de me coltiner l’attente sous un soleil de plomb, alors une autre solution me traverse l’esprit.
— Les sacs à douche sont bien dans notre équipement ?
— Yes ! clament-ils en chœur.
Nous faisons demi-tour au pas de course. Nous ouvrons les malles sous le barnum et retrouvons vite les cinq pochettes en plastique noir munies d’une douchette. Aussitôt remplies, aussitôt suspendues en plein soleil. Sous ce climat, il ne faut pas longtemps avant que la température soit suffisante, le rappel est sonné par Thomas au bout de quelques minutes.
— À la douche !
Je n’ai pas le temps de poser mon verre que quatre gars à poil passent en trombe devant moi. Ils sont déjà dehors quand j’aboie :
— N’oubliez pas de les remplir pour les suivants !
— Et magnez-vous ! renchérit Marc.
— Ils nous ont eu comme des bitos[28]. Je crois qu’on vieillit, bougonne-t-il en se dirigeant vers le frigo.
Je lui fais signe de me servir un verre aussi, puis lance innocemment :
— Au fait, tu dors où cette nuit ?
Il s’immobilise, la bouteille en l’air, et me regarde comme s’il m’était poussé des cornes.
— Quoi ?
— Comment ça, quoi ? Je dors dans mon lit !
— Ah, mais non ! Comment je fais, je dors où ?
— Où tu veux, mais loin de mon lit si tu as l’intention de… faire autre chose que dormir.
Je me renfrogne instantanément. Je commençais à m’habituer à avoir mes nuits avec Julie. Je suis le chef, je pourrais lui ordonner d’aller ailleurs ? Non, rien que d’y penser me dérange. Nous sommes soudés, unis. J’aurais au moins droit à un moment avec elle avant le couvre-feu, derrière la pile de pneus. C’est sans doute l’endroit le moins romantique de la Terre, mais au stade où nous en en sommes, on pourrait se voir dans les catacombes qu’on s’en ficherait pas mal.
— Contrairement à ce que tu penses, avoir sa copine sur le camp est une mauvaise idée.
— C’est encore plus frustrant, hein ? se moque-t-il avec un air revanchard.
— C’est ça. Je dois choisir entre tes fesses et les siennes, et cohésion oblige, je prends les tiennes.
— Tu dis ça pour m’exciter ? Modère tes propos, ça pourrait être mal interprété tout ça.
— Vous parlerez de vos culs plus tard, vos douches sont prêtes, intervient Laurent qui vient s’asseoir encore ruisselant.
— En bon cartographe qui ouvre la voie, tu es passé le premier.
— Il faut bien que ça m’offre un autre avantage que prendre la première balle.
C’est quand j’ai la tête recouverte de savon que Thomas crie « Une visite ! »
Juste une annonce, donc c’est une personne autorisée. Officier ou pas, il attendra que nous ayons fini. Que les pans du barnum soient relevés offrant une belle vue ne nous dérange pas, après tout, nous sommes chez nous. Par curiosité, nous regardons le visiteur qui s’avère être accompagné. Laurent les invite à s’asseoir et leur propose même un verre. En attendant, ils observent ce qui les entoure, plus pour passer le temps que par intérêt. Inévitablement, ils tombent sur nous, mais ne bronchent pas. C’est bien un colonel du CO, accompagné par un tireur d’élite aux cheveux recouverts d’un chapeau à bord large et au visage masqué par son cache-cou remonté jusqu’au-dessus du nez. Dans le mille, c’est Émile.
Du côté des types à poil, la réaction diffère en fonction des bonhommes. Les trois opérateurs s’en fichent et continuent de se rincer. Moi… je ricane, en faisant comme si tout était normal. Mais Marc, c’est limite la panique, il sursaute et abat les deux mains sur son entrejambe. Mauvais réflexe, alors je lui colle un coup de coude pour le rappeler à l’ordre.
— Ouais… mais bon, marmonne-t-il en retirant ses mains avec un manque de conviction évident.
Faisant mine de régler sa douchette, il en profite pour se tourner, jugeant qu’il vaut mieux lui montrer l’arrière. Je me bidonne, mais je n’aimerais pas être à sa place. Quand Marc est mal à l’aise, il fanfaronne, alors il hèle Émile qui boit son jus d’orange sans aucune gêne.
— Alors le tireur ! Nos armes sont à la hauteur ?
Mais qu’il est con ! Je connais assez Julie pour savoir qu’il en faut plus pour l’embarrasser.
— Pas franchement mon truc, mais ça ressemble à du petit calibre. Heureusement que l’armée vous fournit un équipement plus impressionnant, répond-elle avec une voix grave que je ne reconnais même pas.
Voilà ! J’aurais dû parier. Le barnum est envahi d’éclats de rire, y compris ceux du colonel. Marc noie sa honte en gardant la tête sous la douchette. Même si je me marre, je n’en rajoute pas trop car il reste quand même le seul qui peut me couvrir quand je suis avec Julie, et celui qui nous cède sa chambre.
— On se dépêche et on revient en tenue plus correcte, mon colonel, dis-je pour justifier mon empressement soudain.
Parce que malgré tout, je ne suis pas aussi à l’aise que je veux bien l’admettre. Mais là, je suis surtout contrarié par la femme qui se cache derrière son cache-cou et qui ne dirige pas toujours son regard sur moi. Elle va m’entendre à se rincer l’œil en ma présence !
Quelques minutes plus tard, nous sommes assis face au colonel et Émile. Les gars sont regroupés autour, attentifs aux paroles de l’officier qui explique enfin la raison de sa venue :
— Nous allons monter une opération dans un village. Votre unité sera chargée de l’arrestation d’un habitant soupçonné de stocker des armes et du matériel pour les groupes armés.
— Vérifié ?
— Les renseignements convergent, oui. Je venais vous chercher pour participer à la réunion préparatoire.
Enfin, notre première vraie opération ! Marc et moi le suivons, le sourire aux lèvres.
Nous rentrons après deux heures au CO où les officiers ont exposé les informations récoltées par les services de renseignement et les modalités de l’intervention. Sur le trajet, Marc est le premier à donner son avis :
— Tu as remarqué comme ce type d’opération paraît toujours simple sur le papier ? Ding-dong. Bonjour madame, est-ce que votre mari est là ? Nous souhaiterions lui parler au sujet de son stock d’armes.
— Il vient de partir faire une course ? Ah mince. Il n’en a pas pour longtemps ? Chouette. Si nous voulons un rafraîchissement en attendant son retour ? Avec plaisir, merci beaucoup.
— Entrez donc, messieurs. Mais mettez les patins, je viens de cirer le parquet !
Nous nous bidonnons sur quelques mètres avant de retrouver notre sérieux.
— Ça ressemble à une mission basique, mais ça sent l’opération délicate, non ?
— Je le pense aussi. Nous serons dans un village connu pour son soutien aux groupes terroristes.
— C’est clair qu’il faudra trouver une meilleure approche que frapper aux portes pour nous faire offrir le thé.
— J’aime pas le thé.
— On s’en fout, ne joue pas au tatillon de la formule avec moi. Tu as très bien compris de quoi je parle.
— Que les portes seront verrouillées, qu’il faudra les défoncer et que nous serons accueillis par une rafale de fusil mitrailleur.
— Une rafale par fusil, mais avec une dizaine d’hommes qui en ont chacun un entre les mains, précise-t-il doctement.
— On verra si tu trouves ça drôle une fois sur place.
— Sûrement pas, mais j’ai quand même hâte. Des années à s’entraîner pour vivre ce genre de moments.
Je ne peux qu’approuver, puisque c’est la raison pour laquelle j’ai souhaité changer de groupe. Et puis, j’avais une pointe d’inquiétude pendant la présentation au CO, mais elle s’est dissipée. C’était à propos de Julie. Aller au feu avec elle me tracassait sérieusement, jusqu’au moment où le colonel a annoncé qu’Émile n’étant pas opérateur commando, il sera juste en surveillance à distance. Julie bien à l’abri et moi la tête libre. J’ai intérêt à ne jamais lui avouer que je la préfère loin de moi quand j’opère, sûr que je prendrais cher.
Dès notre arrivée au quartier, l’équipe au complet est déjà regroupée et fond sur nous. Leur impatience nous renverse presque.
— Vous l’avez votre opération, alors on se détend.
Autant péter dans un clairon, ils veulent tout savoir tout de suite.
— Même pas cinq minutes pour pisser ? tente Marc.
— Non. Ne râle pas, je suis sûr que tu serais bien pire qu’eux.
— Pas du tout. Je t’aurais plaqué au sol et relâché uniquement après des
aveux complets. Un second coxage[29], rien de moins.
Avant la séance de sport du soir, c’est un rituel, nous regardons les informations françaises, nos vingt-quatre pieds posés sur la table basse. Au premier titre, je souffle mon ras-le-bol.
— J’en ai marre de la vie des hommes politiques, s’énerve David en se renversant en arrière. Machin est allé voir les vieux à Trouduc-plage, Truc a rencontré les futurs chômeurs de l’usine Je-me-gave-avant-de-me-barrer-ailleurs. Mais jamais ils bossent vraiment ?
Lui, c’est un passionné de moto-cross et d’aviation, que des activités avec un casque qui lui valent de se faire charrier sur son front de plus en plus dégarni, mais certainement pas féru de politique.
— Ils sont en pleine campagne électorale pour les présidentielles. On va en bouffer encore pendant huit mois. Priez pour qu’il ne leur prenne pas l’idée de venir nous voir pour se faire mousser, je réponds, aussi dépité.
— Ah non, pas ça ! J’y ai eu droit pour un Noël où le président était venu. On avait dû peindre tous les pneus en noir pour que ça fasse bien propre. Plus jamais ! commente Olivier.
— Alors on va arrêter de regarder les infos parce que voir la tronche de ce type tous les jours, je vous préviens que ça ne va pas être possible, réplique Marc.
Après un coup d’œil sur l’écran, j’approuve. Le Premier ministre, devant un parterre de journalistes, aligne des mots sans aucune signification, mais qui mis bout à bout donnent l’impression qu’il tient un discours sensé. De la langue de bois pur chêne massif. Encore un qui veut le poste suprême, il ne l’a jamais vraiment caché. Ses relations avec l’actuel Président se sont fortement dégradées depuis le lancement de la campagne électorale, et pour cause puisqu’il ne cesse de lui cracher dessus, tout en y mettant les formes. Pourtant issus du même parti, leur inimitié n’a jamais été un secret.
— Lui, quand je le vois, toutes mes alarmes hurlent : arriviste, fourbe, imposteur, corrompu, continue Marc.
— Et il pose ses pions partout. Tu as vu le remplaçant du ministre de l’Intérieur, c’est son ancien collaborateur et copain de promo de l’ENA, commente Tonio.
— Mais ouais ! Dès qu’un poste se libère, hop ! C’est pour un de ses potes. À se demander s’il ne s’arrange pas pour libérer les places, d’ailleurs, abonde Olivier.
Cette remarque éveille en moi un sentiment étrange, alors je compile mes données personnelles en les écoutant.
— C’est vrai que l’ancien parlait de démissionner, il y avait de l’eau dans le gaz.
— Et cette campagne de fou qu’il mène. Les bus loués pour déplacer les foules à ses meetings, toutes les salles immenses, les cadeaux siglés qu’on te distribue partout.
— Dingue ! Ma copine a presque une boîte entière de stylos et post-it avec sa tronche dessus.
— Mais il le trouve où tout ce fric ? conclut Thomas en pinçant les lèvres.
Subitement, tous les fils se connectent dans ma tête. Campagne électorale + financement + livraisons d’armes… Non ? Ce serait aussi simple que ça ? C’est du déjà vu en France et ce n’est pas si vieux, mais quand même… Et ça n’explique pas l’assassinat du ministre de l’Intérieur. Pourtant, l’appel du commandant pourri a atterri à son cabinet, il y a donc obligatoirement un lien. Ce n’est qu’un pressentiment, mais ma cervelle chauffe, et mon sang aussi à l’idée que Julie et ses camarades payent le prix fort, peut-être à cause d’hommes politiques prêts à tout pour prendre le pouvoir.
Je m’agite, je dois en discuter avec Marc qui en sait autant que moi. Peut-être qu’il évaluera la situation différemment. Je m’apprête à lui demander de me suivre dans notre chambre quand je croise son regard. J’ai l’impression que nous partageons les mêmes soupçons.
D’un signe de tête, nous tombons d’accord pour nous isoler afin de faire un point et nous nous levons en même temps, mais comme le ton monte chez les gars qui se mettent à faire le compte de tous les procès en cours des hommes politiques, un rappel à l’ordre s’impose :
— Hey, changez de chaîne ! Regardez Thalassa ou les Shadoks, ça vous détendra. Les militaires ne font pas de politique.
— Les Shadoks ? Mais sérieusement, tu as arrêté de regarder la télé en 1970 ou quoi ? se moque David.
— Je n’étais pas né, morveux. Et tu n’as que cinq ans de moins que moi, alors ne la ramène pas.
Nous sommes tellement habitués à nous charrier les uns les autres qu’il n’écoute même pas la fin de ma phrase, il préfère empoigner la télécommande pour changer de chaîne.
Avec Marc, nous laissons derrière nous une mêlée de gars décidés à choisir chacun son programme et comme toutes les contestations se font bruyamment, c’est une véritable bronca. Professionnels, sérieux et en osmose sur les opérations, mais de vrais gosses au camp : c’est nous !
Une fois à l’abri et la clim allumée, Marc attaque :
— Ça pue sévère cette affaire. Comment veux-tu la sortir de là. Ce n’est même pas un ministre, c’est un bus de ministres et leurs sbires qui sont derrière tout ça !
— On ne peut pas en être sûr, mais c’est aussi ce que j’en ai déduit. Le commandant n’étant pas la moitié d’un con, il a dû faire le rapprochement également. C’est exactement pour cette raison que nous n’interviendrons pas. Il nous demande juste d’être du côté de Julie pour la soutenir si c’est nécessaire.
— Donc, si on fait le point, elle est mal. Très mal car elle n’est pas près de retrouver son identité, et pas sa vie non plus.
Il a raison, mais j’ai foi en l’opiniâtreté du commandant. Oui, il faut y croire.
— Il y arrivera. Avec les risques qu’il a pris, il a montré qu’il était motivé.
— Heureusement qu’il gère parce que nous serions clairement à la ramasse pour le faire à sa place.
— Nous en serions incapables. Autant l’admettre.
Nous sommes interrompus par Laurent qui frappe à la porte, puis entre sans attendre une invite qui, de toute façon, n’est pas d’usage ici.
— Les officiers du CO vous réclament. Une info importante vient de tomber.
Elle est certainement liée à notre mission programmée, alors nous nous y rendons en confiance, même excités à l’idée que l’opération soit avancée. Une fois sur place, l’agitation ambiante nous surprend, mais cela reste somme toute habituel. La vision du colonel qui est en ligne et qui s’impatiente en invectivant son interlocuteur, ça l’est un peu moins. En nous apercevant, il raccroche violemment et vient sur nous.
— On a un souci à Gao. Ça ne remet pas en cause l’opération, mais ça risque de la retarder de quelques jours.
— Ah ! De quel genre, le souci ?
— Un commandant a été retrouvé mort en ville, il était en tenue mais pas en service.
Nous nous raidissons aussi sec. J’ai la sensation que mon sang s’est figé dans mes veines. J’ai une bonne idée de l’identité du militaire tué, mais je me renseigne malgré tout :
— De quelle unité ?
— Renseignements. Retrouvé avec une balle dans la poitrine. On n’en sait pas plus pour le moment, mais nous avons reçu l’ordre de rehausser le niveau de sécurité ici aussi. Le commandement craint que des informations aient pu fuiter.
Quelques minutes plus tard, nous sortons sans échanger un mot. Le moral au plus bas, tous nos espoirs qui prennent l’eau, alors quoi dire ? Après quelques mètres, un soldat nous hèle dans l’allée. Il court vers nous avec un paquet sous le bras.
— C’est arrivé au CO. C’est pour vous, maître.
Je m’en empare et le remercie, il tourne les talons et disparaît aussi vite qu’il est apparu, pendant que nous continuons notre chemin. Au bout d’une quinzaine de pas, Marc se tend. Il serre les poings en inspirant avant d’ouvrir enfin la bouche :
— Mais merde !
— Ouais, on nage en plein dedans et on ne peut rien y faire dans l’immédiat. On fera le point tout à l’heure, au calme.
— Le point de quoi ? C’est fichu, on ne peut plus rien faire sans lui.
Je suis malheureusement d’accord, mais ne voyant aucune option pour l’instant, je préfère me concentrer sur le programme de la journée. Je dépose le colis dans ma chambre et nous partons pour une séance d’entraînement. Pendant les quatre heures qu’elle dure, je suis trop occupé pour cogiter sur la somme de problèmes que la disparition du commandant va engendrer. En revanche, à notre retour, le fardeau qui pèse à peu près l’équivalent d’un char Leclerc m’écrase de tout son poids.
Marc et moi sommes dans notre chambre, aussi pensifs qu’abattus, quand un téléphone sonne. Une sonnerie inconnue, d’un appareil qui l’est tout autant, alors nous nous interrogeons du regard.
— Ça vient de la boîte, dit-il en la pointant du menton.
Le colis ! Je m’en empare et l’ouvre rapidement, pour me retrouver avec un objet en plastique de couleur vive qui ressemble plus à un jouet. Je décroche, un peu anxieux, et j’écoute sans prononcer un mot.
— Ah quand même ! L’hélicoptère qui amenait le courrier est tombé en panne ?
Je suis tellement content d’entendre cette voix que je ne relève pas le sarcasme.
— Mais je vous croyais mort !
Marc comprend, il écarquille les yeux et souffle de soulagement en se laissant tomber en arrière sur le lit.
— Ne me dites pas que c’est à cause de ça que vous ne répondiez pas. Et puis merci de m’enterrer aussi facilement.
— Je mets le haut-parleur pour mon adjoint.
Il y en a un au moins sur ce machin pour gosses ? Oui, je le trouve et reprends la conversation.
— Désolé, on ne m’a pas précisé l’identité du commandant tué et vu l’ampleur de l’affaire, j’ai pensé que vous vous étiez fait cramer.
— Comme vous pouvez le constater, ce ne sont pas mes quatre barrettes qui ont mordu le sable, mais celles de l’autre.
— Mais non ! Je voulais me le faire ! Qui a cassé mon jouet ? peste Marc.
— Je ne le sais pas encore, mais ça viendra.
— C’est mort pour obtenir des informations maintenant, fais-je remarquer.
— C’est également la première pensée qui m’a traversé l’esprit. Parce que j’aime autant vous dire que je n’ai pas organisé une veillée funèbre pour lui. J’ai aussitôt inspecté l’intégralité de son bureau, lu le moindre bout de papier qui y traînait, poubelle comprise, mais je n’ai rien trouvé d’intéressant. Ensuite, une autre idée m’est venue, directement liée au fait qu’il a été tué en ville : sa chambre.
— Il faut vite la fouiller avant que ses affaires soient récupérées ! Allez-y tout de suite !
— C’est déjà fait. J’ai tout retourné et j’ai mis la main sur un sac au fond de son duvet bien roulé dans son placard. Il n’avait pas la conscience tranquille, le bonhomme.
D’impatience, nous crions en même temps :
— Alors ?!
— Du pain béni. Il était intelligent et a pensé à protéger ses arrières. Bien que ça n’ait guère été utile pour lui sauver la vie, ça le sera pour nous afin de faire éclater la vérité. Il a conservé tous les ordres qu’il a reçus, audio ou écrits, ainsi que tous les contacts et intervenants. Encore mieux, il n’a pas détruit les photos et le rapport déposés par le binôme de… vous savez qui. J’ai tout !
C’est la fin des problèmes pour Julie ! Je m’enflamme aussitôt :
— Il faut faire des copies ! Tout mettre à l’abri !
— Pourquoi ai-je la fâcheuse sensation avec vous, et de façon répétée, que vous me prenez pour un abruti ?
Vraiment ? Je lui donne cette impression ? J’interroge Marc du regard, il hoche la tête en se marrant.
— Désolé, j’ai toute confiance en vous.
— Mouais. On va mettre ça sur votre besoin de contrôle et je vais tout de suite le satisfaire, écoutez bien. Tous les documents sont scannés et envoyés à divers endroits sûrs. D’ailleurs, une enveloppe à votre nom est partie au commando Jaubert à Lorient. Il y a assez de copies, y compris sur des drives protégés, pour que ça ne puisse pas s’envoler.
— Et la prochaine étape ?
— Compiler tout ça et s’arranger pour que ça atterrisse entre de bonnes mains, pourvues de reins assez solides pour faire éclater l’affaire au grand jour.
— Et nous ? Nous faisons quoi ?
— Votre travail en gardant un œil sur… vous savez.
— Nous n’aurons pas servi à grand-chose, bougonne Marc.
— Détrompez-vous. Sans votre soutien moral elle se sentirait abandonnée. D’ailleurs, pour faciliter la communication, je lui ai fait parvenir un téléphone aussi. Ils ne sont pas tracés et très basiques, donc pas de risque. Dans la mémoire, le 1, c’est moi. Le 2, c’est vous et le 3, c’est… vous savez.
En voilà une bonne nouvelle ! Nous aurons enfin un peu d’intimité, même si ça passe par un appareil. D’ailleurs, dès la fin de notre conversation, je m’empresse de lui envoyer un message.
2 : Hey ! Tu pourras arrêter de te languir, tu m’auras en ligne quand tu veux.
3 : Je me demandais quand tu allais te décider à me contacter. Je regarde le tél. depuis trois heures !
2 : J’ai un vrai métier, moi. Viens donc squatter mon duvet cette nuit et je vais t’expliquer ça avec mes mains et le reste.
1 : J’avais mis l’option d’envois simultanés à tous les contacts, mais je crois qu’on va l’enlever. Merci.
Il aurait pu prévenir avant, ça lui aurait évité de suivre nos échanges pas très professionnels. Et encore, heureusement qu’il nous alerte maintenant, je suis resté soft mais ça n’allait pas durer. Avant de réitérer mon invitation à Julie, j’enlève le paramétrage de messagerie et je modifie le nom des contacts, juste de quoi s’y retrouver un peu mieux.
2G : Pointe ton joli cul dix minutes avant le couvre-feu. Je serai avec toute l’équipe derrière le barnum pour une séance d’exercices. Tu passeras par la droite.
3J : Ça sera tout ?
2G : Je ne sais pas. Tu as de la dentelle dans tes affaires ? Sinon, tu peux m’attendre à poil, on gagnera du temps.
3J : Tu devais être prince charmant dans une autre vie, non ?
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