Fugitive - Tome 2 (French Edition)

Axelle Auclair · Chapitre 29 sur 40

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Fugitive - Tome 2 (French Edition)

Chapitre 27

 

Le soleil en visite.

 

M arc et moi arrivons rapidement au PC puisque notre tente a été montée à proximité. Sur place, je retrouve avec plaisir un groupe du commando Trépel. Les mesures d’hygiène étant moins strictes sur ce camp, nous nous saluons comme il se doit, une étreinte et à grands coups de battoir dans le dos.

En le tenant par les épaules, je détaille Élian, le chef. Rasé de près, treillis repassé, bottes éclatantes et équipement qui brille. Il ne peut pas y couper, je dois le charrier :

— Oh, mais c’est Noël ! On a reçu des GI-Joe[52] tout neufs !

— Mais quel petit con, me rabroue-t-il avec un coup sur le torse. Nous venons d’arriver, mais nous ne faisons que passer.

— Ouais, à peine le temps de se salir, plaisante un des opérateurs.

Nous sommes interrompus par un colonel, crispé jusqu’aux sourcils.

— Messieurs, installez-vous dans la salle du fond, nous devons nous organiser rapidement.

Il n’est visiblement pas d’humeur à sourire ni à discuter, et nous voilà redevenus sages à présent. La fameuse salle est bondée de gradés. Du beau monde d’apparence stressée. Le commandant Barriand est là et me tourne le dos avec obstination. Nous nous alignons contre un mur en saluant les légionnaires présents au passage, et écoutons le colonel dérouler le programme. Une organisation somme toute classique, jusqu’au moment où une phrase nous fait bondir. C’est Élian qui dégaine le premier :

— La sortie en ville n’était pas prévue !

— C’est exact, mais le Ministre a souhaité l’ajouter à son planning, répond le colonel avec lassitude, pas plus emballé que nous.

Je tourne la tête vers Élian pour l’interroger, mais son regard résigné est une réponse en soi. C’est mort pour annuler le show. Je me frotte le visage en soupirant, puis me reconcentre sur les explications du colonel. Oh ! Nous avons même droit à une belle présentation sur le grand écran. Il s’arme de son pointeur laser et nous précise à quoi correspondent les croix, les ronds et les carrés, dessinés sur ce qui ressemble à un plan grossier du quartier de la mairie.

— Le groupe commando Jaubert sera en poste là, là et là. Leurs tireurs seront sur ce toit, face au MINARM pour couvrir l’arrière. Le groupe Trépel…

Le positionnement des unités sur le lieu de la rencontre prend une vingtaine de minutes. Ensuite, c’est au tour du dispositif de sécurité pendant le trajet aller et retour. Nous repartons chacun avec un dossier complet pour préparer la mission en équipe.

— Tout ça pour ça, marmonne Élian en secouant la tête. Nous étions en prépa à Djibouti avant notre déploiement ici quand on nous a appelés pour une urgence.

— La protection de personnalité fait partie de nos fonctions. Mais je t’accorde que sur ce coup, j’aurais bien laissé le job à un autre.

Il se dirige avec ses gars vers la tente contigüe à la nôtre, puis se retourne avant d’y entrer.

— On se fait un apéro-bouffe ce soir, comme d’hab ? Chez vous ?

— Euh… oui, bien sûr, je réponds, pris au dépourvu.

Nous aimons effectivement nous rassembler pour refaire le monde lorsque nous nous croisons et je suis sincèrement heureux à l’idée de passer un moment avec eux. Mais… et Julie ? On en fait quoi puisqu’elle ne peut pas se montrer ? Un problème à la fois, on commence par le briefing avec les gars qui nous attendent. Le point est réalisé rapidement, nous abordons ensuite la visite des collègues. Julie, fataliste, décide elle-même de son sort :

— De toute façon, j’ai besoin de me reposer pour assurer les heures de surveillance demain, alors je vais me faire un coin sous des caisses derrière le barnum. Au moins, je serai à la fraîche.

— Je viens avec toi. On ne se sépare pas dans ce camp, déclare Damien.

C’est pertinent et pourtant, ça m’agace. Je me retrouve encore à l’écart. Est-ce qu’à un moment, je vais pouvoir agir au lieu de subir cette foutraque d’affaire ?

Au moins, je peux participer à la mise en place de leur nid pour la nuit. Un mur de malles à deux mètres de la tente que nous recouvrons de leur bâche camouflage. Pendant qu’ils la fixent, je vais chercher leurs sacs. À quatre pattes sous leur abri, Julie et Damien étalent les duvets et toutes leurs affaires, ce qui fait rire Patxi. Je l’interroge du regard.

— J’étais en train d’imaginer la tête du mec qui aurait la mauvaise idée de s’intéresser aux malles cette nuit.

— On aura un mort sur les bras parce qu’il fera un bond de dix mètres avec arrêt cardiaque quand il aura le canon d’Émile posé sur le front, j’approuve en m’esclaffant.

— Si je pouvais passer une nuit tranquille sans tuer quelqu’un par inadvertance, ce serait bien, s’amuse Julie.

— D’ailleurs, soyez sympas de ne pas foutre le bordel. On les connaît les soirées de commandos déchaînés, ajoute Damien.

— Pas la veille d’une mission. Tu pourras dormir, mon bébé, je le rassure en lui tapotant le haut du crâne.

— Il a même sa tétine avec lui, plaisante Tonio.

Sa tétine ? Il parle de Julie, là ? Je prends feu aussi sec.

— Pardon ? Tu fais référence à quoi, exactement ?

— À l’embout de son Camelbak, répond-il, décontenancé par ma virulence.

En riant, Marc me claque l’épaule.

— Faut se détendre, hein !

— Vivement que tout soit réglé pour que je le puisse, je rétorque en soupirant.

— Allez, on laisse nos deux tourtereaux et on va leur chercher à manger, continue Marc d’un air faussement angélique.

Mon regard noir amuse la troupe, Julie comprise. Plus tard, il faudra que je me penche sur le fait que personne ne me prend au sérieux quand j’ai le malheur d’avoir une mini réaction de macho.

Nous passons récupérer nos collègues du commando Trépel puis partons à pied en discutant de… nos autres collègues, bien sûr. Pas spécialement indiscrets de nature, nous aimons tout de même connaître les potins sur les autres groupes.

Quand nous pénétrons dans l’immense salle du self, nous marquons un arrêt. Nous avions beau l’avoir testée à notre arrivée au Mali, la vue de cette longue chaîne remplie de bouffe nous fait halluciner. Et l’odeur ! Le doux fumet de viande grillée me tire presque une larme.

— Bordel ! s’exclame Marc, les yeux ronds.

— Allez, à l’assaut et pas de quartier ! j’ordonne en me précipitant vers l’entrée du service.

Nous empilons tout ce que notre plateau peut contenir et que nous avons le droit de prendre, négocions même du rab aux plats chauds, puis cherchons une table libre dans cette foule de militaires.

Heureux et repus, les bras chargés de bières fraîches sans alcool, nous rentrons sous notre tente. Je fais un détour en prétextant une envie urgente pour déposer les repas emballés à Julie et Damien. Je les trouve en train d’étudier les plans pour demain à la lampe frontale, mais à mon arrivée, ils jettent tout sur le côté et m’arrachent les sacs des mains. Je les comprends et me contente de leur souhaiter bon appétit.

Quand j’entre à mon tour sous la tente, les conversations vont bon train sur les sujets habituels. Au bout de deux heures vient le moment de se reposer pour être en forme. Mais juste avant de partir, Élian redevient sérieux.

— Dans le dispo, tu as un tireur de la conventionnelle. C’est pas ce qu’il y a de mieux. Si tu veux, je te prête un des miens puisque j’en ai deux .

Ma première pensée concerne l’épaisseur de la bâche. En fait, j’espère que Julie dort, ce qui lui évitera de grincer des dents. Finalement, c’est Marc qui répond avant moi :

— Tu rigoles ? On a Émile.

Élian s’apprête à en remettre une couche, alors je le coupe vite en l’attrapant par les épaules.

— Bon faut y aller. Il se fait tard et on se lève tôt.

Par chance, il n’insiste pas. Il donne le signal à son groupe en nous donnant rendez-vous au briefing.

Le lendemain matin, nous revenons du self, sans nous empiffrer cette fois-ci afin de rester alertes, et retrouvons Julie et Damien assis sur des malles, équipés et en attente de leur pitance. Nous leur tendons les sachets et un thermos de café, qu’ils nous arrachent des mains.

— Merci !

— Merci aussi pour hier soir, d’avoir fait taire le commando qui mérite une de mes balles en caoutchouc dans le derrière, ajoute Julie avec un grand sourire.

 — Je t’en prie, je suis au service de ta réputation. Au passage, je note qu’il n’y a pas uniquement ta vue d’exceptionnelle, mais ton ouïe également.

— Et sa mémoire, sache-le, ça pourra te servir, précise Damien en mâchonnant une brioche.

Dans le même temps, nous nous équipons, testons les radios, puis enfermons tout ce qui reste ici dans les malles avant de les cadenasser.

Vient ensuite le briefing avec les ajustements d’horaires, puisque le Ministre arrivera en retard. Puis, nous embarquons dans des 4x4 mis à notre disposition.

Notre camp est situé au sud-est de la ville. Nous sortons en convoi puis empruntons l’avenue de l’aéroport pour rejoindre l’hôtel de ville qui se trouve à l’opposé du camp. En cas de problème, il faudra donc tout traverser pour mettre le Ministre à l’abri. La bonne nouvelle, c’est que cette artère de sable rouge est large et mène tout droit à la mairie. Autant dire que si nous devons retourner au camp en situation de crise, la population a intérêt à déguerpir de notre chemin, car une fois la cinquième enclenchée, nous ne descendrons pas d’un rapport avant d’avoir franchi le poste de garde.

Il n’y a aucune urgence pour l’instant et nous roulons à une allure modérée en scrutant les alentours pour prendre le pouls de la ville. Les rues sont animées, presque bondées. Les habitants vaquent à leurs occupations, ce qui fait beaucoup de piétons sur les trottoirs et sur l’avenue, qu’ils traversent n’importe comment, au milieu de la circulation dense en motos, voitures et chèvres. Aucun ne fait attention à nous, habitués qu’ils sont des convois militaires et des patrouilles permanentes dans leur ville.

À deux pâtés de maisons de l’hôtel de ville, nous bifurquons. La dépose des groupes composés de quatre opérateurs commence. Le premier à descendre est celui de Julie et Damien, accompagnés par deux légionnaires. Ce manège prend un certain temps, car beaucoup de monde à dispatcher, entre nos collègues du commando Trépel, les légionnaires en renfort, puis nous. Les dix groupes sont répartis sur les plus hauts toits entourant la mairie. C’est un terrain avec quelques arbres, mais le point fort est qu’il est entièrement ceint d’un mur. Dans cette ville faite de sable et de terre, les bâtiments à étage sont rares, ce qui augmente considérablement notre champ de vision. Un binôme de légionnaire est resté dans chaque véhicule et, de mon emplacement, je les vois passer sous le porche, puis aller directement se garer à l’arrière du bâtiment principal, en attente.

Sur le toit, je suis avec Marc, Laurent et Patxi. Nous nous installons par deux dans des directions opposées. Ensuite, je contacte Nathan par radio :

— Papa de Delta 1. En place. Terminé.

— Delta 1 de Papa. Bien reçu. Terminé.

Je suis aussitôt imité par les autres qui s’annoncent dans l’ordre de leur code. Maintenant, nous avons plus de deux heures à attendre, ou plutôt à surveiller, avant que le Ministre ne se pointe ici.

J’attrape mes jumelles et débute l’observation. Il y a beaucoup de militaires et policiers maliens déployés dans les rues, ils commencent même à détourner les véhicules pour libérer celle de l’entrée principale. Eux aussi tiennent à ce que tout se déroule sans accroc et ça doit bien les gaver tout ce cirque.

— Ils se font pourrir par les gens, s’amuse Patxi, juste à côté de moi.

— Les policiers devant nous en viennent à coller des tartes à ceux qui tentent de forcer le passage, commente Marc dans mon dos.

Je scanne sur ma gauche vers l’emplacement d’Émile, presque face au Ministre afin de contrôler ses arrières pendant son allocution, mais légèrement de biais pour éviter des tirs croisés. C’est un tireur du groupe Trépel qui gèrera ses avants, il est donc derrière la mairie. D’ici, je vois à peine le bout du canon de Julie, et encore, c’est parce que je connais sa position.

Sur ma droite, le fleuve Niger dont la rive grouille d’embarcations de pêcheurs qui s’activent à décharger le fruit de leur sortie matinale. Les acheteurs sont là, c’est un marché aux poissons à ciel ouvert.

Le temps passe lentement, chaudement. Nous nous relayons pour la surveillance, quand, enfin, Nathan nous contacte.

— Tous détachements de Papa. Départ de Soleil. Terminé.

Le convoi sera visible au bout de l’avenue d’ici dix-huit minutes, alors tout le monde se met en position.

 

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Julie

 

 

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