Fugitive - Tome 2 (French Edition)

Axelle Auclair · Chapitre 18 sur 40

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Fugitive - Tome 2 (French Edition)

Chapitre 16

 

Rendez-vous dans la vallée.

La guerre, c’est comme la chasse, sauf qu’à la guerre les lapins tirent.(Charles de Gaulle)

 

U n souci, donc. Qui a obligatoirement un rapport avec le bruit de moteur qui nous parvient faiblement. Voyons voir ce qui se trame. Je remonte mes JVN et sors mes jumelles pour scanner la zone. J’ai très vite une petite idée de ce à quoi Nathan fait référence, si je me fie aux nombreuses lueurs tremblotantes qui apparaissent au loin.

— On est tombé le jour de leur descente au flambeau ou quoi ? grogne Marc.

Juste du sarcasme car il a très bien reconnu les phares des voitures qui dévalent les deux pistes desservant la vallée, et qui convergent vers la nôtre.

— Bravo de Papa. Il y a huit véhicules en approche.

— Bien reçu. Vus.

— Des individus sortent du village à pied et d’autres arrivent des collines vers vous. Une vingtaine.

Comme pour confirmer leurs intentions pas très amicales, les hommes en question se mettent à tirer dans notre direction.

— Restez à couvert en attendant la solution d’extraction. Terminé.

Assis par terre et adossés au muret, ou debout dans la cour pour les autres, nous nous observons. Aucun signe de crainte sur les visages, nous sommes calmes, prêts à les recevoir. Nous écoutons avec attention, ça s’approche rapidement. La tension monte, l’excitation aussi, l’affrontement semble inéluctable. Mes sentiments sont confus. C’est comme si j’attendais ce moment. Comme si nous l’attendions tous.

Les véhicules accélèrent, puis s’arrêtent en dérapant. Les portières claquent les unes après les autres.

— Ils sont si prêts que ça ? s’étonne Thomas.

— Je ne crois pas. C’est la résonnance et le vent dans notre direction qui donne cet effet.

— Je pense comme toi, mais le mieux est de s’en assurer, déclare Marc.

 Il se redresse pour observer par-dessus le muret. À peine a-t-il la tête qui dépasse qu’une rafale l’accueille. Il se baisse vivement et se rassoit au sol. Loin de s’affoler, il mime la peur :

— Oh la vache ! Hey, les gars, je crois qu’on est repérés.

Il arrive à nous faire rire dans un moment pareil !

— Remonte la tête une fois, histoire qu’on soit sûrs, le charrie Laurent.

— Tu feras moins le malin quand nous devrons sortir d’ici.

— Va falloir courir vite. Pour l’instant, pas vraiment de danger. Sur le peu que j’ai vu, ils restent à distance.

— Bravo de Papa. Une trentaine d’hommes se déploient à 360 degrés autour de vous. Distance d’environ cent mètres. Terminé.

Rien d’inquiétant dans la situation actuelle, mais un détail pose problème, qu’il est nécessaire de vérifier.

— Thomas, redresse-toi comme pour tirer.

Il est à l’opposé de nous sur le toit. Il hoche la tête et s’exécute. Le haut de son casque dépasse tout juste qu’on se met à nous arroser de nouveau. Aucune précision dans le tir. Nos adversaires n’y voient pas tant que ça en plus d’être toujours à bonne distance. Notre virée est donc encore possible.

— Papa de Bravo. On est prêt pour s’exfiltrer à pied. Parlez.

— Trop tard pour une sortie discrète. Vous êtes encerclés et d’autres hommes arrivent du village.

À peine a-t-il terminé qu’une pluie de tirs s’abat sur les murs de l’habitation. Un déluge de balles !

Bon, ça se complique. Coincés sur notre toit avec l’impossibilité de riposter, la situation ne tourne pas à notre avantage. Pas de quoi s’inquiéter non plus, nous avons des appuis pour les faire reculer. Passons directement au plus efficace : les hélicoptères d’attaque.

— Papa de Bravo. Demande appui Tigre.

— Ils sont en route.

Nous n’attendons pas longtemps avant d’entendre le doux bruit des rotors. D’abord un chuintement, puis un ronflement sourd qui envahit la vallée.

— Voilà nos tondeuses à gazon, se réjouit Patxi.

— Tu parles de tondeuses. Après leur passage, même les taupes ont disparu, je réplique.

Ce n’est rien de le dire. Ces machines sont redoutables. Ceux d’en face le savent, les tirs se raréfient au moment où les deux Tigre s’apprêtent à faire leur premier passage. Lorsque le récital commence, nous remontons la tête au-dessus du muret pour profiter du spectacle. Leurs mitrailleuses chantent et en bas, c’est la débandade. La nuit ne les protège pas, les pilotes sont en vision nocturne.

Le feu cesse, les hélicoptères s’éloignent, dessinent une boucle, puis reviennent pour cracher la foudre. Ça mitraille et ça bombarde tout autour. Le vent ramène vers nous la poussière et la fumée âcre qui nous pique les narines. Au moment où ils survolent notre position, nous recevons les douilles du canon qui rebondissent sur nos casques.

Le ménage fait, ils repartent et le calme retombe soudainement sur la vallée. Les éléments en suspension s’éparpillent et redescendent, la visibilité augmente lentement. Après avoir subi une telle charge, nos assaillants sont sonnés, c’est maintenant ou jamais. J’interroge les gars :

— Prêts pour s’exfiltrer ?

— Prêts !

— C’est parti !

Nous dévalons l’échelle à fond de train et fonçons vers la porte. Marc l’ouvre et n’a pas mis un pied dehors qu’une rafale la lui fait refermer aussi sec. Mal cadrée, mais pas trop loin non plus.

— Laurent, va voir sur l’arrière. S’il n’y a qu’une vingtaine d’hommes, on saute le mur et on leur passe dessus.

Il part en trombe avec Patxi, mais avant même qu’il soit en haut de l’échelle, Nathan nous fournit la réponse :

— Bravo de Papa. Sortie compromise. Vous êtes toujours encerclés par une soixantaine d’individus.

— Bien reçu. Que les Tigre refassent un passage, on sortira pendant qu’ils bombardent.

— On le programme, mais il va falloir attendre. Ils ne sont pas dispos.

Je souffle d’agacement en tapant mon casque.

— C’est l’heure du brunch pour les pilotes ?

— Ils sont en appui des légionnaires toujours pris à partie. Terminé.

Et qui sont à découvert, contrairement à nous, donc prioritaires.

— Barricadez la porte et déployez-vous. Nous devons patienter.

Huit montent sur le toit et quatre restent dans la cour. Nos assaillants tirent de façon sporadique, un peu chacun leur tour et de tous les côtés, histoire de ne pas se faire oublier. Ils jouent l’usure. Je repère un trou dans le muret et rampe vers ce dernier pour y coller mes jumelles. Je grince des dents en découvrant tous les mouvements dehors.

— Ce n’est pas logique. Qu’ils soient si nombreux n’est pas normal du tout.

— Je ne serais pas surpris si on apprenait que nous sommes tombés au beau milieu d’une fête, répond Marc.

— Ce qui expliquerait qu’ils soient tous dans cette vallée, approuve Patxi.

— Ils s’approchent petit à petit, il ne faut pas les laisser faire. Tirez régulièrement pour les maintenir à distance. 

Agir au lieu de subir. Nous tirons en levant nos fusils au-dessus de nous, pas très efficace, mais moins risqué que de sortir la tête. Après quelques minutes sans réaction, ils changent de tactique. Celle que j’aurais appréciée serait qu’ils reculent, voire qu’ils détalent jusqu’à chez eux, mais non. Au lieu de ça, nous entendons des ordres criés que nous ne comprenons pas, un instant de confusion qui nous laisse un répit. Puis c’est un déluge de feu. De partout, ça vient de tous les côtés ! Nous nous jetons à terre, Patxi rampe dans un coin et observe rapidement.

— Ils avancent. Ils cherchent à s’imbriquer !

Le scénario qui se profile commence sérieusement à me déplaire. Déjà que rester le cul par terre pendant qu’on se fait canarder n’est pas franchement dans nos habitudes, gérer une tentative d’imbrication dans ces conditions va être très compliqué. Encerclés, nous ne pouvons compter que sur nos appuis pour nous offrir de l’oxygène. Aide que nous ne pourrons pas obtenir si les assaillants sont trop proches de notre position, voire carrément dessus : c’est l’imbrication. Pour les empêcher d’y parvenir, je demande à nouveau les hélicos.

— Pas possible de suite. Ils se relaient sur les légionnaires et le plein de carburant. Mais les artilleurs sont en train de se préparer.

Les mortiers. Nous nous observons, partagés entre le soulagement d’obtenir cette aide, et la crainte d’un tel appui. Marc inspire un grand coup avant de dire tout haut ce que nous pensons tout bas :

— Prions pour que les artilleurs soient bons.

— Et que les coordonnées soient exactes, au mètre près. Là, j’aurais préféré avoir Florian.

— Surtout qu’ils sont basés à seize kilomètres d’ici, intervient Laurent.

— Donc, hors de portée du mortier de 120.

— Ils vont tirer au canon de 155 à ras de nos moustaches, murmure David avec les yeux écarquillés.

— Ça va secouer, mais c’est plus précis. Arrimez-vous bien, les mecs. 

Nous nous plaquons contre les murs, en espérant qu’ils soient solides. Après quelques minutes pendant lesquelles nos assaillants continuent de nous arroser sans que nous ne réagissions, nous entendons le sifflement caractéristique d’un obus en vol. Même s’il s’annonce comme une aide précieuse, nous n’en menons pas large. Il arrive. Nous serrons les dents. Il est là. Nous baissons la tête. Explosion. Le sol tremble, les vibrations se répercutent dans toute la maison. À peine le temps d’encaisser le premier que le second obus siffle dans le ciel, puis les suivants à la chaîne. Ça tape si fort que j’ai l’impression de décoller du sol. Ou que le toit qui me retient cède petit à petit. Des éclats de terre nous tombent dessus et un nuage opaque envahit l’espace.

— Ça tombe vraiment près ! crie Marc pour se faire entendre.

— Nan ? Tu trouves ? je me moque en frottant ma tenue recouverte de sable et de terre.

Au moment où le matraquage cesse, je me redresse pour évaluer le résultat. À travers les nuages de poussière et fumées qui flottent sur la vallée et s’effacent lentement, je ne distingue plus de mouvement dans les zones bombardées.

— Hourra pour les artilleurs, ils ont assuré comme des chefs, murmure Marc qui inspecte le terrain aux jumelles.

— Mais trop tard, certains étaient déjà passés devant la ligne. Regarde, ils sont à une soixantaine de mètres et ils avancent encore.

Ils ne doivent pas être si nombreux, on devrait pouvoir gérer ça. Je demande à Nathan de les compter pour évaluer la menace.

— Bravo de Papa. Une quarantaine d’individus.

C’est beaucoup, mais derrière nos murs, nous pourrions garder le dessus. Si nous pouvions riposter. Car ceux toujours en arrière se remettent à nous arroser pour nous obliger à baisser la tête. Pas du genre à rester les mains dans les poches en attendant une visite, chacun notre tour, nous nous redressons et tirons. Nous prenons à peine le temps de viser, alors évidemment, le résultat n’est pas là. À chaque fois, j’ai beau prendre quelques secondes, je ne crois pas en avoir touché un seul. En revanche, j’entends bien les balles siffler au-dessus de ma tête quand je la rebaisse. Et ils avancent toujours, lentement mais sûrement.

— C’est chaud, souffle David qui se jette au sol après un tir.

Ça ne sert à rien de se voiler la face, alors j’alerte le groupe :

— Tout le monde se prépare, ils vont atteindre la porte.

 

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