Fugitive - Tome 2 (French Edition)

Axelle Auclair · Chapitre 27 sur 40

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Fugitive - Tome 2 (French Edition)

Chapitre 25

 

On s’ensable.

 

U n sommeil de quelques heures, mais réparateur. Enfin… plus pour moi que pour Julie qui lutte pour lever une paupière. De toute évidence, elle a besoin de mon aide. Je suis déjà levé et en tenue de sport, j’attrape sa musette encore pleine et la lui jette sur le dos en criant :

— Branle-bas !

Même pas un cri, à peine un grognement. Elle se retourne d’un mouvement vif et bondit hors du lit. La voilà tout à fait réveillée et prête à partir au combat. Quelle efficacité, je m’épate ! Il y a un détail à régler avant qu’elle ne puisse épauler son fusil ou effectuer n’importe quelle autre tâche qui n’a pas de rapport avec mon corps.

— En tenue ! Tout le monde veut se jeter sur un café et c’est à ton tour de le préparer avec Olivier.

— J’y vais. Double dose pour tout le monde ? demande-t-elle en passant son pantalon.

— Au minimum. Tu gueules quand c’est prêt, nous serons dehors pour, soit : sport, toilettes ou lessive.

— Rasage ? tente-t-elle en battant des cils.

Perplexe, je passe une main sur ma joue recouverte de broussaille.

— Ce n’est pas au programme. Tu n’aimes pas mon côté ténébreux ?

— Tu veux plutôt dire celui d’homme sauvage ? Celui qui vit dans les bois et vêtu de peau de bête ?

— Rien à voir. Pour nous, c’est…

— Une de vos particularités, je sais. On peut presque dater l’arrivée de certains à la longueur de leur barbe.

— Je réitère ma question : tu n’aimes pas ?

— Ce que je n’aimerais pas, c’est que tu changes ta façon d’être pour coller à mes préférences. Sinon, ça ne me dérange pas, c’était juste pour te taquiner. Disons que j’ai l’habitude des militaires à la peau glabre, de corvée de rasoir quotidienne.

— Bien, alors je garde mes poils et tu te magnes pour le café.

J’atténue mes paroles en déposant un baiser sur ses lèvres, qu’elle me rend tout en bouclant sa ceinture, puis je quitte la chambre. Il fait encore nuit et presque frais. Presque, des fois qu’on oublierait où nous nous trouvons.

Je retrouve les gars occupés à remonter les pans latéraux pour avoir un peu d’air et je m’y mets aussi. Nous louchons vers la cafetière avec envie, vite déçus en constatant qu’elle ne crache pas encore son liquide bienfaiteur.

— C’est le tour de Sasha. Elle est où ?

— Elle arrive, je réponds avec un besoin de l’excuser.

— C’est toi qui l’as retardée ? questionne Thomas avec un air suggestif.

— Stop ! Sujet de conversation prohibé, même pour rigoler.

— Ouh ! Pas taper, rétorque-t-il en levant les mains.

— Nan, sérieux. On n’aborde pas le sujet. En plus d’être risqué, ce n’est pas respectueux pour elle.

— Je vais chercher de l’eau et je démarre le café, déclare Olivier en s’emparant d’un bidon vide.

— On pourrait utiliser celle à dosettes pour cette fois, propose Patxi.

— Pas le temps, le soleil se lèvera bientôt. On doit se remuer avant. Sport ou lessive ?

— Il me reste un t-shirt propre, alors sport.

— Deux t-shirts, donc sport.

— Sale pour sale, autant que j’achève le dernier que j’ai sur moi avant de le laver. Sport !

Tout fringant, je sors du quartier en trottinant, les gars à la file derrière moi. Pour l’instant, aucun d’eux ne cherche à prendre ma place en tête, mais d’ici quelques kilomètres, je devrais jouer des coudes pour la conserver. En fait, ce n’est pas tant une histoire de distance, mais plus de sueur. Pas non plus une question d’odeur, non, c’est bien la sueur le problème et uniquement quand elle est couplée à cette poussière fine du désert soulevée par nos semelles. En restant derrière, on finit avec la tronche dans les tons rouges/bruns, sans compter les gouttes qui laissent de superbes traînées plus claires au travers du visage.

Comme prévu, nous en arrivons à la guerre des premières places, bien transpirants, quand, sans le savoir, un pilote d’hélico semble décidé à mettre fin au débat. Nous l’entendons s’approcher de plus en plus. Je tourne la tête dans tous les sens pour le repérer. Il se situe sur notre gauche et descend lentement en direction de la piste d’atterrissage derrière nous. Tout va bien, je me concentre à nouveau sur mes foulées. Mais une vingtaine de mètres plus tard…

— Il fait une boucle ! s’exclame Tonio.

Nous stoppons net, la tête en l’air pour vérifier la trajectoire prise par le pilote. Quelques secondes suffisent pour comprendre qu’il va nous passer juste au-dessus.

— On dégage !

Nous détalons en riant pour échapper à un sablage en règle, aussitôt imités par la dizaine de légionnaires qui profitait également de ce moment pour se chauffer les jambes. Nous virons à droite et filons loin du ventilateur géant à toute vitesse. Pourtant, fait difficilement compréhensible, le bruit du rotor s’intensifie. Comme si…

— Il a viré aussi ! Il nous suit, le con ! crie Laurent pour couvrir le raffut.

L’engin agressif vient maintenant sur nos huit heures, nous l’esquivons en fonçant dans l’allée de gauche afin qu’il n’ait pas le temps de corriger sa trajectoire et passe loin de nous. Tentative illusoire contre ces satanés pilotes. En temps normal, qu’ils soient si bons est une bonne chose, mais quand ça joue contre nous, j’apprécie moins. Au milieu du couloir d’enceinte, nous nous retrouvons à découvert, comme un tas de cons, quand l’hélico nous fonce dessus.

— L’en-foi-ré ! gueulons-nous en même temps.

Dans l’impossibilité de fuir, nous nous serrons les uns contre les autres, la tête baissée et le col du t-shirt remonté sur le nez, les bras devant le visage pour limiter les effets de la tempête de sable. Malgré tout, on en mange un bon paquet parce que cet abruti reste quelques secondes en stationnaire au-dessus de nous. Quand il juge qu’on a assez morflé, il regagne l’aire d’atterrissage. Pendant qu’il se pose à l’autre bout du camp, nous nous ébrouons comme des chevaux pour faire tomber le maximum de sable. Le plus fin reste collé sur notre peau en sueur, objectif de la manœuvre du petit malin qui tient le manche, bien évidemment.

— Obligé qu’on le connaisse bien pour qu’il ose nous faire un coup pareil. J’ai hâte de lui mettre la main dessus, déclare Thomas qui crache aussitôt par terre pour se débarrasser de ce qu’il a avalé au passage.

— Il ne perd rien pour attendre, je râle en me frottant les cheveux.

Malheureusement, c’est moi qui vais attendre car nous l’entendons décoller, puis le voyons s’éloigner dans le ciel. Le pleutre !

Nous n’avons plus qu’à rentrer au quartier nous rincer et déjeuner, dans cet ordre. Il fait désormais jour quand nous passons devant le barnum dans lequel Julie s’active. En train de poser les bols sur la table, elle s’immobilise, la main en l’air en nous voyant.

— Vous avez fait de la lutte ? Il n’y a pas des tapis pour ça plutôt que d’aller vous rouler dans la terre ?

— Nous avons juste couru, mais nous avons croisé un pilote d’hélicoptère facétieux, je réponds, amusé.

Mon rire est un chouïa amer quand même. Je m’apprête à en dire plus quand une odeur me taquine les narines, si alléchante qu’elle me fait tout oublier. Ou plutôt saliver, ça sent le beurre chaud.

— Des croissants ! s’exclame Tonio en pointant du doigt les sachets sur la table.

— Sasha ! Comment as-tu fait ça ? souffle Laurent avec des étoiles dans les yeux.

— Nous sommes dimanche, mais ce n’est pas à moi que vous les devez, ils arrivent tout droit de Gao.

Nous nous observons, chacun en compilant des informations comme : hélico joueur et croissants en provenance de Gao. Les gars sont de retour.

— Ils sont où ? je questionne d’une voix traînante pleine de menaces.

— Partis prendre une douche en vous attendant, répond Olivier.

Julie dépose une cafetière sur la table, elle nous jauge un instant puis la reprend.

— Pourtant, ils sont nettement moins crades que vous. J’imagine que vous allez directement en prendre une aussi pour éviter d’avoir les dents qui crissent en mangeant, alors je garde le café au chaud.

Direction la plateforme des douches. Pendant le trajet, nous débattons de la meilleure vengeance. Nous n’avons pas le temps pour un plan perfectionné, nous nous contentons de chercher l’arrivée d’eau. Une fois la vanne repérée et fermée, nous attendons, un rictus plaqué sur le visage.

— Hey !

— Quel est le con qui joue avec sa vie ? ! hurle une grosse voix.

Je reconnais celle de Florian. Taquin, oui, mais toujours poli avec les amis, donc je lui réponds :

— C’est le con que tu t’es amusé à recouvrir de sable !

— Je ne suis pas responsable de ça. J’ai juste pensé la blague à voix haute. Le pilote a fait le reste.

— Moi, je n’y suis pour rien. Je pourrais avoir l’eau ? crie Damien.

— Ça dépend. Tu as ri ?

— Pas du tout, tu penses bien que j’ai compati.

— Mais le faux cul ! intervient Marc. Quand il a vu vos tronches, il en a pleuré de rire !

— J’ai ricané, tout au plus. Faut pas exagérer non plus. Et puis, on vous ramène des croissants. Ça compte, non ?

Florian apparaît en boxer à l’entrée de la plateforme. Il descend les trois marches avec une serviette sur les épaules et ses vêtements en vrac dans les bras.

— Ouais, le boulanger du camp de Gao déchire et on vous en fait profiter. Une charité pareille, ça annule tout, non ?

— Tu abdiques déjà alors que tu n’as pas encore eu droit à la douche froide ? Tsss, tu me déçois.

— J’ai la dalle. Et franchement, tu trouveras autre chose qu’une douche glacée dans le désert pour punir un nageur de combat, se moque-t-il.

Certes. Peu importe, les blagues entre nous sont si fréquentes que j’aurai rapidement l’occasion d’être plus inventif. Pour l’instant, il y a plus urgent : me désensabler. Tonio remet l’eau en route et nous investissons la plateforme à notre tour.

Enfin tous attablés, Olivier et Julie déposent les thermos de café devant nous avant de s’installer pour cet en-cas très attendu. Le liquide noir coule dans les bols, les mains avides s’emparent des croissants sans qu’un mot soit échangé. Nous bavons tous. Quand le feuilleté s’effrite dans ma bouche et que le goût du beurre se répand sur ma langue, je gémis de bonheur. Aussitôt avalé, je m’apprête à en prendre un autre, mais c’est avec déception que je secoue le sachet vide. Je vérifie le second, même néant.

— Ouais, j’avoue que c’est un peu juste pour des gars comme nous, j’aurais dû lui commander le double, ronchonne Florian qui donne l’impression de vouloir sauter dans un hélico pour retourner en chercher.

— Je propose qu’on se renseigne sur les vols en provenance de Gao tous les dimanches. On passera la commande aux pilotes, déclare Paxti qui renverse quand même le sachet vide dans sa bouche.

Tous acquiescent, c’est validé. Nous avalons notre premier café puis attaquons le sujet sérieux : leur compte-rendu. J’invite Florian à commencer puisque c’est le plus gradé.

— Pour le côté officiel : perception de nouvelles jumelles et lunettes de tir pour test en conditions réelles. Donc, formation qui va avec avant de les utiliser.

— Une lunette ? Je peux voir ? demande aussitôt Julie qui peine à dissimuler son excitation.

Un sourire sur les lèvres, Damien sort la sienne sous le regard envieux de la demoiselle. Décidé à la faire rager, il fait mine de la lui donner, puis retire sa main. Elle le fusille des yeux pendant qu’il se marre.

Je trépigne de tout savoir sur le séjour à Gao, alors je mets fin à leur petit jeu en arrachant la pochette des mains de Damien, puis je la coince entre mes deux genoux. Ils me fixent tous les deux comme si je venais d’insulter leur maman.

— On s’en tape de votre matos, ce n’est pas le plus urgent. Vas-y Florian, continue.

— Donc… pour le motif réel, ils cherchaient bien une fille. Dès notre arrivée, deux gars présentés comme étant de la DGA nous ont scrutés de la tête aux pieds. Ils cherchaient une femme planquée sous nos tenues. Nous ne les avons pas aidés avec nos grandes frusques et ça les agaçait bien.

— Tu m’étonnes, intervient Damien qui sourit en y repensant. En plus de notre gilet tactique blindé de bordel sur le torse, nous faisions en sorte d’avoir toujours un sac ou un truc devant l’entrejambe.

— Et constamment les uns collés aux autres, on formait un bloc pour bien les énerver, continue Raphaël.

— N’empêche que je n’en menais pas large quand j’ai reconnu les deux gars qui sont venus sur la frégate. J’ai vite remonté mon cache-cou pour qu’ils ne me repèrent surtout pas. Une coïncidence pareille aurait pu les alerter, ajoute Marc.

— Comme des cons, nous n’avions pas pris les cagoules, alors on a passé les trois jours avec Marc qui n’y voyait rien tant il le tirait haut sur ses yeux, se bidonne Florian.

— J’ai joué le rôle de chien d’aveugle pour lui. Tu parles d’un spotter ! confirme Damien en riant.

— En conclusion, nous nous sommes inquiétés pendant que vous vous amusiez bien.

— Tu penses ! On en rigole maintenant, mais sur le coup, on n’en menait pas large, rectifie Florian.

— Surtout moi, ajoute Damien en écarquillant les yeux. Je suis resté dans leur viseur tout du long. Impossible de me gratter sans qu’ils m’épient. Ils nous ont fait leur show sur le matos, assuré la formation pendant des séances de tir. Finalement, ils ont lâché l’affaire et nous ont renvoyés sur nos bases, résume Damien.

— Vous avez tiré tous ensemble ? J’espère que tu ne m’as pas collé la honte, s’inquiète Julie.

— Dis donc, toi ! Tu oublies que je t’ai formée ?

Marc se penche vers elle et lui tapote le bras.

— Sois tranquille, la réputation d’Émile n’est pas entachée. Il a fait des merveilles, mais c’est normal avec un spotter tel que moi. Un peu lent, mais toujours dans le mille.

— Mouais, j’aurais été plus vite si je n’avais pas dû faire ton boulot aussi. Et je ne tenais pas à en louper une, la furie m’aurait démonté.

— N’importe quoi. Et le commandant, il était là ? Vous avez pu lui parler ? questionne-t-elle.

— Impossible. Toute la cellule Rens était investie également. Il ne pouvait pas bouger une oreille sans un mec sur ses talons, alors nous avons gardé nos distances.

— Ils sont aux abois. Ils ont clairement les pétoches que le nom des responsables fuite dans la presse et ils s’activent pour effacer des traces.

— Avant d’embarquer dans l’hélico pour le retour, il est quand même venu nous voir, Raphaël et moi, intervient Florian. Avec deux couillons accrochés à ses basques, il ne pouvait pas nous dire grand-chose. Il a juste déclaré que le sac de David était bien arrivé chez sa femme. C’est tout.

Nous tiquons, Marc tourne vivement la tête vers Florian.

— Hey ! Ce n’est pas ce que tu m’as rapporté quand nous avons embarqué dans l’hélico !

— Ben si.

— Non ! Juste de son sac bien arrivé en France.

— Et ? C’est ses affaires que vous aviez emballées pour ça, non ?

— Oui pour le sac. Ce qui nous interpelle, c’est que David est célibataire, dis-je pour qu’il comprenne notre intérêt soudain pour un détail futile.

— Oh ! Il y avait donc un message caché. Il faut que je retrouve ses mots exacts, attendez…

Pendant qu’il se concentre, Raphaël lui coupe l’herbe sous le pied :

— Bon retour à Kidal, messieurs. Nous avons bien reçu le sac du blessé, nous l’avons transmis. Pourriez-vous dire à vos collègues que ses affaires ont été réceptionnées par sa femme, dans leur intégralité.

Silence. Nous l’observons, épatés par cette mémoire exceptionnelle. C’est Florian, un poil vexé, qui réagit le premier :

— Tu seras gentil d’utiliser ce don la prochaine fois que tu perdras un truc dans notre chambre au lieu de me gonfler à tout retourner.

— Ce serait tellement moins drôle !

— Le commandant calcule tout, c’était donc pour attirer notre attention sur ses mots, continue Julie sans s’occuper d’eux. Si on décode, il nous informe que, cette fois, il a transmis la totalité des noms et documents au Washington Post.

— il nous prévient surtout que ça va péter sous peu, je corrige.

— Il serait temps ! s’exclame Marc.

— Vous pensez que ça aura un impact sur la venue du MINARM la semaine prochaine ? questionne Damien.

Encore un moment de silence. Cette visite nous était sortie de la tête. Nous ne sommes pas concernés directement car elle se déroulera à Gao. Depuis quelques années, c’est devenu une habitude que le Ministre ou le Président vienne partager un repas de Noël avec les troupes en opération.

— On s’en tape qu’il débarque ou pas, ce n’est pas notre problème. Je peux avoir ma lunette maintenant ? quémande Julie en battant des cils.

Je lui donne son jouet avec le respect dû à son prix. Quand même plusieurs milliers d’euros le machin, alors je ne serai pas celui qui se fadera le rapport de quarante pages pour expliquer comment je l’ai cassé.

Dès qu’elle l’a en main, plus rien n’existe d’autre autour d’elle. Pendant qu’elle le déballe, Olivier se met à raconter qu’il est parti en opération hier avec une fille comme binôme. Les quatre de retour de Gao restent sans voix, puis éclatent de rire, persuadés que c’est une bonne blague.

— Mais c’est vrai ! insiste Olivier qu’ils n’écoutent même plus.

— Je confirme, nous l’avons bien emmenée en opération.

Je me délecte de leur air ahuri, mais ils se reprennent vite, pour nous traiter chacun leur tour d’inconscients, en utilisant des termes un peu plus colorés. Pendant qu’ils nous en mettent plein la figure, je me tourne vers Julie, quand même la personne concernée, malgré tout plus intéressée par sa lunette. Elle la tient devant son œil et observe les alentours en murmurant son approbation régulièrement. Je lui donne un coup de coude pour la sortir de sa transe.

— Tu ne dis rien ? Tu devrais bondir.

— Rien à voir avec moi. Ils disent que vous êtes cinglés d’avoir pris un tel risque. Entre nous, ils ont raison, répond-elle sans lâcher son machin.

— Voilà ! Même Sasha le pense. Elle est plus avisée que vous sur ce coup, assène Florian.

— Je le suis, c’est vrai. Intelligente et belle, aussi, s’amuse-t-elle.

— Là-dessus, tu m’excuseras, mais je préfère ne pas me prononcer avec Gaël si proche. Par contre, je sais que tu n’es pas apte à partir en opération avec des commandos. Tu n’as pas la préparation, pas la technique, pas sûr non plus que tu aies la force physique suffisante en cas de problème.

— Je t’aimais bien, c’est dommage, grince-t-elle en le visant à travers sa lunette.

— Tu n’es pas commando marine ! s’entête-t-il alors que nous restons tous en retrait, prêts à intervenir si elle monte dans les tours.

Mais non. Elle remballe tranquillement son outil puis se lève en se tournant vers Damien.

— Viens, laissons les commandos marine entre eux.

— Yep ! s’exclame-t-il en bondissant sur ses pieds.

Je pensais qu’elle bluffait, mais visiblement, non.

— Hey ! Tu t’en vas ?

— Comme tu le vois.

— Pourquoi avec Damien ? Je peux venir, moi.

— Je vais zéroter ma nouvelle lunette et Damien est mon spotter. Quand j’irai prendre un bain, je t’appellerai, monsieur le palmeur commando marine, me lance-t-elle avant de sortir, avec Damien qui pouffe derrière.

Ils se bidonnent. Moi, je ravale l’humiliation en marmonnant que ce jour-là, celui où elle aura besoin du palmeur, je lui ferai boire la tasse.

 

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