Fugitive - Tome 2 (French Edition)
Chapitre 22
Du vrai ou du faux ?
L e lendemain matin au petit déjeuner, nous y allons de nos conseils et recommandations aux quatre qui nous quittent pour Gao. Objectivement, ils sont moins inquiets que nous.
— Il faut y aller, annonce Florian en se levant.
Chacun récupère son sac et son armement avant de faire une tournée de check. Julie serre Damien dans ses bras sans pouvoir s’empêcher de lâcher une dernière consigne :
— Fais attention à toi. Fais en sorte de ne pas t’écarter du groupe.
— Je serai sur mes gardes, ne t’inquiète pas.
À mon tour, je lui presse l’épaule :
— Même pour pisser, toujours à deux.
Il acquiesce d’un signe de tête, puis c’est le départ. En les regardant sortir, nous sommes anormalement calmes. L’appréhension prend le dessus.
Durant cette journée, Julie reste au quartier et pour une fois qu’elle jouit d’un peu d’intimité, elle en profite pour s’occuper avec des trucs de fille. C’est sa formulation et aucun de nous n’a insisté pour savoir de quoi il s’agissait précisément.
En fin d’après-midi, Laurent et moi ressortons d’une réunion avec les gradés, et surtout avec le sentiment que tous les problèmes s’enchaînent. Sur le chemin du retour, il exprime son inquiétude :
— On va faire comment ?
— Comme d’habitude, on s’adapte. Tout se passera bien.
— Il vaudrait mieux, marmonne-t-il, peu convaincu.
La situation ne me plaît pas plus qu’à lui. Nous sommes ici pour un travail, alors nous devons jouer notre rôle même si un de nos opérateurs est absent, en l’occurrence mon adjoint. Pourtant, il devra officiellement assurer son poste pour la mission que l’on vient de nous confier et qui est prévue pour après-demain.
Arrivé au quartier, je réunis tout le monde et leur déroule le programme. Dans l’assistance, les yeux s’arrondissent lorsqu’ils comprennent le problème qui se présente.
— Alors on emmène Sasha avec nous pour remplacer Marc ? souffle Patxi.
Qui est Sasha ? Ah oui ! C’est le nouveau prénom de Julie sous la casquette du renseignement, puisque Camille Lambert est officiellement partie. Léthé, Camille, Julie, Émile… c’est saoulant à force. La propriétaire de cette multitude de pseudonymes lève les bras en agitant les mains.
— Hola ! On se calme ! Je ne suis pas opérateur. Je ne peux pas venir avec vous.
— Tu es un soldat, tu as fait du combat et tu tires bien.
— Non, pas « bien ». Je tire super bien, merci. Mais là, il s’agit de le faire en étant dans le tas.
— Arrête un peu. Tu sais te servir d’un HK.
— Évidemment, mais je suis formée pour le combat, pas pour des assauts commandos !
— Et encore moins pour être l’adjoint du groupe, la soutient Laurent.
— Bien sûr que non. Tu es le plus expérimenté, alors tu prends le poste de Marc. Sasha sera le binôme d’Olivier.
— Avec l’infirmier ? Ça me va très bien, approuve-t-elle en se calmant d’un coup.
— Et moi alors ? Olivier est mon binôme, intervient Tonio.
— Tu prends le rôle de Laurent. Comme ça, on a fait le tour et nous sommes bien douze.
— La vache ! On a intérêt à mettre des étiquettes sur les casques, souffle Thomas.
— Ça va être un de ces bordels, abonde Patxi avec une moue effarée.
— On reparle de l’opération ? Elle vous semble à risque élevé ?
— Non, plutôt basique à vrai dire, convient Laurent.
— Nous pourrions la remplir à onze sans souci, mais le groupe doit être au complet pour ne pas attirer l’attention.
— C’est vrai, il faut emmener la fille avec nous, déclare Tonio.
Comme piquée par un frelon, Julie fait volteface pour se dresser devant lui.
— Pardon ? Il faut emmener qui, au juste ?
— Euh… toi. Émile… Sasha, quoi, bafouille-t-il, en alerte.
— Ah ! Désolée, j’ai mal compris, ironise-t-elle avec un rire si faux qu’il a quelque chose de menaçant.
— Que les choses soient claires : vous bannissez ce mot ici, c’est trop risqué. Il n’y a aucune fille dans ce quartier, même pas une analyste.
— Même la nuit, dans ton lit ? ronronne Patxi.
— Dans mon lit, il n’y a que des soldats d’élite. D’autres remarques ?
— Sincèrement, j’aimerais autant que vous la fermiez tous, soupire Julie.
Comme ça part en rires, je les calme :
— On se prépare pour une séance de drill. Nous avons les plans et images du village, alors on répète l’opération. Go !
Les gars filent s’équiper, Julie reste immobile, comme indécise. Je l’interroge du regard.
— Je n’ai pas le même équipement que vous. Je fais comment ?
— Tu prends celui de base : casque, chest[46], etc. Pour le reste, je vais te passer les affaires de Marc, suis-moi.
Devant sa chambre, je lui demande d’aller s’habiller et de m’attendre. J’en fais autant. Mon gilet est toujours prêt, mais je contrôle tout de même le contenu de toutes les pochettes. L’inventaire est rapide. GPS, couteau, piles, sangles, mousquetons, liens de serrages en plastique, rouleau de
chatterton, lampe frontale, trousse de soins et tourniquet[47], etc. Tout y est, je l’enfile, puis je fais pareil avec ma ceinture et son fourbi. J’attrape ensuite le matériel de Marc que je fourre dans un sac, puis mon armement et je file la rejoindre.
— Tu as ton Glock[48] ou il faut que je t’en passe un ?
— J’ai !
En train de lacer ses bottes, elle regarde sans émotion tout ce que je pose sur le lit avant de ressortir. De retour sous le barnum, j’ouvre les caisses de munitions et m’empare de chargeurs déjà pleins que je range dans les pochettes réparties sur mon gilet tactique. Ensuite, les grenades que je place dans la sacoche à ma ceinture. Je suis imité par les gars qui arrivent les uns après les autres.
Pendant que nous passons aux batteries, Julie fait son entrée. En jetant un coup d’œil rapide par-dessus mon épaule, elle me semble prête, je m’occupe donc de vérifier le fonctionnement de mon matériel. Les JVN, c’est bon. Le GPS, OK. La…
— Euh… Gaël, je crois qu’on a problème, déclare Laurent en se bidonnant.
Je me tourne vers l’endroit qu’il indique du regard, pile où se trouve Julie. Je repère très vite ce qui fait tant rire les gars. À part le Glock sur sa hanche, rien ne va.
— Tu as un souci de branchement ? je l’interroge en pointant du doigt tous les câbles qui pendent autour elle.
— Qu’est-ce qui te laisse croire ça ? raille-t-elle.
— Un coup de main ? questionne Thomas.
— Ce serait mieux. Je n’ai aucune idée de comment vous rangez tous ces fils. J’étais à deux doigts d’en faire une tresse et de l’attacher à mon sac.
— Tu vois ! Tu te trahis toute seule ! Aucun mec ici ne parlerait de tresse. On aurait dit qu’on va en faire un paquet, un nœud, n’importe quoi, mais certainement pas une tresse ! la taquine-t-il en arrangeant les câbles.
— Tu marques un point, admet-elle.
— Ne t’inquiète pas. On est là, on te protège. Avec nous, tu n’as rien à craindre.
Au lieu de le renvoyer dans ses buts, elle sourit. Ils sont trois à s’affairer autour d’elle, dont un qui s’emploie à démêler le paquet de nœuds qu’elle a quand même réussi à former, un autre à attacher correctement le matériel sur son gilet, et le troisième qui les branche puis vérifie leur fonctionnement.
— En tant que tireur, tu devrais connaître ce matériel, lui fait remarquer Olivier.
— J’utilise les trucs de base ainsi que le matos spécifique aux tireurs, mais je ne porte pas tout votre fourbi en même temps.
— Les gars, je vous rappelle que rien que ses deux fusils font plus de vingt kilos, je la défends.
— C’est pas faux. Plus les munitions, les lunettes et le reste. Respect à tous les tireurs longue distance, déclare Tonio en effectuant une courbette.
— Ça ira pour cette fois, petit opérateur, susurre-t-elle en tapotant son casque.
— Il faut qu’on aille s’entraîner et au rythme où vous allez, on n’y sera jamais avant la nuit. Alors attachez tout à l’arrache, on fera ça nickel pour le départ en opération, dis-je en perdant patience.
J’ai à peine fini ma phrase que les gars enroulent tout ce qui pend encore et le fixent un peu partout. Enfin, nous pouvons aller bosser.
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