Fugitive - Tome 2 (French Edition)

Axelle Auclair · Chapitre 26 sur 40

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Fugitive - Tome 2 (French Edition)

Chapitre 24

 

Mise au point.

 

B alloté dans la caisse du VAB, je me repasse le film de l’opération. De façon générale, ça nous plaît bien quand ça dégénère un peu, mais ce soir, avec Julie dans les rangs, le fait que tout ait été trop facile me convient parfaitement.

À notre arrivée au camp, nous confions le client aux bons soins des légionnaires. Il est maintenant le problème des services de renseignements. 

Une fois à l’abri des regards, Julie jette son casque et arrache son cache-cou avec enthousiasme. Le petit nuage de sable autour d’elle n’est pas retombé qu’elle nous livre ses impressions en y mettant les décibels adéquats :

— C’était cool ! J’aime bien votre job. On se le refera, hein ?

Tout d’abord stupéfaits, nous réagissons en aboyant d’une seule voix :

— Non !

— Les rabat-joie que vous êtes ! se plaint-elle en faisant la moue.

— On a misé gros, ça aurait pu très mal tourner. Comme nous sommes des mecs sérieux, on ne joue plus, je réfute.

— Tu t’es cru à la fête ? assène Laurent. Je n’arrêtais pas de penser que si l’un de nous devait se prendre une balle, ça devait être moi. Je priais pour me prendre le pion et que ça ne soit surtout pas toi !

— Même avec dix terroristes au cul, je n’aurais pas plus flippé. Alors merci, mais te ramener avec nous, c’est non ! s’y met Thomas.

— On te cache, on t’aide, mais tu ne fous plus le pied dans nos missions ! approuve Olivier.

Nous dirigeons tous un regard noir sur elle pour lui interdire d’insister. Par chance, elle la ferme. Ou pas tout à fait puisqu’elle baisse la tête pour détacher son gilet et son « gnagnagna » ne nous échappe pas. Piqué, Tonio la toise.

— Si le job te plaît tant, tu fais le STAC et tu gagnes ton béret vert.

— L’eau n’est pas mon élément de prédilection et une trempette dans

votre cuve[50] remplie d’eau croupie qui pue ne me tente pas du tout.

— Elle est justement très adaptée pour l’entraînement parce que figure-toi qu’en situation de combat, il est rare qu’on doive progresser dans des lagons bleu turquoise ou des piscines à l’eau pure. On a plutôt droit aux lacs, rivières et mer, raille Patxi.

— Je m’en doute bien. Je plaisantais pour éviter d’admettre que je ne suis pas une bonne nageuse. Juste ce qu’il faut pour ne pas me noyer avec mon barda sur le dos.

— Ton sac à dos, ton armement et en tenue de combat, bottes comprises, c’est déjà pas mal, fais-je remarquer.

— Oh, merci ! De la part d’un palmeur, ce compliment me va droit au cœur. Les marins sont magnanimes ce soir.

— C’est juste pour te consoler de ne plus revenir avec nous.

Nous nous déséquipons, passons tout à la soufflette, avant de nous y passer aussi. Pendant qu’ils s’installent sur la grande table pour nettoyer les armes, leur chemise encore mouillée de sueur, je les laisse pour faire un rapide compte-rendu. J’ai surtout l’intention de demander des nouvelles de nos collègues toujours à Gao.

Les allées du camp sont aussi sombres que désertes, alors après des dizaines de mètres de marche en solitaire, je suis étonné de découvrir une ruche qui s’active à l’intérieur du CO. Je repère Nathan, un peu à l’écart en train de consulter des documents, et me dirige directement sur lui. Il relève la tête à mon arrivée et brandit le pouce pour la mission réussie.

— Il se passe quoi ? On est en alerte ?

— Un message est arrivé de Gao il y a un quart d’heure. Les officiers sont surexcités depuis.

Sueurs froides. Vite, dissimuler mes craintes et réagir normalement. D’une voix détachée, je pose la question qui me viendrait logiquement :

— Nos gars sont là-bas. Ça les concerne ?

— Je ne pense pas. Du peu que j’ai entendu, ça a un rapport avec l’assassinat du commandant.

— Lequel ?

Il cille, reste hébété un instant, puis m’interroge sur un ton presque méfiant :

— Comment ça lequel ? Il y a eu plusieurs commandants assassinés ?

— Pas à ma connaissance, mais bon… ça aurait pu être un autre.

Il s’adosse à son fauteuil, la main plaquée sur le cœur, clairement rassuré. Il retrouve même l’envie de plaisanter :

— Tu m’as fait peur. Pendant une minute, j’ai cru qu’on se faisait tirer nos commandants comme au ball-trap.

— Bon alors, ce commandant assassiné ?

— Ben, il est mort.

Il se bidonne, je ris jaune. Impossible de lui faire comprendre que je suis sur les dents, pourtant je le mordrais bien, justement.

— Je vois que tu n’es pas d’humeur joueuse, alors voilà le résumé : branle-bas de combat suite à un article dans la presse, dû à des fuites d’informations qui viennent sans doute de chez nous. En clair, après une belle cérémonie, un enterrement avec tous les honneurs, on s’aperçoit que le super héros assassiné, mort pour la France, serait un élément un tantinet vérolé. D’après l’article.

Pas uniquement d’après l’article, c’était bien une pomme pourrie, mais ça, je ne peux pas le lui révéler.

— Il est mort et enterré chez lui, alors pourquoi tout ce foin ici ?

— J’imagine que le MINARM veut une tête, celle de celui qui a ameuté la presse. Normal, on n’aime pas les grandes bouches chez nous.

Tu parles ! La bande de ministres boiteux doit transpirer à l’idée que la presse en sache plus. Qu’ils flippent bien, ce n’est que le début. Quand les noms des donneurs d’ordres de toute cette saloperie vont sortir, ils pourront aller s’enterrer. J’ai hâte qu’ils payent. En attendant ce moment, ne pouvant rien faire pour accélérer les révélations, autant prévenir les gars que les choses avancent. Nous devons redoubler de vigilance vis-à-vis de Julie, qui reste le seul témoin direct d’un bout de l’affaire, et donc la plus exposée aux représailles. Ils vont lâcher la meute de chiens pour la débusquer.

Je serre l’épaule de Nathan qui replonge dans ses documents, puis le quitte. En traversant le CO, j’éprouve un malaise en entendant les officiers déblatérer sur les journalistes, ces fouille-merdes comme ils les nomment. C’est ça, râlez tous, mais attendez donc qu’ils aient terminé et vous aurez même l’odeur sous le nez.

De retour au quartier, je retrouve l’équipe en train d’astiquer les armes, je m’installe à côté de Julie et je leur fais un point de la situation en démontant mon fusil. Au fil de mon récit, se forme sur leurs lèvres ce petit sourire limite pervers, qui montre leur besoin de justice un peu assouvi, et ce n’est que la première salve.

Julie lâche un soupir en s’adossant à sa chaise.

— Alors c’est parti, le commandant a tenu parole. Il assure depuis le début, il est incroyable.

— Au moins, il ne reste pas inactif, lui.

— En parlant de ça, puisque tout change à partir de maintenant, on fait quoi ? questionne Laurent en se penchant vers moi.

Tous en font autant, les yeux brillants, frétillant sur leur chaise à l’idée de foncer dans le tas. Hommes d’action jusqu’aux poils de nez. Ma réponse va doucher leurs attentes, tant pis.

— On ne change rien.

— Mais on ne fait déjà rien ! s’agace Thomas.

— Justement, on le fait très bien et c’est pour ça qu’on continue. Mais en étant encore plus attentifs à tous signes anormaux, à toute personne qui ne devrait pas être auprès de nous ou qui pose des questions.

— C’est déjà dans nos habitudes, on ne parle pas du pro à nos femmes, alors à des types qu’on ne connaît pas, militaire ou pas, tu penses bien, rétorque Tonio en jetant son chiffon.

La déception est palpable sur la troupe, qui soupire de façon synchronisée.

— C’est l’opération la plus moisie que j’ai jamais faite, ronchonne Patxi.

— Bien dit, d’ailleurs, tu ne la feras jamais, ironise Thomas.

— Pour sûr, mon sac d’urgence ne va pas servir à grand-chose. D’ailleurs, il va falloir que je vérifie les dates de péremption de mes produits à force, commente Olivier d’une voix lasse.

Je peux comprendre qu’un rôle inactif les frustre, mais ils abusent un peu ! Ça tombe bien, j’ai envie de m’amuser.

— Vous avez raison, les gars. Nous sommes des guerriers, un groupe au top, alors mettons en place un plan d’action. Hop !

Tout d’abord déconcertés, ils m’épinglent ensuite de leur regard méfiant. Sérieux ou provocation ? Ils ne sont pas encore bien sûrs du fond de mes propos. J’enfonce le clou pour ôter tout doute :

— Déjà, il faut se mettre d’accord sur la cible. On part sur le plus gros ?

Stupéfaits, aucun ne répond.

— On vote. Qui pour aller descendre notre ministre ? je questionne en levant la main, aussitôt imité par Julie qui affiche un immense sourire, pas dupe.

Une rafale de souffles blasés s’abat sur la table. De quoi faire tourner tout un champ d’éoliennes. Les incertitudes sont définitivement levées.

— C’est bon, arrête de te foutre de notre gueule, déclare Laurent en m’envoyant un chiffon à la figure.

— Quoi ? Ce n’est pas ce que vous vouliez entendre ?

Ça bougonne, mais tous marmonnent un « non ».

— Tu as raison, ça ne nous concerne pas, admet Tonio.

— Sauf si Sasha se fait enlever. La libération d’otages, c’est carrément notre créneau, rebondit Patxi en la regardant de biais.

— Dis donc, toi. Tu ne veux pas trouver un autre jouet pour assouvir ton besoin d’adrénaline ?

— Tu pourrais y mettre du tien, un peu.

— C’est vrai quoi. On t’héberge gracieusement, on te suppor…. Aïe ! Mais quelle sauvage ! s’exclame Laurent qui vient de se prendre un coup de pied sous la table de la part d’une Julie faussement vexée.

Au moins, c’en est terminé de cette conversation qui n’aurait jamais dû débuter.

 

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