Fugitive - Tome 2 (French Edition)
Chapitre 15
Randonnée de nuit.
D ès le réveil, l’ambiance est différente. Les gestes quotidiens sont les mêmes, mais nos pensées sont déjà orientées vers la mission à accomplir. Nous révisons au CO le déroulé de l’opération afin que chacun connaisse son rôle par cœur, et affinons ou modifions en fonction des informations qui tombent.
Tous les intervenants sont là, autant ceux déployés sur le terrain que ceux qui seront en appui et en liaison radio. Émile et son binôme sont dissimulés sous leur cache-cou, en retrait, et devisent ensemble sur certains détails. Si le spotter n’a pas besoin de cacher son visage parmi nous, il a clairement choisi d’adopter le même comportement qu’elle pour éviter les questions. Bien, il marque un point.
— Alors ? Comment tu te sens pour ta première grosse opération dans le désert ?
Cette voix rocailleuse… Je me retourne en souriant. Florian, du commando Hubert.
— Hey ! C’est toi qu’ils ont envoyé ! je l’accueille en lui tendant mon poing qu’il frappe du sien.
— Je ne voulais pas rater ça, tu penses bien.
— C’est donc toi l’observateur ?
— Oui et aussi votre tireur d’élite. Je serai posté avec mon binôme,
Raphaël, et trois gars du 13[33].
— Le COS envoie un autre chef de groupe ? Ça cache quoi ?
— Rien de plus qu’un manque de personnel disponible dans les FS[34]. Mon groupe est rentré depuis un mois, j’ai accepté de rester sans mes gars pour jouer les satellites.
— Parfait ! Si nous demandons un appui d’artillerie, au moins, je serai confiant.
— Tu te goures. Si tu ne m’offres pas un verre, je pourrais me tromper dans mes calculs. Ce serait con que tu prennes un obus sur le coin de la tronche à cause d’une bière, non ?
— Tu l’auras ta mousse. Viens donc avec ton binôme passer la soirée chez nous, ça nous donnera l’occasion de changer d’air.
— Et à moi de retrouver les collègues. En parlant de satellite, tu le connais cet Émile ? Aussi fiable qu’on le dit ? questionne-t-il en le pointant du menton.
Je me tourne par réflexe pour l’observer. Toujours penché sur des cartes et photos, en train de deviser avec son spotter. S’ils ont choisi leur position, ils recensent maintenant toutes les possibilités de repli. Tellement concentrés que c’est à se demander s’ils n’apprennent pas par cœur l’emplacement de chaque caillou.
— Je ne le connais pas plus que ça, mais il nous a déjà couverts deux fois, et plutôt efficace le gars. Un peu trop d’ailleurs, il nous a pris tout le boulot, je conclus en ricanant.
— Tu auras de quoi faire cette fois, il ne te piquera pas le taf, s’amuse-t-il avant de se pencher vers moi pour parler plus bas. Il serait légionnaire, mais j’ai un doute.
— Peu importe, ça ne change pas grand-chose.
— Vrai, mais c’est la sensation de l’avoir déjà rencontré que je trouve étrange.
Évidemment ! Florian n’a vu Julie que de nuit, en pleine mer et cagoulée, mais il a quand même eu le temps d’enregistrer assez de détails pour les mémoriser. Qu’il est pénible à être aussi perspicace. Je ne tente même pas de l’embrouiller, il est trop malin. Le mieux est de feinter en jouant l’ignorant qui s’en fiche.
— Rien qui ne ressemble plus à un tireur d’élite camouflé qu’un autre tireur d’élite. Non ?
— Pas faux, surtout quand ils s’habillent en version botanique, rétorque-t-il en riant.
— Ici, ils se déguisent plus en rocher qu’en buisson.
Nous sommes vite rattrapés par le sérieux de l’instant, alors nous reprenons la répétition générale. Aucun de nous ne rechigne à le faire indéfiniment, car c’est notre méthode, qui peut nous sauver la vie quand un imprévu nous tombe dessus — souvent lourdement armé, l’imprévu. Ne pas avoir besoin de réfléchir pour savoir que Marc se situe à ma droite, Tonio juste après et David au fond, que derrière ce mur, se trouve une cour avec une porte à droite et ainsi de suite, ça aide bien. C’est le travail des renseignements, ils lèvent le maximum d’incertitudes.
En début de soirée, nous voilà rassemblés devant le barnum. Des ombres passent dans la nuit et effacent la lune, au diapason de notre besoin de discrétion. Nous effectuons une dernière vérification de notre matériel et armement. L’infirmier du groupe, Olivier, porte le sac le plus volumineux, contenant le nécessaire pour nous sauver la vie. Tests des radios et des JVN. Hochements de tête, mains levées, prêts pour le départ.
Nous rejoignons les légionnaires et leurs véhicules blindés qui nous attendent à la sortie du camp. Les autres opérateurs du commando Trépel, le groupe Alpha qui agira dans la vallée voisine, sont déjà là. Parmi la vingtaine d’hommes regroupés, certains se distinguent par le canon du PGM dépassant au-dessus de leur tête. Émile, en fait partie. Même moi, je ne pourrais affirmer qu’il s’agit de Julie tant elle est invisible sous son attirail de guerrier. Pour être honnête, à cet instant, je suis nettement moins fier des prouesses de ma copine, celles qui l’amènent sur cette opération.
— J’aurais préféré avoir Émile pour nous couvrir, murmure Marc à côté de moi.
— Nous avons Florian et son binôme, on fait difficilement meilleurs. Ils connaissent mieux notre manière de fonctionner, c’est un plus.
Rassemblés sous un lampadaire dont la clarté vacillante ne rend pas gloire à notre enthousiasme, le colonel commandant le CO se fend d’un dernier message d’encouragement, en concluant par la phrase habituelle comme signal de départ :
— Bonne chance à tous !
Malgré toute la préparation possible, la chance est bien un des paramètres de la mission à venir, alors nous l’invoquons également, même si elle n’obéit pas toujours, elle. Nous nous mettons en mouvement pour nous répartir dans les VAB. Avant d’embarquer dans le mien, je me rapproche discrètement de Julie. L’opération ne dure que quelques heures, mais c’est plus fort que moi, je ne peux pas la quitter sans échanger un mot. Une fois à sa hauteur, je lui assène un léger coup de hanche.
— Fais attention à toi.
— Mon job, c’est de faire attention aux autres, répond-elle en ricanant.
Je lui donne un coup d’épaule qu’elle me rend en me fixant. C’est notre version d’un baiser avant de se quitter.
Le trajet semble interminable. Notre objectif n’est pas loin à vol d’oiseau, mais nous effectuons une large boucle du sud au nord-est. Si nous traversions la ville, trajet bien plus rapide, nous serions cramés dès la sortie du camp.
Le bruit du moteur diesel a le mérite de masquer le silence des hommes. Notre mutisme n’est pas lié au stress, pas encore. Nous sommes calmes, en train de réviser les points clef de la mission, comme des sportifs avant un match. La même étincelle brille dans nos yeux, celle de l’excitation. Nous avons hâte. C’est la concrétisation d’années de formation et d’entraînement acharnés, pour être là, aujourd’hui. Nous sommes au taquet, nous ferons tout pour que l’opération se passe en souplesse, mais nous sommes aussi prêts à en découdre si c’est nécessaire. D’ailleurs, autant être honnête, nous l’espérons bien. Nous voulons connaître ce frisson si particulier du combat, vivre le feu au moins une fois.
Le VAB s’immobilise enfin, Marc et Laurent ouvrent les portes et nous nous éjectons les uns derrière les autres. Accroupis en ligne, nous attendons que les blindés repartent vers la seconde vallée, où ils déposeront l’équipe Alpha et les tireurs.
Pendant qu’ils s’éloignent, mes JVN en place, je balaye du regard l’environnement. C’est une vision tout en vert mais précise, même si l’absence de profondeur de champ demande une certaine habitude. Un ciel parsemé d’étoiles avec les reliefs rocheux en ombre chinoise. Nous sommes en hauteur, devant nous une vallée, puis la colline la plus élevée qu’il nous faut franchir. Je vérifie à droite puis à gauche, les gars sont prêts, alors je donne le signal. C’est parti pour l’infiltration !
Chacun de nous connaît l’itinéraire par cœur et les places sont attribuées. Laurent ouvre la route, il se lève le premier, GPS en main, puis chacun suit pour former la colonne, en respectant une distance de plusieurs mètres entre chacun.
Nous attaquons la partie pédestre de cinq kilomètres. En temps normal, une telle distance représente juste un échauffement, là, c’est un peu plus physique. Le terrain est difficile, tout en hors-piste pour ne pas être détectés et les dénivelés se succèdent. Sans oublier notre équipement sur le dos. Nous pouvons largement encaisser un trajet plus long, mais arriver sur l’objectif à genoux serait dangereux. On sait quand on arrive, pas quand on repart.
Nous progressons en silence dans une ambiance que j’apprécie particulièrement. La pression qui monte petit à petit, la température douce et ce grand calme, juste le son apaisant des cailloux qui crépitent sous nos semelles. C’est paisible et étrange en même temps, en total décalage avec l’objet de notre présence et ce sentiment d’insécurité qui plane comme une brume menaçante autour de nous.
Laurent mène à un bon rythme, nous ripons régulièrement sur les pierres qui forment un sol instable. Une fois en bas, il y a encore la vallée à traverser, puis le dernier relief à grimper. Nous franchissons l’oued sans encombre, mais dès la montée, le poids de notre équipement se fait sentir. Notre corps est habitué à ce traitement, notre mental également, mais je ne peux m’empêcher de penser à Julie qui doit gravir elle-aussi sa colline.
Le terrain est difficile. Le souffle est court, les muscles tirent, mais nous voici au sommet. Nous marquons un arrêt rapide et observons le fond de la vallée. Le village s’étend sur deux kilomètres, surtout des exploitations agricoles, avec quelques habitations qui se détachent en bordure, dont celle que nous visons à l’est. Malgré quelques bosquets, il y a peu de végétation, mais beaucoup de monticules de terre ou d’amas rocheux.
Aucune lumière nulle part, aucun bruit, aucun mouvement. Soit tout le monde dort, soit on nous attend. Nous serons vite fixés, mais Nathan qui surveille l’écran de retour du drone ne nous signale rien. Comme s’il tenait à me détromper, il me contacte :
— Bravo de Papa. Chute de Faucon 1 pendant infiltration. Blessure à la cheville. Parlez.
Faucon 1, c’est Florian, notre tireur d’élite sur la mission. La blessure bête, banale mais handicapante. Il doit se traiter de tous les noms et il ne faudra pas trop le chatouiller.
— Papa de Bravo. Bien reçu. Il est évacué ? Parlez.
— Bravo de Papa. Oui, de force. Crâne épais qui voudrait continuer l’opération sur un pied. Il est à moins d’un kilomètre de sa position prévue. Il sera évacué après votre exfiltration. Vous n’avez plus son appui, vous poursuivez ? Parlez.
À nous de décider et valider d’éventuels changements influant sur notre sécurité. J’organise un conciliabule rapide avec les gars, à la fin duquel nous convenons que la perte de Florian ne compromet pas la mission. Il avait plus un rôle d’observateur que de tireur. Le drone étant opérationnel, nous ferons sans lui.
— Papa de Bravo. Nous poursuivons. Terminé.
La colonne se remet en mouvement. Le calme qui règne est en opposition avec l’accueil que nous réservent certainement les habitants. Nous sommes aux aguets, prêts à réagir au moindre problème. Le stress monte, chacun épiant un axe pour couvrir tout ce qui nous entoure, sauf Laurent qui se focalise sur le chemin. Plus qu’une équipe, nous sommes un tout et il sait que nous assurons la surveillance, mais il subit une pression supplémentaire à se trouver en tête, plus vulnérable.
Les premières habitations se dessinent clairement dans l’obscurité, les murs de terre qui les ceinturent grandissent à chaque pas. Nous sommes à cinquante mètres de la maison visée, quand Nathan me recontacte :
— Bravo de Papa. Mouvements au centre du village. Ça bouge sur les toits. Deux… non, trois hommes armés. Parlez.
— Papa de Bravo. Bien reçu.
Nous pensions ne pas être repérés, la bonne blague ! Bien. Nous entrons dans le vif du sujet. Un frémissement remonte le long de ma colonne vertébrale, l’excitation me chatouille les tripes. Il est temps d’y aller.
— On ne change rien, mais on se prépare, la température va grimper. Go !
Nous n’annulerons pas la mission pour si peu, au contraire ! Nous sommes maintenant à une vingtaine de mètres quand des détonations résonnent. Des tirs en l’air venant du village, juste de l’intimidation, mais nous enclenchons le turbo pour finir au pas de course, histoire de nous mettre à couvert au plus vite. Une fois aux abords de notre cible, nous attendons que Marc force la porte. Il peut enfin utiliser les acquis de sa spécialisation en effraction. Bien que dans le cas présent, il se contente d’un grand coup d’épaule pour ouvrir une porte qui n’était pas verrouillée.
Comme les zozos sur les toits continuent à tirer dans le vide, nous pénétrons en vitesse dans la propriété et refermons pour nous mettre à l’abri. Pour l’effet de surprise, c’est loupé, alors on ne perd pas de temps. Quatre restent dans la cour pour tenir l’entrée, pendant que les autres investissent la maison.
Nous nous déployons dans un ballet maintes fois répété et cette partie se déroule sans problème, surtout parce que nous n’avons pas affaire à des combattants. Nous faisons face à trois personnes sidérées, un homme et ses deux fils. Sans leur laisser le temps de reprendre leurs esprits, nous les traitons rapidement, mains liées, agenouillés et sac sur la tête. Tout se déroule en souplesse, même pour le reste des habitants. On passe à la suite.
— On isole les femmes et les enfants !
— Carrément. On ne s’entend plus, approuve Marc qui pousse la troupe loin de nous.
Maintenant qu’ils sont tous bien réveillés, ça crie et ça pleure. Marc et David les rassemblent dans une chambre au fond et ferment la porte derrière eux. Le niveau sonore baisse d’un coup.
— Un binôme qui surveille. Les autres, on fouille !
Nous nous répartissons les pièces, déplaçons tout, y compris les tapis, bougeons les meubles à la recherche de la moindre planque. En quelques minutes, nous formons un tas d’armes, de munitions, de téléphones et de documents. Je rends compte à Nathan, il annonce la suite :
— Lima en route vers point de récupération. Nombreux mouvements autour du village. Laissez clients sur place. Ils seront pris en charge par les
FAMa[35] plus tard. Parlez.
Lima, ce sont les légionnaires qui viennent nous chercher en VAB.
— Papa de Bravo. Quel délai ? Parlez.
— Vingt minutes. Terminé.
Dès que nous coupons, je préviens le groupe :
— Départ dans cinq minutes !
Nous emballons dans de grands sacs ce qui ne doit pas être laissé et libérons les hommes qui seront cueillis demain par l’armée malienne. Pour que les VAB restent à distance du village, le point de rendez-vous se trouve à deux cents mètres, devant une maison abandonnée au pied de la colline.
Dehors, ça ne tire plus. Nous franchissons la porte de la propriété sans traîner. Nous progressons en longeant le mur et Laurent marque un arrêt en arrivant au premier angle. Juste derrière lui, Marc avec la main posée sur son épaule. La tension monte encore d’un cran. Il regarde en arrière, signe qu’il s’engage à gauche, et ils disparaissent tous les deux. Nous faisons un pas en avant, quand ça rafale du fond de la rue. Nous sommes stoppés net.
— Contact ! alerte Thomas qui se retrouve en tête de colonne.
Nous nous plaquons au mur dans un mouvement synchronisé. Des balles sifflent devant nous, d’autres se fichent dans le mur au-dessus de nos têtes, arrosant nos casques d’éclats de terre. On se croyait invisible, mais on nous attendait. Maintenant, au diable la discrétion.
— Marc ! je beugle en fonçant devant.
Mon sang ne fait qu’un tour en l’imaginant couché au sol, blessé. Mais il réapparaît subitement avec Laurent, se ruant sur nous avec tellement d’élan qu’il me percute de plein fouet. Ils sont vivants et sur leurs pieds. Je l’attrape par le bras.
— Tu es touché ?
— Non. Ils arrosent mais n’y voient rien. Ça venait d’une baraque à une cinquantaine de mètres.
Je demande à Nathan de vérifier qu’il n’y a pas de mouvements autour, même si le drone est aveugle dès que c’est dans une maison.
— Bravo de Papa. Trois hommes sur un toit. Aucune autre présence visible dans le village.
C’est tout ? On ne va pas se laisser impressionner par trois téméraires.
— Laurent, prépare une nouvelle navigation pour sortir de là.
— Contournement par la droite. Il n’y a que le chemin à traverser, après il y a des arbres et des rochers. Nous serons à couvert sur une bonne partie.
Bien. Rien de très périlleux, allons-y.
— En formation. Patxi et David, dégagez-nous le terrain.
Ils s’élancent dans la rue et arrosent dans la direction désignée par Marc. Ils ne toucheront pas les deux hommes qui sont sûrement couchés et abrités, mais le but est de leur faire baisser la tête pour les empêcher de riposter. Dans le même temps, nous passons comme des flèches derrière eux pour traverser. Les deux derniers s’arrêtent à la lisière et tirent à leur tour, pendant que Patxi et David nous rejoignent. Nous voilà au complet, on dégage du village.
Nous filons rapidement sur une vingtaine de mètres, quand une détonation sourde fait vibrer l’air, suivie d’un échange de tirs fournis. Loin de nous. Assez étouffé pour que je m’alarme en le situant dans la vallée voisine. Nos camarades aussi sont sous le feu. Aussitôt, une image me percute. Émile ! Il est là-bas aussi ! Non, il est en hauteur.
— Bravo de Papa. Lima est pris à partie. Nombreux mouvements dans le village. La voie est libre devant, foncez vous mettre à l’abri au point de rendez-vous.
Nous entendons l’agitation derrière, nous accélérons et arrivons devant la maison en quelques minutes. Marc fait sauter la chaîne sur la porte et nous nous déployons dans la cour pendant qu’il referme derrière nous.
— Thomas et Laurent, montez sur le toit.
Le binôme grimpe l’échelle qui accède à la terrasse. De notre côté, nous passons les lieux au peigne fin, qui s’avèrent totalement abandonnés. Pendant que nous nous répartissons par petits groupes, Nathan nous fait un point :
— Bravo de Papa. Les toits du village se remplissent. Parlez.
J’accuse réception et je l’annonce aux gars.
— Je confirme. Je vois des têtes pousser comme des champignons, annonce Laurent, déjà en surveillance.
— Voilà qui va animer notre sortie, je commente.
— Il ne va pas falloir traîner, je crois que tout le village se donne rendez-vous au balcon, ajoute Thomas.
— Tant qu’ils y restent, pas trop de danger.
Avec Marc, nous escaladons l’échelle à notre tour. Thomas et Laurent sont accroupis derrière le muret qui borde le toit, nous en faisons autant à l’opposé. Au loin, le combat continue, mais plus rien venant du village. Je me tourne vers Marc :
— Ils ne nous tirent plus dessus. Ils sont tous partis sur les légionnaires ?
— Fais donc dépasser ta grosse tête du mur, tu vas voir s’ils sont partis.
— Chiche.
Oui, je suis joueur. Je me décale un peu, puis je me redresse vivement, et me rebaisse aussi sec. À peine quelques secondes plus tard, une rafale nous passe au-dessus.
— Ils n’ont pas de JVN, mais y voient assez pour tirer sur les ombres, ironise Marc.
— Ils savent surtout où nous sommes.
Si le calme est relatif autour de nous, les échanges de tirs fournis continuent au loin. Situation on ne peut plus frustrante. Rester assis sur un toit en écoutant les autres combattre, ce n’est pas l’idée que je me faisais de cette opération.
— Ils ramassent, les légionnaires. S’il faut attendre qu’ils se dépêtrent, on sera pas rentrés pour le petit déj, soupire Marc.
— Tu crois que ça tape aussi pour le groupe Alpha ou il n’y a que les taxis qui prennent ?
— Tu n’as pas demandé à Nathan ?
— Non.
— Tu as tellement peur qu’on te rattache à… que tu fais ton parano. Tu oublies que tu réclames ce type d’infos en temps normal, chuchote-t-il.
Il a raison, ça me monte au ciboulot cette affaire. Savoir si l’autre groupe s’en sort me taraude. Quant à Julie qui est au milieu de tout ça, je n’en parle même pas. J’interroge aussitôt Nathan, qui me fait un compte-rendu :
— Bravo de Papa. Opération terminée pour Alpha. Pas mal de matériel saisi, deux clients arrêtés et tout le monde chargé dans les VAB sur le retour.
Je reste sans voix, Marc se marre.
— Papa de Bravo. Plus que nous et Lima sur le terrain ?
— Avec Faucon 2 qui progresse à pied. Je vous recontacte dès que nous avons la solution d’exfiltration. Terminé.
Mais quelle pénible ! Elle ne pouvait pas monter dans les VAB, non ?
— On est là, coincés sur un toit pendant que nos taxis se font canarder. Et eux, tranquilles, ils se font une petite rando, ironise Marc.
— Et les gars du groupe Alpha seront dans les hélicos d’ici une heure pour retour à Tessalit. Pourtant, je suis prêt à parier qu’ils préféreraient être à notre place.
— Tu m’étonnes. Ils vont râler d’avoir hérité de la mauvaise vallée.
Pendant quelques minutes, nous charrions nos collègues pour passer le temps, quand une explosion retentit. Lointaine, mais puissante. Suivie d’un calme inquiétant, un silence total qui nous laisse perplexes. Nous nous observons sans dire un mot, cherchant à comprendre ce qu’il se passe.
— Bravo de Papa. Lima rebrousse chemin. Assaillants trop nombreux. Un VAB perdu qu’ils ont fait sauter avant de partir. Terminé.
C’est logique, pas de matériel abandonné aux mains de l’ennemi, y compris en panne. Donc, plus de taxis. Je propose une option à l’équipe :
— On s’exfiltre à pied, même trajet qu’à l’aller. Tout le monde est OK ?
Les pouces se lèvent.
— Ce n’est pas ce que nous avons fait jusqu’ici qui va nous empêcher de nous enquiller des bornes, approuve Marc.
J’annonce le changement de plan à Nathan, qu’il valide. Laurent recalcule une navigation et c’est reparti !
Nous nous apprêtons à descendre du toit quand Nathan intervient :
— Bravo de Papa. On a un souci.
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