Fugitive - Tome 2 (French Edition)

Axelle Auclair · Chapitre 32 sur 40

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Fugitive - Tome 2 (French Edition)

Chapitre 30

 

Une pause sous les étoiles.

 

D eux heures plus tard, la peau encore voilée de sueur, je sors de la chambre pour prendre l’air, laissant Gaël étendu sur le lit, les traits détendus d’un homme heureux. Et surtout repu. La fraîcheur de la nuit me saisit, j’écarte grand les bras en fermant les yeux. Petit moment de grâce. Nous devrions modifier nos horaires de travail ici. Nous agiter la nuit et dormir la journée sous la clim.

La porte s’ouvre derrière, quelques pas étouffés par le sable, puis deux bras solides qui m’enlacent.

— Tu vas bien ?

— Très bien grâce à mon commando préféré qui a tenu toutes ses promesses.

— À ton service. S’il te faut des séances de corps à corps pour te remonter le moral, tu pourras toujours compter sur moi.

Ses lèvres qui frôlent ma peau provoquent un très agréable frisson. Il dépose un baiser au creux de mon épaule avant de s’écarter en me tirant par la main. Il m’emmène au fond du quartier, devant le mur de bastion wall. D’un mouvement souple, il saute sur le premier et commence à escalader.

— Suis-moi, chuchote-t-il.

Je m’agrippe au grillage qui maintient chaque cube de sable et je grimpe à mon tour ces trois mètres. Une fois en haut, la vue à 360 degrés de cette nuit sur le désert me projette dans une autre dimension, bien loin de nos problèmes. Une brise légère caresse mon visage, mes épaules, mes jambes. Des lumières isolées scintillent et c’est le calme total, les militaires dorment ou sont de garde.

Gaël est accroupi, il me tire par la main.

— Baisse-toi. Nous sommes à découvert, même s’il fait nuit.

Je m’installe entre ses jambes, puis m’adosse à son torse, lui m’enlace la taille. Nous restons contemplatifs, moi en short et pieds nus, je remue mes orteils dans le sable en admirant le ciel noir moucheté d’étoiles. Il ne manque que le bruit des vagues pour me croire sur une île, à l’abri.

Gaël embrasse à nouveau le creux de mon épaule avant d’y poser le menton. Mon silence commence à l’inquiéter, alors je serre sa main sur mon ventre. Ce petit geste ne lui suffit pas, je le sens.

— J’éprouvais juste un sentiment étrange : admirer une telle splendeur au-dessus de ma tête tout en étant cernée par le danger. 

— Je me suis souvent fait cette réflexion en opération. L’adrénaline, les tirs, les morts, tout va très vite et puis quelques heures plus tard, tout s’inverse. C’est calme, tu te poses pour observer sans trop t’en rendre compte et là, tu découvres que ce que tu as sous les yeux est magnifique. Tu ne l’avais même pas remarqué tant tu étais concentré.

— C’est le paradoxe de nos missions. Nous vivons des horreurs qui se déroulent dans des paysages superbes.

— Pour contrebalancer, je te propose que nous habitions dans un endroit calme et beau. Nous ferons de notre maison un lieu où se ressourcer.

Est-ce qu’il a parlé d’habiter ensemble ? Je n’y avais même pas encore songé. Le choix du lieu où poser notre nid d’amour est bien éloigné de mes préoccupations actuelles.

— Ton assurance sur la résolution positive de mon problème fait plaisir à entendre. Mais, à court terme, je suis plus pondérée.

— Je crois en la justice. Et le commandant Barriand a toute ma confiance. Il ne s’est pas démené depuis des mois pour que tout capote à quelques jours de la fin. C’est un requin croisé avec une anguille, tu verras qu’il te sortira de ce bourbier.

— Vivement. Et après, tu nous imagines dans quel coin ?

— Tant que je suis commando marine, je reste basé à Lorient. Le seul dans le sud est le commando Hubert, mais je ne suis pas nageur de combat.

— Lorient… je ne crois pas qu’il y ait de chasseurs alpins par là-bas, je rétorque en riant.

— Oh ? Tu es donc chasseur alpin ?

— Oui, du 27e BCA. Je pensais te l’avoir dit.

— Non. Je ne suis pas surpris en fait. Tu ne pouvais pas être tireur d’élite dans les transmissions.

— Exact et encore moins état-major[55].

— Pour déplacer les Alpes en Bretagne, nous verrons plus tard. Nous trouverons une solution pour vivre ensemble.

Bien vu, Gaël. Il vaut mieux changer de sujet, sinon l’un de nous jettera l’autre du haut du mur puisque le seul moyen pour être dans la même garnison, c’est que l’un de nous deux démissionne. Lui comme moi avons payé de notre personne pour décrocher un poste que nous voulions plus que tout, alors à part sortir du jeu sur blessure imprévue, ou provoquée si l’un de nous coupe un pied à l’autre discrètement pendant son sommeil, aucun de nous n’abandonnera son métier. Oui, changeons vite de sujet parce que je me raidis rien que d’y penser.

Ma réaction n’a pas échappé à Gaël qui resserre ses bras autour de moi.

— Julie, je t’aime.

Je sursaute. Gaël est loin d’être un fourbe, il n’a pas lâché ça dans l’unique but que je me détende. Il est trop honnête et franc. Mais tout de même !

— Tu choisis bien ton moment pour ta déclaration. C’est pour m’adoucir ?

— Je ne m’y risquerais pas, tu as les crocs trop longs. Je trouvais juste que l’instant était beau pour te le dire à voix haute. Nous sommes seuls, dans la nuit, sous un ciel magnifique et après avoir fait l’amour. C’est plutôt vivifiant de partager un tel moment dans un camp et après tout ce que nous avons vécu, non ?

Tu m’étonnes ! Nous sommes en plein romantisme, à croire que le haut de ce mur est l’entrée vers la quatrième dimension.

— Tu as raison, c’est juste parfait. D’ailleurs, je te propose de recommencer depuis le début.

Avec un immense sourire, il se lance d’une voix douce, visiblement ému.

— Julie je-ne-sais-plus-comment…

— Mathieu. Julie Mathieu.

Il me remercie en m’embrassant.

— Caporal-chef Julie Mathieu, je t’aime.

Mais qu’il est craquant, je fonds.

— Monsieur…

— Maître.

Je vais avoir du mal à me faire à ce grade, il ne pourrait pas dire « chef » comme tout le monde ? Mais soit et je le souffle contre sa bouche :

— Maître Gaël Kerriec, je t’aime.

Il en perd son sourire, mais au lieu de rester inerte, il pose sa main sur ma nuque en frôlant mes lèvres avant de m’offrir un long et langoureux baiser.

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Gaël

 

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