J’arrête le burn out en cuisine !
Jour 4 – La charge mentale : la préparation des repas, une tâche pas comme les autres
JOUR 4
La charge mentale : la préparation des
repas, une tâche pas comme les
autres
Imagine :
Ton conjoint Chéri et toi, vous recevez vos amis Seb et Véro à dîner ce samedi soir. Chéri vous a tous régalés de son plat phare, sa spécialité, son œuvre : les lasagnes au saumon et aux asperges fraîches. Comme à chaque fois, c’était délicieux, à se rouler par terre. Seb et Véro ne tarissent pas d’éloges, mais quel cordon-bleu ce Chéri !
Véro te glisse un regard envieux, tu as tellement de chance d’avoir un homme qui cuisine, et bien en plus !
Flash-back, retour sur la veille :
Entre les devoirs du grand et le bain du petit, tu penses à voix haute : « On fait quoi à manger demain soir ? » Chéri propose de faire ses fameuses lasagnes, ça roule !
Samedi matin, bon pied bon œil (non, tu serais bien restée couchée un peu plus longtemps), te voilà partie au marché pour chercher les ingrédients nécessaires, le nez rivé sur la liste de courses que tu avais soigneusement élaborée avant d’aller te coucher vendredi soir.
De retour en fin de matinée, tu ranges toutes les courses, tu fais à manger pour le midi et, en début d’après-midi, Chéri se met en cuisine. Tu en profites pour faire un grand coup de ménage, l’appart n’est pas présentable en l’état, puis tu amènes le grand à l’aquaponey, et en revenant tu prends un dessert à la boulangerie car vous n’aurez pas le temps d’en faire un.
Chéri, comme à chaque fois qu’il se métamorphose en chef étoilé, a transformé la cuisine en zone de guerre, du coup tu nettoies et ranges au fur et à mesure. Un lave-vaisselle tourne, tu le vides afin qu’il puisse contenir la vaisselle de ce soir. Puis tu dois aussi expliquer pourquoi ce n’est pas le même saumon que d’habitude, où se trouve la sauteuse que vous utilisez rarement et pourquoi tu as pris moins de quantités que ce qu’il pensait (parce que les enfants de Véro ne seront pas là).
Mince, tu n’as pas pensé à l’entrée ! Tu coupes vite fait quelques crudités, ça fera l’affaire !
19 heures pétantes, Seb et Véro arrivent avec l’apéro, tu vas pouvoir souffler.
Bon, tu fais quand même le service et tu débarrasses, tu programmes le lave-vaisselle, tu prélaves quelques casseroles qui, sinon, ne ressortiront que partiellement propres.
Ce que les invités ont retenu : mais qu’est-ce qu’elles étaient bonnes, ces lasagnes !
Caricatural ? Un peu, c’est vrai ! Mais surtout très énervant. C’est d’ailleurs le reflet de quelque chose qui me hérisse le poil : dans notre société, la cuisine rare et prestigieuse est du côté des hommes, la cuisine simple et de tous les jours est du côté des femmes. Il n’y a qu’à voir la répartition par genre du métier de chef ! Comme si la cuisine quotidienne était une activité de bas étage.
Pourtant, que ce soit Monsieur qui nous honore de son talent quand Seb et Véro viennent, ou un chef qui crée un plat, ou toi qui cuisines un jeudi soir, faire un plat, ce n’est jamais QUE faire un plat.
D’ailleurs, le chef a des commis, ton mec a souvent un commis (toi ? les enfants ?), mais toi, quand tu cuisines tous les jours, il n’est pas rare que tu fasses le commis, le cuistot ET la femme de ménage.
Genèse d’un plat de tous les jours
Pour en arriver à un plat dans une assiette, il faut :
avoir trouvé l’idée du plat, validée par tout le monde,
avoir fait une liste de courses pour qu’il y ait bien tous les
ingrédients,
donc avoir fait un tour des placards et du frigo pour voir ce qu’il
restait,
avoir fait les courses, potentiellement à différents endroits pour
satisfaire les préférences de tous, et les avoir rangées dans leur
endroit logique, et de sorte qu’elles soient accessibles facilement
à tous,
avoir cuisiné le plat (j’imagine tellement un petit rond comme sur
les plans dans les parcs : « Vous êtes ici » !),
gérer le service, le nettoyage de la cuisine, du four, de la hotte, de
la table, éventuellement l’évacuation de la poubelle, la vaisselle,
et le rangement du tout.
Et c’est bien sûr sans compter que cette « simple tâche » (faire un plat) s’inscrit dans une démarche globale de gestion du foyer en matière domestique (ménage, entretien, réparation, administration, gestion des enfants, etc.), et que la gestion domestique elle-même est englobée dans une vie professionnelle et personnelle.
Dans l’exemple cité plus haut, on est sur un plat de fête, qui sort de l’ordinaire. Certes, l’idée n’est pas de faire des plats qui nécessitent deux heures de préparation tous les soirs (ça va pas la tête ?), néanmoins, toutes les étapes qui s’ajoutent à celle de « cuisiner le plat », eh bien, on les vit au quotidien. Tous les jours. L’anticipation, les courses, et le back-office (vaisselle, rangement) FONT BEL ET BIEN PARTIE de la tâche « cuisine », mais on n’en parle jamais.
C’est bien la raison pour laquelle quand ton conjoint, avec toute sa bonne volonté, décide de te prêter main-forte quand il voit que tu en as marre en se mettant à éplucher deux carottes pendant la préparation effective du plat, ça ne change quasiment rien. Limite, comme il ne le fait pas assez souvent, il met trois plombes et tu te dis que t’as plus vite fait de le faire toi-même pour gagner du temps.
Du coup, ça crée souvent des incompréhensions et des frustrations des deux côtés : toi, parce qu’en plus, il faudrait lui rendre grâce de t’aider alors même que le mot « aider » te donne des aigreurs d’estomac, lui, parce que « tu n’es jamais contente et que tes exigences ne s’arrêtent jamais ».
C’est le point crucial : les hommes ne semblent pas comprendre les attentes de leurs femmes. Et la pomme de la discorde, il est temps de la nommer : il s’agit de la fameuse charge mentale.
Charge opérationnelle vs charge mentale
Ça fait maintenant de nombreuses années que la répartition des tâches domestiques au sein du foyer est devenue un sujet, et c’est une très bonne chose. L’écart de temps de travail domestique opérationnel entre les hommes et les femmes tend à légèrement diminuer, mais l’écart de temps de travail domestique global est toujours très présent, donc on ne va pas se mentir : on n’est pas sorti des ronces.
Le problème réside dans la définition et l’image globale véhiculée par les supports de com’ à propos de la charge mentale. Cette définition est floue, et ça permet aux Robert et aux Jean-Chachou de laisser leur part de poussière sous le tapis commun du salon.
Sur certains sites très bien référencés par Google, la charge mentale désigne « la charge cognitive, invisible, que représente l’organisation de tout ce qui se situe dans la sphère domestique ».
INVISIBLE. Ça donne un côté mystique, impalpable, antiscientifique qui fait le lit du doute, de la remise en cause et de la culpabilisation. J’aime pas.
Si on creuse, sur Wikipédia, « la charge mentale ménagère renvoie à de nombreuses actions du quotidien qui peuvent sembler anodines, mais qui occupent une place prédominante dans les pensées de certaines personnes (en particulier les femmes). Ce phénomène s’illustre à travers des tâches quelconques telles que s’occuper de la vaisselle, de la lessive, payer les factures, penser à la liste de courses, aller au supermarché ou encore appeler l’opérateur téléphonique, l’assurance ainsi que d’autres actions qui additionnées sont mentalement pesantes. La charge mentale ménagère ne consiste pas seulement dans la simple réalisation de ces tâches, elle s’exprime principalement dans le fait de penser à ces tâches. Ce sont ces pensées qui représentent “un poids”, l’esprit n’est pas libre car tout au long de la journée, il doit se rappeler les choses qui doivent être réalisées. […] ce qui représente une source de fatigue mentale et physique ».
Alors cette définition me pose un grave problème, parce qu’elle mélange tout. Elle met dans un grand chaudron tout le volet « réalisation des tâches ménagères » et tout le volet « énergie psychique du fait d’organiser, se rappeler, anticiper ». Du coup, Jean-Chachou, ben il est confus : on le bassine avec la charge mentale, soi-disant que ça toucherait plus les nanas, mais bon, si on regarde la définition de Wiki, il en assume une bonne part, quand même ! Ça lui arrive régulièrement de lancer un lave-vaisselle ou une machine, de payer des factures dans les temps, de gérer la bourde du fournisseur téléphonique, de faire à manger ! Bref, avec ce genre de définition, ça brouille les pistes, ça laisse les hommes dans l’inconnu de ce qu’ils devraient assumer si la répartition était réellement équitable. Je sais que certains tirent largement parti de ce flou artistique, mais je demeure persuadée que plein d’hommes ne comprennent pas ce dont on les « accuse », dans cette histoire de charge mentale.
Et de ton côté, cette absence de précision te fait douter de ta légitimité à « reprocher » à ton chéri son manque d’implication. Toi aussi, tu constates ce qu’il fait. Et il ne fait pas rien, c’est indéniable ! Tu te sens donc dans la peau d’un ogre qui n’est jamais rassasié. Tu en veux toujours plus. Est-ce bien normal, tout ça, ton chéri n’aurait-il pas en partie raison, ton exigence envers lui est-elle totalement fondée ?
Finalement, tout ça alimente le mythe selon lequel hommes et femmes ne se comprennent pas, et ne peuvent pas se comprendre car ils évoluent sur deux planètes différentes ! Le fameux « les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus ».
NON.
Il faut arrêter de se cacher derrière ce mythe qui sert à enclaver les femmes dans la panoplie de rôles, de traits de caractère et de tâches prétendument féminins ! On est tous sur la même planète. On vit dans la même réalité, bordel !
Il FAUT stopper ce flou, parce qu’il n’y a en réalité RIEN de flou dans la charge mentale. On peut mettre des mots dessus, on peut même faire des tableaux récapitulant des actions opérationnelles et les actions mentales, on peut même mettre des petites cases à cocher en mode « qui fait quoi » ! Il suffit pour ça d’introduire un autre terme dans l’équation, pour qu’elle devienne limpide : celui de charge opérationnelle.
En vérité, Wikipédia, désolée de te clasher comme ça, mais ta définition, c’est celle du travail domestique. Et le travail domestique, c’est la somme de la charge opérationnelle (actions) ET de la charge mentale (organisation et anticipation).
Et voici la répartition nette et tranchante que l’on propose concernant l’affaire.
La charge opérationnelle, c’est ce qui concerne le « faire », tout ce qui mobilise notre corps et nos muscles pour effectuer des actions motrices : écrire la liste de courses, se rendre au supermarché, lancer une machine, éplucher les carottes, nettoyer les chiottes, mettre un pansement sur le genou de choupinou.
La charge mentale, c’est ce qui concerne tout ce qui mobilise notre cerveau, notre esprit, notre bande passante : se concentrer, comprendre les choses pour les faire au mieux, anticiper, penser à, se rappeler de, faire en sorte que toutes les actions relatives à la charge opérationnelle s’imbriquent au mieux dans le quotidien de toute la famille : faire en sorte de penser à tout pour ne pas avoir à refaire des courses en catastrophe le jeudi à 19 h 12, penser à cuisiner en double pour la gamelle de demain, penser à acheter du produit pour pouvoir effectivement nettoyer les chiottes, penser que le choup’ prend 6 ans en novembre et que ça sera l’année de son rappel DTCP.
Et cette charge, elle est cumulative, c’est-à-dire que plus on avance dans notre existence, moins on a les capacités mentales de la supporter. D’où le fait que le burn out arrive souvent en milieu de vie, une fois qu’on a un travail, qu’on est installé depuis quelques années avec son conjoint, qu’on a des enfants, ou même à un moment où, comme Marie, tu n’es plus confrontée à un conjoint récalcitrant.
Il faut savoir enfin que la charge mentale te revient également à 100 % quand tu dois demander à ton chéri qu’il fasse les choses. Quand il fait une tâche parce que tu le lui demandes (charge opérationnelle), tu as pensé à tout ce qui gravitait autour de cette tâche (charge mentale).
Des stats officielles à se donner envie de se pendre avec ses poils de SIF
Il y a peu d’études sur le sujet de la charge mentale. L’institut Ipsos s’y est essayé en février 2018 avec son article « Charge mentale : huit femmes sur dix seraient concernées ». Et justement, ce qui est intéressant dans cette étude, c’est que nous retrouvons totalement notre Jean-Chachou, persuadé de parfaitement gérer sa part alors que… non !
Attention les yeux : « Ce décalage d’implication dans le quotidien explique notamment que 62 % des femmes souhaiteraient que les choses changent, 15 % d’entre elles n’en pouvant plus tandis qu’une femme sur deux désirerait que son compagnon propose de lui-même un changement. À l’extrême opposé, sept hommes sur dix (69 %) ne souhaiteraient pas que cela change. Un vrai paradoxe quand 87 % des hommes interrogés se déclarent prêts à s’impliquer davantage au quotidien pour soulager leur moitié. » (Je vais faire comme si le « pour soulager leur moitié » n’existait pas. Je souffle par le ventre. Ça va le faire. Pas taper.)
Les Jean-Chachou clament sur tous les toits qu’ils sont prêts à s’impliquer davantage… mais dans les faits, sept sur dix sont très bien comme ça et ne veulent pas que ça change. Quelle magnifique injonction aussi contradictoire que pernicieuse pour leurs nanas, isn’t it ?
Mettre des mots sur la charge mentale en cuisine
Il est important de savoir différencier charge mentale et charge opérationnelle, c’est-à-dire, de mettre des mots sur la charge mentale. Alors, allons-y : pour cuisiner un seul repas, voici le récap’ de la répartition entre les deux types de charges.
CHARGE MENTALE CHARGE OPÉRATIONNELLE
Penser à anticiper les choses pour ne pas Prendre son stylo et écrire une liste de
se retrouver dans une situation où il courses. manquerait au dernier moment un ou
plusieurs ingrédients.
Imaginer et décider de ce qu’on va manger
sur plusieurs jours pour ne pas faire les
courses tous les jours.
Passer en revue la recette dans sa tête pour
voir quels ingrédients manquent (répéter
cela pour toutes les recettes de la semaine).
Rendre la liste de courses la plus complète
possible.
Trier les ingrédients de la liste par rayon en
fonction de sa connaissance du magasin.
Prévoir le créneau de courses le plus Monter dans son véhicule et se rendre au
judicieux en fonction de la charge de travail, supermarché avec la liste. de l’école, des activités des enfants, de
l’organisation de la famille, des heures de
pointe aux caisses, etc.
Se demander si tous les ingrédients se
trouveront dans un même supermarché,
imaginer un plan B si ce n’est pas le cas.
Penser au budget total alloué aux courses Prendre sa CB et payer. par rapport aux dépenses du mois en cours.
Décider du plat que l’on fait en fonction du Éplucher les carottes. contexte (temps disponible, devoirs, temps
de cuisson, semaine ou week-end) y
compris calculer si chercher le numéro 2 à
son activité ne va pas tomber en plein milieu
de la phase de cuisson du plat.
Décider de l’ordre des différentes étapes de
réalisation du plat afin de ne pas mettre trois
heures ou qu’il n’y ait plus de poêle dispo au
moment de la cuisson.
Anticiper que, demain, tout le monde rentre
tard et sera crevé, donc décider de doubler
les doses ce soir pour être tranquille
demain.
Prendre en compte les éventuelles gamelles
du lendemain midi.
CHARGE MENTALE CHARGE OPÉRATIONNELLE
Prendre garde à ne pas crader toute la Cuisiner le plat. cuisine.
Choisir des ustensiles faciles à nettoyer.
Penser à nettoyer tout de suite la gazinière
pour que l’huile ne surcuise pas dessus,
devenant la plaie à nettoyer.
Penser à ne pas mettre la casserole d’eau
sur le feu le plus proche du bord de la
gazinière pour ne pas mettre les enfants en
danger pendant la pause pipi.
Penser à lancer le lave-vaisselle quand il est Remplir le lave-vaisselle. plein.
À lui remettre du liquide rinçage et du sel, à
nettoyer le filtre.
Savoir qu’il faut prélaver tel ustensile car
sinon il ressortira à moitié sale, le prélaver.
Nettoyer le plan de travail et la gazinière
pour que la crasse ne s’accumule pas par
respect pour la personne en charge de
l’activité ménage.
Quand, grâce au concept de charge opérationnelle, on définit clairement la charge mentale, on comprend enfin pourquoi tant de couples sont vus comme paritaires, mais ne le sont pas en réalité : ils peuvent paraître égalitaires, si l’on ne regarde que la charge opérationnelle, mais la parité du quotidien, c’est bien la charge opérationnelle ET la charge mentale. Et c’est bien là que, souvent, le bât blesse. Qu’il blesse carrément, même, le bât.
Dans une entreprise, c’est rarement la même personne qui est en charge de l’organisation, des achats, de la production et du service après-vente. C’est pourtant ce que tu fais tous les jours, en plus de tous les autres aspects de ta vie, et la cuisine est souvent le point culminant de ton ras-le-bol, car c’est une tâche qui revient tous les jours, plusieurs fois par jour.
Globalement, il n’y a pas mort d’homme si le ménage est décalé de quelques jours, de même qu’un rendez-vous à prendre (à moins d’une urgence médicale, mais ce n’est pas tous les jours !). Mais, pour qu’il y ait quelque chose à manger sur la table chaque jour, par contre, c’est toute une machine avec plein de mécanismes qui doit être bien huilée, et une machine qui doit fonctionner 365 jours par an.
Sans AUCUNE exception.
Minute journaling du soir, bonsoir !
Peux-tu essayer de chiffrer combien de temps te prend la « tâche » cuisine
dans la semaine, après avoir lu ce chapitre ?
Reprends le tableau de ce chapitre, à côté de chaque item, inscris 0 si tu ne le
fais jamais, 1 si tu le fais peu souvent ou parfois, et 2 si tu le fais régulièrement ou toujours. Fais ensuite la même chose pour ton conjoint et compte les points de chacun.
Quelles sont les tâches autres que la cuisine dont tu as la charge dans ton
foyer ? Liste-les.
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