J’arrête le burn out en cuisine !
Jour 14 – Déculpabiliser sur les aides extérieures (livraison, box, applis et autres stratégies)
JOUR 14
Déculpabiliser sur les aides
extérieures (livraison, box, applis et
autres stratégies)
Nous l’avons vu lors de la première semaine : nos grands-mères ont vécu un enfumage de l’espace. Les femmes travaillent, désormais, et on nous a fait passer ça comme une grande avancée dans leur émancipation.
Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit : c’est le cas ! Il y a eu de grands progrès dans la condition féminine au XXe siècle : travail, droit de vote, droit d’avoir son propre compte bancaire, contraception, droit à l’avortement… Il était temps, ça nous semble une autre époque aujourd’hui, et pourtant, c’était hier !
Seulement voilà, en ce qui concerne le travail, c’est une activité qui s’est cumulée avec le travail domestique. Elle ne l’a pas remplacée, elle n’a pas entraîné un partage équitable de ces deux formes de travail, non, non ! Il a fallu faire les deux !
Fucking culpabilité
Et alors même qu’elles se retrouvaient à doubler leurs journées, qui ne faisaient pourtant toujours que vingt-quatre heures, se sont ajoutées progressivement toutes les contraintes modernes dont on a parlé : d’abord la charge mentale (il fallait bien développer une organisation du tonnerre pour survivre à ça), et la charge émotionnelle (il fallait prendre soin de Robert, pauvre chou qui avait un travail important et harassant, lui !), puis la charge morale (nos assiettes ont un grand pouvoir, celui de détruire ou de sauver la planète !) et enfin, la charge féministe (refuser l’iniquité ménagère). Si on fait un mix de toutes ces pressions, la femme de 2021, quand elle rentre du travail, doit s’organiser pour cuisiner, chaque jour, des trucs savoureux et diversifiés, que ses enfants et son conjoint aiment, le moins industriel possible, le plus local et bio possible, et en plus se battre chaque jour pour que Jean-Chachou arrête de lui demander quoi faire pour l’aider et devienne ENFIN acteur des activités domestiques.
OUTCH.
Le corollaire de tout ça, c’est la CULPABILITÉ qui pointe quand tu n’arrives pas à satisfaire toutes ces conditions.
Tu n’arrives pas à t’organiser, tu sers les restes trop souvent, tu
ne trouves pas le temps de cuisiner des légumes à chaque repas :
et l’équilibre alimentaire, t’as pensé à la santé de tes enfants ?
Tu leur sers une pizza surgelée : nan mais allô, je suis sûre que
c’est bourré de conservateurs et de merdes pas bonnes pour la
santé, tu veux vraiment les empoisonner, en fait, tes enfants ! En
plus c’est si facile à faire et tellement meilleur !
Tu leur sers des poivrons en hiver : HAN mais c’est pas la saison,
et la planète ? Ils sont bio au moins ? Je suis sûre qu’ils viennent
d’Espagne, cultivés par des travailleurs exploités, honte à toi !
Tu cuisines pendant que Jean-Chachou regarde Le Petit Journal :
Nan mais t’as raté ta vie quoi, il devrait juste se lever et participer
à la préparation du repas, quel rustre ! Tu peux encore te regarder
dans une glace, après avoir accepté ça ?
Le pire ? C’est que ce ne sont même pas forcément les gens qui te font ces réflexions : c’est ta petite voix intérieure, si petite mais terriblement puissante ! Et je ne te parle même pas de ce qu’elle te dit quand tu oses te faire livrer un kebab, ou pire, te prendre un McDo à emporter.
Bon. Je ne vais pas faire l’apologie du McDo ou des pizzas surgelées dans ce chapitre. Par contre, je vais quand même tenter de tordre le cou à ta fucking culpabilité. Ensemble, on va faire un culpabilicide, OUAIS !
Et pour commencer, comme tu crois dur comme fer que ces aides ont été créées pour t’aider à surmonter ton quotidien, toi qui serais incapable de le gérer correctement, je vais te raconter une autre version de l’histoire.
Père Castor, raconte-nous une histoire !
Reprenons donc l’histoire au moment où nos grands-mères, précédemment transformées en fées du logis, ont dû reprendre le
chemin du travail (voir le jour 2).
Deux ou trois Robert Senior ont compris à ce moment-là qu’il y avait un sacré changement qui se profilait dans la société : « Diantre, les femmes travaillent, mathématiquement elles n’ont plus le temps de nous préparer chaque jour des ragoûts qui mijotent quatre heures ! »
Robert Senior aurait pu explorer tout bêtement le partage des tâches. Il aurait pu se dire : « Attends une minute : je travaille dix heures par jour, ma femme travaille dix heures par jour, le temps qu’elle passait avant dans la cuisine doit par conséquent être divisé entre nous deux dorénavant ! »
Ah ah ah ! Que nenni, Robert Senior a deux préoccupations dans la vie, qu’il a d’ailleurs transmises à sa descendance :
1. manger,
2. ne pas faire à manger.
Alors il s’est creusé les méninges, Robert. Et il a compris que, pour rester sur la digne ligne de conduite ancestrale, son seul levier était le suivant : il fallait que les femmes passent moins de temps en cuisine !
Et là où il a vraiment été fort (tu n’es pas prête, franchement on peut lui reprocher ce que l’on veut mais il est quand même très intelligent), c’est que non seulement il a réussi, mais en plus, ça lui a rapporté un max d’argent ! Attention les yeux, le génie de Robert Senior risque de t’éblouir, regarde bien ce qu’il a fait : pour continuer à manger, sans faire à manger lui-même, tout en réduisant le temps dans la cuisine de sa femme ET en se faisant des couilles en or, il a inventé, dans les années 1950-1960 :
les grandes surfaces (la femme de Robert n’a plus à perdre du
temps chez plein de petits commerçants),
et grosso modo dans le même temps, les plats industriels et le
micro-ondes (elle passe moins de temps dans la cuisine).
Petit mémo pour Jean-Kev qui demande des preuves
Le premier libre-service français, ancêtre du supermarché, a été ouvert en
1949 par… Édouard Leclerc ! Et le premier hypermarché français a été inauguré à Paris en 1963, il s’agissait d’un Carrefour, fondé par Marcel Fournier, Denis et Jacques Defforey, et Gustave Badin (quatre hommes, tiens donc !).
Le premier four à micro-ondes a été commercialisé en 1955 mais a été inventé
quelques années avant par Percy Spencer et Robert (ahah !) N. Hall.
Le premier plat industriel surgelé a été imaginé par un Américain, William L.
Maxson, en 1944. Les soupes déshydratées ? Encore un homme, Carl Heinrich Knorr !
Quelques années plus tard, Robert ne fait toujours pas la cuisine. Lui et ses potes industriels nagent dans des bains de billets verts. Bon, on ne va pas s’attarder aujourd’hui sur les impacts de la généralisation de tout ça au niveau social, écologique, économique et de la santé, Robert n’avait peut-être pas pensé aux conséquences à long terme de ses inventions, lui, il voulait juste ne pas faire à manger et gagner plein de pognon.
Ta grand-mère, elle, a perçu ces avancées comme étant spectaculaires et s’est dit que quand même, qu’est-ce qu’ils sont gentils tous ces Robert d’avoir inventé ça pour la soulager et lui permettre d’articuler plus facilement sa vie professionnelle et sa vie personnelle !
Changement d’époque, même mécanisme
Au fil du temps, chacun sait que les femmes devinrent « de plus en plus exigeantes ». Elles s’habituèrent vite au surplus de confort généré par les grandes surfaces et les plats préparés. Un jour vint où cela ne leur suffit plus : la femme de Robert voulut passer ENCORE moins de temps en cuisine.
(En réalité, la femme de Robert dut travailler toujours plus, et put encore moins consacrer de temps aux repas, mais bon. Chut.)
Alors on reprit le même mécanisme qui fonctionna si bien jadis, car Robert Junior mangeait toujours, ne voulait toujours pas faire à manger, et il voulait TOUJOURS gagner de l’argent sur ce phénomène. Dès lors se mirent à fleurir des drives, des épiceries en ligne, des livraisons de box à cuisiner, des coachings d’organisation en cuisine, des livraisons de plats à domicile ou de la vente à emporter. Le business de la charge mentale en cuisine était né. Gloire à lui !
Sur le coup, cela parut, encore une fois, une nouvelle avancée spectaculaire. Mais petit à petit, les femmes se sont retrouvées propulsées dans l’enfer des charges morales et féministes et des injonctions contradictoires : d’un côté, ces aides les ciblent directement et, de l’autre, elles culpabilisent énormément de les utiliser. Ce qui n’était pas du tout le cas de leurs grands-mères !
Grands-mères et petites-filles n’ont donc pas eu le même ressenti vis-à-vis de ces « aides ».
Mais qu’importe : elles ont faux toutes les deux.
À l’époque, ces aides n’ont pas été créées pour aider les femmes à articuler vie familiale et vie pro : il y a les conjoints pour ça, qui avaient déjà à l’époque deux bras et dix doigts et qui auraient pu choisir d’assumer leur part de quotidien.
Et, de nos jours, ces aides ne prolifèrent pas parce que la femme de 2021 est trop nulle pour trouver la bonne méthode pour tout faire entrer dans sa journée : pour ça, il y a encore et toujours les conjoints, qui ont toujours deux bras et dix doigts.
Ces inventions et services sont là pour t’aider, toi, femme, à mettre un bon petit plat dans l’assiette de ton homme affamé, en y passant de moins en moins de temps car tu travailles de plus en plus.
Parce que c’est toujours ton rôle.
Dis merci.
(Jean-Kev, avant d’ouvrir la bouche, jette un œil aux statistiques clients de ces services. Nous, on l’a fait. Quasiment que des femmes. Bisous.)
Déculpabilisons, berdol !
Il n’y a aucune honte à utiliser ces services, d’ailleurs, je le fais régulièrement. Ils répondent à un besoin des femmes de ne pas faire de burn out. La honte devrait plutôt se trouver du côté de Robert… qui ne fait toujours pas à manger ! Nous allons donc passer en revue ces solutions qui sont ce qu’elles sont : des petits pansements. Mais parfois, un pansement ça aide, et il n’y a aucune honte à vouloir en utiliser pour éviter les frottements et d’avoir trop mal, du moment qu’on ne croit pas que c’est le pansement qui va guérir la maladie !
Les aides extérieures
Le drive
Le principal avantage du drive, c’est le gain de temps : le déplacement est réduit à son strict minimum, celui d’aller chercher les courses, plus de déambulations dans les rayons. Certains magasins proposent même la livraison à domicile.
Deuxième avantage : la gestion du budget. En effet, on risque quand même moins d’être tenté par les têtes de gondoles, par les promotions, ou encore par les aliments doudous qui sautent dans le caddie quand on passe dans certains rayons.
Les épiceries en ligne
Beaucoup d’entre nous se tournent également vers des épiceries en ligne de produits bio afin de s’éloigner le plus possible de la grande distribution classique. La plus célèbre est sûrement Greenweez, même si elle est affiliée au groupe Carrefour.
Un autre modèle a émergé ces dernières années : les épiceries en ligne qui permettent d’acheter l’alimentaire bio à prix réduit moyennant une adhésion annuelle de soixante à quatre-vingt euros. Une fois cette adhésion payée, tu as accès à l’achat et à la livraison en point relais ou à domicile de produits entre moins 20 % et moins 50 % par rapport aux prix pratiqués en magasins bio. Ce système s’avère réellement rentable pour peu que tu commandes trois ou quatre fois dans l’année : forcément si tu payes l’adhésion mais ne commandes jamais, tu l’as payée pour rien !
Parmi ces structures, tu peux retrouver par exemple La Fourche, Aurore Market ou Kazidomi. Pour savoir laquelle te convient le mieux, va tout simplement visiter leur catalogue en ligne.
Les avantages se mesurent également en termes de temps, vente en ligne, livraison, je ne te fais pas de dessin.
Les box à cuisiner
Aujourd’hui, il existe également des entreprises qui te proposent le système suivant : via un système d’abonnement, tu choisis chaque semaine un certain nombre de recettes et un nombre de personnes, et tu reçois un colis comprenant pile poil les ingrédients qu’il faut pour les préparer.
Les leaders du marché sont sans doute Quitoque et HelloFresh, mais on commence à voir le développement de leurs petits frères en mode bio, végétarien, circuits courts, etc. C’est le cas par exemple de Rutabago, My Veggie box, Les Commis, et sûrement d’autres.
Avec ces box, on est sur un confort quasiment total. Certes, il faut
toujours cuisiner les repas, mais comme on l’a vu au jour 4, la cuisine comme tâche domestique n’est pas simplement le fait de cuisiner les ingrédients : grâce aux box, adieu la charge (mentale) du « Qu’est-ce qu’on mange ? » et du « Est-ce que j’ai bien tous les ingrédients ? » ! Grosso modo, il ne reste que la charge opérationnelle.
Le frein principal concernant ce système, c’est le budget, et l’autre inconvénient, c’est l’abonnement. Même si on vous fait croire qu’on peut se désengager quand on veut, moduler ou suspendre les envois, bref, que c’est flexible, on a vu de nombreux cas avec les mastodontes du game où, en réalité, c’est la plaie de se sortir du truc, et le harcèlement publicitaire est tout simplement dingue.
Il existe une sous-catégorie concernant les box : les box de plats cuisinés. Par exemple, Seazon livre des colis avec des plats déjà tout faits. Par contre, tu veux rire (ou pas) ? La plupart de ces box proposant des plats déjà cuisinés sont des box… minceur !
Les plats à emporter ou en livraison à domicile
Pas la peine de développer plus que ça cette catégorie, je pense que tu vois de quoi je parle : les restaurants qui proposent leurs plats également à emporter ou à livrer, certains via des systèmes comme Uber Eats ou Deliveroo, et qui posent bien d’autres problèmes éthiques, bref, ce n’est pas le sujet.
Si on reste strictement sur ce qui nous préoccupe aujourd’hui, à savoir le burn out cuisinesque, bien sûr, se faire livrer à domicile chaque jour des repas tout faits est le rêve de beaucoup d’entre nous, on ne va pas se mentir.
Problème : ponctuellement, ça passe, régulièrement, il faut hypothéquer un rein.
Applis, sites d’aide à l’organisation
Un peu en dehors des solutions précédemment citées, on va trouver un autre moyen d’alléger la charge mentale : des systèmes d’aide à l’organisation.
Par exemple, tu peux trouver des applications qui vont te créer des menus à partir de ce que tu as dans ton frigo et tes placards, comme Frigo Magic ou encore Jow. Ça peut être pratique, mais il faut savoir en pleine conscience où tu mets les pieds : les applications gratuites qui proposent ces services reposent généralement sur des gros groupes de grande distribution et une fois qu’ils t’auront aidée à générer tes menus et ta liste de courses… ils vont t’inciter fortement à faire tes courses chez leurs partenaires.
Bah oui. N’oublie jamais que si c’est gratuit, c’est toi le produit.
Des outils à utiliser en conscience
Si on devait résumer simplement ce chapitre, je dirais qu’il existe aujourd’hui des entreprises qui proposent des services qui allègent en partie la charge mentale liée à la cuisine.
Ce sont juste des outils, ce ne sont pas des baguettes magiques, et ils ne résolvent en aucun cas le problème principal : Robert ne fait toujours pas à manger, d’ailleurs Robert ne s’occupe ni de la commande des courses en ligne ni de celle des box, et en plus il râloute parce qu’il trouve ça trop cher.
Et on ne va pas non plus se cacher derrière notre petit doigt, le fonds de commerce de ces entreprises, c’est précisément que Robert ne daigne pas se sortir les doigts et que tu en aies ras les couettes, histoire de pouvoir te vendre le plus d’« aides » possible malgré ton sentiment de honte à les utiliser.
Justement ! Ça suffit de culpabiliser : tu ne vas pas finir foudroyée sur-le-champ si tu les utilises de temps en temps ! Que tu sois seule, en couple, que tu travailles beaucoup, ou moins, ou pas, si tu as envie d’utiliser ponctuellement ces services pour quelques jours dans ta vie ne pas avoir à te préoccuper de cuisiner, c’est O.K., tu as le droit, et personne, strictement personne n’a à te dire quoi que ce soit !
(Ou sinon, « Personne », il a qu’à venir te faire à manger.)
Minute journaling du soir, bonsoir !
As-tu déjà fait appel à ce genre de services ?
Si tu ressens de la réticence à le faire, quels sont tes freins ?
OceanofPDF.com
OceanofPDF.com