J’arrête le burn out en cuisine !

Marie Duboin · Chapitre 13 sur 27

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J’arrête le burn out en cuisine !

Jour 9 – Les privilèges masculins : les repérer et en parler

JOUR 9

Les privilèges masculins : les repérer

et en parler

 

Patriarcat : « Circulez, y a rien à voir, tous les hommes sont à jour de leurs tâches ménagères, YE SOUIS MORT. »

Hommes : « YAAAAAY on est trop bons, bro ! »

Femmes : « YAAAAAAAAY on a gagné, nos mecs sont enfin féministes. »

Patriarcat : *se frotte les mains*

Reprenons où je t’avais laissée hier : je disais donc que ce n’était pas à toi de transformer l’homme qui partage ta vie, mais à lui de se déconstruire.

 

Les privilèges des êtres humains de genre masculin : pourquoi est-ce si difficile pour eux de les identifier et d’y renoncer ?

Cette question, cela fait des années que je me la pose au sujet de l’écologie, et voilà ce que je me dis : les pays dits « développés » sont les acteurs majeurs de la crise climatique tout en étant ceux qui, globalement, en subissent pour le moment le moins les effets. Et le tout, on le sait, au détriment total des pays pauvres qui, eux, prennent de plein fouet les conséquences climatiques, économiques et humanitaires des décisions politiques et commerciales des géants. Ces derniers sont tellement privilégiés par rapport aux populations des pays pauvres que les plus pauvres de ces pays restent tout de même, d’une certaine façon, privilégiés par rapport aux plus pauvres des pays pauvres.

On se connaît un peu maintenant, donc tu imagines bien que je déteste utiliser ce terme de privilège pour parler des êtres humains en situation inacceptablement plus que précaire dans notre pays, mais je n’ai pas trouvé d’autre terme pour raisonner à l’échelle de systèmes économiques et géopolitiques. Parce que, bien sûr, à l’intérieur de ces pays « riches », il existe des inégalités fortes et des conditions de vie totalement inacceptables ; évidemment, tous ces citoyens ne sont pas des connards individualistes insensibles au sort des populations des pays défavorisés : et pourtant, à l’échelle systémique, tous participent bel et bien à l’oppression des populations des pays pauvres, plus ou moins indirectement, ne serait-ce que par leurs choix de représentants politiques, et par leurs choix de consommation.

On aimerait bien ne pas être oppresseurs, en réalité, on déteste cette image de nous-mêmes, et on s’en défend. Il n’en reste pas moins qu’il ne nous est pas possible aujourd’hui de vivre autrement que conformément à un standing minimum, or, ce minimum fait déjà partie du problème.

Tu suis mon raisonnement ? Eh bien, maintenant, relis les précédents paragraphes en remplaçant « les êtres humains des pays développés » par « les hommes » et « le système oppresseur du changement climatique » par « le patriarcat ». Surpriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiise ! La logique s’avère similaire !

Dans les deux cas, l’appartenance au groupe « dominant » rend difficile la prise de recul concernant les privilèges de chacun, et encore plus difficile leur abolition. Ce n’est ni une excuse pour continuer pareillement, ni une forme de culpabilisation, c’est juste un constat. Et, tout comme il nous appartient de refuser de participer à un système d’oppression économique, commerciale et climatique, c’est aux hommes de refuser de participer au système patriarcal d’oppression des femmes. Personne ne peut y renoncer à leur place, et surtout pas les femmes !

Et cela passe par trois actions fortes :

arrêter de demander aux femmes de prouver l’existence des

oppressions dont elles font l’objet. Demander à une femme qui

subit l’oppression sexiste systémique, chaque jour, dans chaque

domaine de sa vie, de prouver que cette oppression existe à un

individu appartenant, de par sa naissance, au groupe

« dominant », c’est comme demander à une personne noire de

prouver que le racisme existe bel et bien, ou à un·e

homosexuel·le que l’homophobie n’est pas un mythe : putain les

gars, vous êtes vraiment sérieux, là ? ;

arrêter de demander aux femmes de trouver des solutions pour

sortir de cette oppression tout en veillant à ne pas trop écorcher

l’ego et les privilèges masculins : c’est aux hommes de quitter

cette position, pas aux femmes de créer un monde de licornes à

paillettes où les hommes pourraient conserver leurs privilèges tout

en s’impliquant plus dans le quotidien ;

revendiquer ce qu’ils appellent leur féminisme auprès des autres

hommes, et pas auprès de femmes via des comptes Instagram

tout beaux tout propres pour en tirer gloire et prestige : on veut

des actes, pas des photos et des beaux posts !

 

Prendre conscience de ses privilèges

Problème : le truc avec les privilèges, c’est que, pour pouvoir y renoncer, il faut savoir les identifier, les conscientiser, et prendre du recul par rapport au confort indéniable qu’ils nous procurent. Il semble qu’il soit à peu près aussi difficile pour nous, citoyens des pays riches, de prendre conscience que OUI, on a bel et bien des privilèges même si on galère financièrement dans nos vies, que pour les hommes d’admettre que :

OUI, le fait de pouvoir se sentir libre de faire des heures sup’

impromptues et rentrer à pas d’heure, ce n’est pas drôle mais

OUI, c’est quand même un privilège, parce que la plupart du

temps, les femmes ne peuvent tout simplement pas s’autoriser à

le faire (au détriment de leur avancement de carrière) car sinon,

qui va chercher les enfants chez la nounou, ou à la garderie, qui Sauf que c’est hors sujet. Parce qu’on ne parle pas d’un homme qui fait du mal à une femme vs une femme qui fait du mal à un homme, on parle d’une femme qui fait du mal à un homme vs un système structuré qui vise à opprimer toutes les femmes, jour après jour.

veille à ce qu’ils mangent à une heure raisonnable et aient leur

quota de sommeil ? ;

que OUI, le fait de pouvoir dire « je sais pas ce que j’ai envie de

manger, je m’en fous en fait, tout me va, décide, toi ! » EST un

privilège ;

que le fait de pouvoir s’autoriser, au travail, à ne pas penser à ce

qu’on va manger ce soir en famille et à ne pas se demander si on

a tout dans les placards et donc, s’il faut faire des courses en fin

de journée ou non, EST un privilège.

Avoir des privilèges, ce n’est pas une honte, c’est un fait

Avoir des privilèges, en soi, ce n’est ni bien ni mal, c’est un fait, c’est être né à une époque donnée dans un groupe dominant. Ce n’est pas un choix ! En revanche, en prendre conscience peut permettre à terme à tout un système d’évoluer vers moins d’oppression. Car être conscient d’avoir des privilèges, c’est devenir capable de décider de ce qu’on en fait et de comment les utiliser.

 

Le not-all-men ou le fameux « mais je ne suis pas comme ça ! »

On l’a vu, personne n’aime faire partie des oppresseurs, on s’en défend, et les hommes le font par le biais du fameux not-all-men. Cette pratique consiste à répondre à une femme qui raconte son histoire ou qui expose ses convictions : « Oui mais tous les hommes ne sont pas comme ça, d’ailleurs JE ne suis pas comme ça. Il faut arrêter de dire que les femmes sont parfaites et que les hommes ont tous les torts : c’est faux, et d’ailleurs, les femmes aussi font du sexisme inversé et nous, les hommes, pouvons en souffrir. Je connais une femme qui s’est conduite comme une vraie perverse narcissique avec mon cousin, ça existe ! » Le mec qui te dit ça a réellement l’impression d’avoir démontré par A + B que tu avais tort, comme si finalement, si un item seul vient contredire le postulat de base, alors ce postulat est faux.

Avoir des privilèges, appartenir à un groupe oppressif, ne veut pas dire qu’on ne subit aucune pression ni aucune injustice ! Mais il n’en reste pas moins qu’on n’est pas sur le même niveau : on ne peut pas comparer une oppression individuelle, c’est-à-dire issue d’une personne dotée d’une personnalité très destructrice, à une oppression dite systémique, c’est-à-dire construite et entretenue par un groupe d’individus « dominants » auprès d’un autre groupe d’individus. C’est pourquoi on dit que le sexisme inversé n’existe pas, tout comme le racisme inversé n’existe pas.

Aujourd’hui, en France, une femme meurt tous les trois jours sous

les coups de son compagnon ou ex-compagnon, souvent après

de nombreuses plaintes classées sans suite.

Aujourd’hui, en France, des milliers de femmes se voient refuser

un emploi car le risque de grossesse embête l’employeur.

Aujourd’hui, en France, le patrimoine des femmes à la fin de leur

vie est nettement moins élevé que celui des hommes1.

Aujourd’hui, en France, la répartition des tâches ménagères n’est

toujours pas égale, et on ne parle même pas de la charge mentale

qui est difficilement quantifiable.

Tout ça parce que le système actuel favorise et protège les hommes.

C’est si difficile de sauter l’étape de l’ego et de dire juste : « Oui, je comprends mille fois votre combat, et je compatis » ? De dire : « Et moi là-dedans, que puis-je faire pour faire avancer les choses » ?

Le not-all-men, c’est l’arbre qui cache la forêt, c’est pour l’homme l’occasion de se dédouaner de sa responsabilité collective.

 

Pourquoi je te raconte tout ça à TOI, une femme ?

Oui, pourquoi je parle de ça dans un bouquin qui, je le sais, sera lu en immense majorité par des femmes ? Enfoncé-je des portes ouvertes ? Dépensé-je mon énergie pour rien ? (Suis-je fatiguée par ma journée d’écriture et cela se ressent-il sur la grammaticalité approximative de mes phrases ? Oui. Sauras-tu me le pardonner ? J’en suis sûre.)

Eh bien non. Je suis persuadée que cela peut être utile, et ce, pour deux raisons.

Premièrement, parce que je veux que tu saches que ton sentiment de fatigue de devoir expliquer à ton mec pourquoi non, ce qu’il croit égalitaire ne l’est en fait pas est NORMAL. Que ton agacement de devoir l’éduquer l’est tout autant. Que ton interrogation sur le fait de savoir pourquoi il ne creuse pas plus la question de ce qui cloche dans votre répartition de la gestion du quotidien, est légitime.

Le but premier de ce livre, c’est que, quoi qu’il arrive, tu te sentes légitime dans ton ressenti.

Mais, et c’est là le deuxième point, je me rappelle aussi que j’ai eu besoin, moi aussi, de quelqu’un qui me mette sur la voie de la compréhension de ce qui se jouait réellement dans nos sociétés à propos des diverses oppressions et privilèges (merci, frangin !). Et je me dis que te donner des éléments de compréhension sur ce dans quoi les hommes que tu côtoies sont pris peut te permettre de faire avancer les choses à une échelle individuelle.

 

Comment mener une discussion sur les privilèges masculins ?

Et si, justement, tu souhaites mener cette discussion avec ton chéri, laisse-moi te donner quelques conseils.

Avec qui ?

Tout d’abord, garde à l’esprit que cette discussion ne sera peut-être pas possible avec tous les hommes, et donc, peut-être pas avec le tien. Ou peut-être qu’elle sera possible, mais pas maintenant, pas de but en blanc.

Mon côté radical me hurle que « FUCK l’ego masculin, berdol ! », mais en vrai, je ne parle pas de la même manière de ce sujet avec tous les hommes de mon entourage. Avec certains, je peux en parler quasiment comme avec d’autres femmes, mais pour d’autres, qui n’en sont pas au même point de déconstruction, je dois me montrer beaucoup plus pédagogue, et amener les choses petit à petit, un concept à la fois. C’est comme ça ! Par contre, je ne parle de ça qu’avec des hommes que je connais. Pas de discussions stériles et chronophages sur les réseaux sociaux !

Déterminer l’objectif

Le truc pour ce genre de discussions, c’est de savoir d’où l’on part, jusqu’où on veut aller, et les étapes pour y arriver. Et donc la question numéro 1, c’est : quel est l’objectif ?

L’objectif ultime, c’est que ton chéri sorte de sa zone de confort pour assumer sa part de charge mentale et émotionnelle dans votre quotidien.

Et pour cela, le premier pas est que ton chéri prenne conscience du fait que, s’il ne voit pas l’étendue de ta charge mentale, cela est directement lié au fait qu’il a des privilèges. C’est même un de ses plus gros privilèges ! Il a le privilège de pouvoir ne consacrer ses mirifiques capacités d’anticipation, d’organisation et de gestion qu’à son boulot, et de dire ensuite soit qu’il ne voit pas de quoi tu parles quand tu mentionnes la charge mentale (hum, et la marmotte… ?), soit de décréter qu’il le fait suffisamment au boulot et qu’à la maison, il veut se détendre. Ce privilège, toi, tu ne peux pas te le permettre car, sinon, le quotidien se transformera en véritable chaos.

Mais, comme on l’a vu plus tôt, sa première réaction sera probablement un déni plus ou moins massif, c’est pourquoi je t’ai également donné des éléments à propos du mécanisme du not-all-men.

Refuser fermement mais gentiment le mansplaining

Cette pratique consiste, pour un homme, à t’expliquer ce que tu devrais ressentir et comment tu devrais agir sur une problématique qui te concerne toi. Une des règles de base dans le cadre de cette discussion doit être que ton mec accepte de t’écouter, de t’entendre et de se mettre à ta place, et non regarder ta place sous le prisme de ses privilèges.

Utiliser la communication non violente

Pour rester dans une discussion sereine, tu peux utiliser les grands principes de la communication non violente, et en particulier éviter d’utiliser un « tu » qui peut facilement être ressenti comme accusateur, jugeant ou moralisateur dans ce genre de discussions, et qui a pour effet de renforcer le réflexe défensif dont je parlais au début, au lieu de le dissiper !

Tu peux également en profiter pour respirer un grand coup et réviser tes quatre accords toltèques !

Ne pas se transformer en Don Quichotte

Bien sûr, ne le fais que si tu sens que la discussion sur le sujet est possible, que si tu as l’énergie pour le faire sereinement, et seulement si tu te sens capable d’encaisser un « échec » de l’échange !

Je ne veux pas que cette discussion constitue une injonction pour toi. Ni que tu remettes forcément tout en question si tu estimes que ton conjoint n’est pas encore capable de la recevoir, ou que tu n’as pas l’énergie de le faire. Cette étape comme toutes les autres n’est pas une obligation : écoute-toi TOI d’abord. Promis ?

 

Minute journaling du soir, bonsoir !

Que ressens-tu si je te dis : tu es privilégiée ? Par rapport à quelle catégorie de

population pourrais-tu l’être et en quoi consisteraient tes privilèges ?

As-tu pu évoquer la question des privilèges avec ton conjoint ?

Est-ce que chacun de vous est au clair avec ses propres privilèges ?

 

1. Podcast Slate : « Rends l’argent ».

OceanofPDF.com