J’arrête le burn out en cuisine !

Marie Duboin · Chapitre 14 sur 27

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J’arrête le burn out en cuisine !

Jour 10 – Agir en famille

JOUR 10

Agir en famille

 

Chez Juliette, le soir, en semaine, il faut que ça aille vite. Parce que bon, après être rentrée, avoir aidé aux devoirs, s’être occupée des enfants, avoir supervisé les douches, les oreilles, les ongles, il est déjà au mieux dans les 19 heures, 19 h 30 et elle sait que les enfants, si elle veut qu’ils soient couchés à une heure raisonnable, il faut les faire manger à une heure raisonnable, donc ben, entre l’épluchage, le découpage, la cuisson, en vrai, il ne reste pas beaucoup de temps pour cuisiner le repas.

Juliette a donc une horloge dans la tête, réglée sur « timing enfants ». Et rien que ça, c’est un stress insidieux qui ne la met pas dans de bonnes dispositions pour avoir la patience de cuisiner avec ses petits loups enthousiastes certes, mais pas forcément très dégourdis – et surtout, bavaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaards alors qu’elle, elle a la tête en pâte à prout.

Mais elle n’a pas que ça dans la tête, elle a aussi des restes de son taf, les papiers à pas oublier de rendre signés demain pour l’école, le rendez-vous dentiste qu’elle n’a pas eu le temps de prendre mais-pour-le-moment-il-est-trop-tard-et-faut-pas-l’oublier-demain, sans

oublier sa rage quand elle a entendu comment le monde tourne les quatre minutes où elle a allumé la radio dans la voiture.

Alors quand ses enfants viennent la voir, hyper motivés, pour l’aider en cuisine, elle botte en touche, non sans une pointe de honte de ne pas prendre le temps de les éduquer à se débrouiller en cuisine.

Rappelle-toi, au troisième jour, on a vu qu’il était important d’amorcer un virage éducatif envers nos enfants pour permettre à la répartition des tâches au sein de leur futur couple d’évoluer naturellement vers plus d’équité.

Bon.

Mais même si je suis sûre que tu es très intéressée par le fait de poser les bases d’une existence meilleure pour tes enfants quand ils seront adultes, une partie de toi souhaite améliorer TON quotidien, là, maintenant, TOUT DE SUITE. Non, tu n’es pas égoïste, c’est tout à fait normal et souhaitable, tu as le droit de te préoccuper de ton besoin d’alignement maintenant. Ta vie de maman ne se résume pas à te sacrifier pour que tes enfants aient une vie meilleure, tu as le droit de rechercher les moyens d’améliorer la tienne. Voilà, c’est dit, cœur avec les doigts.

Dans cette quête, je parie que tu as déjà rêvé que tes enfants, si tu en as, en petits cuistots miniatures, puissent t’aider tous les jours en cuisine. Mais je suis presque sûre que ce rêve est resté lettre morte.

 

Faire participer les enfants en cuisine ?

Je constate souvent que la vie de famille est la plupart du temps, quand même, une organisation humaine très hiérarchisée, avec des rôles bien définis, dans laquelle on demande aux enfants de ranger leur chambre et leurs objets et de réaliser quelques tâches quotidiennes ; mais finalement, souvent, on les laisse dans une position d’exécutants : ils sont censés obéir aux ordres que leurs parents leur donnent, bon gré, mal gré, genre « je suis exploité parce qu’on me demande de charger le lave-vaisselle alors qu’en vrai j’ai sali qu’une seule assiette ».

Sauf que je ne sais pas pour toi, mais moi, mes enfants, ils veulent qu’on les traite comme des grands pour plein de trucs comme la gestion des écrans, sortir avec leurs petits potes, tout ça, mais bizarrement, quand il s’agit des tâches quotidiennes chiantes, là il n’y a plus personne. Pourtant, je dispose de quelques punchlines efficaces ! Lorsqu’ils me font le coup de dire « nan mais c’est pas moi qui ai sali les assiettes de tout le monde, je vois pas pourquoi je mettrais toutes les assiettes au lave-vaisselle », je leur réponds invariablement quelque chose du style : « Écoute mon chou, je ramasse et je lave tes slips sales quand j’en vois, je le fais sans râler, et pourtant, c’est pas moi qui ai prouté dedans, alors bon, si tu veux pas débarrasser mon assiette, ben, j’arrête de laver tes slips. » Dit avec humour, c’est juste une manière de leur faire comprendre que la vie ne s’arrête pas à leur propre assiette, il y a un monde de slips sales derrière qui ne se gère pas par magie.

Par contre, mes enfants, pour la cuisine, ils sont plutôt volontaires, c’est moi qui coince. Je vois d’ici Jean-Kévin dire : « KEWHAAAT ? La meuf, elle se plaint d’être noyée dans sa cuisine, mais elle refuse l’aide de ses enfants ? Nan mais c’est bon, elle cherche sa noyade, quoi. »

Mes enfants, ils adorent « aider » en cuisine. Le hic, c’est qu’ils sont LENTS. LENTS. Mais LEEEEENNNNNTS ! En semaine, c’est juste pas possible, à la rigueur je leur file un concombre à éplucher et à découper, ça leur fait leur B.A. de la soirée pendant que je fais tout le reste, mais je ne peux pas cuisiner AVEC eux. Ça serait un suicide organisationnel et émotionnel. Et pourtant, je rêverais d’arriver à les autonomiser là-dessus, déjà parce que ça serait un gain de temps, et puis aussi pour eux, pour leur futur, quoi, c’est vraiment un de mes objectifs !

Mais en semaine, pour les mêmes raisons que Juliette, c’est juste impensable.

Bien sûr, je pourrais simplifier les repas pour rendre leur préparation accessible aux enfants. Mais honte à moi, en semaine, je suis bien obligée d’avouer que je n’aime pas particulièrement partager ce moment avec eux, car, à ce moment précis, ils sont davantage une charge supplémentaire qu’un poids en moins. Simplifier les repas, je m’y astreins, c’est un très bon conseil, d’ailleurs je te le donne, mais pour TOI, pour te simplifier TA vie, pas pour permettre d’intégrer à ta vie une contrainte supplémentaire – expliquer aux enfants les tâches qu’ils doivent faire, surveiller qu’ils les fassent comme il faut, qu’ils ne se coupent pas au passage, trépigner en voyant le temps qui passe parce que t’as envie que ta journée se termine vite… Bref, tu m’as comprise.

Eh bien, accroche-toi : tu as le droit de t’autoriser à ne pas éduquer les enfants à ce moment-là. Y a plein d’autres moments pour l’éducatif, des moments qui te feront plaisir ou bien où tu seras plus patiente et disponible.

Bon, une fois que j’ai dit ça, ça va déjà mieux, un bon poids est parti, celui d’être une mère exemplaire qui éduque ses enfants de manière exemplaire. ADIOS petite injonction, va donc rejoindre tes copines au pays des injonctions.

Mais du coup, je me dis : « O.K., pas la semaine, mais le week-end, quand j’ai plus de temps, quid des enfants en cuisine ? Ils sont volontaires quand même, ça serait dommage de s’en priver ! »

Et là, si je suis honnête avec moi-même (et avec toi au passage), ben, je n’intègre pas systématiquement les enfants en cuisine le week-end, loin de là. Je le fais davantage, mais c’est pas ouf non plus. Je me retrouve alors face à moi-même : je n’aime pas spécialement cuisiner avec les enfants. Je n’aime pas spécialement le leur apprendre, c’est mon truc, un truc que j’aime faire seule ou avec des êtres humains entièrement autonomes. OUI MAIS DU COUP comment je leur apprends à s’autonomiser en cuisine, à ne pas être un poids sur leur futur·e conjoint·e ?

Eh oui, le burn out en cuisine, c’est ça aussi. La cuisine, ce n’est pas qu’éplucher, découper des aliments et les cuire ensemble. C’est un pays bien plus vaste qu’il n’en a l’air : c’est toutes les questions annexes qu’on se pose, y compris la question éducative et toute la pression qui va avec.

 

Pourquoi contrôle-t-on autant ce qui se passe en cuisine ?

La vérité, c’est que, pour la plupart des femmes, c’est tellement une question de survie mentale, de cuisiner vite et bien, parce qu’elles sont seules à assumer l’ensemble du processus, qu’elles sont devenues des maniaques du contrôle. Et j’insiste : ce n’est pas parce qu’elles aiment faire à manger, qu’elles se sentent naturellement prédestinées à le faire, ou qu’elles imaginent que personne ne le fera aussi bien qu’elles… NON : c’est parce que c’est devenu une tâche tellement prise de tête et chronophage que ce qu’elles font vite et bien, elles ne vont pas le confier à un autre être humain qui non seulement mettra des plombes, mais qu’il faudra qu’elle supervise, encourage et remercie. BIM BAM BOUM, le repas est fait, on mange, point barre.

Et ce contrôle est tellement ancré en nous comme un paramètre de survie mentale qu’il perdure même quand on n’a plus besoin de l’activer. Il demande un réel effort cognitif pour être dépassé, pour relâcher la pression, la pression sociale autour du repas, la pression du temps, la pression de la perfection que l’on peut s’imposer parfois.

Déso Jean-Kev, mais non, je sais que c’est l’un de tes arguments star, mais les femmes ne sont pas maniaques du contrôle, exigeantes par nature, ni par plaisir, ni pour emmerder les hommes ou les enfants.

Je pourrais me déguiser en gourou du développement personnel et te vendre comme le plus précieux des conseils pour passer au-delà de ce contrôle : « Lâche-toi la grappe, laisse les autres faire, ce qui ne sera pas fait par toi est une chose de moins à faire pour toi. »

Mais cela serait encore une injonction. L’injonction moderne de la nana cool, qui sait prendre du recul, qui contrôle ses émotions, et qui révèle ainsi au reste de sa famille la meilleure version d’elle-même.

Moi, je te dis : si tu ne te sens pas de le faire comme ça, d’emblée – et c’est normal, je te rassure, c’est plus facile à dire qu’à faire – alors on va considérer que ce contrôle, c’est l’arbre, que cet arbre, il cache une forêt, et donc, on va laisser pour le moment cet arbre tranquille là où il est, le contourner, et examiner ensemble cette fucking forêt.

Marie, dans le plan du bouquin, à ce jour, elle avait mis comme suggestion de mettre en place un conseil de famille, une fois par semaine, pour établir les menus ensemble.

Mais ce conseil de famille peut aussi servir à d’autres choses : en particulier, examiner la question des besoins de chacun. Et il est donc temps que tu te penches sur… les tiens. Tes besoins sont ta forêt personnelle, que ta passion du contrôle tente de masquer et de discipliner.

Cela peut être le besoin d’être tranquille, de te retrouver, de te

vider la tête – j’en ai déjà parlé.

Cela peut être d’être aidée, en semaine, surtout pas par des êtres

humains dotés de bonnes intentions certes, mais qui ajoutent de

la charge !

Cela peut être aussi le besoin de ne plus être aidée, mais

réellement accompagnée dans cette tâche, par un membre de la

famille autonome qui puisse cocuisiner.

Cela peut être des besoins en termes d’organisation, mais aussi

en termes de tâches périphériques : c’est très utile d’avoir

quelqu’un qui, au fur et à mesure, débarrasse, lave, range,

nettoie. Après tout, nettoyer et ranger fait aussi partie de la

cuisine !

Cela peut enfin être des besoins en termes d’ambiance, et là c’est

un point très important. Dans le burn out en cuisine, l’ambiance

pèse très lourd dans la balance. Quoi de plus blasant, quoi de

plus décourageant, que de surmonter le volet organisationnel,

puis le volet opérationnel, pour finalement se heurter à des

enfants qui traînent pour venir à table, qui critiquent le repas, au

moins une fois sur trois, voire une fois sur deux ! Ça aussi, c’est

usant. Ça aussi, ça participe au fait qu’à un moment, le repas

n’est plus du tout un moment de plaisir partagé mais de stress

divers et variés. Donc, ça aussi, ça peut faire partie des choses

discutées dans ce fameux conseil de famille.

Voilà donc ta mission du jour, chère padawan, elle consiste non pas à constituer un conseil de famille – ça, tu le feras si tu le souhaites –, mais à dresser la liste de tes besoins profonds. Car être au clair avec ce dont on a besoin, c’est le premier pas pour le formuler et trouver une trajectoire de vie dans laquelle tes besoins seraient un jour assouvis.

P.-S. : et si tu te sens de tenter l’expérience « lâchons-nous la grappe, berdol », va faire un tour chez les Monkettes anonymes au

jour 11 !

 

Minute journaling du soir, bonsoir !

Si tu devais faire un état des lieux actuel de tes enfants vis-à-vis du travail

domestique, ça donnerait quoi ?

Quel est le moment de la semaine où tu te sens le plus à l’aise pour partager

des tâches domestiques avec tes enfants ?

Vers quoi aimerais-tu tendre comme organisation ? Partage cela avec tes

enfants, échange avec eux, et si besoin, aide-toi d’un support visuel adapté à leur âge.

 

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