J’arrête le burn out en cuisine !
Jour 13 – En parler : la minute sororité
JOUR 13
En parler : la minute sororité
« Les copines c’est comme le gras, c’est la vie. »
Herveline et Marie, un mojito à la main, été 2020
Depuis le début de ce livre, on a essayé de t’expliquer que le burn out en cuisine, c’était quelque chose de construit, une espèce de bulldozer sociétal qui se fait passer pour une mouche. Cette société t’a fait croire que tu avais un problème individuel qui pouvait se résoudre avec des comportements individuels : organise-toi mieux, lâche prise, fais ci, ne fais pas ça.
Et puis surtout : cette société t’a fait culpabiliser. Tu te plains pour rien, c’est pas si pire, c’est pas compliqué quand même, les autres y arrivent, si tu n’y arrives pas, c’est parce que tu n’appliques pas telle méthode, tu es égoïste, tu es fainéante, tu es une mauvaise mère, j’en passe et des meilleures.
Bien évidemment, ce n’est pas toujours aussi binaire.
Tu peux ressentir ça en te comparant.
Tu peux encaisser des remarques de gens qui ne te veulent pas activement du mal.
Autant de gloubi-boulga qu’il faut démêler, parce que ressentir un mal-être, c’est déjà pas cool, mais ressentir un mal-être, en ne comprenant pas vraiment ce qui se passe, en ne pouvant pas le nommer clairement, et donc en ne pouvant pas en parler, c’est pire.
On espère vraiment que toute la première partie du livre t’aura au moins permis de mettre des mots sur ce que tu ressens, de piocher dans la boîte à concepts ceux qui font écho chez toi.
C’est important de mettre des mots sur des concepts, et tu sais pourquoi ? Parce que ça permet de les partager ! Tant que tu restes dans une sensation diffuse de ras-le-bol, de fatigue, de honte ou de toute autre sensation négative, tu restes enfermée.
Seule.
La meilleure vie de la honte et la culpabilité : te museler
On a tous envie de faire partie du groupe, de ne pas être rejeté, et pour ça, on essaie de montrer le meilleur de nous-mêmes. Il existe une peur très enfouie en nous qui nous assure que si on faillit, si on montre un côté pas reluisant, si on agit mal, alors on va être rejeté. C’est le terreau de la honte, son compost, son meilleur engrais !
Par définition, tu as honte d’un truc que tu estimes négatif, pas glorieux, qui va faire de toi quelqu’un de mauvais, donc pas aimable, pas intégrable. Du coup, quand tu as honte de quelque chose, très logiquement, ta stratégie va être de te la fermer. Normal, il ne faudrait pas que les autres apprennent cette part supposée négative de toi. C’est trop dangereux !
La honte et la culpabilité sont des choses parfaitement construites à l’échelle des sociétés. Elles ont un but : maintenir la cohérence du groupe (et le pouvoir de ceux qui le détiennent, n’est-ce pas, parce que toutes les têtes d’organisations estiment que la cohérence est due au fait qu’ils dirigent tout ça). Il faut donc que deviennent honteux des comportements qui mettent en péril l’organisation telle qu’elle est.
Pour en revenir à nos casseroles, nous avons un système qui, pour caricaturer, est très satisfait que les femmes soient dans la cuisine et aimerait bien qu’elles y restent. Du coup, il faut bien museler celles qui commenceraient à dire que c’est quand même un peu le seum comme condition en 2022.
Pas de soucis, le système en place a plein d’attaques dans sa manche (je visualise des Pokémon, ne me demandez pas pourquoi).
Attaque jugement sur ta qualité de mère : « Tu veux le meilleur
pour tes enfants, n’est-ce pas ? »
Attaque : « T’es vraiment une égoïste ! »
Attaque : « Regarde tes copines, elles y arrivent, t’es vraiment
nulle ! »
Attaque : « Tu es fainéante, tu n’es pas quelqu’un de fiable, tu ne
tires pas le groupe vers le haut ! »
Bouclier super statistiques : « Non mais la répartition des tâches
est équitable maintenant, c’est quoi votre problème ? »
Honte, culpabilité, mauvaise image de toi-même, bouh, ça sent un peu le caca, vite, enfouissons tout ça sous le tapis, tassons bien, remettons notre sourire ultra bright et assurons au monde entier : « Mais non rassurez-vous ! Je suis ce que vous attendez de moi, gentille, altruiste, dynamique, compétente, positive, tout va bien, gardez-moi avec vous ! »
Mission accomplie pour le système, qui va ranger provisoirement son arme de destruction massive (pour la ressortir à la moindre occasion).
Sauf que le caca sous le tapis, ça pue.
Et toi tu dois vivre avec un tapis qui pue.
(Ne me remercie pas pour cette métaphore de qualité.)
En parler
C’est pourquoi, si on espère que les choses changeront, en parler reste un des chemins les plus directs et les plus efficaces.
En parler à qui ?
Voici un « cheminement logique », qui part de soi pour aller de plus en plus vers l’extérieur.
Tu n’es évidemment pas obligée de prendre les choses dans cet ordre-là ni de passer par toutes les étapes, comme d’habitude, fais ce qui te convient et t’apporte du positif !
À soi-même, avant tout !
Allez, personne ne te regarde, prends un tête-à-tête avec toi-même et discutez entre vous (cette phrase est-elle vraiment claire ? J’espère que tu as compris !).
Qu’est-ce que tu ressens ? Colère, fatigue, injustice, tristesse, lassitude, trop-plein ? Autre chose ? Ose regarder tes ressentis sans les juger.
Découvrir qu’on n’est pas seule
Les langues se sont énormément déliées ces dernières années au sujet de la charge mentale. Tu trouveras sur Internet et les réseaux sociaux des tonnes de témoignages de personnes qui vivent la même chose que toi : même si nous avons vu que le burn out en cuisine n’est pas seulement une charge mentale, taper « charge mentale » sur Internet ou #chargementale sur les réseaux sociaux est un excellent moyen de retrouver des témoignages.
Le compte Instagram « T’as pensé à » est une MINE de témoignages, par exemple.
Ces deux premières étapes peuvent être une préparation intéressante, un préalable pour te sentir ensuite légitime pour en parler à l’extérieur.
En parler aux autres
Mais à qui exactement ?
En parler au sein de son foyer n’est pas toujours chose aisée, comme on l’a vu, néanmoins si on ne le fait pas, rien ne changera jamais.
Au départ, le mieux reste encore d’en parler à des personnes qui sont potentiellement concernées, ou alors qui, même si elles ne le sont pas, sont prêtes à entendre sans juger, j’ai nommé : les copines, les amies, les sœurs de cœur, le sang de la veine. (Pardon, je m’enflamme.)
Sans pour autant orienter le débat en mode « Mais tu n’en as pas marre d’être exploitée par ce système patriarcal injuste et oppressant en cuisinant tous les jours pour tout le monde ? », tu peux tout à fait aller exposer tes ressentis à des amies ou des proches de ta famille et leur demander comment ça se passe pour elles. Tu vas voir que les conversations qui vont en découler seront passionnantes, et souvent, la vulnérabilité renforce les liens.
Bien sûr, toutes les personnes de ton entourage ne seront pas open pour ce genre de discussions. Tâte le terrain. Dis un petit peu, vois comment ça réagit, et poursuis si c’est possible.
Tu sais, beaucoup de femmes sont juste immensément soulagées qu’on leur offre un espace leur permettant de dire qu’être une femme parfaite, c’est une tannée. Elles ne l’ont jamais dit à personne.
Offrez-vous entre amies un espace pour déposer, sans remarque ni injonction. Juste de l’accueil du ressenti de l’autre, et cette sensation doudou que quelqu’un nous comprend sans nous juger. C’est le plus beau cadeau de l’amitié.
Sororité
La sororité est à mon sens un concept compliqué, et il n’est pas question ici d’en détailler tous les tenants et les aboutissants, tous les bienfaits et tous les pièges, toute la théorie et les cas particuliers, ça serait beaucoup trop long.
En revanche, je reste persuadée qu’elle existe et que nous pouvons la cultiver. Tous les enfumages à base de « les femmes sont des pestes entre elles », le concept de « Pick me girl » (« je ne suis pas une fille comme les autres »), tout ça n’a qu’un effet : le délitement du lien entre femmes.
Et nous, au contraire, ce lien, on veut le renforcer.
Non pas pour éradiquer les hommes ou les réduire en esclavage, panique pas Robert, juste pour avoir la clarté d’esprit de constater que beaucoup de choses que nous vivons sont communes à de nombreuses femmes et sortent de nos cas individuels. Et ça, si on n’en parle pas entre nous, par méfiance ou mépris, par honte ou culpabilité, on ne le saura jamais.
Or il est primordial de le savoir, car ça nous donne de la force et de la légitimité pour agir. Quand ce n’est que pour nous et qu’on est persuadée que seule notre volonté personnelle est en cause, on ne bouge pas. Quand on comprend que ça nous dépasse, on agit ET pour nous, ET pour nos amies, ET pour nos filles, ça change tout.
En parler plus largement ?
Je le disais dès l’introduction de ce livre, en parler sur mes réseaux sociaux a été pour moi un déclencheur puissant : si j’étais restée dans le « je suis nulle, point barre », si je n’avais pas reçu des centaines de témoignages, ce livre n’aurait pas vu le jour. Il n’aurait pas eu un effet boule de neige, entraîné des discussions entre amies, en couple, en famille.
Si je n’avais pas eu toutes ces femmes qui s’étaient confiées à moi, si je n’avais pas vu leur soulagement au simple fait de déposer tout ça, je n’aurais pas eu l’élan d’aller toucher encore plus de femmes et d’essayer de trouver des solutions.
Dans l’étape 2, je te proposais de te balader sur les réseaux sociaux à la recherche de témoignages auxquels tu pourrais t’identifier. Là, je te propose, si tu le souhaites et si tu t’en sens capable, de partager ton vécu et ton ressenti avec d’autres personnes de plein d’horizons différents, qui sont comme toi concernées. Parfois, échanger avec des personnes que l’on ne connaît pas, dans le confort d’un certain anonymat, peut être très libérateur.
Alors voilà. Je préfère te prévenir : en parler n’aura pas un effet magique et immédiat sur ta réalité. Tu ne vas pas aller discuter avec une amie, et en rentrant, tout sera remis en ordre parfaitement dans ton foyer.
Cependant, une chose est sûre : à force d’en parler, à force de clarifier ce que tu ressens et de recueillir les témoignages autour de toi, tu comprendras que tu n’es pas seule et tu te sentiras plus forte, et plus légitime pour ressentir ce que tu ressens, et pour tenter des choses. Certaines vont fonctionner, d’autres non. Mais au moins, tu auras essayé.
La sororité, c’est notre carburant.
Minute journaling du soir, bonsoir !
À quelles amies aurais-tu envie de parler de ce sujet ?
Écris une lettre à l’adolescente que tu as été, en lui expliquant toutes les
choses que tu aurais aimé savoir avant de te lancer dans le grand bain des relations de couple. Parle-lui comme si elle était ta BFF.
OceanofPDF.com