J’arrête le burn out en cuisine !
Conclusion
Qui eût cru qu’on puisse faire un livre entier en partant de la problématique « J’en ai marre de faire la cuisine tous les jours » ? Et que même un livre entier ne suffirait pas, tant chaque chapitre pourrait faire l’objet d’un livre entier à son tour ?
Est-ce qu’on se pose trop de questions ? Pour certains, ça ne fera aucun doute.
Sont-ils concernés par la problématique ? Notre petit doigt nous dit qu’il y a peu de chances, mais on verra bien.
Apprendre à écouter en fermant sa bouche
Fermer sa bouche, voilà bien une manière de faire qui n’est pas innée chez les personnes qui ont le plus de privilèges. Car lorsqu’on a des privilèges, on a généralement en super bonus celui de la visibilité, de la légitimité d’expression et de la confiance en soi. On est habitué à être écouté, à être entendu et à avoir le dernier mot. #pokeJeanKev
Les mouvements sociaux des deux dernières années, que ce soit antiracistes, féministes, ou LGBT+, nous ont appris, avec H., quelque chose de crucial : peu importe l’oppression, réelle ou supposée, qui est dénoncée, nous avons compris que le positionnement qui nous paraît le plus cohérent, c’est d’écouter.
Écouter.
Pas d’une oreille en préparant mentalement sa contre-argumentation. Pas dans le but de répondre, de dire si on est d’accord ou non.
Non, juste : écouter.
Écouter demande de l’humilité. Une curiosité sincère et désintéressée. Ça demande de mettre de côté provisoirement NOS avis, NOS convictions, NOTRE manière de percevoir le monde pour juste RECEVOIR la perception de l’autre.
Considérons par exemple les faits divers révoltants qui ont pu toucher les populations racisées. Le mouvement antiraciste s’est fait entendre, pour nous mettre nos privilèges sous le nez, à nous, population blanche.
Nous sommes blanches, H. et moi. A-t-on hurlé au scandale, tel un Jean-Kévin devant une militante féministe évoquant les privilèges masculins ?
Non. La parole des personnes qui subissent ces oppressions au quotidien est légitime. On a écouté attentivement, et on a fermé notre bouche.
Nous avons lu et entendu des choses qui nous ont heurtées dans nos croyances, et même dans des fondations si profondes qu’on n’avait même pas l’impression que c’étaient des croyances, nous nous sommes rendu compte qu’en tant que femmes blanches, on était plus écoutées, on était plus visibles, on était plus relayées, on craignait moins la maréchaussée en manifs, également.
Alors, on a continué à fermer notre bouche, et relayé la parole des personnes concernées, car elle a beaucoup plus de valeur à nos yeux que celle des personnes non concernées que nous sommes.
Eh bien, c’est exactement ça qu’on a envie d’attendre des hommes quand il s’agit de la problématique de l’oppression des femmes.
Écouter en fermant notre bouche, c’est aussi ce qu’on a fait lorsqu’on a commencé à rechercher des témoignages pour construire ce livre.
On a ouvert nos écoutilles et on a écouté. En premier lieu nous-mêmes, d’ailleurs, et puis nos copines, nos collègues, nos lectrices, nos abonnées, celles qui pouvaient s’exprimer à droite et à gauche sur les réseaux sociaux, celles qui nous ont écrit pour raconter leur histoire, celles qui ont témoigné par d’autres biais. Puis on a mouliné, mouliné encore, et digéré ce qu’on avait entendu.
À toutes les centaines de femmes qui nous ont accordé leur confiance et leur vulnérabilité par le biais de témoignages, mais aussi à toutes les autres : on vous voit, on vous croit, et on en a fait un livre !
Vos difficultés nous ont beaucoup touchées, elles sont vraiment spécifiques à notre époque, car on ne va pas se mentir, c’est un peu compliqué les relations hommes-femmes en ce début des années 2020. C’était vachement plus simple quand la domination était propre, nette et précise, et surtout : assumée. Non pas qu’on le regrette, hein ! La domination est maintenant plus subtile, plus fuyante, moins visible, moins palpable, elle suscite moins l’adhésion des hommes, qui s’y plient dorénavant plus par conditionnement et par confort que par conviction, mais elle est toujours là, implacable.
Car le patriarcat se réinvente sans cesse, au fil des évolutions sociologiques. Il sait par exemple que, dorénavant, il doit avancer masqué aux yeux des hommes. Quand la supériorité masculine ne peut plus être publiquement et politiquement revendiquée, faire croire aux hommes qu’ils ne sont plus sous sa coupe est sa meilleure chance de survie.
Cette mutation du patriarcat transforme mécaniquement la forme des relations hommes-femmes. Les deux genres voudraient bien s’accorder, mais tout se passe comme si les lois avaient été plus vite que ce que notre conscience collective pouvait assimiler en un temps donné. Entre la théorie et la réalité, il y a un fossé qui nous met mal à l’aise et nous embrouille.
Il faudra du temps pour le combler, ce fossé, mais ça va venir.
C’est pour ça que la clarté est primordiale. Sans clarté, on ne sait pas où on en est, ni où on va, et c’est particulièrement important pour repérer les oppressions et les privilèges ! On ne peut pas lutter efficacement contre un truc qu’on ne voit pas et qu’on ne comprend pas. Alors, on espère avoir clarifié suffisamment de concepts pour que la route commence enfin à se dessiner devant toi.
On a beaucoup parlé des relations hommes-femmes, mais… et l’amouuuuuuur ?
On l’a déjà dit brièvement dans ce livre, parler de casseroles et parler d’amour sont deux choses différentes. C’est un point CRUCIAL, il ne faut plus laisser l’amour prêter le flanc à la manipulation et au chantage affectif. Surtout quand l’équation amour = cuisine ne va que dans un sens.
La première personne que tu dois aimer et respecter, c’est toi. Et ENSUITE, les autres. Comme dirait Samantha à son mec dans la série Sex and the City : « Je vais dire quelque chose qu’on n’est pas censé dire. Je t’aime mais je m’aime encore plus. »
Sans déconner, il est temps que le respect de soi-même chez les femmes ne soit plus perçu comme de l’égoïsme ou une haine des hommes : ça, c’est VRAIMENT du bullshit de haut vol, l’excuse masculine ultime pour ne pas prendre en compte le ressenti des femmes.
À tous les hommes qui « aiment les femmes », à tous les hommes qui nous aiment dans nos foyers, on a envie de dire : « Prouvez-le, non pas avec des paroles, mais avec des actes. Prenez soin de nous comme nous prenons soin de vous, et ne hurlez pas au scandale quand nous prenons soin de nous-mêmes. Prenez soin du lieu où nous vivons tous, prenez soin de la nourriture que nous mangeons tous. Faites-le de bon cœur et avec amour, parce que de toute façon nous avons entamé ce chemin.
Qui nous aime nous suive.
Parce qu’on y va, avec ou sans vous. Avec tout notre respect (que nous espérons mutuel). Cordialement, boujoux. »
Enfin bref. H. et moi, on partage la vie de deux d’entre eux, et on les aime.
Et eux aussi, ils nous aiment.
On s’aime avec nos bagages de constructions sociales différentes et nos lots de petites adaptations régulières, mais néanmoins avec la volonté primordiale que chacun se sente respecté.
Que chacun se sente respecté. Là encore, cette phrase a l’air tellement bateau ! Une telle évidence ! Mais en fait, elle ne l’est pas.
Le chemin du respect systémique 1 est encore long. Et le premier pas, c’est que nous, les femmes, nous nous sentions légitimes pour l’arpenter.
D’ailleurs, en vrai, je vais te dire, ce livre est un prétexte.
On aurait pu écrire : « J’arrête la pile de linge sale qui déborde », ou « J’arrête d’avoir une salle de bains dégueu ». Ou même : « J’arrête de me sentir nulle », « J’arrête les mi-temps subis », « J’arrête de vouloir ressembler à un Photoshop de Kim Kardashian ».
Le vrai sujet, ça aurait toujours été « comment retrouver, en tant que femme, ta légitimité dans ce monde patriarcal et capitaliste », avec en toile de fond, l’oppression sexiste et les relations hommes-femmes.
(Ce livre aurait aussi pu s’adresser aux hommes et s’appeler « J’arrête de faire croire que je m’intéresse à l’iniquité du travail domestique et j’agis », malheureusement on compte un peu sur le nombre de ventes pour payer quelques factures. Ah ah.)
Alors, chère lectrice, il est temps de nous quitter.
Que le sort te soit favorable.
Et n’oublie pas qu’à chaque fois que tu te respectes et que tu te donnes de l’amour, tu mets ta petite pierre à l’édifice d’un monde meilleur.
XoXo
H&M
(ça veut dire Herveline et Marie)
(tes deux super copines féministes et anticapitalistes qui ont
les initiales d’une marque de fast-fashion écocide et misogyne)
(Le seum.)
1. Voir le jour 9.
OceanofPDF.com
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Marie Duboin
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