J’arrête le burn out en cuisine !
Jour 12 – Le partage des tâches : comment s’y prendre ?
JOUR 12
Le partage des tâches : comment s’y
prendre ?
Je me suis souvent demandé quel serait le partage idéal des tâches et de la charge mentale. J’ai aussi beaucoup observé autour de moi de nombreux couples tâtonner, essayer de nouveaux modes d’organisation, se planter, réessayer, s’énerver, se disputer et revenir au point de départ, blasés.
Ce qui ne marche pas : la méthode « vis ma vie »
19 h 45, enfin tu te poses à table avec conjoint et enfant.
Chéri : « Oh pourquoi tu as encore fait un plat végétarien ? Je t’ai déjà dit que je préférais la viande ! »
Et là… C’est le drame… ! Tu exploses : « Mais j’en ai ras le bol à la fin ! Si t’es pas content, t’as qu’à te faire à manger toi-même ! »
Lui : « Oh c’est bon, ce n’est pas la peine de s’énerver ! Ce n’est quand même pas si compliqué de faire à manger, en plus : il suffit juste de faire cuire un steak à côté, ça prend pas plus de temps ! Mais O.K., je le fais, désormais c’est moi qui m’occupe des repas ! »
Est-ce que tu es soulagée ? Non, absolument pas, pourtant en surface on pourrait croire que tu as obtenu ce que tu veux.
Alors pourquoi ce manque d’enthousiasme ? Parce que tu sais déjà au fond de toi que c’est voué à l’échec.
Petit florilège pioché dans les dizaines de témoignages de personnes qui ont expérimenté ce « vis ma vie » :
vous allez manger des pâtes au ketchup pendant une semaine.
Ou alors des pizzas surgelées ;
avec des steaks hachés, et toi tu veux diminuer la viande ;
ou alors vous allez vous faire livrer ou prendre des repas à
emporter trois fois dans la semaine. Le budget alimentation va
exploser ;
il n’y aura presque jamais de légumes. Ton jean ne te dira pas
merci, par contre les enfants prendront leur père pour un héros ;
on va te demander dix fois ce que tu veux manger. Et tu auras
très fort envie de dire : « Débrouille-toi, tu as dit que tu t’en
occupais ! » ;
il n’y aura jamais ce qu’il faut dans le frigo pour faire une recette
complète donc ça sera du bricolage ;
vous allez vous engueuler et vous lancer des pics. Te retenir de
faire des réflexions va te demander encore plus d’efforts que de
cuisiner toi-même. À chaque fois que tu diras quelque chose, on
va te rétorquer que tu es trop exigeante (ce que tu risques
d’ailleurs de finir par croire !) et que, si tu n’es pas contente, tu
n’as qu’à le faire toi-même. Le serpent qui se mord la queue,
retour à la case départ.
Et donc la conséquence de tout ça : à ma connaissance, aucune personne qui a testé cette méthode n’a tenu le coup plus d’une semaine. La cause ? On le voit bien, tous les témoignages montrent que le conjoint ne reprend pas vraiment cette tâche. Ce qui en résulte ressemble étrangement à une guerre des nerfs et à un moment…
… tu craques. Tu reprends le flambeau. Avec une rancœur puissance 8 000, mais tu le reprends.
Si tu savais la teneur des témoignages que j’ai reçus… Et le pire dans tout ça, c’est que leur point commun, c’est la tension qui règne dans la maison. On frise le chantage affectif.
La charge mentale, une histoire de durée Ça ne dure pas plus d’une semaine, donc. Or c’est justement la durée qui fait toute la différence car c’est elle qui fait apparaître les injonctions dont on parlait dans la première partie.
D’ailleurs, à l’inverse de ces témoignages, une de mes abonnées me racontait qu’elle avait été hospitalisée et alitée pendant un mois et demi et que l’expérience avait été transformatrice pour la gestion de la cuisine dans son couple !
En fait, si on ne reste que sur une semaine, on est un peu dans l’extraordinaire, c’est un peu comme les vacances, on se permet des excès qu’on ne se permet pas toute l’année. Sur une ou deux semaines de vacances, on peut mettre de côté l’équilibre alimentaire, même pour les enfants, on se dit qu’on équilibrera plus tard. On peut dépenser plus, on peut rogner un peu sur nos convictions écologiques, on souffle avant de repartir sur les rails, en quelque sorte.
Sauf que, dans notre histoire de « vis ma vie », on se rend compte que les rails envisagés par notre conjoint, c’est ça, et ça vient nous heurter de plein fouet car on ne peut pas tolérer ce fonctionnement toute l’année. Cela fait-il de nous des personnes « trop exigeantes » ?
Les femmes sont-elles trop control freak ? L’injonction du lâcher-prise
C’est drôle (non) mais quand on parle de répartition (inéquitable) du travail domestique et de la charge mentale en cuisine, on est confronté à deux catégories de conseils complètement contradictoires :
soit pour devenir une queen de l’organisation ;
soit pour lâcher prise sur nos exigences.
Intéressons-nous à la deuxième option.
Lorsque notre enfant de 4 ans arrive pour la fête des mères avec un collier de nouilles et un texte de quatre lignes fièrement ânonné, c’est terriblement mignon et il est de bon ton de s’extasier. Il a mis tout son cœur dans cette entreprise pour nous faire plaisir et il est allé à fond dans l’exploitation de ses capacités matérielles et psychomotrices.
Lorsque notre conjoint, un être humain adulte et donc mature sur le plan de son développement moteur, cognitif et psychique, a décidé, souvent à contrecœur, de prendre en main la gestion des repas, il ne comprend souvent pas pourquoi on ne s’extasie pas de la même façon devant ses croque-monsieur industriels trois jours de suite.
Alors certes. L’exigence n’est pas la même. C’est vrai.
J’ai beaucoup tergiversé avec cette histoire de lâcher-prise.
Tout d’abord, j’ai pensé que c’était effectivement la solution et que j’étais trop exigeante. Mais ensuite, j’ai totalement rejeté l’idée d’avoir la même exigence envers un enfant de 4 ans qu’envers un homme adulte. Je suis une conjointe, pas une mère, ne confondons pas tout !
Les hommes ne sont pas des enfants, et à ce titre, nous n’avons ni à les infantiliser, ni à tolérer d’eux un comportement d’enfants.
Alors qu’est-ce qu’on fait ?
1. Réaliser et expliquer à son conjoint que la tâche « cuisine » n’est
pas une tâche comme les autres (jour 4).
2. Réaliser et lui expliquer également qu’il existe des injonctions
très fortes autour de cette tâche (équilibre alimentaire, budget,
convictions écologiques, etc. ; voir jours 2, 3, 5 et 6). Que cuisiner ne se résume pas à mettre un plat préparé dans le micro-ondes. Que ce n’est pas tenable sur le long terme, ni niveau santé, ni niveau budget.
3. Essayer très fort de ne pas pleurer en se rendant compte que
l’on doit expliquer ça à un être humain adulte : nous avons intégré des tonnes de conditionnements, lui aussi (coucou la Méthode Coué !).
Différents types de répartition des tâches
Avant de détailler plusieurs façons de s’organiser, il est primordial de préciser que cette organisation doit être a minima nommée, et pourquoi pas écrite. Dans le cas contraire, elle sera vite oubliée.
L’idée est de passer un contrat, de former une équipe.
STOOOP ! On me dit dans l’oreillette que Jean-Kev trouve ça « tue l’amour » !
Rappelle-toi le jour 5, quand on parlait de gestion matérielle du foyer, de balais à W.-C. et de casseroles, on avait montré que l’amour n’avait rien à voir là-dedans ! C’est un autre sujet (un très beau sujet, certes, mais un autre sujet).
En revanche, se taper toute la charge mentale relative à cette gestion matérielle telle une Cendrillon moderne EST un véritable tue-la-libido : si on a bien le droit de fantasmer sur un roleplay de soubrette soumise (et pourquoi pas, après tout ?), dans la vraie vie, être la cuisinière et la femme de ménage sans qu’on ait totalement consenti à l’être, ça n’aide pas à se sentir sexy et épanouie (deux conditions un peu importantes pour avoir une libido qui tienne la distance sur le long terme).
Le tue-l’amour, Jean-Kev, c’est donc au contraire de laisser la charge mentale, émotionnelle et morale gangrener votre relation. Prends-le bien en note et copie-le cent dix fois !
Organisation 1 : l’un prend en charge la cuisine en totalité, l’autre fait d’autres choses
Nous l’avons vu au jour 4, la cuisine n’est pas une tâche domestique comme les autres : elle nécessite toute une chaîne d’actions coordonnées pour être fluide.
Aussi, il peut être compliqué de la cloisonner : l’un faisant les courses, l’autre cuisinant effectivement, etc. Il y aura forcément des loupés.
On peut donc partir sur une organisation qui prévoit que l’un s’occupe de la gestion des repas dans son intégralité, et l’autre fait d’autres choses.
Attention : toutes les tâches ne se valent pas en termes de temps, d’investissement et de charge mentale !
Combien de couples fonctionnent encore aujourd’hui de la manière suivante :
Madame s’occupe de la gestion des repas, du ménage/linge de
toute la maison, du soin des enfants ;
Monsieur s’occupe du bricolage, de sortir la poubelle, de tondre la
pelouse, de changer les ampoules quand elles sont grillées et de
percer le mur pour accrocher le dernier cadre déco que Madame
a acheté, et de jouer avec les enfants.
Ce n’est pas ÉQUITABLE.
Aucune des tâches de Monsieur (à part jouer avec les enfants, mais est-ce une tâche ?) ne revient tous les jours.
Et ce n’est pas parce que c’est visible et gratifiant (réparer une fuite, repeindre un meuble) que ça doit invisibiliser le travail quotidien fourni dans l’ombre chaque jour par l’autre conjoint.
Je me suis « amusée » à faire le calcul
Madame
Gestion du repas : 1 h 30 par jour pendant 365 jours soit 547 heures par an. Ménage : 3 heures par semaine (au minimum) soit 156 heures par an. Linge (du tri pré-machine au rangement final dans les placards) : 4 heures par semaine soit 208 heures par an.
Soin des enfants (douches, devoirs, rendez-vous, gestion des activités, des bobos…) : 3 heures chaque jour soit 1 095 heures par an. Total Madame : 2 006 heures par an dédiées à ces tâches dites « féminines ».
Monsieur
Bricolage : 4 heures de temps en temps le week-end, soit 100 heures par an. Sortir la poubelle : 3 minutes deux fois par semaine soit 5 heures par an.
Tondre la pelouse : 2 heures une fois tous les 15 jours de mai à septembre, soit 20 heures par an.
Changer les ampoules, percer les murs : ponctuellement, une à deux fois par an, soit 4 heures par an.
Jouer avec les enfants : 1 heure par jour entre les devoirs et le repas, soit 365 heures.
Total Monsieur : 494 heures par an dédiées aux prétendues tâches « symétriques » masculines.
Même s’il peut y avoir une porosité sur certaines tâches au niveau de leur répartition, on est très très loin d’une symétrie de répartition.
Organisation 2 : les tâches faciles à « détacher » en cuisine
Tu noteras que j’ai écrit « détacher » et non « déléguer ».
« Déléguer » sous-entend que la cuisine fait partie de TON rôle, TA mission. Si tu habites seule, ou avec des enfants en bas âge, c’est le cas. Dès qu’il y a a minima un enfant plus grand dans la place, et a fortiori un autre adulte, on parlera de répartition plutôt que de délégation, et encore moins « d’aide ».
« J’ai de la chance, car mon conjoint m’aide à faire la
cuisine et le ménage. »
Combien de temps aurons-nous encore à subir cette phrase ? Un conjoint « n’aide » pas, il fait simplement sa part de travail domestique obligatoire au bon fonctionnement du foyer, DONT IL FAIT PARTIE, ainsi que potentiellement ses héritiers qui possèdent la moitié de son génome. Il mange, il marche sur le sol, il met des vêtements, et il ne vit pas dans un hôtel all inclusive.
Même si j’ai dit plus tôt que la « tâche cuisine » était difficile à fractionner, il y a quand même des parties que le conjoint qui n’en a pas la charge globale peut effectuer sans bouleverser totalement l’ensemble :
participer à l’élaboration du menu ;
faire les courses en suivant scrupuleusement la liste (périlleux,
mais possible) ;
participer à l’élaboration du repas en lui-même, par exemple en
épluchant des légumes (et tout en ayant conscience que non, ce
n’est pas ça, « faire à manger », c’est juste une petite partie),
ranger et nettoyer au fur et à mesure que tu cuisines ;
s’intéresser et prendre soin de la personne en charge du repas ce
jour-là, en lui tenant compagnie, en s’intéressant à sa journée, et
en prenant en charge toutes les tâches parasites qui pourraient
interférer avec la préparation du repas (sans râler pour ne pas lui
ajouter du stress supplémentaire) ;
gérer la vaisselle.
Organisation 3 : alterner les tâches par périodes
Nous avons lu un témoignage qui nous a beaucoup étonnées car il est peu commun, mais on l’a trouvé fort intéressant. Une femme se trouvait dans la situation suivante : en couple, travaillant tous les deux à temps plein, deux enfants et un troisième en route, bref, on imagine bien un quotidien chargé.
Elle et son conjoint ont décidé du fonctionnement suivant : pour la cuisine, c’est une semaine chacun son tour ! Ainsi, lorsque c’est « sa semaine », le conjoint en charge de la cuisine prend tout le processus en charge de A à Z (menu, liste, courses, préparation), et la semaine suivante, il ne s’en occupe plus du tout !
Expérience de Marie
Ma situation : travail à domicile. Conjoint : travail à l’extérieur à temps plein, rentre aux alentours de 19 heures le soir.
Pour ma part, j’ai eu du mal à cloisonner les tâches et à me départir du fait de cuisiner tout en me plaignant de la charge mentale !
Voici donc ce que nous avons mis en place :
– élaboration du menu de la semaine suivante : ensemble ; – liste + courses : moi ;
– préparation des repas : la semaine, moi ; le week-end, lui ; – service et vaisselle : ensemble.
J’ai donc gardé la plus grande partie de la « tâche cuisine » mais j’ai pu me décharger d’une partie qui me prenait grandement la tête : l’élaboration des menus
(« Qu’est-ce qu’on maaaaange ? »).
Et comme j’ai encore la plus grosse partie, je me suis également attachée à ne pas faire le ménage en semaine. C’est le piège des personnes qui travaillent à domicile. Je fais simplement une lessive le midi de temps en temps, mais pas plus. C’est la semaine, je travaille !
Et le week-end, on fait le ménage ensemble : lui le haut, moi le bas.
Expérience d’Herveline
Ma situation : garde alternée, travail à l’extérieur à temps plein. Conjoint : travail à l’extérieur à temps plein, un enfant un week-end sur deux et la moitié des vacances.
On découpe souvent les tâches de la manière suivante (et on alterne) : – menus + liste de courses vs courses ; – popote opérationnelle vs accompagnement pour papoter/rangement et nettoyage au fur et à mesure = moment agréable et partagé ; – popote opérationnelle vs mettre, débarrasser la table et gérer la vaisselle. On se remercie toujours pour le repas. Il n’y en a pas un pour qui c’est normal et l’autre pour qui c’est exceptionnel, donc on a tranché, on se remercie toujours, et basta.
Petit exercice quotidien
Quelle est la répartition qui correspond le mieux à votre foyer ? Faites une expérimentation sur quinze jours puis ajustez !
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