J’arrête le burn out en cuisine !

Marie Duboin · Chapitre 15 sur 27

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J’arrête le burn out en cuisine !

Jour 11 – Et si je suis une maniaque du contrôle, je fais quoi ?

JOUR 11

Et si je suis une maniaque du

contrôle, je fais quoi ?

 

Ruby a un chéri extraordinaire, depuis un an et demi. Un modèle Jean-Milka de compétition.

Il fait preuve d’une autonomie épatante question gestion du quotidien, et en particulier pour tout ce qui touche au domaine de la nourriture : courses, rangement des courses, gestion des menus, cuisine, nettoyage, rangement, lave-vaisselle, vaisselle à la main de ce qui traîne. Rien ne lui fait peur, il fait même ça sans râler, sans attendre que tout le monde crève la dalle et sans demander qu’on lui lance des fleurs ensuite. ÉMOJI CŒUR !

Mais Ruby et son chéri, ils ont tous les deux 40 ans passés, ils étaient tous les deux célibataires depuis plusieurs années quand ils se sont rencontrés, bref, ils ont des habitudes de vie qui peuvent être parfois différentes, et surtout, des fonctionnements bien ancrés.

Ruby, elle, fait gaffe à acheter selon son besoin, de manière la plus écolo-responsable possible, et à cuisiner dans le même esprit.

Son chéri, lui, n’est pas dans l’excès, mais disons que tout ça n’est pas (encore) son cheval de bataille. Ruby sent bien que Chéri fait de réels efforts pour s’adapter à sa manière de faire, mais il n’est pas dans sa tête et n’a pas (encore) ses convictions chevillées au corps, donc, parfois, il rapporte de l’huile d’olive pas bio parce que, faut avouer, c’est moins cher, des merdouilles suremballées pour le goûter des enfants parce que les mioches, ils adorent, ou encore, des lots de boîtes de thon PARCE QUE C’ÉTAIT EN PROMO. (Horreur, malheur !)

Ruby aime d’amour son merveilleux chéri, et quand elle voit les trois boîtes de thon dans le sac de courses, elle essaye de rester impassible, mais il y a un truc qui se met à crisser dans sa tête, elle a trois gouttes de sueur qui perlent, et le bout des doigts qui se met à trembler nerveusement (non, j’exagère, mais tu vois bien le truc : elle a beau essayer de relativiser, c’est plus fort qu’elle).

On te l’a dit à plusieurs reprises, dans ce livre, y en a pour tout le monde ! Eh bien, ce chapitre, il s’adresse à toi, oui, toi, la maniaque du contrôle qui a du mal à lâcher du lest à en devenir esclave du perfectionnisme ! On t’aime aussi, rassure-toi, on s’adresse à toi avec autant de tendresse et de bienveillance qu’aux autres, d’autant plus que je vais te dire un secret : Marie et moi, on fait partie de cette catégorie-là. Du coup, on va peut-être te bousculer un chouïa, comme ça peut nous arriver de nous bousculer entre copines : te voilà prévenue !

Ce chapitre s’adresse donc à toi, mais à deux conditions :

1. tu es une control freak sur certains points, ou même sur tous ; 2. tu as un chéri très volontaire et ouvert, et ton amour du contrôle

t’empêche de lui laisser les manettes et donc d’assumer pleinement sa part de charge mentale, morale et opérationnelle.

Pourquoi ces conditions ? Parce que voilà : quand on écoute les mecs, quand on les lit sur les réseaux sociaux, on entend teeeeeeeeeeeeeeeeeeellement souvent : « Ouais mais les nanas, vous êtes trop exigeantes, si ce n’est pas fait comme VOUS l’auriez fait, c’est mal fait, alors nous, on lâche l’affaire. » (En gros, c’est notre faute s’ils n’en branlent pas une, donc attention Jean-Kévin, n’en profite pas pour t’engouffrer dans la brèche : ON TE VOIT !)

Une grande majorité des mecs adoptant ce discours se donnent en réalité des excuses pour ne pas faire, on est bien d’accord, et c’est juste affligeant. Parce que bon, quand on veut, on peut toujours. Jean-Kev, désolée de te le dire, mais si réellement tu voulais prendre ta part de charge mentale, ben, tu trouverais le moyen, car des moyens, il y en a mille et un. Au moins !

Rappeler à l’ordre ta jumelle maléfique

Mais revenons à toi : parfois, ouais, parfois, tu es une « chanceuse » qui est tombée sur un mec volontaire, pour qui c’est juste normal de participer à la vie de la maison, mais une partie de toi ne le laisse pas faire, cette fameuse partie « Monk ». C’est comme une sorte de jumelle maléfique : tu SAIS qu’il fait bien les choses à sa manière, qu’en plus, bordel, il les FAIT, sans râler, sans que tu n’aies à y penser pour lui, mais… c’est plus fort que toi, quand il fait les trucs, ta fucking jumelle maléfique ne peut pas s’empêcher de repasser derrière.

Quand il fait à manger, de sa propre initiative, et sans râler, elle ne peut pas s’empêcher de se dire que les pâtes ne sont pas très bien cuites, qu’il n’y a pas assez de légumes, que c’est pas assez équilibré. Quand il revient après avoir pris l’initiative d’avoir fait les courses, elle se dit qu’elle aurait plutôt acheté de l’huile d’olive bio, que merde, il a encore acheté des merdouilles suremballées pour le goûter des enfants, ou qu’il a encore acheté un lot de boîtes de thon alors que tu n’aimes pas acheter en triple : bref, tu ne le dis pas forcément à ton chéri, mais tout ça réveille ta jumelle maléfique, et petit à petit, elle finit, consciemment ou inconsciemment, par prendre les commandes sur ces tâches : devancer les courses, lui dire : « Non ce n’est pas la peine chéri, je passe devant le supermarché en sortant du boulot, t’embête pas », se lever avant lui du canapé pour pouvoir gérer le repas. Bref, elle t’ajoute une charge mentale et un stress que ton chéri est pourtant tout à fait d’accord et capable d’assumer. LA BOURRIQUE !

Chérie, je te le dis tout net et très affectueusement : ta jumelle maléfique, la maniaque du contrôle, elle te tire une balle dans le pied !

Et encore, là, j’ai pris l’exemple de Ruby qui a une consommation écoresponsable, mais je suis sûre que toi qui me lis et qui es une vraie Monkette (parce que seules les vraies savent), tu sais que ce n’est qu’une excuse : en vrai, même s’il n’y avait pas cette valeur chez toi, tu trouverais une raison de reprendre le contrôle, d’ailleurs, peut-être que tu le prends aussi sur d’autres tâches parfaitement indépendantes de ce type de valeurs (genre, suspendre le linge avec des pinces à linge bleues, en triant sur l’étendoir le linge par personne de la famille, puis par type de vêtements, en finissant surtout TOUJOURS par les sous-vêtements et en particulier, par les chaussettes) (vécu ? naaaaaaaaaaaaaaaaaaaan).

Bref, tu as conscience d’être exigeante sur la question. Me fais pas dire ce que je n’ai pas dit : c’est normal que, sur la semaine, les repas s’équilibrent, c’est normal que tout le monde participe, que le budget soit respecté, qu’on se respecte les uns les autres, qu’on ne se hurle pas dessus, que la personne qui commence une tâche aille au bout (genre, débarrasser c’est aussi enlever les miettes, cuisiner c’est aussi nettoyer la cuisine, etc.).

Ce sont les attendus standards. Et pour eux, bien sûr, pas question

de lâcher prise, on en reparlera demain, au jour 12.

Mais dans ce chapitre, on parle d’un type d’exigence qui va quand même largement au-delà du raisonnable, parce que là, tu sais que ton chéri ne va pas faire jambon-purée six jours de suite et qu’il ne va pas piétiner allègrement tes convictions en prenant du Nutella alors que tu te préoccupes des conséquences de ta conso sur la planète et les animaux en te disant que si TU veux consommer écolo, t’as qu’à gérer TA partie de courses, non !

On est bien d’accord que toi, qui te reconnais dans ce chapitre, tu flirtes avec le stade de monkitude le plus élevé, genre, ta vie s’arrête si le concentré de tomates n’est pas en tube ET bio, ou si le PQ n’est pas du PQ recyclé. Un peu excessif mais irrépressible, tu le SENS dans tes tripes.

Quelle surprise, maintenant que tu connais toutes les injonctions qui pèsent sur nos épaules développées dans la première partie, de se rendre compte que tu es aussi exigeante avec toi-même. Quelle surprise, vraiment !

 

« C’est celui qui fait qui a raison »

Je le dis sur le ton de l’humour et je force le trait, mais sache que j’ai bien conscience du fait que tu n’es pas arrivée à ce taux de monkitude par hasard.

Peut-être que cela vient masquer chez toi certaines angoisses plus profondes.

Ou bien, peut être que, dans ton passé, tu as dû vivre d’une manière qui t’a obligée à développer un ordre militaire dans l’exécution des tâches pour survivre à l’immense charge mentale que générait ta vie de couple, et que, pour le coup, ta jumelle maléfique a sauvé ta santé mentale !

Ou enfin, peut être que tu as une tendance depuis toujours au contrôle de tes émotions et de tes gestes, mais que tu ne t’es jamais vraiment posé la question des conséquences néfastes que ça pouvait avoir sur toi et sur ton quotidien !

Mais maintenant que tu en as l’occasion et que tu peux le faire sans tout désorganiser dans ta vie, il est peut-être temps de discipliner un peu ta jumelle maléfique.

Personnellement, je ME suis imposé une règle d’or : à partir du moment où je sais que ce qui est fait par autrui sera globalement bien fait, même si ce n’est pas exactement comme MOI je l’aurais fait, ce qui prévaut, c’est : c’est celui qui fait qui a raison. À partir du moment où mon chéri respecte le fait que le blanc ne va qu’avec le blanc, s’il met un peu de noir dans la machine couleur, c’est O.K. pour moi car je sais que le bénéfice en termes de charge mentale est énorme : je sais qu’à partir du moment où il décide de faire une machine, il l’assume entièrement, de la collecte du sale au rangement du propre dans les placards. C’est lui qui prend en charge cette tâche, c’est lui qui décide de comment le faire, et c’est lui qui a raison. Voilà.

S’il décide de faire le repas, quoi qu’il décide de faire, y compris pour les courses, c’est O.K. pour moi : c’est lui qui prend en charge le repas, c’est lui qui décide de ce qu’il veut, de ce qu’il utilise, de comment il s’organise, et c’est lui qui a raison.

Compromis

Voilà, le mot est lâché, tout est question de compromis, et voilà ce que je te propose : si ton chéri respecte autant que possible tes bizarreries, tes limites et tes valeurs, alors toi, tu lui donneras cette marge de manœuvre nécessaire à ce qu’il continue à faire sa part sans que cela devienne pour lui une source de stress ou une forme d’échec perpétuel.

Vous pouvez envelopper le tout avec beaucoup d’humour, mais avec une règle d’or (encore une) : jamais d’humour blessant ou rabaissant. Oui, on peut parler de nos bizarreries, oui, on peut s’en amuser parce que l’autodérision peut permettre parfois de prendre du recul sur une situation, mais jamais de manière humiliante, et toujours avec beaucoup de tendresse.

 

Communication

Et bien sûr, ce genre de choses passe avec beaucoup de communication. Tu sais que quelque chose te crispe dans la façon de faire de ton amoureux par rapport à tes attentes ou tes valeurs ? Eh bien, si tu sais qu’il est capable de t’écouter et de trouver avec toi des solutions, pourquoi ne pas le lui dire ?

 

Arf, mais moi j’ai la version du chéri Jean-Chachou à la poutre dans l’œil ! Alors que faire ?

Bien sûr, si ton chéri a tendance à ne pas voir la poutre qu’il a dans l’œil au sujet de la répartition des tâches et de la charge mentale, ce n’est pas sur ton exigence envers lui que tu vas devoir travailler en priorité, mais sur ton exigence envers toi-même.

C’est avant tout à toi qu’il faut que tu lâches la grappe, et je t’invite à t’interroger sur la question de ce qui se cache derrière ton perfectionnisme. On en a déjà beaucoup parlé, dans notre deuxième

bouquin, 1 L’abus de consommation responsable rend heureux, donc je ne vais pas y revenir ! En attendant, une bonne petite dose de

déculpabilisation t’attend jour 14 ! Enjoy!

 

Petit exercice quotidien

Et si tu clarifiais avec ton conjoint une petite liste de produits NO WAY ? No way de chez no way, genre ces produits-là te déclenchent une crise d’épilepsie, donc tu peux lui demander de ne pas les acheter ? Par exemple : Nutella, sauce tomate en bouteille plutôt qu’en tube, tel produit en bio absolument…

La liste doit être courte, trois à cinq produits au maximum, autrement ça va devenir franchement compliqué pour lui, et toi-même tu n’aimerais pas qu’on te marque à la culotte comme ça.

Pour tous les autres produits, tu ne dis plus rien.

 

1. Éditions Eyrolles, 2020.

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