J’arrête le burn out en cuisine !

Marie Duboin · Chapitre 8 sur 27

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J’arrête le burn out en cuisine !

Jour 5 – La charge émotionnelle : la femme et l’image du care

JOUR 5

La charge émotionnelle : la femme et

l’image du care

 

« Ma chérie, ressers-toi, tu n’as rien mangé ! – Mais mamie, j’en ai déjà pris trois fois !

– Tu es toute maigre, il faut que tu te nourrisses ! Tu fais toujours ton régime ?

– Oui mamie, je suis végétarienne depuis sept ans, et ce n’est pas un régime tu sais ? »

Cette conversation a lieu À CHAQUE FOIS que je vais manger chez ma grand-mère. J’ai 38 ans, et on dirait que ma grand-mère me voit toujours comme un oisillon à nourrir. C’est une de ses manières à elle de me montrer son amour. Ce dialogue est devenu une blague familiale.

Mais vous voulez savoir le plus drôle ?

Malgré toute la conscience que j’ai de ce phénomène et de tout ce que nous allons développer dans ce chapitre, je fais pareil avec mon fils ! Oui, à 13 ans et demi, je lui demande toujours s’il a assez mangé, et quand il me répond par l’affirmative, je lui demande s’il en est sûr ! Effectivement, on ne sait jamais, des fois qu’il me dirait oui alors qu’en réalité il meurt de faim. 13 ans et demi et je pense toujours à lui amener des petits gâteaux quand on sort.

Depuis toujours, j’essaie de composer avec ses goûts, et laissez-moi vous dire que ce n’est pas simple avec un enfant qui rejette en bloc tous les légumes cuits depuis sa diversification alimentaire. Diversification elle-même menée à base de purées et compotes maison et bio (rendez-vous au chapitre suivant).

Il faut bien nourrir nos progénitures et nous assurer qu’ils aient un bon développement, n’est-ce pas ?

Dans ce chapitre, il ne sera évidemment pas question de remettre en cause le fait de nourrir les enfants avec de bons produits sains et bio. L’idée sera simplement de déplacer la caméra de celui (celle) qui est nourri à celui (celle) qui nourrit. D’observer les mécanismes à l’œuvre pour en arriver aux anecdotes citées plus haut. De comprendre ce qui est construit et qu’on nous a si souvent fait passer pour inné.

Car, lorsqu’on met de la conscience sur une construction sociale, on peut alors se faire un avis et faire des choix, tandis que, quand quelque chose est présenté comme inné, la conséquence est juste… la fatalité !

 

Les femmes et le care

Care est un mot anglais qui signifie « soin ».

Même lorsqu’on essaie de ne pas utiliser trop d’anglicismes, il existe des mots qui ne sont pourtant pas traduisibles dans toutes leurs nuances en français, et celui-ci en fait partie.

En effet, le mot care en anglais englobe l’idée de prendre soin, avec également la notion d’empathie, de réconfort, de préserver, de prévenance, de sollicitude, de soutien, etc.

Tant de mots qui nous font penser… à la fonction maternelle. Et même plus largement, il semblerait pour la plupart des gens que ce soit des caractéristiques féminines, en opposition à celles masculines qui sont la force et le pouvoir.

C’est du moins une croyance très forte dont nous avons hérité. Encore aujourd’hui, même avec les avancées des droits des femmes, le fait qu’elles travaillent, gèrent leur argent, voire puissent accéder à des postes de pouvoir, cette image reste bien ancrée dans l’inconscient collectif, tous genres confondus : les femmes ont gardé le care, le fait de prendre soin des autres, des membres de leur foyer, de leur famille.

 

La charge émotionnelle

Depuis quelques années, on parle beaucoup de la charge mentale. On l’a vue au chapitre précédent, donc on ne va pas revenir dessus, tout le monde a compris.

Maintenant, on va te parler de la charge émotionnelle.

Mais c’est quoi encore, ce truc ? (Non parce qu’on commence à être bien chargées là, déjà !)

D’après Wikipédia, « la charge émotionnelle ou charge affective désigne la propension à se soucier d’autrui et à offrir des signes d’affection ou d’attention. Elle est particulièrement développée par les femmes, dans leur vie professionnelle et dans leur sphère privée ».

Plus généralement, elle consiste à s’assurer que tous les membres du foyer sont dans un état affectif satisfaisant, à leur apporter du soutien, à accorder une grande importance au fait de leur faire plaisir. La charge émotionnelle, c’est aussi s’occuper de réguler les conflits, quitte à mettre beaucoup d’eau dans son vin, pour que le climat émotionnel du foyer soit vivable (combien de fois nous a-t-on appris qu’en couple, en famille, il faut « faire des concessions » ? Qui est le principal pourvoyeur de concessions dans le couple ?).

En résumé, c’est s’assurer du bien-être émotionnel de chacun.

(Oserais-je ajouter : « en se faisant passer en dernier » ?)

Emma, autrice de formidables bandes dessinées féministes, va même plus loin en précisant qu’il s’agit d’anticiper les besoins et les envies de l’autre, et que c’est un comportement féminin totalement construit.

Anticiper les besoins et les envies, tu le sens venir le lien avec la cuisine, là ?

Le care par la nourriture

Le sujet est extrêmement vaste, alors revenons à nos moutons, ou plutôt à nos casseroles !

Comment se joue la question du care et de la charge émotionnelle en cuisine dans ta famille ?

Voici quelques exemples :

tu cuisines différemment pour différents membres de la famille ;

tu te fais des nœuds au cerveau pour trouver des recettes que

tout le monde aime ;

tu cuisines des choses que tu n’aimes pas, toi, parce que les

autres les aiment ;

tu anticipes que chacun ne manque de rien (la lunchbox de chéri

pour le midi, le pique-nique de progéniture numéro 1 jeudi pour la

sortie scolaire, les gâteaux préférés de rejeton numéro 2…) ;

tu mets de côté tes propres valeurs pour cuisiner ce que les

autres demandent même si ça ne te convient pas : par exemple,

tu cuisines de la viande pour ta famille même si tu es végé, tu

n’achètes pas bio car ton conjoint trouve que c’est trop cher… ;

tu connais exactement tous les goûts de chaque membre de la

famille et tu en tiens compte ;

tu passes des heures à faire le plus magnifique et délicieux

gâteau d’anniversaire pour un membre de ta famille, gâteau qui

sera mangé en quatre minutes ;

tu cuisines beaucoup maison même si tu es épuisée parce que tu

penses que c’est mieux pour la santé de tout le monde.

Bien sûr, cette liste est loin d’être exhaustive !

Alors, pourquoi fais-tu cela ?

Tout d’abord, parce que tu as intégré, même inconsciemment, que tu as un rôle nourricier et de soin auprès de ta famille. Tu as intégré que ce rôle nourricier supposé est une preuve d’amour.

Évidemment, c’est le cas pour tes enfants, il n’est pas question d’arrêter de les nourrir, ni de répondre à leurs besoins affectifs. En revanche, qui a dit que tu devais tenir ce rôle auprès de ton conjoint ? Et qui a dit qu’il était dispensé, lui, de tenir ce rôle auprès de ses enfants, ou même auprès de toi ?

Nous allons y revenir.

La deuxième raison pour laquelle tu agis de la sorte, c’est pour avoir la PAIX.

Pour que chaque repas ne se transforme pas en soupe à la grimace, en guerre atomique, en conflit.

C’est que les repas, ça revient vite en fait, c’est tous les jours ! Et personne n’est armé nerveusement pour endurer ça tous les jours. Alors, pour éviter les conflits, de concession en concession, tu te retrouves à satisfaire les besoins et les envies de tout le monde. En faisant cela, tu te garantis également la paix quant au regard des autres : tu es dans le rôle attendu, celui de la femme et de la mère qui prend soin de sa famille.

Et enfin, la troisième raison c’est que… si tu ne le fais pas, personne ne le fera.

Il est intégré pour tout le monde que tu es la plus à même de faire les concessions. Si par moments tu arrêtes d’en faire, l’impact sur l’ambiance du foyer est énorme car ces concessions ne sont alors pas absorbées par les autres.

 

Amour et casseroles

Il est temps d’en finir avec ce lien erroné entre charge domestique et amour !

On ne récure pas les toilettes par amour, on ne cuisine pas au quotidien par amour, on ne passe pas la serpillière par amour. On le fait parce qu’il faut le faire, parce qu’une maison nécessite d’être entretenue pour être agréable à vivre, parce qu’on a besoin de manger tous les jours.

Ces tâches sont utilitaires, et l’amour n’a rien à voir là-dedans.

Manifester de l’amour à son entourage, c’est beau et c’est très important mais… ce n’est pas l’objet de ce livre !

Assumer seule ou presque toute la charge domestique de la cuisine, avec la charge émotionnelle et la charge mentale associées, ce n’est ni « un service rendu » (ou alors tu rends service tous les jours à toutes les personnes de ton foyer, le voient-ils seulement ?), ni « des moments de qualité ». Il n’existe AUCUNE raison valable pour que l’autre être humain de la maison te laisse assumer ça. Aucune.

 

Qui prend soin de toi ?

Permets-moi de regarder le problème par l’autre bout de la lorgnette : si faire la cuisine tous les jours pour tout le monde était une preuve d’amour, alors… qui t’aime, toi ? C’est une question absolument essentielle.

Considères-tu que ton mari t’aime lorsqu’il change l’ampoule de la salle de bains ?

Considères-tu que son amour est moins grand que le tien parce que cette tâche a lieu tous les six mois ?

Ce qui est étonnant avec ce lien entre amour, soin et charge domestique, c’est que, tant que Madame gère les choses, c’est quasiment invisible, c’est « normal ». On ne voit pas une chose qui est à sa place, mais par terre au milieu du salon, on la voit.

Quand, par contre, elle va arrêter de le faire, chacun va hurler au sacrifice et aux concessions en ne se rendant absolument pas compte que ces petits sacrifices de la vie quotidienne, ces concessions incessantes… eh bien, c’est elle qui les absorbe au jour le jour. Et sans hurler au scandale, en plus.

Finalement, la vie de famille est une forme de vie en collectivité : pourquoi la femme devrait-elle être la seule à se préoccuper des affaires et du bien-être de tous, alors que les autres habitants ne rangeraient que leurs affaires, ne débarrasseraient que leur assiette et ne se préoccuperaient pas de son bien-être à elle en retour ?

Non, l’intégralité de ton bien-être ne passe pas par le fait que tes enfants, ton chéri et ton chat sont bien dans leurs baskets.

Non, tu n’es ni horrible, ni égoïste si tu te dis que ton propre bonheur est très important pour toi, et devrait l’être également pour eux.

Oui, tu as le droit de penser que tu mérites. On te voit, on t’aime, on te soutient. Cœur avec les doigts !

 

Minute journaling du soir, bonsoir !

C’était quand la dernière fois que tu as fait quelque chose pour toi, juste pour

toi ? C’était quoi ?

Comment les membres de ton foyer prennent-ils soin de toi ?

 

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