J’arrête le burn out en cuisine !
Jour 8 – L’épineuse question du conjoint
JOUR 8
L’épineuse question du conjoint
Après quelques belles années, puis quelques années de déclin, Julie et son mec ont décidé de se séparer.
D’un coup, Julie se retrouve à tout gérer seule au moins une semaine sur deux sinon plus, le planning des enfants, l’école et les devoirs, le travail, la cuisine, le ménage, l’entretien du jardin, de la voiture, etc., devenant la seule adulte en charge du quotidien dans le foyer. L’atterrissage est rude, la transition vers une nouvelle organisation qui roule nécessite de nombreux réajustements.
Mais, au bout de quelques semaines ou de quelques mois, elle se rend compte qu’au final, certaines tâches, comme la cuisine ou le ménage, sont devenues plus simples. Paradoxe ? Coïncidence ? Je ne crois pas : d’un coup, la question de la répartition de la charge mentale s’est vue dissipée et clarifiée. Plus de nécessité de devoir tout organiser et prendre en charge tout en prenant en compte l’avis, l’ego, les goûts, les conseils et même les critiques de son mec dont la participation était pourtant variable.
Julie peut maintenant gérer tout ça totalement à sa manière, mais, surtout, elle découvre que l’absence de répartition équitable a cessé de la ronger de l’intérieur. Seule aux commandes, Julie n’est plus confrontée à l’espoir lancinant que la situation change, plus personne à qui le reprocher, plus personne après qui attendre un sursaut de prise de conscience.
Cette tranche de vie, elle est malheureusement très commune chez les femmes issues de couples qui se sont séparés. Elle témoigne tristement du fait qu’encore aujourd’hui, au fucking XXIe siècle, le conjoint, le mec, l’homme, le cher et tendre, bref, celui qui partage ton quotidien, est un élément non négligeable de compréhension de ton burn out cuisinesque, si ce n’est le principal.
Petite typologie des conjoints face à la cuisine
Avec Marie, au fil des témoignages, on a pu identifier trois types de conjoints, que tu as déjà découverts en détail au début de ce livre :
1. Robert, celui qui n’en a rien à faire de la cuisine et qui l’assume
(de manière plus ou moins classe). Cette configuration tend à se raréfier quelque peu, car, au XXIe siècle, assumer d’être un esclavagiste culinaire n’est plus à la mode et les Robert n’avancent désormais plus tranquilles en plein jour les poches emplies de fierté. Cependant, cette tare patriarcale, nous allons le voir, a pris une autre forme très pernicieuse qui fait que NAN, on n’est toujours pas sorties des ronces.
2. Jean-Milka, celui qui prend réellement sa part de prise en charge
de cette mission. On a là une configuration idéale, mais qui reste, et on le regrette, extrêmement rare.
3. Et Jean-Chachou, qu’on a déjà croisé au jour 4, tu sais, celui qui
croit dur comme fer prendre sa part de responsabilités au niveau du quotidien concernant la cuisine, mais qui, en réalité, ne mesure absolument pas l’étendue de cesdites responsabilités, et qui, en conséquence, laisse la très grande majorité de la charge à sa compagne… tout en croyant sincèrement être au top sur cette question.
Robert
On va mettre volontairement de côté la première catégorie de conjoints (déso Robert, tu ne seras pas la star de ce paragraphe). Si tu sais au fond de toi que, quelle que soit la stratégie que tu adopteras, tu n’obtiendras aucun autre résultat qu’un épuisement physique et psychique général, malheureusement, nous n’avons pas de solution miracle. C’est O.K. pour nous que tu trouves bien d’autres raisons de rester dans cette relation, mais les seuls conseils que l’on puisse te donner, c’est :
de ne pas te surépuiser à changer une situation qui ne peut l’être ;
de t’aider des trucs et astuces organisationnels développés dans
la troisième partie de ce livre ;
mais aussi de t’entourer de cette notion puissante et aidante
qu’est la sororité.
Donc rends-toi au jour 13 pour prendre une grosse bouffée de chaudoudous, puis direct à la troisième semaine pour voir concrètement comment améliorer la gestion de cette immense charge !
Quand Jean-Chachou se fait passer pour un Jean-Milka
Si tu es en couple avec un conjoint appartenant à l’une des deux autres catégories, je te pose la question : ton mec est-il réellement en charge de la moitié de la mission culinaire, charges mentale, morale et émotionnelle comprises, ou bien croit-il (dur comme fer)
l’être1 ?
Cette question, mine de rien, est cruciale, parce que, bon : quand un mec croit dur comme sa bite qu’il est en charge de cette mission à la même hauteur que toi, mais qu’en réalité, il ne l’est pas, les choses se corsent beaucoup plus que quand il assume ne pas l’être. Car l’attente, l’espoir et la culpabilité que cela génère sont très destructeurs pour toi.
Normalement, si tu as fait le petit exercice du jour 4, tu dois déjà avoir une petite idée de la chose. Mais on va en remettre une petite couche, parce que parfois, le diable se cache dans les détails, et que si, chez les mecs des copines, on a un radar infaillible pour détecter le féministe en mode marseillais, chez nous, quand l’amour et l’empathie s’en mêlent, c’est beaucoup moins évident.
À ton stylo cocotte, je te propose à nouveau un petit quiz.
Quiz Jean-Milka vs Jean-Chachou
1. En cuisine :
A. Il prend l’initiative du repas, sans attendre la dernière minute, sans râler, sans te faire comprendre que ça l’emmerde profondément et qu’il a d’autres choses plus importantes ou intéressantes à faire. Il n’y a jamais de débat : soit c’est lui, soit c’est toi, mais il faut bien faire à manger.
B. Il met la main à la pâte mais il a besoin d’une reconnaissance lorsqu’il le fait, et il n’hésite pas à la réclamer si elle ne vient pas. Il interprète le fait que tu ne le félicites pas ou ne le remercies pas assez comme un manque d’attention de ta part, et s’en sert comme excuse pour se désintéresser de ces tâches et les faire moins souvent.
2. S’il voit que tu as eu une journée chargée, même si lui-même a eu une longue journée de merde :
A. Il te dit « laisse chérie, pose-toi, je fais », et ce n’est pas une fleur qu’il te fait, parce que, indépendamment de ton état, il fait à manger, les courses et la vaisselle de manière plus que régulière.
B. Il peut parfois prendre le relais quand tu finis très tard ou que tu es très fatiguée mais il te fait alors sentir que c’est vraiment une bonne action de sa part, qui attend une réponse sexuelle affective adéquate.
3. Au moment des repas :
A. Il met naturellement la table, débarrasse, lance le lave-vaisselle, passe le balai, enlève les miettes, et sort la poubelle sans montrer que ça lui coûte et que cette activité n’est vraiment pas stimulante intellectuellement. B. Il débarrasse la table, mais il laisse les miettes comme si elles allaient disparaître comme par magie (ou l’inverse).
4. Quand il est temps de s’y mettre : A. Il gère son temps : il sait naturellement arrêter une activité prenante (console, série ou travail) ou s’extraire d’un moment convivial pour participer à la logistique et/ou la confection du repas, sans râler.
B. Il râle, beaucoup, et te laisse ressentir que ce n’est pas à lui de faire ça (sans pour autant dire que cela serait à toi, mais au final, cela revient au même), que ça pompe sur son temps de repos ou de loisir. Il ne considère pas que la réalisation de ces tâches t’incombe, mais il a du mal à en prendre l’initiative. Il peut dire des choses comme : « Si tu ne dis pas les choses à faire, je ne peux pas les deviner ! »
5. Quand il fait à manger :
A. Il considère que faire la cuisine comprend ranger et nettoyer au fur et à mesure : la cuisine est propre avant de passer à table. Et il n’a même pas râlé. B. Il laisse derrière lui un bordel innommable, et ne semble pas toujours avoir l’air de vouloir ranger et nettoyer. Faire à manger, c’est fait, il passe à autre chose, fier de lui.
6. À la question « qu’est-ce qu’on mange ? », il ne dit jamais « j’en sais rien » sans se creuser la tête ensuite.
A. Vrai.
B. Dans tes rêves.
7. Le terme « aider » : il ne l’utilise jamais sauf quand tu prends l’initiative du repas et qu’il souhaite t’aider à le préparer pour alléger ce moment pour toi. Il ne
revendique jamais une médaille pour tout ça, car il considère ça normal. Il fait même de ce moment un vrai moment de complicité !
A. De souvent à très régulièrement.
B. De ponctuellement à jamais.
8. Quand ça t’arrive d’avoir la flemme : il est toujours là pour assumer ce moment. Et au combat de qui a la plus grande flemme, il refuse de te laisser perdre systématiquement.
A. Vrai !
B. Faux.
Verdict
Tu as une majorité de A
Tu as le modèle Jean-Milka ! Ton chéri assume sa part de charge mentale, opérationnelle et émotionnelle : avec lui, c’est facile. Si tu lis ce livre en ayant un Jean-Milka à la maison, deux options : soit vous avez besoin de conseils d’ordre pratique ou organisationnel, que vous trouverez lors de la troisième semaine, soit tu fais partie de
la team Monkette, dans ce cas, le jour 11 sera fait sur mesure pour toi !
Tu as une majorité de B
Tu as un Jean-Chachou. Globalement, il assure plus ou moins sa part de charge opérationnelle, mais te laisse les charges mentale, morale et émotionnelle à gérer intégralement.
Comme tu détestes par-dessus tout l’entendre râler, tu as tendance à le faire « naturellement » plus à sa place, et il te laisse gagner du terrain progressivement sans se remettre en question. Idem pour l’assistanat « demande et je ferai » : tu as tendance à faire les choses, parce qu’avoir à demander, c’est encore de la charge mentale (et en plus, tu détestes quémander).
Tu l’auras compris, en résumé, la différence fondamentale entre un Jean-Milka et un Jean-Chachou réside en quatre points cruciaux :
la régularité,
la prise d’initiative,
le fait de ne pas râler,
le fait de ne pas attendre de remerciements inconsidérés ou de
récompense.
Sorcellerie !
Oui, sorcellerie ! Car, par le truchement de je-ne-sais-quelle diablerie, le Jean-Chachou, il croit malgré tout dur comme fer être un Jean-Milka !
Personnellement, je vois trois pistes.
Aujourd’hui, en France, parmi les générations jeunes et jusqu’à la
quarantaine/cinquantaine, le dogme de « la femme en cuisine »
est complètement has been, et il est assez honteux de le
revendiquer en public.
Souvent, le Jean-Chachou se pense proche des idées féministes,
pense être sensibilisé à la « cause des femmes », et d’ailleurs,
parfois même, il l’est sur certains points.
Souvent, il confond charge opérationnelle et charge
mentale/morale/émotionnelle, et c’est là le problème car, pour lui,
de fait, sa part de contrat est remplie. Mais il ne voit pas que
devoir organiser les choses, y penser, lui demander de faire,
veiller à son ego en le remerciant pour ce que toi, tu fais
quotidiennement dans la transparence la plus totale, secrètement,
ça t’use. Ça use ton esprit, ça use ton amour, ça use ta libido, ça
use ta vie. Tu aimerais goûter au luxe que tu lui offres de pouvoir
parfois ne penser à rien et que ça tourne quand même comme par
miracle, sans tensions, sans culpabilité et sans reproches. Cœur
avec les mains.
Une charge émotionnelle qui explose
Face aux Jean-Chachou donc, les choses se corsent, car, d’un point de vue psychologique, on a tendance à être charmé par un homme qui a des discussions ouvertes sur les notions d’égalité, d’équité. Mais quand, dans le boudoir feutré du quotidien, ses actions sont en contradiction avec les paroles auxquelles il croit pourtant sincèrement, on se retrouve dans une impasse : comment lui faire entendre que ce qu’il croit ne correspond pas du tout à la réalité tangible de votre foyer ? Et ce, sans le vexer !
Bon. Bien sûr, mon côté réac aurait bien envie de te dire : « Ben, la véritable question est : est-ce qu’on doit vraiment ménager l’ego des hommes, est-ce que ce n’est pas les infantiliser ? Après tout, ils sont grands, ils ont les capacités cognitives de se remettre en question et si ton mec ne les a pas, ça sera le signe qu’il ne TE MÉRITE PAS, BERDOL ! NEXT, DIDIOU ! »
Mais on a dit : pas de pression féministe ! Parce que la vie, c’est plus compliqué que ça. L’amour, c’est plus compliqué que ça. Et l’interdépendance dans les relations, aussi.
Donc voilà, cet homme-là, il a une grosse contradiction concernant la prise en charge de la cuisine au quotidien, mais tu l’aimes. Il a aussi plein d’autres qualités, et tu n’as pas du tout envie de le blesser ou de lui faire mal (charge émotionnelle, coucou !). Et en plus, tu te dis que t’es nulle de ne pas arriver à faire que ton couple fonctionne réellement selon la sacro-sainte norme du 50/50 (charge féministe, coucou !).
Alors, toi qui es concernée par cette question, je t’invite si tu le peux à déposer les armes que tu brandis contre toi-même : ce n’est pas à TOI d’assumer l’éducation de ton homme, mais à LUI de se déconstruire, et surtout s’il pense être déconstruit. C’est un processus qui LUI appartient.
Fin de la séance, ça fera cinquante balles, merci.
Sauf que, quand j’ai dit ça, il est possible que ça te semble pire : du coup, comment se sortir de cette impasse, si on attend qu’il se sorte tout seul les doigts du cul ? Ben, ça peut ne jamais arriver et tu resteras ad vitam æternam avec ton problème de surcharge mentale, merci H.
Ne fuis pas, on va en reparler au jour 9 ! Mais prenons les choses dans l’ordre : c’est de toi que je veux m’occuper aujourd’hui. Je sais que ton mec a probablement d’immenses qualités et qu’il pense bien faire, je ne le nie pas et je le respecte, mais ce n’est pas mon objet aujourd’hui : c’est toi et ton bien-être qui me font écrire ce livre, parce qu’on en a toutes besoin, sororité bonjour.
Tu es une belle personne, protéger ceux que tu aimes et ne pas leur faire de mal est une très belle qualité. Mais ce qui m’inquiète, c’est que cela arrive à un point où cela se fait au détriment de ton propre bonheur. Prends donc un thé, cale-toi dans un plaid et prends une bonne ration de chaudoudous avant de passer au chapitre suivant !
Minute journaling du soir, bonsoir !
On arrive à la question la plus difficile de ce livre, certainement : as-tu évoqué,
lors d’une conversation posée et sérieuse, l’objet de ce livre avec ton conjoint ?
Si oui, comment a-t-il réagi ? Mais surtout : qu’avez-vous pu retirer de concret
de cette conversation ?
Si non, de quoi as-tu peur ? Tu peux écrire librement, personne ne te regarde !
1. Variante : ton conjoint assume-t-il en toute détente de ne pas gérer la cuisine car il est persuadé de faire largement sa part dans le fonctionnement du foyer par ailleurs ? Est-ce vraiment le cas ?
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