La carte postale
Chapitre 27
Au petit matin du 15 juillet, Jacques et Noémie quittent la prison d’Évreux accompagnés de quatorze autres personnes. Jacques est le plus jeune. Le groupe est mené au siège de la 3 légion de gendarmerie e à Rouen, où l’on regroupe tous les Juifs arrêtés dans l’Eure lors de la rafle du 13 juillet.
Le lendemain après-midi, le 16 juillet 1942, les parents Rabinovitch apprennent que des arrestations massives ont eu lieu à Paris, le matin même. Des familles ont été tirées du lit dès quatre heures du matin, obligées de partir sur-le-champ avec une valise, sous la menace des coups. Ces arrestations ne passent pas inaperçues. Les renseignements généraux parisiens notent dans un rapport : « Bien que la population française soit, dans son ensemble et d’une manière générale, assez antisémite, elle n’en juge pas moins sévèrement ces mesures, qu’elle qualifie d’inhumaines. »
— Ils prennent même des jeunes femmes avec leurs enfants, c’est ma sœur qui est concierge à Paris qui m’a raconté ça, explique une voisine du village à Emma. La police est venue avec des serruriers, quand les gens refusent d’ouvrir, ils entrent en force.
— Et ensuite, ajoute le mari, ils vont voir les gardiens d’immeuble pour dire d’aller fermer le gaz dans les appartements. Parce qu’ils vont pas revenir de sitôt…
— On a emmené les familles au Vélodrome d’Hiver, paraît-il. Vous connaissez ?
Le Vélodrome d’Hiver, oui, Emma voit très bien ce stade, rue Nélaton dans le 15 , où ont lieu les compétitions de cyclisme, de e
hockey sur glace, et les matchs de boxe. Quand Jacques était petit, une année, son père l’avait emmené assister au « Patin d’or », une course de patinage à roulettes.
— Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? songe Ephraïm, gagné par la frayeur.
Emma et Ephraïm retournent à la mairie pour en savoir davantage. Monsieur Brians, le maire des Forges, s’agace, devant ce couple d’étrangers, drapés dans leur dignité, qui passent leur temps à hanter les couloirs de la mairie.
— Nous avons entendu dire que des Juifs ont été rassemblés à Paris. Nous voudrions savoir si nos enfants se trouvent parmi eux, dit Ephraïm au maire.
— Pour cela, il nous faut une autorisation spéciale de déplacement, ajoute Emma.
— Faut voir avec la préfecture, répond le maire, en fermant à clé la porte de son bureau.
Le maire boit un petit verre de cognac pour se remettre. Il demande à sa secrétaire de mairie de lui éviter désormais tout contact avec ces gens. Cette jeune femme porte un joli nom, Rose Madeleine.
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