La carte postale
Chapitre 35
— Tu ne t’es jamais posé de questions sur tes origines ?
— Non. Bizarrement jamais. Je ressemble tellement à Vicente, il n’y a pas vraiment de doute possible. Je suis son portrait craché. Mais une nuit, pour emmerder Yves et Myriam, je leur ai posé la question.
— Quelle question ?
— Je leur ai demandé de qui j’étais la fille, pardi !
— Pourquoi ?
— À ton avis ? Pour faire parler ma mère… Myriam ne disait jamais rien. Elle ne racontait jamais rien. J’en ai eu marre. Tu comprends ? Marre. J’avais envie qu’elle me parle de mon père. Alors je suis allée la chercher. Pour la faire sortir de son silence, il fallait que je tape fort. Nous étions à Céreste, c’étaient les grandes vacances. J’ai provoqué ma mère et Yves en début de soirée. Et Yves l’a très mal vécu. Ce fut une nuit terrible entre nous, orageuse.
— Est-ce qu’il se sentait responsable de la mort de ton père ?
— Le pauvre, j’espère aujourd’hui que non. Mais peut-être à l’époque avait-il ce sentiment ? Quoi qu’il en soit, le lendemain matin, j’ai fait mes bagages, avec ton père qui était avec moi, nous sommes rentrés à Paris.
— Nous n’étions pas nées à ce moment-là ?
— Si, si. Je suis partie avec vous… Et trois jours plus tard, j’ai reçu une lettre.
— C’est cette lettre que tu voulais obtenir ?
— Tout à fait. À cette époque-là, je ne savais rien sur mon père, ni sur la vie de Myriam pendant la guerre. Elle n’en parlait jamais. J’avais tellement soif de dates, de lieux, de mots et de noms. Avec ma question, je l’ai obligée à me donner des informations.
— Tu me la montres ?
— Oui, elle est rangée dans mes archives, je vais la chercher.
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