La carte postale
Chapitre 11
« Chère Madame,
Comme discuté au téléphone, les quelques mots examinés ne
sont pas suffisants pour faire une affirmation complète à 100 pour
100, néanmoins nous pouvons affirmer que ces quelques mots ne
semblent pas émaner du même scripteur que celui de la lettre
manuscrite. Nous restons à votre entière disposition pour tout
autre renseignement que vous pourriez souhaiter.
Cordialement, Jésus F. Criminologue. Expert en Écritures et Documents. »
Jésus et ma mère s’accordaient sur ce point : Colette n’était pas l’auteur de la carte postale anonyme.
J’ai ressenti une grande déception. Une lassitude aussi.
J’ai repris ma vie quotidienne, en mettant tout cela loin de moi. Je couchais Clara dans son petit lit et lui lisais l’histoire de Momo le crocodile de mauvaise humeur, ensuite je fermais les yeux en m’allongeant sur mon lit. Les voisins du dessus jouaient du piano, la musique qui provenait du plafond m’enveloppait. Un soir j’ai eu la sensation que les notes tombaient dans ma chambre comme une pluie fine.
Les jours suivants, je me suis sentie abattue. Je n’avais plus envie de rien. J’avais tout le temps froid et seul un jet d’eau chaude sous la douche me permettait de revenir à la vie. Je n’ai pas déjeuné avec Georges. J’étais épuisée. La seule chose que j’ai eu envie de faire, c’est d’aller à la cinémathèque acheter des films de Renoir pour voir l’oncle Emmanuel. J’ai trouvé Tire-au-flanc et La Nuit du carrefour. Ils n’avaient plus La Petite Marchande d’allumettes. Le pseudonyme de Manuel Raaby est apparu au générique et cela m’a semblé à la fois irréel et très triste. Ensuite j’ai été prise d’une envie irrépressible de dormir, comme sous l’effet d’un somnifère, j’ai mis mon pull sous la tête et j’ai pensé à Emmanuel, j’ai songé à téléphoner à Lélia pour lui demander la date exacte et les circonstances de sa mort. Mais je n’en ai pas eu le courage.
J’ai été réveillée par la sonnette de la porte d’entrée.
Georges est apparu dans l’ombre de la porte, une bouteille de vin et un bouquet de fleurs dans les mains.
— Puisque tu ne veux plus sortir de chez toi… il fallait que je fasse quelque chose, sinon je vais finir par trop te manquer, a-t-il dit en riant.
J’ai fait entrer Georges dans mon appartement, sans faire de bruit pour ne pas réveiller Clara qui dormait. Nous sommes allés dans la cuisine pour déboucher la bouteille de vin.
— Tu as reçu la réponse de Jésus finalement ? m’a-t-il demandé.
— Oui, et ce n’est pas Colette. Cela m’a un peu découragée. Je me suis dit à quoi bon ?
— Ne te décourage pas. Il faut que tu ailles au bout.
— Je pensais au contraire que tu m’encouragerais à abandonner.
— Non. Il faut que tu persévères. Continue d’y croire.
— Je n’y arriverai jamais. Je vais juste perdre des heures et des heures inutiles.
— Je suis sûr qu’il y a d’autres choses à découvrir.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Je ne sais pas… recommence là où tu t’es arrêtée. Tu verras bien où cela te mène.
J’ai ouvert mon carnet de notes et je l’ai montré à Georges.
— Voilà où je me suis arrêtée.
La page contenait trois colonnes. Famille. Amis. Voisins.
— La famille… il ne restait plus personne. Les amis… nous avons fait le tour avec Colette. Il reste à présent les voisins.
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