La comédie de la notation

Gerard Ampeau · Chapitre 22 sur 64

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La comédie de la notation

Conflit d’intérêts

En spéculant en bourse par exemple.

La publication de la dégradation d’une note entraîne généralement la

baisse de la valeur des obligations ou des actions s’il s’agit d’une so-

ciété. L’inverse est un peu moins vrai. Une amélioration d’une note fait

généralement faiblement progresser la valeur d’une obligation ou d’une

action. Dans son rapport de 2004, l’AMF explique ce phénomène d’asy-

métrie par le fait que : « les relèvements seraient mieux anticipés que les abaissements de notation, notamment parce que l’entreprise communique plus rapidement les informations qui lui sont favorables que celles

qui sont susceptibles de peser sur la valeur de marché de la société ».

On imagine le profit que peut en retirer un salarié informé, quelques

jours avant une publication, en commettant un « délit d’initié » directe-

ment ou à travers le compte titres de l’un de ses proches...

Plus grave et lourd de conséquences, le conflit d’intérêts.

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Conflit d’intérêts

Le modèle de « l’émetteur payeur » est soupçonné de générer des

conflits d’intérêts.

Les régulateurs, tant la SEC que l’ESMA l’ont bien compris, qui

consacrent un important chapitre à ce sujet dans chaque rapport consa-cré aux agences de notation.

Les émetteurs ont le choix de leur agence de notation. Un faible choix à

vrai dire entre les seules trois grosses agences. On peut alors les soup-

çonner de choisir une agence en fonction des notations passées d’en-

tités du même secteur. Ces bonnes notes laissent espérer à un nouvel

émetteur désirant se faire noter une notation de bon niveau.

Conflit d’intérêts pour chaque modèle économique

Bien sûr, les agences ont raison lorsqu’elles indiquent que chaque mo-

dèle économique contient un conflit d’intérêts.

Si dans le modèle « émetteur / payeur », l’émetteur souhaite obtenir la

meilleure note pour figurer dans le maximum de portefeuilles, c’est le phénomène inverse qui est attendu dans le modèle « investisseur / payeur ».

Il s’agit de l’ancien modèle économique des agences, lorsque seuls les

investisseurs payaient pour avoir accès aux notes financières, ce modèle

était lui aussi potentiellement porteur de conflit d’intérêts.

Quel est l’intérêt principal d’un investisseur ?

L’investisseur a objectivement intérêt à ce que la note soit la plus basse possible. Car une mauvaise note conduit à majorer le taux d’intérêt à

l’émission et donc le taux de rendement rétribuant l’investisseur. Des

notes financières très sévères contraignent les émetteurs à émettre des

obligations à taux élevés pour compenser le risque présenté.

Une dégradation d’un émetteur se traduit sur le marché secondaire par

la baisse du cours de l’obligation (de sa valeur en bourse). L’investisseur peut alors l’acheter en profitant des « soldes ».

Faire ses courses dans les agences de notation

Pour faire ses courses, lorsque l’on se sent plus à l’aise chez Auchan

que chez Carrefour, et bien on va faire son marché chez Auchan. C’est

un peu la même démarche pour un émetteur qui cherche à se faire noter

par une agence. Des notions de sympathie ou d’antipathie peuvent aussi

Les fautes des agences de notation | 93

rentrer en ligne de compte dans le choix qui sera fait : la proximité des bureaux de l’agence de notation, l’efficacité des équipes commerciales.

La spécialisation de l’agence dans le secteur auquel on appartient. Tout

rentre en ligne de compte.

Tout sauf l’argument du prix. Car les agences refusent de brader leurs

notations pour éviter d’être soupçonnées d’acheter ainsi une part de

marché en délivrant des prestations au rabais.

Baisser les prix, vous n’y songez pas !

Autre conjecture formulée cette fois contre les émetteurs. Ceux-ci se-

raient tentés de choisir l’agence chargée de leur notation en fonction de

sa réelle ou supposée bienveillance vis-à-vis d’eux.

On peut imaginer le succès dans le développement du chiffre d’affaires de l’un des 28 bureaux que compte S&P dans le vaste monde, si celui-ci décroche de nombreux mandats en promettant que les analystes feront

preuve de mansuétude.

Les commerciaux de ce bureau de S&P seront certainement récompen-

sés à la hauteur de leur mérite.

Face à cette attaque, les agences répondent : un, qu’elles ont séparé les

services commerciaux des services d’analystes crédit par une muraille

de Chine infranchissable ; et deux, que les comités de notation qui sont

chargés de décider des changements de note sont constitués de plu-

sieurs analystes disséminés dans les différents bureaux dans le monde.

Cette répartition géographique assure leur indépendance vis-à-vis de

tentatives d’influences locales.

Enfin, de leur côté, les régulateurs ont demandé aux émetteurs de pro-

duits structurés de solliciter plusieurs agences afin d’éviter le doute af-freux d’avoir choisi son agence en fonction de possibles accointances.

Les banques sont priées dorénavant de faire leurs emplettes chez plu-

sieurs distributeurs de notes. L’ESMA a demandé que les analystes se-

niors changent de poste au bout de quelques années afin que de « mau-

vaises habitudes » ne soient pas prises.

Tiers de confiance, organisées pour éviter les conflits d’intérêts, refusant de brader leurs prix, telles se présentent les agences de notation à longueur d’interviews.