La comédie de la notation
L’ISR est-ce que ça marche ?
de lobbying au niveau européen et en France, depuis 2018, à la Haute
Autorité pour la transparence de la vie publique.
Les analyses des agences de notation extra-financière ne représentent
pas une fin en soi lorsque l’on gère avec un prisme ISR. Il y a aussi des
décisions d’exclusion ou d’inclusion des sociétés de certains secteurs
comme celui du pétrole.
« To be or not to be », un investisseur dans le pétrole ?
C’est la grande question à laquelle sont confrontés les investisseurs
engagés, soucieux d’accélérer la transition énergétique, et, en même
temps, de garder une influence dans les sociétés du secteur pétrolier.
Pour garder cette influence, il leur faut rester actionnaire !
La réponse de l’E&I est de se féliciter lorsque plusieurs organisations catholiques annoncent qu’elles ont décidé de sortir des sociétés du
secteur, alors que dans le même temps, E&I a souhaité ne pas exclure le secteur du pétrole de son fonds Nouvelle Stratégie 50.
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Cet investisseur n’est pas le seul dans ce cas. C’est aussi le dilemme que rencontre le Fonds souverain norvégien. « Créé en 1990 pour recueillir les revenus tirés de l’exploitation pétrolière et gazière, afin d’en faire profiter les générations futures, ce fonds détient 1,3 % de la capitalisation boursière mondiale, soit plus de 1 000 milliards de $. »58 Le
fonds norvégien est souvent dans le trio de tête des principaux institu-tionnels actionnaires des sociétés du CAC 40.
En novembre 2017, la Banque de Norvège a demandé au fonds sou-
verain norvégien de sortir progressivement du secteur du pétrole. La
banque centrale souhaite ainsi réduire la vulnérabilité de la Norvège à
une chute brutale du cours de l’or noir. Un choix cornélien, quand on
connait le nom de la société qui a enregistré la plus forte performance
du portefeuille du fonds norvégien en 2016 : ExxonMobil !
Les choix d’exclusion de certaines sociétés en raison de leur secteur ou
de leurs activités, ne semblent pas rendre le portefeuille moins perfor-
mant, comme le rapporte la société de gestion Meeschaert sur son site :
« Le groupe Meeschaert crée, dès 1983, le premier fonds éthique fran-
çais, Nouvelle Stratégie 50. Régulièrement récompensé, ce fonds dé-
montre par ses performances qui font pâlir bon nombre de fonds de sa
catégorie, qu’ISR peut rimer avec rendements. »
L’ISR est-ce que ça marche ?
La réponse est positive. Prenons le MSCI KLD 400 Social, le plus an-
cien des indices ESG sur les actions américaines. Il existe depuis l’an-
née 1990. Au 31 janvier 2018, le MSCI KLD 400 Social Index affiche un
rendement en USD de 15,84 % sur 5 ans contre 15,57 % pour l’indice
MSCI USA IMI.
Cet indice est composé de 400 sociétés nord-américaines, qui res-
pectent des normes élevées en matière de critères environnementaux,
sociaux et de gouvernance. Il exclut de sa composition des secteurs tels
que l’alcool, le tabac, le jeu, les armes ou la pornographie. Cet indice
est construit de façon classique, avec une méthode de pondération des
titres en portefeuille reposant sur la capitalisation boursière. La pondé-
ration de l’indice est revue trimestriellement.
Parmi les principales lignes : Coca-Cola, Disney, Procter & Gamble,
Alphabet (Google) ou encore Microsoft. Vous l’aurez compris, le MSCI
58
La Tribune, « Norvège : le fonds souverain dépasse les 1 000 milliards de $, soit 2,7 fois le PIB », 12 septembre 2017.
« Et Dieu dans tout ça ? » | 225
KLD 400 Social Index fait la part belle au secteur des nouvelles technologies. Une partie de la performance peut s’expliquer par des conditions
cycliques, ici la forte progression des valeurs technologiques cotées sur
le Nasdaq.
Du Domini index au MSCI KLD 400 Social index
Dans les années 2000, c’était le « Domini index » que l’on donnait en
exemple lui aussi était composé d’un grand nombre de sociétés de « la
nouvelle économie ». Au cours des années 1990, les entreprises du sec-teur du tabac perdaient de nombreux procès. Après la chute du mur de
Berlin, les sociétés du secteur militaire souffraient des « dividendes de
la paix », c’est-à-dire de la baisse des dépenses de défense en période
de détente mondiale. Les indices éthiques qui les avaient exclus (« les
actions du péché ») étaient avantagés.
En réalité, le Domini index a été rebaptisé MSCI KLD 400 Social Index
en 2010. Historiquement cet indice est l’un des premiers indices ISR,
conçu pour aider les investisseurs à mesurer la qualité des facteurs so-
ciaux et environnementaux dans leurs choix de portefeuille.
Les périodes de sur-performance et celles de sous-performance al-
ternent, entre les indices socialement responsables et ceux qui ne le
sont pas. Il y a donc bien un effet cyclique.
Aujourd’hui, les gérants de portefeuille ou les gestionnaires de fonds
de pension ou de fonds souverains ne peuvent plus ignorer l’analyse
extra-financière. D’ailleurs, si la grande majorité d’entre eux se déclare agnostique en matière d’évaluation extra-financière, tous les acteurs interrogés confirment qu’ils ne peuvent pas faire l’impasse sur les risques
environnementaux, sociaux ou de gouvernance. C’est pourquoi la quasi
totalité des gérants socialement « irresponsables » lisent les analyses
dispensées par les agences de notation extra-financière. Mieux, les don-
nées extra-financières (notes, existence de controverse, appartenance aux indices ISR) sont maintenant intégrées dans tous les rapports de
recherche financière.
À côté des agences de notation financière sont apparues, au cours de
ces dix dernières années, des agences de notation extra-financière, qui
se donnent pour objectif d’évaluer le degré de responsabilité sociétale
des entreprises (RSE).
Force est de constater que l’on dispose, aujourd’hui encore, de trop
peu de recul pour apprécier la qualité et la contribution de la notation
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extra-financière, son influence sur les choix des investisseurs et son impact sur les comportements des entreprises. La notation ESG
(environnement, social, gouvernance) peut répondre à une multitude
de demandes. Elle peut guider les investisseurs sensibles à ces
problématiques, mais aussi servir à d’autres investisseurs d’indicateurs
des risques portés par les entreprises. Même si ces analyses extra-
financières gagnent en influence, elles n’ont pas encore un caractère
aussi systémique que la notation financière. Les moyens qui y sont
consacrés ne sont pas non plus comparables : le chiffre d’affaires des
agences de notation extra-financière ne représente que 1 à 2 % de
celui des agences de notation financière. D’autre part l’hétérogénéité
des méthodologies et des notations est critiquée par l’AMF dans son rapport sur la Responsabilité Sociale, Sociétale et Environnementale,