La comédie de la notation
Un coup de tabac
d’utiliser leurs notes, leurs indices et leurs bases statistiques. C’est une manière de continuer à profiter du modèle « émetteur / payeur », tout en
ajoutant la facette « investisseur / payeur ». Plutôt bien joué de la part des agences, qui montrent ici leur capacité de résilience face aux réglementations. Tout comme leur qualité de souplesse, afin de s’adapter à
toutes les clientèles, en se rendant indispensables, et en faisant évoluer leur organisation pour éviter de tomber sous le coup de la législation.
Pour des notes dont la qualité n’est pas prouvée, mais dont le pouvoir
de nuisance l’est, au travers des notes procycliques, de l’impossibilité
de prévoir des retournements de tendances économiques, ou de la ca-
pacité à s’affranchir des règles européennes ou américaines. Avec un
duopole toujours aussi fort.
Et maintenant ?
Les dettes des États européens, sont-elles, autre chose, qu’une bombe
à retardement ?
« Depuis la crise financière de 2008, la crainte de la déflation l’a em-
porté sur toute autre considération dans la définition des politiques éco-
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nomiques. Les mesures “non conventionnelles” mises en œuvre par les banques centrales ont permis d’abaisser fortement le niveau des taux
d’intérêt et de rendre supportable l’atonie de la croissance, mais elles
ont enlevé toute contrainte de financement aux États, dont l’endette-ment a dérivé de façon inquiétante. »5 Il en est de même pour la dette
des agents privés en Europe. Cette Europe, qui, en additionnant dette
publique et dette privée, bat les États-Unis à plate couture.
Ce phénomène est mondial et on voit mal, par quel tour de magie, on
pourrait inverser la tendance. L’inflation est trop basse pour effacer une partie des dettes de façon indolore. Les banques centrales éviteront-elles aux pays de faire défaut ?
Dans ce contexte, comment les autorités de régulation et les États
peuvent-ils réduire les risques de nouvelle crise financière ? Quelle sera l’attitude des agences de notation, dans un contexte européen de ralentissement de l’économie, couplé à une crise migratoire et à des ten-
dance centrifuges ? On peut craindre le pire. Comme en 2008, des
dégradations et des mises sous surveillance négatives des États souve-
rains, des banques et des émetteurs.
Un coup de tabac
Face à la situation économique et à la politique de la BCE, Patrick Artus
et Marie-Paule Virard6 sont très pessimistes. Ils considèrent que devant
la fuite en avant des banques centrales, que rien ni personne n’arrêtera,
les crises financières deviendront ingérables. Une sorte de crise finan-
cière permanente, qu’il faut sans cesse éteindre, avec des liquidités et
des parole apaisantes. Ou plutôt, une succession de crises : « ... jusqu’à ce qu’un coup de tabac, plus dévastateur que les autres, déclenche une
nouvelle crise mondiale, et ne mettre la planète à feu et à sang »7.