La comédie de la notation
La malédiction des agences de notation
Alors ne nous étonnons pas en France des réactions que provoquent les
agences lorsqu’elles dégradent la notation d’un émetteur de dettes. Les
agences de notation sont : « des pompiers pyromanes1 » selon Serge
Tchuruk alors président d’Alcatel ou plutôt « des bourreaux2 » pour Jean-
René Fourtou, ancien président de Vivendi Universal.
Plus mesuré dans ses déclarations prononcées peu après l’abaissement
de la note de l’Espagne et du Portugal par l’agence Standard & Poor’s, Dominique Strauss-Kahn, alors directeur général du FMI, déclarait à leur
sujet : « Il ne faut pas croire tout ce qu’elles disent, ... même si elles ont leur utilité »3.
1
Wall Street Journal Europe dans son édition du 20 novembre 2002 dans un article intitulé :
« La France SA en rage contre les agences de notation ».
2 Idem supra.
3 Déclaration rapportée par l’AFP le 28 avril 2010.
La comédie de la notation | 11
Un mois plus tard survenait la dégradation de la Grèce, qui entraînait, cette mise en garde de Christine Lagarde à l’époque ministre des
Finances4 : « Il faut contrôler plus les agences de notation » et « s’as-
surer qu’elles respectent les règles », « On ne dégrade pas un pays dans les conditions où sa note a été dégradée, c’est-à-dire quinze mi-
nutes avant la clôture (des marchés) pour précipiter des achats et des
ventes ».
« Les agences de notation doivent être sanctionnées lorsqu’elles n’ont
pas fait leur travail » avait pourtant solennellement déclaré Nicolas
Sarkozy dans une interview télévisée5.
Qui sont donc ces fameuses agences de notation qui déchaînent ainsi
les passions ou pour reprendre la phraséologie de Jean-Luc Mélenchon,
leader du Parti de Gauche : « Qui sont ces gens... qui décident à la
place des peuples ? ». Des agences dont les décisions de dégradation
de la notation d’un pays peuvent devenir des armes mortelles entre les
mains de l’opposition politique. Tel cet éditorial prémonitoire du Wall
Street Journal, paru le 15 juillet 2011 et qui rendait Barack Obama res-
ponsable, sinon coupable, de la perte du AAA américain et cela trois se-
maines avant sa dégradation effective : « Le Président qui fut aux com-
mandes de cet effondrement historique de la crédibilité budgétaire ».
Lequel Obama, conscient du danger contre-attaque le 8 août 2011, trois
jours après la dégradation effective des USA par S&P, lors d’une allo-
cution à la Maison Blanche en déclarant : « Quoi que disent certaines
agences de notation, notre pays a toujours mérité et méritera toujours le AAA ! ».
La malédiction des agences de notation
Des déclarations semble-t-il tout à fait proportionnées à l’enjeu que
constitue sa réélection pour un homme politique. Le péril d’une non réé-
lection que fait courir à un politique la perte du mythique AAA, est illustré par cette déclaration prémonitoire attribuée par Le Canard enchaîné
à Nicolas Sarkozy : « Si on perd le AAA ; je suis mort ! »6 .
Si la baisse de la note d’un pays ébranle considérablement l’économie
et toute la société de celui-ci, à l’image de la malheureuse Grèce, alors
4 Le 3 mai 2010 sur Europe 1.
5 Le 25 avril 2008 sur France 2.
6 Le Canard enchaîné du 9 novembre 2011.
12 | La comédie de la notation
comment qualifier les dégâts collatéraux qui affectent la classe politique par ricochet ?
Le Président sortant et futur candidat aux élections présidentielles de
2012 est alors bien placé pour juger des risques liés à la dégradation de
la note d’un pays. L’année 2011 a été le théâtre de la chute de très nom-
breuses personnalités politiques au pouvoir en Europe. Qu’on en juge !
Le Premier ministre irlandais Brian Cowen battu aux élections. Le
Premier ministre portugais José Sócrates démissionnaire. Tout comme le grec Georges Papandréou et l’italien Silvio Berlusconi. Battu éga-