La comédie de la notation
Les rapports officiels
On serait volontiers tenté de les croire, si elles n’étaient pas accusées, preuves à l’appui, d’avoir failli à leurs missions. Les accusations ne proviennent pas de quelques journalistes en mal de notoriété ou de jour-
naux satiriques paraissant le mercredi. Non, les sources sont d’abord les
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témoignages des salariés ou anciens salariés ; ensuite celles beaucoup plus officielles des rapports parus ces 10 dernières années.
Les accusations les plus sévères proviennent des organismes officiels :
l’AMF, l’Agence Européenne des Marchés Financiers (ou ESMA en an-
glais), la SEC, la FCIC qui est la commission américaine chargée de
déterminer les responsabilités dans le déclenchement de la crise dite
des subprimes, la Commission européenne, le Parlement européen, le
Sénat français... Il suffit de lire ces rapports officiels pour être édifié.
Mais commençons par les témoignages des principaux acteurs : les sa-
lariés des agences.
Après la crise financière de 2008, les journaux ont publié de nombreux
témoignages d’investisseurs victimes, ou d’anciens salariés des agences
de notation qui dénoncent une charge de travail trop importante pour
chacun, rendant difficile la production d’un travail de qualité. Tel ce jugement porté par Alexandre Martin-Min4 : « Il est effrayant de dégrader
des centaines d’ABS... C’est la preuve qu’il n’y a pas eu d’analyse ABS
par ABS... on est arrivé à la limite de la capacité des modèles, car il y a beaucoup trop de facteurs. Le jugement humain doit intervenir comme dans le corporate (la notation des entreprise privées). Or, les volumes
notés dépassent les moyens humains des agences ».
Ces témoignages sont la plupart du temps anonymes et peuvent être
taxés de revanchisme par rapport à leurs anciens employeurs. Ils sont
donc forcément suspects.
Tel n’est pas le cas des verbatims figurant dans des rapports officiels,
lesquels sont parfois prononcés après que leur auteur ait prêté serment
sur la Bible...
Les rapports officiels
Ceux par exemple qui ont été enregistrés par la commission d’enquête
sur la crise financière (la Financial Crisis Inquiry Commission).
En mai 2009, Barack Obama créait une commission d’enquête
sur la crise, bipartisane, composée de dix membres et dénommée
Commission d’enquête sur la crise financière (FCIC). Son ordre de mis-
sion : « Examiner les causes, intérieures et internationales, des crises
financière et économique actuelles aux États-Unis. » La commission ré-
unissait des personnalités expérimentées reflétant tant les idées de la
4 À l’époque responsable de l’équipe crédits structurés de Axa IM depuis 2002.
Les fautes des agences de notation | 95 nouvelle majorité démocrate que celles de l’ancienne, républicaine. Au total, autour de son président, Phil Angelides, siégeaient : un ex-trésorier général de l’État de Californie, trois financiers et avocats d’affaires, deux anciens élus au Congrès, deux ex-conseillers économiques de
George W. Bush, un entrepreneur et un ex-régulateur du secteur ban-
caire. Six penchaient du côté démocrate (dont le président), et quatre
du côté républicain avec le vice-président de la commission.
Le rapport de la Financial Crisis Inquiry Commission (2011)
La FCIC a auditionné publiquement, pendant 19 jours, quelques 700 ac-
teurs de la crise financière5. Parmi ceux-ci, 8 cadres et dirigeants de
Goldman Sachs. « La Banque » la plus puissante du monde et qui « di-
rige le monde » selon Marc Roche auteur d’une enquête sur Goldman
Sachs. Elle a été l’un des acteurs essentiels de la crise de 2008. Sa cu-
pidité, ainsi que son absence d’éthique, ont constitué deux ingrédients
déclencheurs de la crise financière. Elle fait figure de principale accusée aux yeux de nombreux observateurs.
Parmi les autres institutions ayant joué un rôle pivot dans la crise et qui ont fait l’objet de la part de la FCIC d’une enquête approfondie figure
l’agence de notation Moody’s.
Les agences de notation ne comptent pas moins de 25 représentants
parmi les témoins auditionnés. Soit 3 fois plus que Goldman Sachs.
Dans cette compétition, Moody’s l’emporte haut la main avec 23 audi-
tions, contre deux pour S&P et zéro pour Fitch.
La FCIC a rendu publique ses conclusions le 13 avril 2011 mettant en
cause : les failles de la régulation, la course aux profits des établisse-
ments financiers, l’absence de vue d’ensemble de la part des autorités
et le manque d’éthique à tous les niveaux.
En tous les cas, les seuls membres démocrates de la FCIC ont approu-
vé ces conclusions.
Car la FCIC n’a pas été capable de rendre un unique rapport signé par
tous ses membres.
Les membres républicains, qui refusaient que le nom même de Wall
Street figure dans le titre du rapport, ont préféré présenter des conclu-
sions séparées accusant l’État fédéral d’avoir été à l’origine de la crise...
5 Site internet : https://fcic.law.stanford.edu/report/.
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Le titre du rapport est à lui seul une promesse de scandale : « Wall Street et la crise financière : anatomie d’une catastrophe financière ».
Les termes choisis par les commissaires démocrates pour écrire la
conclusion de l’enquête concernant les agences sont particulièrement
sévères. Morceaux choisis.
« Nous concluons que les échecs des agences de notation ont été un
rouage essentiel de la destruction financière. Les 3 agences de nota-
tion étaient un catalyseur principal de la crise financière ». Et encore :
« Cette crise ne se serait jamais produite sans les agences ». Et plus
loin : « Leurs notations ont aidé le marché à prendre son essor et leurs
dégradations en 2007, 2008 ont provoqué des ravages dans les mar-
chés et dans les entreprises ».
Moody’s fabrique de « AAA » à la chaîne
Le rapport de la FCIC est un vrai roman d’enquête policière avec des
phrases qui laissent le lecteur haletant.
Extrait du rapport de la FCIC
« Dans notre rapport, vous lirez la désagrégation de Moody’s, examinée par la commission comme un cas d’école. De l’année 2000 à l’année 2007, Moody’s a noté quelque 45 000 prêts hypothécaires adossés à des valeurs mobilières “AAA”. »
« Rien qu’en 2006, chaque jour ouvré, Moody’s a estampillé comme “AAA”, jusqu’à 30
titres adossés à des prêts immobiliers. Les résultats ont été désastreux : 83 % de ces hypothèques “AAA” cette année-là, ont inalement été dégradées. »
Vous lisez bien, Moody’s est accusée par la commission de s’être transformée d’agence de notation en usine à fabriquer du « AAA » à la chaîne.
Les rapporteurs ajoutent :
« Vous lirez aussi à propos des forces à l’œuvre derrière la désintégration de Moody’s, les programmes informatiques défectueux, les pressions des irmes inancières qui payaient pour être notées, la volonté opiniâtre de gagner des parts de marché, le manque de ressources humaines pour faire le travail en dépit de proits records, et l’absence de surveillance publique signiicative. Et vous verrez que, sans l’active participation des agences de notation, le marché des titres adossés à des prêts immobiliers n’aurait pas pu être ce qu’il est devenu. »
Avant de prendre connaissance des découvertes de la FCIC, une expli-
cation s’impose à propos de ces « prêts hypothécaires adossés à des
valeurs mobilières ».
Les fautes des agences de notation | 97
« Titriser » n’est pas jouer !
Durant les années 2000, la société américaine toute entière s’est endet-
tée. Les étudiants en souscrivant des prêts étudiant pour financer leur
scolarité, les consommateurs en souscrivant des prêts à la consomma-
tion, les détenteurs de cartes de crédit, les acheteurs de voitures neuves ou d’occasion, et bien entendu les accédants à la propriété immobilière.
Une telle masse de crédits a rapidement constitué un poids très impor-
tant dans les comptes des banques. Un poids souvent trop important
au regard du niveau de leurs fonds propres qui doivent toujours corres-
pondre à un ratio calculé en fonction du montant des prêts réalisés. Par
exemple, pour un prêt de 100 dollars doivent correspondre 6 dollars de
fonds propres. L’imagination des financiers est quasiment sans limite
dès lors qu’il s’agit d’éviter de ralentir les affaires et de préserver les volumes de crédits consentis, tout cela en évitant des augmentations
de capital.
L’idée, c’est d’utiliser massivement une solution élégante et qui a fait ses preuves : la titrisation. C’est une technique classique pour alléger les
bilans. Les crédits bancaires peuvent se comparer à des obligations. Le
capital prêté est semblable au nominal d’une obligation. Le taux d’intérêt d’un crédit est voisin du taux d’une obligation. Dans les deux cas, il est prévu de rembourser des mensualités et de payer des intérêts. Et enfin, il est bien entendu entre les parties qu’il y aura remboursement du capital
à une date d’échéance prévue.
La titrisation consiste, par exemple pour une banque, à sortir de son
bilan, qui s’en trouve immédiatement allégé, une partie des crédits im-
mobiliers consentis sur une durée donnée. Ces crédits sont apportés
à un véhicule, une sorte de fonds commun. Le portefeuille du fonds va
recevoir régulièrement les mensualités payées par les détenteurs des
crédits. Ainsi, le fonds peut assurer à ses souscripteurs un taux d’intérêt connu à l’avance. Pour rassurer chacun, la banque va demander à une
agence de notation de la conseiller dans le choix des crédits qui seront
apportés au fonds commun. Et puis aussi de noter le fonds commun,
triple A par exemple pour attirer les investisseurs. Les parts de notre
fonds sont souscrites par des investisseurs attirés par le taux servi et la note AAA qui les rassure entièrement. La banque qui a titrisé une partie
de ses crédits peut continuer à en consentir d’autres, sans avoir à aug-
menter son capital.
Nous avons transformé des créances immobilières en valeurs mobi-lières !
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Histoire de la titrisation
La titrisation fut utilisée pour inancer la reconstruction de Copenhague en 1728 après un incendie qui détruisit la ville. Ou bien encore « Au XVIIIe avec la mise au point des Pfandbriefe. Suite à la guerre des Sept Ans en Prusse (1756-1763), le pays fut ravagé et la noblesse prussienne dut faire face à une forte réduction de sa liquidité. Dans un contexte de baisse de l’octroi de crédits et de taux d’intérêt très élevés, un marchand nommé Büring proposa à Frédéric II de Prusse de mettre au point un système d’association de crédits. Le système se base sur une évaluation des biens immobiliers détenus par les nobles du pays et sur l’émission d’obligations appelées Pfandbriefe, garanties par ces biens immobiliers. En échange de cette garantie, les nobles (les débiteurs) reçoivent un montant équivalent aux deux tiers de la valeur du bien immobilier. Les Pfandbriefe étaient ensuite acquises par les investisseurs, qui touchaient un intérêt de 4% chaque année. Si les débiteurs étaient dans l’incapacité de rembourser leur dette et de payer les intérêts aux prêteurs, cela conduirait à une vente du bien immobilier pris en garantie. »
Source : Cécile Hammand, Titrisation, l’évolution post crise inancière des normes comptables et inancières permet-elle une meilleure gestion des risques par les banques ?, Mémoire du Master Neoma en vue de l’obtention du Diplôme de Sup de Co Reims, décembre 2014.
« Wall Street et la crise financière : anatomie d’une
catastrophe financière »
Parmi les témoins que la FCIC a entendus figure Mark Froeba. Il a occu-
pé un emploi de cadre supérieur dans la firme pendant dix ans. Il a été
vice-président du département CDO de Moody’s. Un excellent poste
d’observation.
Il témoigne ici à sa demande. Comme chaque personne auditionnée par
une commission d’enquête, il commence par jurer qu’il dira « La vérité,
toute la vérité et uniquement la vérité ». Son audition publique est filmée.
Il a remis son témoignage par avance, un témoignage écrit afin que les
membres de la commission puissent en prendre connaissance. Ensuite,
il est entendu et questionné par les membres de la commission. Les
documents écrits et les enregistrements audiovisuels de tous les partici-
pants sont disponibles sur le site internet de la FCIC6.
Tout ce qu’il évoque publiquement l’engage et il prend un réel risque
personnel et professionnel, celui de ne plus pouvoir travailler dans le
secteur financier dans lequel il a réalisé toute sa carrière.
6 Commission d’enquête sur la crise financière : Financial Crisis Inquiry Commission (FCIC).
http://fcic.law.stanford.edu/.
Les fautes des agences de notation | 99
Pourtant il parle et il dit ceci : « Quand j’ai rejoint Moody’s fin 1997, la pire crainte d’un analyste était de contribuer à l’attribution d’une note
qui serait fausse, de causer des dégâts à la réputation d’exactitude de
Moody’s, et de perdre son travail en conséquence ».
Et il poursuit : « Quand j’ai quitté Moody’s (en 2008), la pire crainte d’un analyste était qu’il fasse quelque chose qui lui permettrait d’être désigné comme responsable d’avoir mis en danger la part de marché de Moody’s,
de causer du tort à son chiffre d’affaires ou de dégrader les relations de Moody’s avec ses clients et de perdre son travail en conséquence ».
Mark Froeba concentre ses attaques sur un ancien dirigeant de Moody’s
en particulier, qui a pris sa retraite en 2008, après avoir « quadruplé la part de marché de Moody’s dans le marché des titres adossés à des
prêts immobiliers ». Il l’accuse d’avoir « utilisé l’intimidation pour créer une population docile d’analystes » ... « Je l’ai entendu conjuguer le
verbe “virer” à des modes et des temps dont la plupart des grammai-riens ne connaissent pas l’existence ».
Autre témoin auditionné : Eric Kolchinsky. Lui, c’est un vétéran dans
l’activité de financement structuré dans laquelle il travaille d’abord chez Goldman Sachs, puis chez Merrill Lynch et Lehman Brothers. Depuis
1998, il est un spécialiste des CDO reconnu. Ancien directeur d’une
équipe d’analystes au sein de la branche des produits dérivés de
Moody’s ou il a passé huit années, il rapporte que :
« L’attention portée à la part de marché a conduit inévitablement à une
incapacité à dire “non” aux contrats. Il était bien compris que si une
agence de notation disait non, le banquier pouvait facilement donner le
contrat à une autre ».
Comment les agences ont perdu leur réputation
100 | La comédie de la notation
Un troisième témoignage provient de Gary Witt, salarié de Moody’s de septembre 2000 à septembre 2005. Au cours de cette dernière année,
il dirigeait la ligne de métier des dérivés sur le marché américain. Il déclare pour sa part :
« La direction se concentrait sur la part de marché et la marge bénéfi-
ciaire, donc une question que je me pose souvent est celle-ci : est-ce
que la concurrence entre agences de notation a conduit les dirigeants
de Moody’s à trop mettre l’accent sur les intérêts à court terme des
actionnaires ? Je ne sais pas. »
L’ensemble des témoignages des ex-salariés concordent : Moody’s s’est
dévoyé pour gagner des parts de marché en sacrifiant sa réputation. Il
fallait bien contenter ses actionnaires.
Et voici justement un actionnaire de Moody’s, notre vieille connaissance,
Warren Buffett, qui a jusqu’ici refusé de témoigner devant la commis-
sion. Si bien que celle-ci l’a assigné pour qu’il comparaisse devant elle.
Il est venu, mais à la différence des autres témoins entendus, il n’a pré-
paré ni discours d’introduction de 5 minutes, ni surtout remis de témoi-
gnage écrit.
Il n’est visiblement pas ici de son plein gré et répond a minima aux ques-
tions qui lui sont posées.
Soumis à un feu roulant de questions, surtout par le président démo-
crate de la commission, Warren répond par de courtes phrases. Non il
n’a pas anticipé le krach immobilier.
Et lorsque le président le confronte aux Unes des journaux qui dénon-
çaient une bulle immobilière et aux prévisions alarmantes de l’écono-
miste Nouriel Roubini. Il déclare encore ne pas se souvenir de ces avis.
Non vraiment, il n’a pas vu venir cette bulle. Il était aveuglé comme tant d’autres, mais il n’était pas le seul !
À la question du changement d’attitude chez Moody’s, lorsque la re-
cherche de la qualité de la notation a été remplacée par la pression de la part de marché et la dictature du chiffre d’affaires, il répète qu’il n’en savait rien. Que tout cela relevait du CEO de Moody’s.
À la question de l’influence des actionnaires principaux, qui « à 5 contrô-laient plus de 40 % de Moody’s », il répond sans s’émouvoir qu’il n’avait
pas le pricing power. Ce que l’on peut traduire par « je ne pouvais pas
décider de tout ! ».
Tant d’humilité est confondante.
Les fautes des agences de notation | 101
On peut s’en étonner, lorsque l’on sait qu’il n’est pas rare en Europe, que des sociétés cotées informent leurs principaux actionnaires des décisions aussi importantes que le changement de format pour l’édition du
rapport d’activité ou bien le lieu choisi pour réunir l’assemblée générale annuelle. Il s’agit alors autant d’informer que de guetter l’approbation de ces puissants actionnaires.
Alors forcément, des choix stratégiques tels que la course au chiffre
d’affaires, la réussite dans l’augmentation des parts de marché sur les
notations des produits structurés ne peuvent pas échapper à la sur-
veillance d’un investisseur aussi tatillon que Warren Buffett. Lequel est
connu pour apprécier les rapports réguliers des CEO des entreprises
dont il est l’un des principaux actionnaires. Sa réputation de conseiller
des CEO de ses principales participations n’est plus à faire. Ceux-ci
doivent apprendre à travailler avec Warren qui n’apprécie rien tant que
leurs appels téléphoniques, à n’importe quel moment de la journée, lors-qu’ils lui demandent ses conseils.
Ainsi Buffett se moque de la commission lorsqu’il déclare n’avoir pas été
informé de l’évolution des affaires chez Moody’s.
Il n’y a pas qu’aux USA que les Agences ont fait l’objet d’enquêtes ap-
profondies de la part des autorités publiques. Cela a aussi été le cas en
Corée.
Rapport de la Korea Fair Trade
Une Corée tellement chère à Fitch Ratings
La Korea Ratings est une filiale de Fitch Ratings. Elle détient la plus
grosse part de marché de la notation en Corée. En Asie, la Corée
constitue après le Japon, le second marché en matière de notation fi-
nancière. La Korea Ratings a fait l’objet d’une enquête de la Korea Fair
Trade Commission (KFTC) pour entente illicite sur le prix de son activité
de notation et d’information d’entreprise7. La Commission coréenne des
pratiques commerciales loyales (KFTC) est l’autorité qui veille au main-
tien d’une saine concurrence. Elle s’est illustrée par ses décisions spec-
taculaires contre les ententes sur les prix ou sa lutte contre les abus de position dominante. Cela a été le cas en 2007, dans le secteur de l’automobile pour Hyundai Motor qui avait fait l’acquisition de son compatriote
KIA Motor. Condamnées, les deux entreprises ont écopé d’une amende
de 20 millions de dollars. Rien n’arrête la KFTC. Ni les producteurs de 7 Document de référence de FIMALAC du 30 septembre 2010.
102 | La comédie de la notation
l’alcool national, ni les laboratoires pharmaceutiques mondiaux. Tous sont condamnés à de lourdes peines pour entente ou constitution de
position dominante. Alors bien sûr, ce n’est pas une agence de notation
locale, qui va résister à la croisade de la KFTC. C’est ainsi qu’à l’issue d’une procédure relative à l’entente illicite sur les prix de son activité de notation, la KFTC a prononcé à l’encontre de Koréa Ratings une amende
administrative d’environ 2,5 millions de dollars. Une amende qui a été
versée le 19 mars 20108.
Agences en totale liberté
En 2008, Hubert Reynier, secrétaire général adjoint de l’AMF, pouvait
à bon droit déclarer : « Soyons clairs : aujourd’hui, il n’existe pas d’autorégulation collective des agences au sens anglo-saxon du terme.
L’enregistrement, tel qu’il existe aux États-Unis, ne permet pas à la SEC
de faire des contrôles sur pièce et sur place. Dans le cadre de Bâle III,
il existe une reconnaissance des agences par chaque autorité bancaire
nationale, mais qui est plus légère encore que l’enregistrement améri-
cain »9.
Certes en 2004, l’Organisation Internationale des Commissions de
Valeurs (OICV), c’est-à-dire le club des régulateurs boursiers comme
l’AMF en France a bien publié un Code de « bonne conduite ». Le « Code des conduites fondamentales pour les agences de notation » dépourvu
de toute sanction, et laissé à la libre appréciation des agences. Celles-ci l’on lu et pas vraiment appliqué.
L’autorégulation, même tempérée, n’étant pas suffisante et devant la
pression de l’opinion publique après 2008, il a bien fallu agir.
C’est ce qu’ont fait, tour à tour, la SEC et la Commission européenne.
Agences en semi-liberté surveillée
Le 11 juin 2008, n’y tenant plus, la SEC annonce qu’elle envisageait de
compléter la réglementation publiée en 2007, par de nouvelles règles
plus effectives. Ces nouvelles règles10 visent : à obtenir une meilleure
transparence du processus de notation, à interdire aux agences de no-
ter un « produit structuré » si elles ne disposent pas d’une information de qualité (!), à limiter les conflits d’intérêts en interdisant aux agences de 8 Rapport FIMALAC 2009-2010 et document de référence 30 septembre 2010.
9
L’Agefi Hebdo du 21 au 27 février 2008.
10 Yves Simon, Notation et Agences de Rating, Economica, 2017.
Les fautes des agences de notation | 103
noter les produits structurés qu’elles ont contribué à concevoir et à cesser de conseiller les banques d’investissement sur la façon de structurer
les produits qu’elles (les agences) notent.
Avec l’élection de Barack Obama à la Présidence des États-Unis, plu-sieurs textes de loi11 sont adoptés en vue de réformer le système finan-
cier. Certaines dispositions concernent les agences de notation. Rien
de révolutionnaire, sinon la possibilité donnée à la SEC de suspendre
temporairement ou définitivement les activités d’une agence de notation.
Comme toute arme nucléaire, celle-ci sert à la dissuasion et n’a toujours
pas été utilisée...
Autre caillou glissé dans les chaussures des agences, la possibilité de
mettre en cause la responsabilité civile des agences lorsque leurs no-
tations erronées ont pu nuire gravement à la santé financière des in-
vestisseurs. Une manière de contourner la traditionnelle défense des
agences qui invoquent le Premier amendement de la Constitution : la
liberté d’opinion. Ou pour les agences la liberté d’émettre une opinion !
Enfin, la loi facilite le « contrôle sur pièce et sur place » ouvrant ainsi la voie à un meilleur suivi du travail des analystes crédit et une possibilité d’étudier l’efficacité des modèles de notation utilisés par les agences.
Le filet de sécurité juridique de l’UE
L’Union européenne fait paraître dans son Journal Officiel un « Règlement
du Parlement européen et du Conseil du 16 septembre 2009 sur les
agences de notation ». À son tour, l’Europe se dote d’armes pour contrô-
ler les agences. Tout est dit dans le premier et le second considérant :
« Les agences de notation de crédit jouent un rôle important sur les marchés de valeurs mobilières et sur les marchés bancaires, parce que
leurs notations de crédit sont utilisées par les investisseurs, les emprunteurs, les émetteurs et les administrations publiques comme éléments
les aidant à prendre leurs décisions d’investissement et de finance-
ment en toute connaissance de cause. Les établissements de crédit,
les entreprises d’investissement, les entreprises d’assurance-vie et non
vie, les OPCVM, les institutions de retraite professionnelles peuvent
se servir des notations de crédit comme référence... En conséquence
les notations ont une incidence non négligeable sur le fonctionnement
des marchés et sur la confiance des investisseurs. À l’heure actuelle,
la plupart des agences de notation ont leur siège en dehors de la
11 La loi Dodd-Frank ou en anglais la Dodd-Frank Wall Street Reform and Consumer Protection Act.
104 | La comédie de la notation
Communauté. La plupart des États membres ne réglementent pas les activités des agences de notation de crédit, ni les conditions d’émission
des notations de crédit. En dépit de leur importance significative pour le fonctionnement des marchés financiers, les agences ne sont soumises
au droit communautaire que dans des domaines limités... En outre, plu-
sieurs directives européennes portant sur les exigences en matière de
fonds propres des entreprises d’investissement et des établissements
de crédit, font également référence aux agences de notation de cré-dit. C’est pourquoi il importe de prévoir des règles garantissant que
toutes les notations de crédit enregistrées dans la Communauté sont
de bonne qualité et émises par des agences de notation soumises à
des exigences strictes. »
Rapport de la SEC sur les NRSRO (septembre 2011)
La SEC se fâche
Un rapport de la SEC sur les agences bénéficiant du label NRSRO a
été publié en juillet 201112. Ce rapport a été établi à la suite de la nouvelle loi que l’administration Obama a fait adopter aux États-Unis à la
suite de la crise financière de 2008.
Il s’agit de la loi « Dodd-Frank pour la réforme de Wall Street et la protection du consommateur », qui prévoit dans son titre 9 un rapport d’inspec-
tion annuel sur le fonctionnement des agences de notation.
Les agences inspectées sont au nombre de dix : les « trois grandes » et
« sept petites ».
En introduction, les rapporteurs précisent que le temps imparti et les
moyens alloués ne leur ont pas permis de réaliser une inspection ex-
haustive des dix agences. Les quelques 42 bureaux de Moody’s, les
28 de S&P et les 49 de Fitch, répartis à travers le vaste monde, n’ont, à l’évidence, pas tous reçus la visite des inspecteurs de la SEC.
Les découvertes du staff de la SEC
Les membres du staff (l’équipe des enquêteurs) font preuve de précision
dans la description des divers dysfonctionnements à l’intérieur des dix
agences examinées. Mais ils se montrent particulièrement diplomates
lorsqu’il s’agit de garantir l’anonymat des agences fautives en ne citant
aucun nom ! Ils ne veulent pas nuire à la réputation desdites agences.
12 Rapport de synthèse de l’équipe de la commission d’enquête sur les NRSRO septembre 2011.
Les fautes des agences de notation | 105
Sept ans plus tard, rien n’a changé
Le rapport de la SEC daté de décembre 2017 et qui porte sur la période
comprise entre le 26 juin 2016 et le 25 juin 2017 lui ressemble comme
deux gouttes d’eau. Le bureau d’enquête sur les agences de notation a
mené des investigations sur les activités de 10 agences ayant le statut
NRSRO, les « trois grandes » et les « 7 petites agences ». Le bureau
d’enquête précise avoir rencontré certaines des 10 directions générales
pour discuter de la conformité, c’est-à-dire du respect des lois et rè-
glements en vigueur. L’équipe d’enquêteurs (le Staff) a également ren-
contré les utilisateurs des notes financières pour recueillir leurs avis. Le Staff a également poursuivi son travail de coopération avec les différents régulateurs nationaux dans la cadre de l’IOSCO.
En matière de part de marché, les trois grandes agences continuent
de dominer (outrageusement) la compétition avec 94,4 % des revenus générés par l’activité de notation, en ne laissant que les miettes (5,6 %) aux autres petites agences.
En dépit des faibles progrès réalisés par les petites agences en matière
de notation d’ABS, les barrières à l’entrée demeurent importantes.
Elles protègent les grandes agences par exemple dans leurs relations
privilégiées avec les sociétés de gestion ou avec divers investisseurs
institutionnels, lesquels continuent d’utiliser uniquement les notations
de grandes agences pour la sélection des obligations dans leurs
portefeuilles. Un véritable avantage compétitif aux yeux des émetteurs
de dette !
En matière de transparence des méthodes de notation, quelques
agences sont citées au tableau d’honneur. Moody’s, DBRS, Morningstar
se sont montrées bons élèves à différentes occasions. Pas les autres
donc !
Le mercato des agences
Le sujet des « conflits d’intérêts » reste d’une brulante actualité. Comment agir lorsqu’un analyste quitte une agence pour en rejoindre une autre et
noter les entreprises du secteur dont il est un spécialiste ?
La SEC déprime
Et comment ne pas frôler la dépression et avoir des doutes sur la portée
ou l’intérêt du travail d’enquête du Staff lorsque se produit un événe-ment inattendu pendant la période couverte par le présent rapport. Cet
événement porte sur la notation des MBS. En effet, le Département de
106 | La comédie de la notation
la Justice ainsi que 21 États américains et le District de Colombia ont signé un accord avec Moody’s pour abandonner leurs poursuites en matière de notation de MBS... en échange d’un dédommagement financier
versé par Moody’s aux plaignants.
Zoom sur les reproches du Staff aux grandes agences
Un second rapport s’intéresse à chacune des 10 agences. Que nos
lecteurs se rassurent, l’anonymat de chacune des agences est scrupu-
leusement respecté !
En 2017, on apprend ainsi que l’une des grandes agences n’a pas res-
pecté sa méthodologie de notation pourtant rendue publique en matière
de valeurs mobilières garanties par lettre de crédit ; qu’une autre a dû se désister après avoir réalisé une notation erronée. Une grande agence de
notation n’a pas appliqué strictement son Code de conduite et a démon-
tré une certaine faiblesse en matière de correction des erreurs de son
processus de notation. On aimerait connaître son identité...
On vous fait grâce des modifications de méthodologie, figurant pourtant
dans la documentation remise par l’agence à ses clients, mais absolu-
ment pas appliquées pour noter des ABS. Ou bien une autre grande
agence en difficulté pour faire évoluer et appliquer une nouvelle mé-thodologie, et qui applique l’ancienne méthode de notation, supposée
abandonnée depuis plusieurs mois. Enfin une dernière agence en déli-
catesse avec l’actualisation de critères clés pour la notation et surtout
l’appréciation de pertes éventuelles, dues à un « effet de levier » (un
crédit qui augmente l’exposition au risque) qui était mal maîtrisé...
Parfois, les grandes agences de notation se montrent très regardantes
en matière d’affectation du personnel. Limite avare... Ainsi, alors qu’il
est nécessaire pour assurer le suivi de la notation d’un important porte-
feuille d’ABS, de mobiliser une équipe de trois analystes pour une nota-
tion trimestrielle ou même semestrielle, l’agence a royalement affecté un
unique analyste pour remplir cette tâche herculéenne.
The Big short en 2018 ?
Avez-vous une impression de déjà vécu, avec cette grande agence qui
n’affecte pas assez de personnel pour la notation de créances titrisées...
On ne saurait trop recommander aux lecteurs de regarder, si cela n’est
Les fautes des agences de notation | 107
déjà fait, le film The Big short13 qui est le récit de la spéculation de quelques équipes de gérants de hedge funds (fonds spéculatifs) qui
ont parié sur la surévaluation des actifs immobiliers américains fin 2006.
Une scène d’anthologie réunit d’anciens étudiants, diplômés de la même
université. Nous les retrouvons dans le bureau de l’une d’entre eux avec ses condisciples devenus gérants. L’analyste a des problèmes de vue
et trop de travail pour consulter son ophtalmologiste. On passe rapide-
ment sur son travail qui est supposé regarder attentivement chacune
des créances... Depuis quelques années, elle note toutes les émissions
d’ABS qui passent entre ses mains : AAA. La dernière fois qu’elle n’a
pas accordé cette note, son agence a perdu le client. Ainsi qu’elle le
déclare à plusieurs reprises, pour se justifier, aux yeux de ses condis-
ciples interloqués : « Quand on a un chef, on n’est pas responsable ».
Ses amis ont compris que les agences étaient complices des banques
qui titrisaient à tout va des créances immobilières de mauvaise qualité
(subprime). La bulle immobilière va bientôt éclater. Les gérants décident
de shorter, vendre le marché. Ils utilisent des produits fabriqués par les banques pour se valoriser au fur et à mesure que les prix de l’immobilier
baissent. C’est aussi ce que l’on qualifie de « vente à découvert » ou
« spéculation à la baisse ».
Diffusion d’informations non publiques, par inadvertance
Que dire encore de cette autre grande agence, qui en 2017, a diffusé,
par inadvertance, des informations qui devaient rester confidentielles...
Vous vous souvenez de la définition du tiers de confiance ? Ou bien en-
core, la diffusion à des tiers, d’informations confidentielles, pendant que se déroulait une négociation importante impliquant la société.
La diffusion de ces informations, à l’intérieur de l’agence, à des person-
nels non autorisés à détenir des informations sensibles, n’est pas non plus un simple péché véniel. Mieux encore, la diffusion d’une information confidentielle au marché, la veille de l’annonce d’une importante transaction.
Lorsque le Staff découvre qu’une grande agence n’a pas publié sur
son site internet l’information concernant l’existence d’erreurs identi-
fiées dans certains de ses modèles quantitatifs, alors que le règlement
NRSRO lui en fait l’obligation, elle ne croit pas à de l’autocensure. Elle accuse l’agence de rétention d’informations. Tout de suite, des mots qui
fâchent.
13
The Big Short : Le casse du siècle est un film américain réalisé par Adam McKay, en 2015.
C’est une adaptation d’un livre de Michael Lewis.
108 | La comédie de la notation
Sans oublier les « conflits d’intérêts »
Ils sont particulièrement nombreux et détaillés en 2017. En matière de
séparation entre la partie des négociations commerciales et la partie
notation financière. Pas toujours complètement étanche la séparation.
Ou bien ces notations d’ABS qui ont été diffusées avant d’avoir été
soumises à un Comité de notation, pourtant prévu dans l’organisation
interne. L’utilisation de processus automatiques de notations prohibés par les règles NRSRO. Ou bien cette autre grande agence qui ne peut
pas se résoudre à ne pas noter un émetteur. Alors que la procédure
n’a pas abouti, elle devrait abandonner la notation. Prenons l’exemple
d’une première notation demandée par une société cotée. Après avoir
suivi le processus d’information mutuelle, l’agence communique la note
obtenue. En cas de désaccord, une seconde séquence d’étude de la
note peut être réalisée. À cette seconde étape, la note terminale n’est
plus « négociable ». Elle est soit publiée, soit le processus de notation
est purement et simplement abandonné en cas de désaccord sur la note
finale. Comme dans le cas de notre grande agence de notation qui a
tout de même publié la note enfreignant toutes les règles en la matière.
Comme l’indique, avec beaucoup d’humilité, le Staff du Bureau d’en-
quêtes sur les agences de notation, il y a encore beaucoup d’amélio-
rations à apporter au travail de notation des agences. Mais bien qu’un
certains nombres de fautes et d’erreurs aient été découvertes, aucune
n’est suffisamment grave, pour entraîner une interdiction d’exercer pour
l’une des petites ou grandes agences.
Aux États-Unis, la main de la SEC a parfois tendance à trembler. Tel
n’est pas le cas de l’ESMA en Europe !
L’ESMA régule les agences en Europe La réglementation européenne en matière d’agence de notation est am-
bitieuse. Il ne s’agit pas moins en 2013 que de « réduire la dépendance
des régulateurs et des investisseurs à l’égard de la notation... la ré-
glementation instaure pour les agences un régime de responsabilité
civile relativement équilibré avec mise en cause de l’agence en cas de
négligence grave ou de faute intentionnelle de sa part ; demande de
réparation accessible à tous les investisseurs et émetteurs »14.
On va voir très vite de quel bois se chauffe l’ESMA.
14 Institut Montaigne, « Nouvelle réglementation européenne des agences de notation : quels bénéfices en attendre ? », Note de mars 2013.
Les fautes des agences de notation | 109
Coup de semonce le 20 mai 2014 contre S&P « blâmé » pour avoir adressé, par erreur, le 10 novembre 2011, un courrier électronique annonçant la dégradation de la note de la France. La France, qui ne perd
rien pour attendre, sera dégradée (sans erreur) le 13 janvier 2012 par
S&P.
Le 24 juin 2015, petit gibier dans le viseur de l’ESMA. Il s’agit de l’agence DBRS qui est condamnée à 30 000 € pour diverses négligences.
Le 21 mai 2016, c’est du plus gros gibier cette fois. Fitch écope d’une
amende de 1 380 000 € pour infractions répétées.
Aussi fort Moody’s est condamné le 1er juillet 2017 à 1 240 000 €
pour diverses négligences répétées en matière d’annonces publiques.
Cela concerne 19 notations concernant 9 entités supranationales entre
juin 2011 et décembre 2013. Parmi ces entités figurent la Banque
Européenne d’Investissement (BEI), le Mécanisme européen de stabilité
(MES) ainsi que l’Union européenne (UE).
Visiblement on ne plaisante plus !
Un tuyau et un trou dans la raquette
Le 12 janvier 2017, pour n’être pas en reste, le franc-tireur AMF convoque un salarié de S&P devant sa Commission des sanctions15. Les faits : à
trois reprises cet analyste spécialisé dans le secteur pétrolier a utilisé des informations d’initié, obtenues en raison de sa fonction, auprès de la direction financière de la société française Vallourec. Le 30 juillet 2013, avant l’annonce officielle de ses résultats trimestriels, Vallourec en a informé, à sa demande, l’analyste de S&P. L’analyste achète des actions
sur le compte de sa mère.
Après l’annonce officielle des résultats, il profite de la hausse de l’action pour vendre et encaisser des plus-values. Même mode opératoire en
2014 et en 2015. Le salarié de S&P (licencié depuis pour faute grave)
a acheté ou vendu des actions Vallourec en fonction des résultats.
Comme il n’est pas prévu que l’ESMA puisse sanctionner un salarié
d’une agence de notation, c’est l’AMF qui s’en charge. « Il semble qu’il y ait un trou dans la raquette » commente un avocat.
Nous nous contenterons ici de rapporter les erreurs constatées dans
les « trois grandes agences de notation ». Elles sont au nombre de 7,
comme les 7 péchés capitaux.