La comédie de la notation
Les politiques : la notation les rend fous
Dans son argumentation, l’agence insiste sur les désaccords entre dé-
mocrates et républicains, incapables de s’entendre à propos des me-
sures d’économies à adopter pour les dix prochaines années. L’agence
rédige une nouvelle version de son communiqué pour l’axer sur ces
« risques politiques » de voir le pays prendre des mesures insuffisantes
contre son déficit budgétaire.
Selon une source gouvernementale américaine, citée par la chaîne
d’information financière CNBC, cet épisode prouve que la décision de
Standard & Poor’s était prise quel que soit le chiffrage final, et alors que les données rectifiées montraient que le déficit pouvait être soutenable
au cours des dix prochaines années.
Chacun reste sur ses positions.
« C’est une erreur technique, sans conséquence grave » dit-on chez
S&P.
Sans conséquence grave..., cela reste à voir. En tout cas, ce n’a pas été
la seule erreur de S&P en 2011.
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Le jour où S&P est devenue « Standard & Bourdes »
Le jeudi 10 novembre 2011 en début d’après-midi, les clients abonnés aux annonces de notation de S&P reçoivent ce message : « Alerte pays souverain – République Française dégradée ».
Le taux de l’emprunt 10 ans français grimpe aussitôt de 3,20 % à 3,46 %. Après la clôture du marché à 17 h 40, S&P rectiie son annonce en expliquant, qu’à la suite d’une erreur technique, un message électronique annonçant la dégradation de la note de la France, avait été envoyé aux abonnés de son site web de notation. Dans un communiqué quelque peu embarrassé, l’agence dément sa précédente alerte de dégradation : « ... la note de la République Française reste AAA avec une perspective stable, et cet incident n’est pas lié à la moindre activité de surveillance de notes. Nous enquêtons pour déterminer la cause de cette erreur.».
Ces deux erreurs font un peu désordre et laissent planer un sérieux
doute sur la qualité d’organisation de l’agence S&P tant à New York que dans ses différents bureaux.
Les banques centrales et les régulateurs ne sont pas les seuls à avoir
légitimé les agences de notation.
Les hommes politiques ont réalisé leur part de travail. Eux aussi se sont
laissés séduire par les notes accordées aux entités publiques qu’ils ad-
ministraient. Eux aussi se sont prévalus de ces brillantes notes, un peu
comme si la gloire de ces distinctions éphémères rejaillissait sur leurs
personnes.
Devant les notes des agences, les politiques perdent la tête.
Les politiques : la notation les rend fous
Florilège de déclarations prononcées durant l’année 2011
Dans une interview5, Alain Minc, essayiste et conseiller de Nicolas
Sarkozy s’écrie : « Cette note (AAA) est un “trésor national” détenu en
copropriété par tous les Français. ».
Le 18 octobre, François Baroin ministre des Finances, déclare sur LCI et
France 2 dont il est l’invité : « Nous serons là pour conserver ce triple A.
C’est une condition nécessaire pour protéger notre modèle social...
Nous mettrons tout en œuvre pour ne pas être dégradés... ».
5 Le Figaro, le 23 août 2011.
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Lors d’une interview à la télévision6, le Président Nicolas Sarkozy insistait : « Nous avons le triple A, c’est-à-dire que nous sommes considérés
comme un pays bien géré ».
Le 5 novembre 2011, François Fillon se rend à l’assemblée générale des
maires. Il y défend le triple A français : « Le triple A de la France, c’est le résultat du travail des Français, c’est aussi le résultat des efforts que nous avons engagés. Je veux vous dire que c’est un atout que nous
devons préserver à tout prix. ».
Le triple A les rend fous et pas seulement au sommet de l’État. Dans
beaucoup de collectivités locales, le personnel politique se laisse hyp-
notiser par la notation. Les élus locaux sont persuadés qu’ils tiennent un excellent argument politique et ils entendent bien le faire savoir à leurs électeurs.
Les politiques instrumentalisent les notes des agences
L’agence S&P note la ville de Paris AAA depuis 1993. Cela n’a rien
d’étonnant compte tenu du niveau de richesse économique de la ville
capitale. Celle-ci abrite encore les sièges sociaux de la moitié des en-treprises constituant le CAC 407 ainsi que de nombreuses activités du
secteur tertiaire. Cette concentration d’activité et de richesse a été ac-
cumulée au cours des siècles précédents. Il n’est donc pas étonnant
que le triple A ait été attribué à la ville depuis la date de sa première
notation en 1993.
Le triple A est maintenu chaque année. À la fin de son mandat de maire
de Paris, Jean Tiberi brandit cette note AAA obtenue pour la septième
année consécutive, comme preuve de reconnaissance de sa bonne ges-
tion de la capitale. Dans son discours du 10 décembre 1999, prononcé
lors de la présentation du budget 2000, il déclare : « Paris est une ville bien gérée : ce n’est pas moi qui le dis, bien que j’en sois intimement
convaincu. C’est l’agence internationale de notation Standard & Poor’s qui attribue sans interruption depuis 1993 sa note la plus élevée à
Paris... À titre de comparaison, Madrid et Rome obtiennent la note AA–
(AA moins) ».
C’est ce même argument du triple A qui est repris en 2011 par Bertrand
Delanoë répondant aux questions des internautes lors d’un « chat
6 Le 27 octobre 2011 dans l’émission « Face à la crise » sur les chaînes TF1 et France 2 et devant près de 12 millions de téléspectateurs, le président de la République s’est prêté au jeu des questions/réponses des journalistes Jean-Pierre Pernaut et Yves Calvi.
7 Au mois de mai 2018, 20 des 40 sociétés composant le CAC 40 ont leur siège à Paris.
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vidéo »8. Il en profite pour préparer les esprits à la perte de triple A après une éventuelle dégradation de la France.
« Les trois agences de notation donnent le AAA à la ville de Paris et
avec une analyse extrêmement élogieuse sur notre manière de gérer la
dette, l’emprunt, les dépenses de fonctionnement, bref, de faire face à
la situation, avec une politique de solidarité extrêmement ambitieuse.
(…) Nous sommes un peu endettés, mais sans doute une des villes
les moins endettées, à 41 % des dépenses de fonctionnement en 2012
comme montant de notre dette. La moyenne des grandes villes de
France, c’est 80 à 85 %, et Marseille par exemple, c’est 190 %. »
Il poursuit : « Donc les agences de notation nous disent que c’est bien
géré, mais qu’ils ne peuvent pas laisser la note triple A à une collectivité nationale si le pays la perd. Si la France perd le triple A, mécaniquement, nous le perdrons, alors que les analyses économiques et budgétaires de
ces agences sont très confiantes dans les finances de la ville de Paris ».
Dans l’ensemble, les collectivités françaises sont plutôt bien notées en
Europe. Parmi les titulaires des meilleures notes, donnant accès aux em-
prunts dotés des taux les plus faibles, aux côtés de la ville de Paris,
on trouve les territoires les plus riches : les régions Île-de-France et
Auvergne-Rhône-Alpes, les villes de Lyon, Strasbourg, ainsi que les dé-
partements de l’Essonne ou des Hauts-de-Seine.
Pourtant, les relations agences et collectivités locales ne sont pas tou-
jours idylliques.
L’alliance Aubry-Montebourg contre les agences de notation
Alors que l’agence S&P notait la région Nord depuis de nombreuses an-
nées, à la grande satisfaction des élus nordistes, Martine Aubry et l’exé-
cutif régional décident, en février 2010, de se passer des services de
l’agence de notation. C’est un communiqué9 signé du vice-président en
charge des finances qui l’annonce, tout comme le montant des écono-
mies réalisées à cette occasion : quelque 60 000 € annuels. La raison
invoquée est le rôle néfaste joué par l’agence dans la crise financière10.
8 Le 16 décembre 2011 sur paris.fr
9 Communiqué de presse le 14 juin 2010 de Dominique BAERT, vice-président de Lille Métropole Communauté urbaine chargé des Finances.
10 Idem supra : « les agences de notation, non seulement n’ont joué aucun rôle d’alerte dans la crise financière et dans la diffusion des produits toxiques, mais au contraire ont consolidé les notes de ceux qui en faisaient usage, et aujourd’hui en amplifient les effets, s’attaquant aux États ».
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L’existence de crédits toxiques souscrits par la région et quelque 103 communes des départements du Nord et du Pas-de-Calais ne sont
peut-être pas étrangers à cette rupture des relations. Cette forme de
crédit imaginée par Dexia comporte une première période sécurisée de deux à cinq ans, où le taux d’intérêt est bas. Il permet à la collectivité locale d’alléger ses frais financiers. Mais ensuite, le taux devient variable et suit l’inflation, ou bien les cours de devises étrangères (Franc suisse, Dollar, Livre sterling, Yen), voire même le prix de l’électricité... Devant la bombe financière représentée par les montants de ces crédits toxiques,
souscrits par les collectivités locales et en attendant de trouver une so-
lution au problème, la Région Nord a décidé de réagir par un « coup
politique ».
Autre amateur de coups médiatiques, le président du conseil départe-
mental de Saône-et-Loire, Arnaud Montebourg, qui a refusé la notation
de son département que lui proposait Fitch et qui l’a fait savoir.
Courant novembre 2011, l’agence Fitch France adresse un courrier
quelque peu cavalier au conseil départemental. C’est une demande
de rendez-vous « afin d’échanger... sur différents sujets ayant trait aux
finances, aux investissements et aux besoins de financement du dé-
partement...dans un contexte de rétrécissement de l’offre bancaire ».
L’agence Fitch France insiste, elle tient à son rendez-vous afin de : « présenter son activité de notation dans le secteur public, et plus particulièrement des collectivités locales, et l’intérêt qu’une note peut représenter pour votre département ».
On imagine aisément la réaction du pourfendeur de la mondialisation et
on n’est pas déçu lorsqu’il rend publique sa réponse. Dans un courrier
adressé au président de Fitch France et également transmis à l’AFP,
Arnaud Montebourg affirme « qu’il ne sera pas donné suite à cette de-mande ».
« Nous émettons les plus expresses et rigoureuses réserves, quant à
votre prétention à “déterminer” la capacité de notre département à “ho-
norer, en temps et en heure, sa dette, intérêt et principal”, poursuit le
président du conseil départemental, qui qualifie l’activité des agences
de notation de « nuisible ».
« La seule institution, que nous considérons fiable et capable d’évaluer
nos comptes publics est la Chambre régionale des comptes, sous le
contrôle de la Cour des comptes », ajoute-t-il.
Et comme la meilleure défense contre une « notation non sollicitée »
c’est l’attaque, Arnaud Montebourg prévient Fitch que le conseil
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départemental « se réserve le droit à poursuivre sévèrement la réparation du moindre préjudice qui résulterait de toute information incom-
plète, erronée ou tendancieuse délivrée par votre agence au sujet de
nos comptes publics ». On serait à la place de Fitch, on réfléchirait à
deux fois avant de noter la Saône-et-Loire...
En 2018, les collectivités locales sont toujours aussi folles des bonnes
notes financières attribuées par les agences. Les élus et les ministres
en redemandent.
De l’adjoint au maire de Marseille...
À Marseille, pas forcément réputée pour la qualité de sa gestion, l’agence S&P confirme la note A à long terme de Marseille11. Elle l’assortit d’une perspective positive parlant « d’une gestion rigoureuse des dépenses
et des recettes ainsi que d’une gouvernance et une gestion financière
fortes ». Déjà en mars 2018, Fitch Ratings avait décidé de confirmer sa
note A+, mais avec une perspective stable. L’agence mettait alors en
avant « des performances budgétaires saines, une gestion financière
prudente et son importance nationale en tant que deuxième ville de
France avec un port important... ». La ville de Marseille est notée depuis mars 2012 avec une actualisation tous les six mois.
Alors n’y tenant plus, Roland Blum, adjoint au maire de Marseille, délé-
gué aux finances et au budget publie un communiqué triomphal : « Ces
résultats viennent conforter la stratégie budgétaire définie par la municipalité qui a permis de faire face à quatre années de réduction drastique
des concours financiers de l’État où la ville a été amputée de 60 M€ ».
L’exemple vient de haut, plus précisément de Bercy.
... au ministre des Finances à Bercy
Paris, le 21 octobre 2016, communiqué de presse n°168 : « Notation de
la France par Standard & Poor’s ».
« Michel Sapin, ministre de l’Économie et des Finances, se félicite de la
décision de Standard & Poor’s de relever la perspective de la notation de la France de “négative” à “stable”, signe de la confiance de l’agence
dans les perspectives économiques et budgétaires du pays. Standard & Poor’s (S&P) note ainsi que “cette révision des perspectives traduit la mise en œuvre progressive par le Gouvernement des réformes
11 Site Econostrum.info du 16 avril 2018.
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fiscales et du marché du travail, et les effets stabilisateurs attendus de ces réformes sur l’emploi, la croissance, la compétitivité, comme sur
la situation des finances publiques”. Ainsi, les perspectives de la no-
tation de la France sont désormais “stables” auprès des 4 principales
agences (S&P, Moody’s, Fitch et DBRS). Cette décision conforte le
Gouvernement dans le bien-fondé de l’orientation de sa politique éco-
nomique et budgétaire. Cette décision confirme la qualité de signature
de l’État français, en classant la dette de la France parmi les plus sûres du monde. Cette confiance des investisseurs se traduit par des conditions d’emprunt extrêmement favorables pour l’État, mais aussi pour
l’ensemble des acteurs économiques, entreprises comme ménages. »
Michel Sapin conclut : « les réformes entreprises paient, puisque l’en-
semble des agences de notation sont désormais confiantes dans les
perspectives de la France ».
Un an et demi après ce communiqué de victoire de Bercy, et comme
le font remarquer les gazettes, l’économie française va mieux avec une
croissance en hausse et un chômage en baisse... Alors pourquoi ne pas
rêver du AAA ?
Mais n’allons pas trop vite en besogne. Avant de traiter de ce sujet, qui
est une des actualités en 2018, revenons aux années 2011 et 2012 si
fertiles en dégradations. Nous en profiterons pour étudier ce rapport
étrange que les pouvoirs exécutifs entretiennent avec les agences de
notation.
Les agences face à l’Exécutif
En France comme aux États-Unis, l’exécutif fait preuve d’une étrange
passivité à l’égard des agences. Un épisode révélateur a opposé l’État
français à l’agence Standard & Poor’s.
L’État français tient S&P au bout de son fusil
Le rapport du Sénat français sur les agences de notation raconte l’erreur
de S&P, qui, le 10 novembre 2011 à 16 heures, diffusait à ses abonnés
un message erroné annonçant la « dégradation de la note de crédit de
la France ». « Chacun l’aura noté, les marchés n’étaient pas fermés
et chacun conviendra que les conséquences, en cas d’émission de
dette, auraient pu être importantes... L’agence a finalement apporté un
démenti en fin de séance boursière, à 17 h 41 exactement. Au-delà des
perturbations sur les taux des obligations, ce sont les conséquences,
difficilement mesurables, sur le sentiment général du marché qui sont
128 | La comédie de la notation plus graves », poursuit le rapport des sénateurs. Car l’erreur de S&P a accrédité l’idée d’une dégradation inéluctable, sinon imminente12.
L’État français n’appuie pas sur la gâchette
« L’AMF ainsi que l’ESMA, chacune dans leur domaine de compé-
tences, ont engagé une enquête sur cet incident. » Et accusateurs les
sénateurs écrivent encore : « L’État lui-même, n’a pas engagé la respon-
sabilité civile de S&P devant les tribunaux, comme l’article L.544-4 du code monétaire et financier l’y autorise. Cette attitude est incompréhensible alors même que les autorités françaises soutiennent aujourd’hui
dans la négociation du nouveau règlement européen une extension du
champ de la responsabilité des agences de notations ». Des sénateurs
en colère, qui précisent dans une note de bas de page : « Le Sénat n’a
pas reçu d’analyse juridique du ministère de l’Économie et de Finances
écartant une possibilité de mise en cause de la responsabilité civile des
agences par l’État lui-même ».
Les sénateurs n’en croient pas leurs yeux, le gouvernement a eu
peur d’affronter S&P, de lui déclarer la guerre. Les fonctionnaires de Bercy font les morts. Ils ne répondront jamais à la demande des sénateurs d’une expertise juridique en matière de responsabilité civile des
agences.
Des pudeurs de gazelle
Dans l’introduction à leur rapport, les sénateurs soulignent que « Pour
ce qui concerne les entreprises, la mission... a constaté à regret les ré-ticences de certaines à venir s’exprimer publiquement sur les agences
de notation. Il y a la une appréhension qui souligne le pouvoir acquis
par les agences de notation ».
On rejoindra volontiers les sénateurs dans leur jugement en complétant
leur dernière phrase par l’idée que cette fameuse « appréhension » est
partagée par tous. Tant par les entreprises privées que par les États,
tous dépendants des agences pour trouver les chemins des marchés
obligataires.
Et comme après la pluie des années 2011-2012, vient le beau temps des
années 2015-2018.
12 Dégradation de la note de crédit de la France par S&P qui aura lieu le 13 janvier 2012.
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Un an après l’élection d’Emmanuel Macron
La France peut-elle récupérer son « AAA » ?13 s’interroge la presse
pour fêter dignement le premier anniversaire de l’élection d’Emmanuel
Macron à la présidence de la République. Car « Après des années de
déprime, la croissance a atteint 2% en 2017, du jamais vu depuis 2011,
et l’agence de notation Standard & Poor’s attend 2,2 % pour 2018.
Conséquence logique, le chômage donne des signes de baisse... De
quoi sortir l’économie de l’ornière ? Le gouvernement veut le croire.
Mais serait-ce suffisant pour redonner à l’État son “AAA”, ce fameux
Graal des agences de notation financière ? En 2012, la perte de la meil-
leure note possible pour un emprunteur a été vécue comme un drame
politique, signe de déclassement national. Le récupérer serait une belle victoire pour Emmanuel Macron ».
Question légitime puisqu’une seconde agence a perçu une amélioration
de la santé économique du pays.
Cette fois il s’agit de Moody’s à laquelle rien n’échappe.
La perspective passe de « stable » à « positive »
En raison du programme de réformes, l’agence a fait évoluer la perspec-
tive de la note française de « stable » à « positive ».
Ainsi que l’écrivent Les Echos enthousiastes : « La France suit le bon
chemin, selon l’agence de notation financière Moody’s. Vendredi, celle-
ci a amélioré la perspective sur la note Aa2 de la France de “stable”
à “positive” en raison des réformes engagées par Emmanuel Macron.
Pour expliquer leur optimisme, les analystes de Moody’s évoquent dans
un communiqué le “programme de réformes large et ambitieux visant
à améliorer la compétitivité de l’économie et les perspectives de crois-
sance à moyen terme”, ainsi que “l’engagement du gouvernement en
faveur de la consolidation budgétaire en ciblant la réduction des dé-
penses structurelles et en favorisant un déclin graduel du ratio de dette publique” »14.
Mais pour autant, pas question d’améliorer la note tout de suite. On est
encore assez loin du Aa1 et surtout très éloignés du Aaa. Tout juste s’est-on donné une possibilité dans les 6 à 12 mois, sur constat de constance
dans l’effort, d’entrevoir une hausse d’un cran de la note de la France. Car rien n’est réglé, beaucoup de faiblesses subsistent. Écoutons Moody’s
13
Huffingtonpost.fr, « Un an après l’élection de Macron, la France peut-elle récupérer son AAA ? », le 7 mai 2018.
14
Les Echos, « L’agence de notation Moody’s plus optimiste pour la France », 5 mai 2018.
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qui après avoir louangé se transforme en père Fouettard : « Toutefois, le pays fait face à des défis importants », écrit encore Moody’s. « D’abord,
l’impact de ces réformes sur la croissance et le bilan financier du gou-
vernement ne sera pas visible avant un certain temps. » Ensuite, même
si l’objectif du gouvernement de réduire le ratio dette/PIB à 89 % d’ici
à 2022 est atteint, « cela laissera l’endettement du secteur public fran-
çais significativement au-dessus des autres pays notés Aa1 ». Enfin,
« ce n’est pas la première fois que des programmes de réformes sont
présentés en France » et que leur application s’est montrée « difficile ».
Moody’s ne considérera donc vraisemblablement pas la possibilité d’un relèvement de la note avant la fin 2019 ou le début 2020. Traduisons
ce galimatias, il est urgent de donner du temps au temps. Pour vérifier
si les réformes portent leurs fruits et si l’endettement de l’État français se réduit ou non... Un vrai régime de « douche écossaise ». Dans ces
conditions, on comprend mieux la prudence de Bercy.
Bercy est devenue prudente
Pendant les cinq années de la Présidence de François Hollande, le mi-
nistère des Finances et de l’Économie ou le ministre Michel Sapin ont
à 12 reprises publié des communiqués15 pour se prévaloir des « bons
points » accordés à la France par les agences de notation.
Cette fois rien de rien, pas le plus petit communiqué ou déclaration des
divers ministres de Bercy. Silence radio.
Décidément, si Michel Sapin était en situation de « dépendance » ou
« d’addiction » aux notes des agences, son successeur Bruno Le Maire
fait preuve d’une grande retenue. Un peu comme si lui-même avait des
doutes ou s’il attendait la seconde partie du quinquennat pas forcément
placée sous le signe de la croissance économique en zone euro. Ou
bien parce qu’il a une bonne mémoire.
Il se souvient certainement de ses déclarations en 201116 : « Le ministre
de l’Agriculture, Bruno Le Maire, a affirmé dimanche “nous sommes en guerre contre les marchés financiers”, et fustigeant les propos du