La comédie de la notation
Entretien 3. Un grand industriel, dans le CAC 40
BlackRock (1er avec 5 300 milliards5), Vanguard AM (2e avec 4 090
milliards) et BNY Mellon IM (5e avec 1 586 milliards) progressent de
respectivement +8,8 %, +9,73 % et +4,45 %, des sociétés comme
State Street Global Advisors (3e avec 2 317 milliards soit – 1,02 %) et
Fidelity Investments (4e avec 2 003 milliards soit – 5,93 %) ont vu leur
encours reculer. »
Prenons quelques repères au milieu de ces milliards, qui ont tendance à
nous faire tourner la tête.
5 6 300 milliards de $ d’actifs en juin 2018, Les Echos, « Les grands gestionnaires d’actifs dé-vissent en Bourse », 13 et 14 juillet 2018.
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BlackRock gère quelque 5 300 milliards de dollars. Cela représente le PIB de l’Allemagne auquel on aurait ajouté celui de la France !
Petit Poucet, le 1er gestionnaire d’actifs en Europe est Amundi (9e mon-
dial avec 1 426 milliards). Il entre dans le top 10 cette année en gagnant 2 places.
« La “finance de l’ombre”, ensemble très divers regroupant les activités
des fonds d’investissement, ne pèse pas d’un poids si important et elle
fait courir des risques réels, mais limités à l’économie mondiale. Telles
sont les conclusions du septième rapport sur le shadow banking, publié début mars par le Conseil de stabilité financière (CSF). »6
Tel n’est pas l’avis de la Banque des Règlements Internationaux7 qui met
en garde les investisseurs face à la forte montée des risques détenus
par les fonds obligataires à haut rendement. Afin de trouver une rentabi-
lité supérieure à celle procurée par les émissions des États bien notés
ou des émetteurs de qualité, les investisseurs ont été conduits à acheter
des obligations « non investment grade » et à les choisir avec une du-
rée longue. Autant de facteurs de risque en cas de remontée des taux.
Certains fonds obligataires sont devenus de véritables « bombes » en
raison des obligations risquées qu’ils détiennent et qui ont des durées
de vie longues. Car en cas de krach obligataire, ces obligations perdront
de la valeur et ne pourront être vendues sur le marché entraînant une
crise de liquidité.
Entretien 3. Un grand industriel, dans le CAC 40
L’entretien se déroule au téléphone.
« Nous avons deux agences, Moody’s depuis 2016, avec qui nous
avions déjà des relations. On avait besoin de lever plus de capitaux,
on ajoute une agence pour augmenter le nombre d’investisseurs po-
tentiels. »
Pour la notation, « C’est tout frais, on vient de les revoir toutes les deux ».
Il va chercher les documents de préparation aux entretiens annuels avec les agences.
« On a un rendez-vous par an, d’une durée de deux heures avec cha-
cune des agences. Après on fait des conférences téléphoniques. Je
6 Alternatives Économiques, « Faut-il avoir peur de la finance de l’ombre ? », 12 mars 2018.
7 BRI, Financial Stability Board, « Global shadow banking monitoring report 2016 », 10 mai 2017.
#balancetonagencedenotation | 241
participe avec deux membres de mon équipe qui suivent rating et finance. Le CFO aussi… qui est vice-président et qui leur parle de stra-
tégie, business plan. Puis, il commente les premiers résultats du pre-
mier trimestre, avec un retour sur nos activités, le business model, les
performances 2017, outlook 2018. Profil de crédit, ratios, EBITDA ... ».
Le prisme est différent de celui des analystes equity : « ils sont plus court terme et plus sur la croissance des résultats. Alors que les agences de
notation voient à 3 ans ».
« On veut garder une note stable. »
Les piliers de deux agences : « S&P qu’on connaît depuis plus long-
temps, est plus méthodologique. D’ailleurs en 2014, il y a eu un chan-
gement de méthodologie, sur lequel on a été interrogé. Avec mises
en place de validations, retraitement du BFR, consultations, besoins
d’explication ».
« Moody’s a une grille d’analyse partagée, et des analystes compréhen-
sifs. »
Le prix ? « C’est hors de prix ! Surtout qu’on paye deux fois (deux
agences notent l’entreprise). »
« On ne s’est pas fait noter préalablement à une opération de crois-
sance externe. Pré-évènement : rating assesment, rating évaluation…
On a fait cela en interne. »
Sur les services annexes proposés : « Il y a des murailles de Chine
entre la partie commerciale et la partie analyse crédit. Ce ne sont pas
les mêmes personnes ; leurs commerciaux proposent une notation des
filiales, les prévisions économiques et leur recherche ».
C’est « un oligopole, pour ne pas parler d’un monopole… ». Et peu
après il évoque avec une colère sourde : « leurs prétentions à nous
vendre beaucoup de services annexes… ».
Le niveau des analystes est bon. Certains sont CFA, mais pas tous.
« Aujourd’hui cela devient un prérequis dans la profession ».
Quand on change d’analystes (3 à plutôt 5 ans dans le poste) les ques-
tions changent. Il reprend sa charge : « C’est pas possible, il faut tout
leur apprendre », précisant « du business. Pas sur l’aspect comptable et
financier. C’est normal car on n’est pas spécialiste de tout et ils suivent plusieurs secteurs industriels… ».
Les plus et les moins
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Il commence par les moins. « Le modèle émetteur / payeur n’est pas sain, avec la localisation des interlocuteurs à Londres ou à Francfort.
On aimerait parler à des Français parlant français, connaissant notre
environnement de business. » Il répète : « trois monopoles ». Après une
relance sur l’existence d’une troisième agence : « avec Fitch, qui n’a
pas le niveau pour le secteur industriel. Qui reste un spécialiste de la
banque… qui doit donner plus de gages (de sérieux, de technicité ?) ».
Les points positifs : transparence lors du changement de méthodologie
en 2014, avec approche consultative des émetteurs. « Le senior, qui en
plus est CFA et qui a de l’expérience comprend bien l’activité. Quand
notre CFO vient aux réunions, il y a du lourd côté agences, avec le
responsable du secteur qui vient participer à la réunion… ». « On s’ex-
plique sur dette à long terme, l’affacturage. On est très transparent sur
le sujet. Avec un dialogue sur les taux actualisation des hypothèses
financières… ».
ESMA et AMF ont un rôle positif… (j’en ai parlé en premier), mais on n’a
pas le temps d’en discuter…
« On aimerait parler à des Français qui connaissent notre environne-
ment de business. »