La comédie de la notation
Green bonds en question, questions sur les green bonds
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et bientôt au Maroc – et projette d’en construire de nouvelles dans des pays comme la Mongolie, le Brésil et le Chili. »26
Le prix Pinocchio a été remis à Engie en raison d’une émission d’obliga-
tions vertes : « En quelques heures seulement, l’entreprise a levé 2,5
milliards d’euros pour financer des projets respectueux de l’environne-
ment et contribuer à la transition énergétique du groupe » a commenté
le groupe GDF Suez à ce sujet. Un commentaire, à propos d’une émis-
sion de green bonds, qui a beaucoup énervé les Amis de la Terre. Un tel
succès justifiait la remise du prix Pinocchio sous le titre de : « n°1 GDF
Suez : des obligations ni très vertes, ni très contraignantes ». Un premier prix obtenu avec l’appui de 42 % des votants.
Dernières nouvelles
Par un communiqué de presse, en date du 20 juin 2018, Engie annonce
céder la totalité de ses centrales à charbon dans la zone Asie-Pacifique.
Cela est la conséquence de la vente de sa participation dans Glow, un
producteur d’électricité indépendant coté à la bourse de Thaïlande. Le
montant de la transaction est évalué à 2,6 milliards d’euros. « À la suite de la vente de sa participation dans Glow, Engie n’exploitera plus de
centrale de production d’électricité à partir du charbon dans la région Asie-Pacifique. Avec cette cession, les capacités installées totales du
Groupe (Engie) à partir du charbon seront réduites de 14 %. »27 Engie
a encore un long chemin à parcourir, pour sortir totalement de la produc-
tion d’électricité à partir des centrales à charbon.
Nous l’avons vu, les associations environnementales dénoncent les im-
pacts négatifs sur l’environnement et s’interrogent sur la légitimité de
Engie (GDF Suez) à faire profiter ce barrage d’un financement particu-
lier. Un financement via l’émission de green bonds. Encore la couleur
verte appliquée, cette fois, façon camouflage, sur des émissions d’obli-
gations « vertes », forcément vertes !
Green bonds en question, questions sur les green bonds
« Une obligation environnementale ou sociale désigne une dette émise
sur le marché et destinée à financer des projets définis, générant un bé-
néfice environnemental (énergies renouvelables, efficacité énergétique,
26 Courrier des Amis de la Terre en réponse à la lettre de GDF Suez consécutive à sa nomination au prix Pinocchio 2014.
27 Engie, communiqué de presse, 20 juin 2018, « Engie cède la totalité de sa participation dans Glow ».
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adaptation au changement climatique...) ou social (logement social, santé, éducation...) direct. Les émetteurs s’engagent à fournir un reporting (un rapport) sur l’allocation (l’emploi) des fonds. »28 Le papier de recherche de Novethic continue son explication : « Emises pour des
investisseurs responsables, ces obligations constituent un outil inno-
vant leur permettant de flécher leurs investissements selon les béné-
fices environnementaux et sociaux attendus des projets financés ». Le
rapport précise : « Elles constituent... un nouvel axe de développement
pour l’investisseur responsable en se basant sur la finalité de l’investissement et plus seulement sur les qualités ESG de l’émetteur ».
Ce principe ne vous rappelle-t-il rien ?
Mais oui, nous voici revenus en terrain connu. Celui de l’analyse de
la qualité de l’émetteur (selon les critères ESG) et de celle du type
d’émission obligataire. Voici une autre forme d’analyse financière.
L’analyse extra-financière d’un émetteur ou d’une émission. Un nouveau
terrain de jeu pour de nouvelles agences de notation, extra-financières
celles-là.
Mais attention, comme le relève Novethic, un centre de ressources sur
l’ISR, filiale de la Caisse des Dépôts : « Le volume des émissions d’obli-
gations vertes est promis à une forte croissance. Ce développement
doit s’accompagner d’un suivi attentif des projets financés et de leur im-
pact afin de ne pas tomber dans le green washing. Pour cela des offres
de notation ESG, de vérification ou de certification voient le jour ».
Car ces émissions de green bonds, « Grâce à des conditions financière identiques aux obligations traditionnelles (...) attirent également de plus en plus d’investisseurs dits mainstream (d’investisseurs traditionnels)
souhaitant mettre en œuvre une politique d’intégration ESG ».
Tout est dit. Une nouvelle catégorie d’obligations, aussi rentables que
les obligations traditionnelles. Et qui permettent de respecter une poli-
tique d’investissement avec des critère ESG adoptés volontairement, ou
imposés par la loi.
Obligations vertes : un petit marché
Ce sont généralement les banques de développement, comme la
Banque mondiale ou la Banque européenne d’investissement (BEI) qui
émettent des obligations vertes à partir de l’année 2007. Les entreprises
industrielles ne représentent qu’environ 10 milliards de $ d’émissions
28 Novethic, 2013, « Les obligations environnementales et sociales un instrument prometteur ».
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en 201629. Si l’on en croit l’étude que Novethic leur a consacré, en septembre 2016, ce marché représente un volume global d’émissions de
quelque 120 milliards de $, avec pour perspective un niveau de 290 mil-
liards de $ sera atteint en 2018.30 «... même si la taille du marché des
obligations vertes, avec environ 500 milliards de dollars, ne représente
encore qu’une très petite partie d’un marché obligataire mondial qui se monte à plus de 100 000 milliards de $. »31 Les obligations vertes
représentent un « petit » marché au niveau mondial.
Même avec le renfort de l’OAT verte de la France. Car la France se veut
exemplaire en la matière et a donc émis une OAT verte en janvier 2017.
La première du genre.
Sous le titre « Éléments de contexte de l’OAT verte », l’Agence France
Trésor précise : « Le 24 janvier 2017, l’AFT a lancé la première obli-
gation souveraine verte d’une maturité de 22 ans, l’OAT verte 1,75 %
25 juin 2039, pour un montant de 7 milliards d’euros, soit l’obligation
verte de référence la plus importante en taille et la plus longue en ma-
turité jamais émise. En devenant le premier État au monde à émettre un
emprunt vert pour une taille de référence, la France a ainsi confirmé son
rôle moteur dans la mise en œuvre des ambitions de l’accord de Paris
sur le Climat de décembre 2015 ».
OAT « greenium » contraction de « green » et premium
C’est la plus importante émission d’obligations vertes souveraines réali-
sée à ce jour, comme le précise Anthony Requin, le directeur de l’Agence
France Trésor devant les députés de la Commission des Finances du
Sénat32. « À travers l’émission inaugurale et le double réabondement, en
juin et juillet 2017, nous avons pu émettre 9,7 milliards d’euros d’obligations vertes. La souche créée en janvier 2017, l’OAT juin 2039, cumule