L'Archiviste
Chapitre 32
Qu’est-ce que tout ceci signifiait ? K avait une nouvelle fois parcouru les époques, transcendé la continuité du temps, et s’était retrouvée en présence du maître Mykola Gogol ! Combien auraient aimé vivre cette scène inoubliable ? K s’assit par terre, l’émotion lui fit lâcher le recueil de lettres. L’archiviste était en possession d’un cri du cœur de l’artiste que personne n’avait jamais pu entendre. Comme à chaque fois, un moment inaccessible lui avait été montré pour qu’elle en fasse usage. La jeune femme cherchait quelle dissimulation elle pourrait en faire, quand elle sentit la présence de l’Homme au chapeau dans son dos : il ne fallait rien laisser paraître.
Elle se retourna avec un sourire forcé, mais n’aperçut personne. Seules les ombres s’étaient regroupées. L’archiviste remarqua qu’autour d’elle, la bibliothèque se brouillait comme si elle était apparue derrière une surface liquide. Les ombres prenaient plus de formes et d’épaisseurs, elles se tenaient à la limite du visible. Les voyages de K les rendaient, à chaque retour, plus hardies : désormais, leur substance diaphane apparaissait.
Elle se mit au travail et coda, de la même façon que pour tous les autres livres, Les Âmes mortes. Mais K voulait changer l’avertissement contre la mystification, générique dans les autres textes. Elle reproduisit le plus fidèlement possible le crève-cœur qu’elle avait entendu de l’écrivain, près du poêle.
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