L'Archiviste

Alexandra Koszelyk · Chapitre 46 sur 51

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L'Archiviste

Chapitre 44

 

K avait repris immédiatement la route : il ne fallait pas s’attarder, éviter que l’Homme au chapeau ne sache qu’elle était partie. Quand elle arrêta sa moto devant le box, elle vit deux yeux s’ouvrir derrière un arbuste. Un jeune homme s’avança : il l’attendait. K reconnut Sergiy, un ami de Mila. Ils se fixèrent un temps, puis elle enleva son casque.

« Ça alors, j’ai cru un instant que Mila avait changé de couleur de cheveux et qu’elle était revenue ! » s’exclama le jeune homme.

K baissa la tête. Si seulement.

Sergiy poursuivit :

« Cela aurait été étrange, cela dit, qu’elle change comme ça de couleur, en pleine guerre. La semaine dernière, quand je l’ai croisée dans les forêts de Buda-Babynetska, elle était toujours rousse. Je passais par là et je me suis souvenu du garage de votre moto. Par un trou dans le mur, j’ai vu qu’elle n’y était plus, alors je suis resté un peu, voir si quelqu’un reviendrait. »

Dans sa tête, l’archiviste se répéta ce qu’il venait de dire sur Mila.

« Tu as dû confondre, prendre une autre rousse pour ma sœur.

— C’est peu probable, dit-il dans un rire, on s’est parlé toute une soirée. Elle m’a demandé plusieurs fois tout ce que j’avais appris sur toi et sur ta mère depuis son départ. Un vrai interrogatoire ! »

K coupa le moteur et les phares s’éteignirent.

« Attends ! Tu l’as vraiment vue ? Où exactement ? Tu étais en prison avec elle, donc ? C’est là-bas que vous vous êtes parlés ?

— Du tout ! J’étais parti me battre avec les gars de notre ville, mais j’ai été touché au bras dès la première semaine… Un ricochet, là, sous l’articulation… Quelle douleur ! Après quelques mois d’hôpital militaire, je suis revenu ici, pour savoir si ma famille allait bien. Les deux femmes qui m’ont amené ont voulu faire un détour pour rencontrer des fugitifs près de Kyiv, voir si elles y retrouveraient des cousins, je crois. Et c’est là que j’ai vu ta sœur, comme par miracle.

— Mais qu’est-ce qu’elle faisait là ?

— Elle a été retenue dans un camp de l’autre côté de la frontière. Tout est parti d’un de nos obus, qui a malheureusement touché le bâtiment principal… Par chance, elle était dans la cour, à ce moment-là, et avec la pagaille que ça a mis, elle a pu s’évader ! Huit cents kilomètres, nuit et jour, toute seule. T’imagines, la guerrière ? dit-il en riant.

— Mila ! s’écria-t-elle. Tu peux m’indiquer comment je peux m’y rendre ?

— Oui, bien sûr ! »

K fouilla une des sacoches de la moto et en sortit une carte des régions de l’est. Sergiy lui expliqua l’itinéraire le plus sûr pour rejoindre la forêt où devait se trouver encore sa sœur.

« Si tu sais où est Mila, tu n’es pas en sécurité ici. Prends les clefs de l’appartement de ma mère… Il n’y a plus personne, désormais. Fais-toi discret et quitte cette ville dès que tu le pourras. Tu viens de me dire quelque chose de dangereux pour toi, ma sœur est certainement très recherchée à l’heure actuelle.

— Je ne dirai rien si on me met en cage ! On était tous amoureux de vous deux, à seize ans ! »

K se mit à sourire.

Elle sortit du box un bidon d’essence, fit le plein du réservoir et ralluma le moteur. Sergiy lui sourit dans la lumière du phare et lui souhaita bonne chance. Le jour se levait quand l’archiviste repartit sur les routes.

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