Le commerce des Allongés
Le nom de cette fille
Tu t’étais réveillé vers midi, et tu avais dit à Mâ Lembé qui souhaitait manger avec toi que tu avais rendez-vous à treize heures avec des collègues du Victory Palace.
Ta grand-mère n’avait pas contenu sa surprise :
– Liwa… Quel est le nom de cette fille que tu vas voir ?
Étonné que Mâ Lembé vise juste, tu n’avais rien répondu, prenant plutôt le temps, après ta douche, de choisir ce que tu devais porter.
Sans trop d’originalité, tu avais remis les mêmes habits. Tu n’allais pas t’asperger de Mananas, l’odeur était toujours là, plus prégnante que jamais. Et elle n’indisposait pas Adeline.
À 12 h 45, tu attendais un taxi devant l’avenue de l’Indépendance. Un chauffeur avait maladroitement freiné devant toi. Tu avais demandé à être déposé à la hauteur de la place Félix-Éboué car tu voulais, toi aussi, marcher en répétant presque ce qu’Adeline avait fait plusieurs heures plus tôt...
Mais tu avais encore plus d’une demi-heure devant toi.
En face du supermarché Score, tu avais vu des gamins qui vendaient des fleurs, et tu avais acheté un gros bouquet.
Tu tournais en rond, guettant ta montre toutes les deux minutes.
À deux heures moins vingt, tu avais traversé le grand boulevard, emprunté enfin cette ruelle bitumée et bordée de flamboyants que tu connaissais à présent. Une voiture t’avait dépassé et avait failli t’effleurer, les passagers et le conducteur avaient pouffé de rire. Non, ce n’était pas à cause de ton accoutrement, c’était pour ces fleurs, avais-tu pensé.
Tu avais regardé ta montre, il était 13 h 59, et tu étais devant le portail de cette résidence qui ne t’était plus désormais étrangère.
Tu avais sonné et attendu…
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