Le Sirénien (French Edition)
Chapitre 9
Trois jours. La dernière fois que je m’étais baignée dans l’océan – et même si ça avait été sur un coup de tête et en étant toute habillée – remontait à trois jours. Plus j’attendais, plus l’appréhension revenait.
Il fallait que je règle cette histoire de peur une bonne fois pour toutes.
Après le dernier cours de la journée, j’allai voir le professeur Thompson. Je n’eus pas besoin d’insister beaucoup pour qu’il accepte de me prêter un masque intégral, que je pourrais, officieusement, utiliser dans le cadre de mes recherches.
Il ne sembla pas dupe quant aux raisons de ma requête, mais il s’abstint de tout commentaire.
Venait la deuxième partie de mon plan.
Je me rendis à Sumner Beach, avec mon maillot de bain une pièce et j’entrai dans l’eau jusqu’à la taille. Le masque s’ajustait avec des sangles à l’arrière de la tête et me couvrait à la fois la bouche et le nez.
Lentement, je mis la tête sous l’eau, d’abord en retenant ma respiration, puis en relâchant doucement de l’air. Des bulles se formèrent en s’échappant à la base de mon menton. J’inspirai, puis j’expirai. Incroyable. Le masque avait été conçu en s’inspirant du fonctionnement des branchies ; ces dernières, artificielles, permettaient d’extraire l'oxygène de l'eau grâce à une fibre microporeuse.
Je commençai à nager plus au large, aussi à l’aise que n’importe quel animal marin. C’était grisant. Plus confortable qu’une plongée en bouteille, car je n’étais pas soumise au respect des paliers. Je descendis pour raser le sable avant de remonter, de tourner sur moi-même, de me mettre à l’envers, sur le dos. Comme le monde aquatique était beau ! Quelques poissons filèrent entre mes jambes, je saluai une étoile de mer, me perdis dans la contemplation d’algues et de coraux…
Un frisson me parcourut l’échine. Un dauphin se dirigeait vers moi. Je l’entendis avant de le voir. J’en avais souvent observé pendant mes sorties en mer, et j’avais déjà plongé au milieu d’un banc de dauphins, mais c’était la première fois que l’un d’eux s’approchait autant.
— Coucou toi.
Il s’éloigna puis revint, et se mit à me tourner autour, en laissant échapper un léger cliquetis.
Je continuai de nager, le dauphin sur mes talons. Par moments, il se rapprochait comme pour quémander une caresse, mais dès que je tendais la main, il s’écartait.
— Tu ne veux pas que je te touche, pas vrai ?
Le courant me faisait dévier, le rivage s’éloignait. Continuer n’aurait pas été raisonnable. Au moment de rebrousser chemin, le dauphin me gêna.
— Hé, il faut bien que je rentre chez moi.
Il agita encore sa nageoire, cette fois juste devant mon nez, m’obligeant à battre en retraite. Le courant me tira vers le large.
Le sentiment de confiance me quittait.
Les dauphins pouvaient se montrer très joueurs avec les nageurs ; ils interagissaient avec eux, curieux de nature. Mais là, son comportement n’avait rien du jeu et l’océan enroulait ses immenses bras autour de moi dans une étreinte oppressante.
J’inspirai.
J’expirai.
Le masque jouait son rôle à la perfection.
Au loin, deux autres silhouettes apparurent. Des dauphins ? Une mère ou un père et son petit ? Non, leur nageoire était différente, d’un bleu scintillant auquel je commençais à être familiarisée. Eridan et Nalu. Leur allure et leurs mouvements trahissaient leur état de vigilance : ils n’étaient pas en balade. Nalu se tenait fort au cou de son père, qui, muscles contractés et bras écartés, avait adopté la position d’un prédateur en chasse.
L’idée d’avoir chaussé les pantoufles de la proie m’effleura l’esprit une seconde.
Une seconde.
Le dauphin approcha son nez d’Eridan qui y posa sa main. S’ensuivit une série de sifflements et de cliquetis.
Au moment d’ouvrir la bouche pour demander ce qui se passait, le dauphin fila en direction du large.
J’eus la réponse à ma question lorsqu’une ombre passa au-dessus de nous.
Un requin blanc.
Long de peut-être quatre, voire cinq mètres, le squale glissait dans l’eau en mouvements circulaires, se rapprochant de nous. Trop proche, trop grand, trop vite. J’étais presque certaine qu’il était en chasse.
Eridan se plaça entre nous. Le requin tourna la tête dans sa direction, louvoyant et ondulant au rythme de la nageoire du sirénien. Un ballet à deux. Deux boxeurs sur un ring qui se testent, se menacent, tout en restant à distance respectueuse pour éviter un coup. Le squale passa à l’offensive d’un coup de nageoire vigoureux. Eridan l’évita, effectua une sorte de looping, Nalu toujours cramponné fermement à son cou. Il se repositionna de face, ses mains palmées grandes ouvertes.
Leurs remous me firent dériver, mais je ne résistai pas.
Le requin tournait en demi-cercle, prêt à tenter une riposte.
Eridan fut plus rapide. Il prit son élan, et frappa de sa nageoire le flanc du requin.
Ce dernier ouvrit la gueule à l’impact, sembla considérer son adversaire et fit demi-tour sans demander son reste.
Eridan se tourna vers moi.
— Carly ?
Ses lèvres bougèrent, mais je n’entendis rien.
J’étais en hyperventilation. Mon masque s’embuait, ma respiration résonnait à mes oreilles et j’éprouvais le besoin impérieux de l’ôter. Mes battements de jambes étaient désordonnés et la crampe me guettait.
— Papa, elle a pas l’air bien.
Eridan prit d’autorité mon bras pour l’enrouler autour de ses épaules. Nalu se décala sur le côté. La main gauche d’Eridan enserra ma taille.
— Je te tiens.
Et sur ces trois mots à peine plus audibles qu’un murmure, il se mit à nager. La pression de l’eau s’abattit sur moi, et j’acceptai de me laisser faire, serrée contre son torse, bras et jambes ballants comme une poupée de chiffon. J’avais passé vingt minutes à nager sous l’eau, il fallut dix fois moins de temps à Eridan pour faire le trajet en sens inverse.
J’étais de retour là où j’avais pied, non loin de Cave Rock.
Dès que je pus tenir sur mes deux jambes, j’ôtai le masque.
— Tu peux respirer sous l’eau ! s’exclama Nalu en applaudissant. Tu es l’humaine la plus forte que je connaisse !
Le visage d’Eridan se fit grave.
— Il n’y a pas de quoi se réjouir, Nalu. On a pris un risque. Il connaît ton odeur maintenant.
— Mais papa…
— Je t’ai presque servi en repas en approchant d’aussi près.
— On devait bien aider Carly !
Cette fois ils me regardèrent tous les deux, frêle humaine à peine remise de ses émotions. Les mots d’Eridan me firent l’effet d’une douche glacée.
— Je… Attends, les siréneaux sont des proies pour les requins blancs ? Nalu a raison, tu n’aurais pas dû intervenir. Enfin je veux dire, si, tu as eu raison, mais j’avais moins de risque de me faire attaquer que lui.
Aussi impressionnante cette rencontre avait été, je savais que les requins s’attaquaient rarement à l’homme.
Nalu pencha la tête sur le côté.
— Il ne t’aurait sans doute pas mangé, mais peut-être… grignoté.
Il avait parlé avec son ton désinvolte d’enfant. Eridan secoua la tête, comme pour se sortir certaines images de la tête.
— Je suppose que ça aurait pu être pire, soupira-t-il en regardant son fils. Après tout tu n’étais pas seul…
— C’est pour ça que je reste toujours avec toi et que je t’écoute toujours.
Il se blottit contre le torse de son père avec une moue adorable.
— Ici, je sais que je ne crains rien. Toi non plus Carly, tu ne crains rien auprès de papa.
Son assurance eut un drôle d’effet sur moi.
— Deux fois, murmurai-je.
— Quoi donc ?
— Ça fait deux fois que tu me viens en aide. Pourquoi ?
Deux yeux océan se braquèrent sur moi et réchauffèrent mes terminaisons nerveuses.
— Si tu me voyais échoué sur la plage, à chercher à regagner l’océan, m’aiderais-tu ?
— Euh… oui.
— Alors voilà.
Pour lui c’était aussi simple que ça.
— On va nager ensemble ? demanda gaiment Nalu. Comme Carly sait respirer sous l’eau, on peut lui montrer le récif, pas vrai, papa ? Là où on est en sécurité !
Non merci, j’avais eu ma dose d’adrénaline pour la journée.
— Pourquoi non ? fit Nalu en me voyant secouer la tête.
— Je ne voudrais pas abuser de la gentillesse de ton père.
— Abuser ? répéta-t-il, l’air d’ignorer ce mot. Tu abuses rien du tout, allez, viens !
Il se mit à nager frénétiquement autour de nous. Eridan était proche ; il me regardait, l’air de ne pas croire un seul instant à mon excuse.
— Je suis désolé si je t’ai laissé croire que tu avais une part de responsabilité dans cet incident. Viens nager avec nous.
Comment en était-il venu à s’excuser alors qu’il avait mis la sécurité de son fils en péril pour moi ?
— Ou si tu préfères, je peux te prendre dans mes bras pour nager, dit-il en penchant la tête.
J’eus soudain chaud aux joues. Il était suffisamment proche pour mettre sa proposition à exécution.
— D’accord, dis-je.
— Je te prends dans mes bras ?
— Je peux nager seule, rectifiai-je en m’esclaffant.
Eridan eut un sourire en coin. Je devais vraiment donner une piètre image de moi-même !
Une fois mon masque de nouveau sur la tête, je commençai à nager à la suite de Nalu. Ce dernier partit devant, tandis qu’Eridan restait à ma hauteur.
Évoluer à ses côtés était la sensation la plus proche et authentique que je vivrais jamais dans la peau d’un mammifère marin. Les humains jouaient à Dieu en inventant des technologies capables de réaliser l’impensable. Le masque intégral me permettant de respirer en était un bon exemple. Mais je restais une intruse dans un univers infiniment bleu qui ne serait jamais le mien.
La nageoire d’Eridan se mouvait sans effort. Je le surpris à fixer mes jambes, d’un regard plus acéré que celui de mon coach pendant les cours de natation. Par réflexe, je m’appliquai.
— Tu es une bonne nageuse, dit-il alors.
— Merci.
Et pour faire bonne figure, j’alignai davantage mon corps, accélérant le rythme de mes battements.
— Pour une humaine, ajouta-t-il en dévoilant ses dents.
Si je cherchais à l’impressionner, c’était raté.
Nous longions la côte en redescendant vers le sud et le récif corallien.
Parmi mes expériences de plongée, celle-ci dépassait de loin toutes mes espérances. J’eus droit à la démonstration d’un siréneau en chasse.
Nalu entra dans un état de vigilance, immobile et patient. Il tenta quelques attaques vives sur des poissons, échoua, se propulsa à nouveau, changea de stratégie, se fit voler son repas par un poulpe. Le tout sous le regard attentif d’Eridan, qui n’intervint pas une seule fois. Nalu devait apprendre, comme n’importe quel être aquatique dont la survie dépendait de sa capacité à se nourrir.
À force de tentatives, Nalu réussit à dégoter quelques crevettes qu’il déchiqueta avant d’avaler tout rond.
— Nalu utilise l’écholocation, compris-je.
— L’écho quoi ?
— L’écholocation. Ce sont des sons qui produisent un écho et qui te permettent de repérer ta proie, même lorsqu’elle est cachée.
Eridan se rapprocha de moi.
— Tu sais beaucoup de choses.
— C’est parce que j’étudie l’océan.
J’avais placé une note de fierté dans ma voix.
— Dans ce cas, impressionne-moi, dit-il en plaçant ses mains derrière la tête.
J’observai autour de nous.
Nalu flottait autour de coraux en forme de gros buissons, dont les filaments colorés se rétractèrent subitement, avant de se déployer à nouveau en couronne tentaculaire.
Je pointai du doigt sur la gauche.
— Ici, dis-je. Tu vois ces étoiles de mer noires, leurs épines collées contre le récif ?
Eridan hocha la tête, attendant la suite.
— Elles se nourrissent des récifs coralliens. Leur suc digestif dissout les tissus et détruit le corail en laissant un squelette blanc derrière lui. Le corail ne fait pas le poids face aux épines venimeuses, mais il n’est pas totalement démuni. Car l’étoile de mer a un prédateur : l’escargot de mer géant. Sa salive la paralyse et il met trois heures à la dévorer.
— Fascinant, murmura Eridan.
Quelque chose me dit qu’il ne parlait pas des étoiles de mer ou de l’escargot… Je passai une main sur ma tête, comme si j’avais voulu me recoiffer pour me donner une contenance – sauf que je portais le masque.
— Tout se régule, conclus-je. Si un jour le corail disparaissait, il renaîtrait plus tard, ailleurs. L’écosystème marin est quelque chose de parfaitement bien organisé.
Enfin, si les humains le laissaient un peu tranquille.
Eridan émit un sifflement pour rappeler Nalu qui s’était un peu trop éloigné.
Il passa comme une fusée, s’amusant à disperser un banc de poissons et je sentis une force phénoménale me pousser dans le sens inverse de sa direction.
— Doucement avec le courant, Nalu.
— Pardon, Carly !
— Il a… fait quelque chose ?
Eridan parut réticent à l’idée de répondre.
— Les siréniens sont capables d’utiliser le courant de l’eau à leur guise.
— Tu veux dire : contrôler l’eau ? Comme…
Comme le jour où il m’a déséquilibrée sur le rocher. L’eau m’avait encerclée et m’avait fait trébucher ; il n’y avait rien eu de normal dans ce phénomène.
Eridan évitait mon regard, manifestement mal à l’aise à ce souvenir. Je choisis de ne pas renchérir.
Nous continuâmes notre exploration du récif, même si je n’avais d’yeux que pour Eridan et Nalu, et leurs mouvements fluides et agiles sous l’eau.
De mon côté, je devais régulièrement lutter pour ne pas dériver.
— Prends ma main, Carly.
La paume palmée d’Eridan était offerte, mais j’hésitai, encore un peu secouée de son contact précédent. Comme si je m’étais tenue trop près de lui et que je n’aurais pas dû. Lentement, je tendis ma main ; ses doigts se refermèrent sur les miens et il m’entraîna avec lui.
— Ce que tu sais de l’océan, tu l’as appris sur la terre ?
— Oui, j’adore lire sur les explorations marines depuis que je suis petite.
— Lire ? releva-t-il.
— C’est un moyen de transmission des connaissances. On écrit pour ne pas oublier.
— Les humains oublient-ils vite pour avoir besoin d’écrire ?
J’eus un léger rire.
— Malheureusement oui.
Nous repartîmes en direction de la plage. Les rochers nous dissimulaient de la ville et d’éventuels promeneurs. J’ôtai mon masque et le posai sur un promontoire.
— Regarde-moi, Carly !
Nalu prit son élan et bondit. Il fit une pirouette dans les airs avant de retomber dans l’eau avec l’aisance d’un plongeur.
— Frimeur, sourit Eridan. Je faisais la même chose à son âge.
— Est-ce que ce sont les siréniens qui s’occupent de l’éducation des petits ?
— Seulement après qu’ils soient sevrés. Le père prend la relève jusqu’à leur indépendance.
Intéressant, le père s’occupe plus longtemps de l’enfant que la mère.
— Les parents ne vivent donc jamais ensemble ?
Il me regarda d’un drôle d’air.
— Il en a toujours été ainsi. Les siréniens vivent à la cité de corail alors que les sirènes sont nomades. Nous nous retrouvons au moment de l’accouplement. Ce n’est pas ainsi chez les humains ?
— Oh non, généralement les parents restent ensemble pendant plusieurs années, parfois toute une vie.
— Toute une vie ? releva-t-il avec curiosité. Pourquoi ?
— Eh bien… Par amour.
Je bafouillai sur le dernier mot.
— L’amour entre deux personnes, c’est de l’attachement, le désir de vivre et partager des choses ensemble. Au début on parle d’attirance, puis avec le temps, on construit une relation de complicité, de respect, et de tendresse. Et parfois alors, il y a un désir d’enfant.
Je décrivais la vision idéale du couple alors que j’étais la première à critiquer cette version niaise, idéalisée, et que j’avais enterrée depuis longtemps.
Le regard d’Eridan se perdit au loin.
— Beaucoup de couples se forment entre sirènes et siréniens. Sequana n’est pas la seule que j’ai connue, mais c’est avec elle que j’ai transmis mes gènes.
— Comment tu as su que Nalu était ton fils si tu… vous vous accouplez à plusieurs ?
Ma voix dérailla. Des images assez étranges me passaient par la tête.
— Ah, ce sont des choses que les sirènes savent ! C’est le grand mystère pour nous siréniens. On les soupçonne d’avoir en réserve quelques subterfuges pour choisir le géniteur de leur enfant.
Je m’esclaffai. Mon imagination devait avoir ses limites, et tant mieux.
— Est-ce que tu te moques ?
— Non, bien sûr que non ! Je me demande juste pourquoi la mère de Nalu t’a choisi ? Je veux dire, sur quels critères se base-t-elle ?
— Ça n’est pas évident ?
Il pencha la tête sur le côté, ce qui lui donnait un air taquin.
— J’ai beaucoup de succès auprès des sirènes.
Je restai sans voix. Ce fut plus fort que moi : je me mis à rire.
— Tu te moques à nouveau, soupira-t-il.
— Si un humain parlait comme toi, on le traiterait de frimeur.
Il se contenta d’un sourire faussement modeste, toujours adossé contre le rocher comme un mannequin prenant la pose pour un photographe. J’en oubliais presque qu’il possédait une nageoire immense capable de soulever plusieurs tonnes d’eau.
Peut-être que les différences sont moins perceptibles qu’on ne le croit.
— Je crois comprendre ce que tu veux dire pour l’attachement et la complicité. C’est ce que je ressens pour mon fils, finit-il par dire plus sérieusement.
Pour une raison étrange, cela me rassurait.
— Parle-moi de ta ville, dit-il, changeant de sujet.
— Hmm, je ne sais même pas par où commencer. Notre société s’organise autour de métiers, que l’on apprend par le biais d’études. Tout le monde travaille, car c’est ce qui nous permet de gagner de l’argent, avoir un toit au-dessus de nos têtes, acheter à manger, mais aussi nous divertir en…
Il se mit à rire.
— Je ne comprends pas un mot de ce que tu dis. Et si tu me montrais ?
Une idée folle me vint alors : celle de faire passer Eridan par les rivières, pour lui montrer la ville de Christchurch et tout ce qui faisait mon quotidien.
— Tu crois ?
— Cette nuit ? proposa-t-il en même temps.
Dans son regard brillait la même lueur d’excitation que moi. C’était une idée dangereuse et audacieuse.
Quelque chose me chatouilla les genoux et je sursautai. Nalu ! Il émergea à côté de moi, l’air fier.
— Nalu, protesta Eridan, ça ne se fait pas. Tu dois lui demander la permission avant de la toucher. Tu n’aimerais pas que Carly touche ta nageoire sans prévenir.
Nalu eut l’air de réfléchir intensément à la question.
— Ça ne m’embête pas, répondis-je. Mais préviens-moi la prochaine fois pour que je ne te donne pas un coup par mégarde.
— D’accord.
Et, comme s’il avait eu l’autorisation qu’il espérait, il s’apprêta à plonger de nouveau vers mes jambes.
Eridan le rattrapa, plus vif que je ne l’aurais été.
— Je veux juste jouer !
— Dans ce cas, je peux jouer aussi ?
Avant qu’il ne réagisse, je glissai mes doigts sur son ventre. Il explosa de rire.
— Non, non, pas ça !
Il battit en retraite, et se cacha derrière son père en se tenant le ventre. Je cherchai à le saisir, mais il me glissa entre les doigts. Eridan fut plus rapide – et plus agile – et serra son fils sous les aisselles.
— Tu l’as cherché Nalu, dit son père.
— Non, pitié !
Il se mit à frétiller sous mes doigts, son adorable visage tourné vers le ciel. Il en pleurait de rire. Je mis fin à son calvaire avant que ses cris n’attirent des gens de la plage.
Au moment de retirer ma main, il la saisit.
— Je peux ? demanda-t-il avec un temps de retard.
En réponse, je lui présentai ma paume. Il plaça la sienne, petite et palmée, au centre. Puis il se mit à inspecter l’espace entre chaque doigt.
— Nalu, je crois que tu devrais lui rendre sa main, elle va en avoir besoin.
Il leva la tête vers son père, comme s’il venait d’être interrompu dans une découverte fascinante.
— C’est une très jolie main, Carly. Tout comme toi.
J’étais à deux doigts de fondre devant son air aussi solennel.
Eridan sourit. Cette fois-ci sa main à lui se posa sur la mienne pour la libérer de l’emprise de Nalu.
Le troisième contact entre nous.
Le troisième frisson, qui remonta jusqu’à mes joues avec cette même sensation de chaleur.
— À ce soir, murmura-t-il d’un air entendu.
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