Le Sirénien (French Edition)

Capucine Sergent · Chapitre 17 sur 32

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Le Sirénien (French Edition)

Chapitre 17

 

— Ça fait quatre jours, vous vous rendez compte ? Quatre jours ! bouillonnait Tasha.

— Techniquement, ça n’en fait que deux, tempéra Bastien. Les profs ne travaillent pas le week-end.

Cette réponse ne lui plut pas.

— On parle du Clifford ! À sa place, j’aurais eu un sous-marin prêt dans l’heure.

— Peut-être que c’est plus compliqué que ça.

Tasha devint livide.

— Tu veux dire : au point de nous écarter du projet ?

Ni Bastien ni moi ne savions quoi répondre.

Tasha voulut voir Thompson sur-le-champ pour mettre fin à son supplice.

En traversant les couloirs, je me figeai en apercevant la silhouette de Tobias. Bastien, qui me suivait, faillit me percuter. Tobias me rendit mon regard, l’air pas du tout dans son assiette. Il fit demi-tour, cherchant à s’éloigner le plus vite possible. Son manège n’échappa pas à Bastien.

— Qu’est-ce qui lui prend ?

— Nous nous sommes croisés hier soir, expliquai-je un peu vite.

Bastien fronça les sourcils.

— Il t’a ennuyée ?

— Hmm, un peu. Il était saoul, il m’a draguée ouvertement et m’a… embrassée de force.

— Oh non Carly, tu dois le dire à quelqu’un ! s’écria Tasha. 

Je secouai la tête.

— Hors de question.

— Tu es sûre que ça va ? insista Bastien. On peut t’accompagner voir la directrice si besoin.

À nouveau je refusai. Mes amis étaient formidables, mais je préférais oublier ce qui s’était passé.

Tasha me prit gentiment le bras, mais n’ajouta rien.

*

— Je crois qu’il nous évite, décréta Tasha.

Nous venions de terminer de parcourir les trois étages à la recherche de Thompson.

— Il est le prof référent des première-années, rappela Bastien, il est souvent occupé.

— Justement ! Il doit savoir faire la différence entre une urgence et une priorité.

— Si tu veux vraiment le voir, dis-je, le mieux, c’est d’aller l’attendre devant son bureau.

Les yeux de ma meilleure amie s’illuminèrent comme si je venais de proposer l’idée du siècle.

— On y va.

Elle partit devant, Bastien et moi sur ses talons. Tasha avait de belles qualités, et la détermination en faisait partie, mais là, cette histoire d’épave lui montait à la tête.

Nous attendîmes presque une heure devant le bureau de Thompson avant qu’il n’arrive. Ce dernier marqua une pause, ôta puis remit ses lunettes, l’air gêné.

— Ah, bonjour tous les trois. Que me vaut cette visite ?

— Bonjour monsieur, dit Tasha. Vous connaissez la sensation d’attendre une réponse et de ne pas en dormir de la semaine ? C’est comme ça que vous traitez les étudiants les plus motivés ?

Cette fois, je ne pus cautionner l’attaque frontale de ma meilleure amie.

— Je crois que ce qu’elle veut dire…

— Je suis désolé, mais je n’ai pas de bonnes nouvelles, dit alors Thompson.

Son aveu nous laissa coi.

— Je vais être honnête, l’université n’a pas les moyens de se lancer dans une expédition à l’aveugle.

— Vous parlez du sous-marin ?

— Un tel investissement coûte cher. La dernière fois que des étudiants ont pu faire une exploration des abysses, il a fallu s’organiser six mois à l’avance pour obtenir la location d’un ROV, ces petits sous-marins contrôlés à distance.

— Alors, utilisons une caméra sous-marine, ce sera moins cher, non ? Et vous aurez vos premières images. L’université n’aura pas d’autre choix que d’organiser une vraie plongée avec de vrais moyens.

— En théorie, oui, convint Thompson, mais nous ne disposons pas non plus de l’équipement adapté pour qu’un plongeur descende à une telle profondeur.

Environ mille mètres. C’était ce que nous avions estimé.

La plongée sous-marine était une activité qui se soumettait aux limites du plongeur, tant sur le plan physique que physiologique. En apnée, le record du monde atteignait les deux cent quatorze mètres. En bouteille, on allait jusqu’à trois cent trente mètres. Mais il s’agissait d’athlètes surentraînés qui s’exposaient au danger en connaissance de cause.

Les masques intégraux étaient une nouvelle technologie, encore peu commercialisée. Personne ne se risquerait à improviser une descente en eaux aussi profondes.

Tasha jeta un coup d’œil dans ma direction.

— Et si je vous disais qu’on connaît… quelqu’un qui pourrait le faire ?

Oh non, elle ne va pas oser.

— Vous voulez dire un plongeur qui a le matériel adéquat ? demanda Thompson. 

Tasha articula silencieusement « Je peux lui dire ? ». Je secouai vigoureusement la tête.

Nos échanges silencieux ne passèrent pas inaperçus aux yeux de notre professeur.

— Comment avez-vous obtenu les coordonnées GPS ? Comment pouvez-vous être sûrs que l’épave est là ?

— Nous avons une source sûre, assena Tasha.

— Ça n’est pas suffisant pour moi, j’ai besoin d’une preuve.

J’agrippai le bras de Tasha.

— Laisse tomber, soufflai-je.

Il n’était pas question qu’elle utilise Eridan à ses propres fins. Le Clifford pouvait rester éternellement dans les profondeurs du Pacifique, ça m’était égal.

Je voulus tirer Tasha hors de la salle, mais elle se dégagea.

— C’est grâce à un sirénien, dit-elle tout à trac.

Bastien pinça les lèvres. Elle l’avait dit, elle avait osé.

— Cette discussion est terminée, marmonnai-je entre mes dents.

Le sang battait à mes tempes. Je commençai à me diriger vers la porte, Bastien entraînant Tasha à sa suite, lorsque Thompson nous rattrapa.

— Attendez !

Je me retournai.

— Je vous crois, dit-il alors.

Ma main resta sur la poignée de la porte. Ce professeur, qui avait gagné mon respect et ma sympathie depuis le début de l’année, n’était cependant pas du genre à croire aux légendes et mythes.

— Lorsque j’étais gamin, j’accompagnais chaque week-end mon père sur son bateau de pêche. Il était un peu solitaire et taciturne, mais passionné par son métier. Je le suivais, car c’était pour moi le seul moyen d’avoir une relation père-fils… Bref, un jour j’ai failli me noyer.

Il me regardait.

— Vous aussi ? balbutiai-je.

— J’ai mis des années avant de comprendre ce qui s’était passé. J’étais un miraculé. À chaque fois que mon père racontait l’histoire, il disait m’avoir vu disparaître sous les vagues. Pendant les cinq minutes les plus longues de sa vie, il a tenté de me retrouver. Rien. Il commençait à pleurer de découragement lorsque je suis réapparu non loin du bateau. J’étais conscient et indemne. Plus tard, je me suis intéressé aux légendes maories et je suis persuadé que je dois la vie à un sirénien.

Son histoire me toucha. Thompson n’avait aucune certitude ; mais il avait grandi avec l’idée qu’un être mi-homme mi-poisson l’avait sauvé, et il ne croyait manifestement pas aux superstitions des pêcheurs.

À ce rythme, l’existence des siréniens était en train de devenir le secret le moins bien gardé de l’humanité !

Thompson se racla la gorge et nous regarda à tour de rôle.

— Si vous êtes en contact avec un sirénien, je promets de garder le secret.

Tasha se mordilla les lèvres, me questionnant du regard. Elle avait cafté une première fois, elle ne recommencerait pas sans mon accord.

— Oui, dis-je à contrecœur. C’est lui qui nous a confirmé que l’épave se trouvait là.

— Et il serait prêt à plonger avec une caméra ? C’est bien là votre idée ?

— Pas exactement, rectifiai-je.

Tasha m’avait mis dans de beaux draps ! Mais cette fois, Bastien en rajouta une couche :

— On pourrait lui demander Carly, ça ne coûte rien.

À moi, ça me coûte.

— Si vous me présentez à lui, je lui parlerai, assura Thompson. Il sera libre d’accepter ou de refuser. S’il y a une réelle possibilité que le Clifford ait été retrouvé, cela intéressera beaucoup de monde.

C’était exactement ce que Tasha rêvait d’entendre.

— Dis oui Carly, supplia-t-elle en joignant les mains devant elle.

— Je ne sais pas, murmurai-je.

— Qu’est-ce qui te retient ?

Mes sentiments. Chaque fois qu’Eridan me souriait ou me touchait, je tombais un peu plus amoureuse de lui. Et s’il n’était pas capable de m’aimer, moi je l’étais ; c’était moi qui avais le plus à perdre dans cette histoire.

Trois paires d’yeux étaient braqués sur moi. Je tenais la décision entre mes mains.

— Je peux le contacter. Pas avoir son accord.

— Naturellement, dit Thompson, ce sera à moi de le convaincre. Quand et où pouvons-nous organiser la rencontre ?

— En fin de journée, à la plage près de Cave Rock, le mieux serait lorsque le soleil est bas et qu’il n’y a plus de nageur.

Nous échangeâmes nos numéros de téléphone, avec promesse de se retrouver après les cours.

En sortant du bureau de Thompson, j’étais sur les nerfs. Bastien me pressa l’épaule.

— N’oublie pas : Eridan est libre de refuser, personne ne lui en voudra.

Connaissant Eridan, ce n’était pas ce qui m’inquiétait le plus.

*

Quelques cumulus gris et violets s’éparpillaient dans le ciel en fin de journée.

Je serrais la flûte maorie dans ma main. Une heure s’était écoulée depuis que je m’en étais servie.

Thompson patientait les pieds dans le sable, à mes côtés, attendant mes directives. 

— Ça vous ennuie si je vais à sa rencontre d’abord ? 

— Je reste ici et j’attendrai que vous me fassiez signe.

Je grimpai sur les rochers et m’avançai avec précaution. Eridan ne devait plus être loin. Par réflexe, je vérifiai qu’il n’y avait plus de nageurs, ni de promeneurs sur la plage. La voie était libre. J’ôtai mes sandales et mis les pieds dans l’eau. Thompson était désormais trop loin pour m’entendre, j’allais devoir…

Quelque chose me saisit les chevilles et me tira en avant. L’arrière de mon corps, lui, partit en arrière. Je poussai un cri en basculant, mais des bras humides me rattrapèrent.

J’atterris dans l’eau, trempée jusqu’à la taille, le torse d’Eridan contre moi, sa bouche collée à mon oreille. 

— De jolies jambes qui ne tiennent pas bien debout.

— Eridan, tu m’as fait peur ! protestai-je en le repoussant.

Mais je n’y mis pas beaucoup de conviction et ses bras restèrent autour de ma taille.

— Tu pourrais simplement dire que tu es contente de me voir. Il me semblait que c’était ce que les humaines disaient à leur amoureux.

— Tu n’es pas mon amoureux, soupirai-je.

Il ne s’offusqua pas.

— C’est ce que mon fils croit, tu sais bien que je ne peux pas le décevoir.

— Oh, je dois conclure que c’est pour Nalu que tu te comportes ainsi ? me moquai-je.

Il resserra un peu plus ses bras autour de moi.

— Il est une bonne excuse. Ou une bonne distraction au milieu de notre conversation, car tu ne cherches pas à te dégager.

— Eridan, ce n’est pas… correct, ce que nous faisons.

— Aux yeux de qui ? Les seuls qui m’importent ce sont les tiens, et lorsque tu me regardes, je vois bien qu’il n’y a rien de mal à ce que je fais.

Je pinçai les lèvres. Il avait décidé d’avoir réponse à tout. Je n’étais pas ici pour avoir cette discussion, encore moins pour reprendre ce qui avait été inachevé l’autre soir.

Mon silence eut raison de lui et il finit par s’écarter.

— Je dois te parler de quelque chose, dis-je. Un de mes professeurs à l’université aimerait te rencontrer. Mais si l’idée te met mal à l’aise, je lui dirai que ce n’est pas possible.

— Pourquoi me mettrait-il mal à l’aise ? Est-ce quelqu’un pour qui tu as de l’estime ?

— Oui et je lui fais confiance.

— Dans ce cas je suis d’accord pour le voir.

La nonchalance et la rapidité avec laquelle il avait répondu me surprirent.

— Il veut discuter avec toi, car tu as vu l’épave de tes propres yeux et donc tu es le seul à pouvoir confirmer sa présence.

— C’est normal.

— Et la profondeur à laquelle se trouve l’épave rend la plongée difficile pour les humains.

— C’est normal aussi.

Je levai les yeux au ciel.

— En fait, il voudrait te demander si tu peux nous assister : plonger en portant avec toi une caméra. C’est un instrument qui permet d’enregistrer des images. 

— Enregistrer ?

— Oui, c’est la même chose que…

— Carly, vous êtes là ? Je vous ai entendue crier.

Je me relevai un peu vite, m’écartant suffisamment d’Eridan pour retrouver une distance plus formelle. Thompson était en train d’approcher laborieusement au milieu des rochers.

— Attendez, vous risquez de vous tordre une cheville.

— Je m’inquiétais, vous êtes partie un moment et je…

Il se tut en comprenant que je n’étais pas seule.

— Merveilleux, murmura-t-il. Je suis le professeur Daren Thompson, c’est un honneur de vous rencontrer.

Il tendit sa main, mais Eridan ne bougea pas, et pour ne pas prolonger le malaise, Thompson la retira.

Le Clifford paraissait loin. Thompson se retrouvait face un être aquatique issu de l’imaginaire et le scientifique en lui ne pouvait ignorer cette découverte.

Je me raclai la gorge pour lui faire comprendre qu’il était en train de détailler Eridan comme un rat en laboratoire. Il sembla sortir de sa rêverie et m’adressa un sourire d’excuse.

— Carly était en train de me parler de votre proposition, dit alors Eridan. Et j’allais l’accepter.

La tension s’évanouit. Il ne m’avait certes rien refusé, mais je ne pensais pas qu’il accepterait une requête venant d’un autre humain.

— Formidable, répondit Thompson. Carly vous a parlé de ce que nous voulions faire ?

— La caméra ?

— Oui. Nous serons à bord d’un bateau et nous vous confierons un instrument qui nous permettra d’enregistrer tout ce que nous verrons.

Thompson expliqua ce qu’était un film, ce qu’il espérait en tirer et le rôle qu’Eridan devrait jouer au cours de cette plongée. La caméra ne serait pas le seul équipement qu’il porterait, il lui faudrait en outre une lampe suffisamment puissante pour éclairer les profondeurs.

Je n’étais plus qu’une simple spectatrice.

— Quand voulez-vous partir ?

— Demain matin ? Nous partirons du port dès l’aube pour y être le plus tôt possible.

Eridan acquiesça.

— Je vous retrouverai sur place.

Thompson s’inclina. Un geste un peu pompeux, mais qui avait le mérite d’être respectueux.

— Merci encore. Vous avez ma plus grande reconnaissance. Que pouvons-nous vous proposer en échange ?

— Je n’ai besoin de rien de ce que possèdent les humains. Pour l’échange de services, je m’arrangerai avec Carly.

Eridan me décocha un clin d’œil discret. Ma mâchoire menaça de se décrocher. Thompson m’accorda un regard, l’air d’espérer que je réponde à la moindre de ses attentes.

— À demain donc, Eridan.

J’attendis que mon professeur soit reparti pour me tourner vers Eridan, les poings sur les hanches.

— Ta dernière répartie était de trop.

— Je n’ai pas pu m’en empêcher.

— Tu peux m’expliquer où tu as voulu en venir ?

— C’est lui qui m’a donné l’idée. Il pense que je mérite quelque chose en retour de cette journée à travailler pour les humains, et j’aime assez l’idée. 

Il avait toujours son sourire taquin. Mon estomac se noua, d’abord parce qu’il faisait et donnait beaucoup, mais aussi parce que j’appréhendais ses attentes.

— Et donc ?

— Ne t’en fais pas, je ne demande rien d’extravagant. Juste une journée avec moi, quelque part loin des terres.

— Juste toi et moi ?

Pour toute réponse, il se rapprocha et se hissa à moitié sur le rocher. Je m’accroupis à sa hauteur à contrecœur.

— Il n’y a pas de piège, Carly.

Je me mordis la lèvre et baissai les yeux. C’était mon cœur qui sentait le piège venir. Il prit mon menton pour que je relève la tête. Il était trop près. L’autre nuit, ses yeux me faisaient penser aux profondeurs abyssales ; ce jour-là, je les trouvais clairs et pétillants, presque joueurs.

Une invitation à l’interdit.

Bon sang qu’il était beau.

— Je ne sais pas…

— Je te promets que tu passeras un bon moment.

Il me chatouilla le menton, ce qui me fit rire et je repoussai sa main.

— Moi qui pensais que ton ego ne pouvait pas gonfler davantage !

— Ce n’est pas une question d’ego, c’est la simple vérité.

Il marqua une pause, l’air plus sérieux :

— Il me semble que les humains se sentent souvent redevables. Ta mère a dit quelque chose sur le sujet, lorsque je l’ai rencontrée. Et tu m’as fait comprendre à plusieurs reprises à quel point tu m’étais reconnaissant.

— Pourquoi est-ce que tu parles comme ça ?

Ma voix devint douloureuse. Il me prenait par les sentiments. Je lui devais la vie, c’était une dette que je ne pourrais jamais rembourser.

— Parce que, Carly, il ne s’agit pas de ça. J’aimerais juste que tu te demandes : as-tu envie de partager cette journée avec moi ? Si c’est le cas, accepte. Sinon, je me consolerai autrement.

Il avait quitté son habituel sourire taquin. Je chavirai. Qui devais-je écouter, de mon cœur ou ma tête ?

— Ne me donne pas ta réponse de suite, conclut-il, attendons de voir comment se passe la journée de demain.

Il écarta une mèche de cheveux qui me barrait le visage et ses lèvres se posèrent sur ma joue. Je tressaillis.

— Ne me dit pas que ce n’était pas permis ? Je t’ai vu faire avec Nalu.

— Ce n’est pas la même chose, Nalu est un enfant.

— Un siréneau.

— Ce n’est pas la même chose, répétai-je.

Je perdais en assurance. Il dut s’en rendre compte.

— Tu as raison, je pense que ça n’a pas la même signification.

J’aurais dû me réjouir qu’il reprenne son sérieux, mais ce ne fut pas le cas. Il flirtait bien trop avec les limites et je ne savais pas combien de temps j’allais réussir à maintenir mes distances. Il était trop proche, trop prévenant, trop… difficile à résister.

Eridan s’écarta lentement et s’immergea dans l’eau souplement. 

— À demain, Carly.

 

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