L'effondrement (du monde) n'aura (probablement) pas lieu

L'efficacité est un mirage

 

S’il n’existe pas de vrais substituts au pétrole, ne peut-on s’en sortir en réduisant nos besoins énergétiques ? C’est toute la problématique de l’efficacité énergétique qui constituerait le dernier espoir de la croissance. Elle consiste à réduire l’intensité énergétique de la production. Dit plus simplement, elle permet de produire des biens et des services avec moins d’énergie. Depuis les chocs pétroliers, de nombreuses mesures et innovations ont permis d’améliorer l’efficacité énergétique de l’économie mondiale. Comme l’isolation des bâti-ments qui permet de moins les chauffer, la concep-tion de moteurs thermiques qui consomment moins de litres d’essence aux cent kilomètres ou d’appareils électriques plus économes en kilowatt-heures. De fait, depuis cinquante ans, l’efficacité énergétique de l’économie mondiale ne cesse de s’améliorer. Ce qui permet un découplage entre la croissance de la consommation d’énergie et la croissance du PIB. Depuis cinquante ans, le PIB croit plus vite que la consommation d’énergie. Mais ce découplage est dit « relatif » car même si la consommation d’énergie croît moins vite que le PIB, elle continue inexorablement de croître. His-toriquement, la croissance du PIB est toujours allée de pair avec une augmentation des besoins énergé-tiques. Jamais nous ne sommes parvenus à pro-duire plus de biens et de services en consommant

 

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globalement moins d’énergie. C’est-à-dire que nous ne sommes jamais parvenus à opérer un découplage « absolu » entre énergie et production. C’est pourtant sur un tel découplage que misent tous les scénarios officiels de croissance durable. À l’échelle mondiale, l’AIE prévoit dans son scénario « développement durable » une stabilisation des besoins énergétiques planétaires entre aujourd’hui et 2050 1, alors qu’au rythme de croissance actuel de l’économie le PIB aura augmenté de 150 % dans le même temps. La stratégie de neutralité car-bone française va encore plus loin puisqu’elle mise sur une réduction de 40 % des besoins énergé-tiques du pays en 2050 alors que le PIB devrait avoir gonflé de 60 % d’ici là 2.

De telles anticipations paraissent pourtant tota-

lement irréalistes pour au moins trois raisons. Premièrement, d’importants efforts d’efficacité énergétique ont commencé à être entrepris à la suite des premiers chocs pétroliers des années 1970. On doit d’ailleurs à cette décennie le seul véritable embryon de transition énergétique ayant jamais eu lieu jusqu’ici pour nous sortir de notre dépendance au pétrole, celle ayant consisté à s’en passer pour produire de l’électricité et de la chaleur au profit du gaz et du nucléaire. De fait, on peut

 

1. AIE, World Energy Outlook 2019, p. 80.

2. RTE, Futurs énergétiques 2050, Principaux résultats, octobre 2021, p. 11.

 

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craindre que, depuis les chocs pétroliers, les gains d’efficacité les plus importants et faciles à réaliser soient déjà derrière nous. De plus, on ne peut pas améliorer indéfiniment l’efficacité énergétique d’un système. Cette dernière finit toujours par se heur-ter à des limites physiques que nous pourrions avoir déjà atteintes ou pourrions prochainement atteindre dans la plupart des domaines. Enfin et surtout, l’efficacité énergétique est toujours en tout ou partie effacée par ce que l’on appelle l’effet rebond ou « paradoxe de Jevons ». En effet, en 1865, l’économiste britannique William Stanley Jevons observa le paradoxe suivant : alors que les machines à vapeur étaient de moins en moins consommatrices de charbon, la demande de char-bon ne cessait d’augmenter. Ce paradoxe s’expli-quait par le fait que, plus les machines à vapeur étaient efficaces, plus cela stimulait leur utilisation. Plus une source d’énergie est exploitée de manière efficace, plus cela incite à en consommer davan-tage. Depuis l’époque de Jevons, le phénomène a pu être observé systématiquement. Les gains d’efficience des moteurs automobiles ont été com-pensés par une augmentation des ventes de voi-tures, des trajets plus longs ou une augmentation du poids, de la taille, du confort et de la puissance des véhicules. Idem pour les gains énergétiques réa-lisés sur les écrans d’ordinateur ou de télévision qui ont ouvert la voie à l’augmentation constante de leur taille. Aujourd’hui, on s’attend à ce que les

 

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