L'effondrement (du monde) n'aura (probablement) pas lieu
La transition des Shadoks
croissance causera toujours plus d’atteintes à l’envi-ronnement qui nous conduiront immanquable-ment à la catastrophe. Nous pouvons aussi rendre l’économie durable, mais alors il ne pourra plus y avoir de croissance. Et comme nous ne renonce-rons pas à la croissance, nous finirons par n’avoir ni cette dernière, ni la durabilité. On connaît le bon mot qui circula après les accords de Munich de 1938, quand les grandes démocraties euro-péennes cédèrent face aux exigences d’Hitler : « Ils ont accepté le déshonneur pour éviter la guerre ; ils auront le déshonneur et la guerre. » On peut aujourd’hui le paraphraser pour décrire notre situa-tion économique : « Nous accepterons la pollution pour avoir la croissance ; nous aurons la pollution et perdrons la croissance. »
Là réside le piège de l’anthropocène : un piège
à deux mâchoires, celle de la raréfaction de l’éner-gie et celle du réchauffement climatique, l’une et l’autre se renforçant mutuellement et inexorable-ment pour nous conduire à des contradictions insurmontables.
La transition des Shadoks
En résumé, donc, pour prévenir le pic pétrolier
et lutter contre le réchauffement climatique, il faut développer les énergies renouvelables. Oui, mais pour développer les énergies renouvelables, il faut du pétrole et émettre du carbone.
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Pour limiter l’augmentation des températures, il faut se résoudre à avoir moins d’énergie. Oui, mais il en faut plus pour réparer les dégâts causés par le réchauffement.
Pour électrifier le système énergétique, il faut de plus en plus d’eau. Oui, mais il faut aussi de plus en plus d’énergie pour avoir de plus en plus d’eau.
Pour nourrir la planète, il faut de plus en plus d’énergie. Oui, mais il faut soustraire des terres à l’agriculture pour faire de l’énergie.
Enfin, pour éviter l’effondrement environne-mental, il faut de la croissance. Oui, mais c’est la croissance qui mène à l’effondrement environne-mental.
Pour résumer le résumé, le grand paradoxe de la transition durabiliste est que sa mise en œuvre elle-même va aggraver la crise environnementale. Le remède alimente le mal. Ce qui renvoie à la course de la modernité. Jusqu’ici, nous avons toujours eu un coup technologique d’avance. Demain, nous risquons d’avoir détruit notre écosystème avant d’avoir pu rendre notre civilisation soutenable.
Faisons maintenant de la prospective. La com-plexification du monde et la crise écologique qu’elle engendre conduisent à distinguer trois scé-narios d’effondrement possibles.