L'effondrement (du monde) n'aura (probablement) pas lieu

Pas de croissance durable sans technologie

 

Là réside le point de divergence central entre,

d’un côté, les collapsologues et les décroissancistes et, de l’autre, les durabilistes. Pour les premiers, la technologie ne pourra plus nous être d’aucun secours. Pour les seconds, au contraire, la technolo-gie peut encore nous sauver. Sans ambiguïté, nous nous inscrivons dans les rangs positivistes car la technologie est loin d’avoir dit son dernier mot. Elle peut même encore accomplir des miracles. Nous ne ferons pas sans elle. À court et à moyen terme, elle sera centrale dans chacun des trois volets de la transi-tion environnementale. Et seule la technologie est en mesure d’assurer une durabilité de long terme.

 

Innovation, technique, technologie

 

Il ne faut pas confondre innovation, technique et

technologie. Innover, c’est faire quelque chose différemment. L’ensemble de la transition environ-nementale est une innovation puisque son objet est de faire de la richesse autrement. Mais cet « autre-ment » ne passe pas forcément par de la technique ou de la technologie. Par exemple, accélérer la transition démographique en offrant des moyens de contracep-tion à toutes les femmes qui le souhaitent et en ouvrant les portes de l’école à toutes les petites filles du monde relève de l’innovation culturelle, compor-tementale et politique, non technique ou technolo-gique. La technologie des préservatifs et des stylos est

 

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maîtrisée de longue date. Une grosse partie de la tran-sition environnementale dépend de telles innovations « comportementales ». L’innovation comportemen-tale, qu’elle soit le fait des individus, des groupes ou des décideurs publics, étant l’autre nom de la sobriété.

Il ne faut pas non plus confondre technique et technologie. Pour les différencier, on distingue trois types d’innovations : l’innovation incrémentale, l’innovation disruptive et l’innovation radicale 1. Les deux premières sont des innovations techniques. Une innovation incrémentale modifie une technolo-gie existante pour l’améliorer : modifier la forme d’un injecteur de carburant pour augmenter la per-formance d’un moteur. Une innovation disruptive consiste à changer de technologie pour rendre un service ou produire un bien : remplacer le bon vieux répondeur téléphonique par des serveurs vocaux dis-tants. L’innovation technique est l’autre nom de l’efficacité.

Seule l’innovation dite radicale est une innova-tion proprement technologique. Il s’agit de créer une technologie nouvelle. C’est sur ce dernier type d’innovation que nous allons mettre l’accent dans les développements qui suivent.

 

1. Emmanuel Delannoy, Permaéconomie, Wildproject, 2021, p. 35.

 

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