L'effondrement (du monde) n'aura (probablement) pas lieu

La croissance ne peut pas être durable

Par-delà la décarbonation faible ou nulle à

attendre du pic pétrolier, quelle décarbonation peut-on attendre de la transition énergétique elle-même ?

 

La croissance ne peut pas être durable

 

Le plus grand paradoxe de la transition énergé-

tique est qu’elle ne mettra pas fin aux émissions de GES. Aujourd’hui, elle a l’effet inverse puisqu’elle stimule la demande de pétrole. Il n’existe pas encore de substitut énergétique au pétrole pour exploiter les métaux nécessaires à l’électrification, ni d’ailleurs pour fabriquer le matériel et les infra-structures électriques. Et cette demande de pétrole ne peut qu’aller croissant puisque, les métaux étant de moins en moins concentrés, leur exploitation nécessite de plus en plus d’énergie. En phase d’amorçage, la transition énergétique a donc ten-dance à retarder la décarbonation plutôt qu’à l’accélérer.

Ce n’est qu’à un stade plus avancé qu’elle pour-

rait commencer à faire baisser les émissions de GES. Mais jusqu’à un certain point seulement. Car, rappelons-le, un système énergétique bas-carbone aura du mal à produire assez d’énergie pour que l’économie puisse continuer de croître. Dans ces conditions, il faudra choisir entre la décarbonation et la croissance. Comme nous ne choisirons pas, ou plutôt comme nous refuserons

 

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d’abandonner la croissance, nous n’aurons pas d’autre solution que de continuer d’exploiter des énergies fossiles tant qu’il y en aura encore pour continuer de croître. Nous brûlerons jusqu’à la dernière goutte de pétrole, le dernier vent de gaz, le dernier bloc de charbon. Ce qui correspondrait d’ailleurs, selon l’historien des sciences Jean-Baptiste Fressoz, au cours normal de l’histoire de l’énergie qui est une histoire d’accumulation plutôt que de substitution 1. L’avènement du charbon n’a pas marqué la fin de l’exploitation du bois. L’avènement du pétrole n’a pas marqué la fin de l’exploitation du charbon. L’avènement du nucléaire n’a pas marqué la fin de l’exploitation du pétrole. Il n’y a jamais eu de transition énergétique, mais plutôt un empilement d’énergies. Demain, il en sera de même. Les renouvelables viendront se surajouter au millefeuille énergétique. Et il n’y aura donc pas de décarbonation.

Il résulte de ces développements que la notion de « croissance durable », pourtant aujourd’hui majoritairement perçue comme le seul horizon possible, est un oxymore, pour ne pas dire une illusion, voire une arnaque. Il ne peut pas y avoir de croissance durable. Il peut encore y avoir de la croissance, mais pas pour longtemps. Car la

 

1. Jean-Baptiste Fressoz, « L’expression “transition éner-gétique” est source de confusion », Le Monde, 23 octobre 2018.

 

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