L'effondrement (du monde) n'aura (probablement) pas lieu
Une notion biologique
globe ne pourrait pas être considéré comme un effondrement au sens collapsologue du terme. Ce qui est lourd de conséquences. D’abord, la notion d’effondrement systémique semble exclure les scé-narios d’effondrement partiel. Ensuite, le caractère global de l’effondrement annoncé implique qu’il s’agisse d’un phénomène endogène, c’est-à-dire généré par la dynamique interne à la civilisation thermo-industrielle.
• Phénomène bref
A priori, l’effondrement n’est ni le déclin ni la décadence. S’il doit se déployer dans l’espace, il est aussi censé se ramasser dans le temps. La notion recouvre une dimension de rapidité. Quelque chose qui s’effondre tombe tout d’un coup, d’un bloc. L’événement est soudain et brusque.
Quel est le fait générateur de l’effondrement ? L’environnement. Ce qui nous renvoie à l’origine de la notion.
Une notion biologique
La notion d’effondrement vient des sciences naturelles. Non de l’économie ou de l’histoire. Ce qui, nous le verrons, est lourd d’implications.
La théorie de l’effondrement est une transposition à l’espèce humaine des cas observés dans la nature de saturations de populations animales. En effet,
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l’évolution des populations animales a été modélisée par les biologistes. Lorsqu’une espèce se trouve en situation de prospérer dans un environnement donné, par exemple parce que ses prédateurs ont disparu, sa population évolue selon une courbe de Gauss très marquée. Au cours d’une première phase, elle augmente fortement. Puis elle atteint la limite de ce que l’on appelle la capacité de charge de l’envi-ronnement. La notion de capacité de charge, ou capacité porteuse, désigne la taille maximale d’une population qu’un milieu donné peut supporter sans être dégradé 1. Lorsque l’espèce en question atteint cette limite, elle peut la dépasser. Mais pas long-temps parce que ce dépassement (overshoot en anglais) dégrade les ressources naturelles au point qu’elles ne peuvent plus se renouveler. Très vite, elles deviennent insuffisantes et la population animale entame la troisième phase de la courbe : elle s’effondre. Au cours de cette phase, les morts excé-dant les naissances faute de ressources naturelles suffisantes (de nourriture pour être concret), la population se réduit vite et fortement.
Selon la théorie du collapse, c’est ce qui devrait
arriver à l’humanité. Nous avons déjà dépassé la capa-cité de charge de la planète. Nous sommes en dépasse-ment. Le calcul du « jour du dépassement » permet de se le représenter de manière parlante 2. Cet indicateur
1. Eugene P. Odum, Fundamentals of Ecology, Saunders College Publishing, 1971, p. 183-188.
2. footprintnetwork.org
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détermine à partir de quel moment dans l’année l’humanité a consommé toutes les ressources pro-duites par la planète en un an. Aujourd’hui, le jour du dépassement tombe fin juillet. Ce qui signifie qu’à partir de fin juillet ni notre consommation, ni notre production ne sont plus durables. À partir de cette date, nous ne consommons plus ce que la nature a produit dans l’année en cours ; nous puisons dans le capital naturel ; nous vivons à crédit. Et, à partir de cette date, même nos déchets naturellement assimi-lables ne peuvent plus l’être par l’écosystème ; ils ne peuvent que s’accumuler. On peut aussi dire que l’humanité a aujourd’hui besoin de 1,75 planète Terre pour subvenir à ses besoins. Le problème, c’est que nous n’en avons qu’une.
Ce dépassement est décrit plus en détail par le concept de limites planétaires 1. Il s’agit d’identifier un certain nombre de variables environnementales à maintenir sous un certain seuil pour ne pas détruire l’écosystème. Ces variables sont au nombre de neuf : le réchauffement climatique, l’intégrité de la bio-sphère (état de la biodiversité), la perturbation des cycles biochimiques de l’azote et du phosphore, le changement d’affectation des sols, l’introduction de nouvelles entités dans l’environnement (polluants tels que substances chimiques, métaux lourds, plastiques, matières radioactives), l’utilisation de l’eau douce,
1. Johan Rockström et al., « A Safe Operating Space for Humanity », Nature, 2009.
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