L'effondrement (du monde) n'aura (probablement) pas lieu
La sixième extinction ne remettra pas forcément en cause la civilisation thermo-industrielle
pas. Et en tout état de cause certainement pas de manière uniforme. Les inégalités en termes de lon-gévité sont déjà criantes entre les humains d’un bout à l’autre du globe. Elles pourraient demain se creuser encore, les plus pauvres voyant leur longé-vité décliner en raison de la pollution sanitaire, les plus riches vivant toujours plus longtemps grâce à la science.
Mais la pollution pourrait indirectement tuer tout ou partie de l’humanité via les plus grandes menaces biogéophysiques qu’elle engendre, à savoir l’effondrement de la biodiversité et, surtout, le réchauffement climatique. Ces grandes menaces écologiques globales n’obéissent pas aux règles de la pollution sanitaire. Elles ne suivent pas la courbe de Kuznets. Au contraire, ce sont les pays les plus riches qui émettent le plus de gaz à effet de serre. Vont-elles pour autant causer la perte de notre civi-lisation ?
La sixième extinction ne remettra pas
forcément en cause la civilisation
thermo-industrielle
L’effondrement de la biodiversité en cours, ou sixième extinction de masse, est une catastrophe à nulle autre pareille. Une catastrophe biologique, philosophique, scientifique. Cela ne se discute pas. Mais il n’est question ici que de tenter d’évaluer
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la menace qu’elle pourrait représenter pour notre modèle de civilisation. Nous l’avons vu, cette menace prend deux formes : le risque pandémique et le risque d’atteinte à l’un des maillons de notre écosystème.
Une pandémie peut-elle mettre à bas la crois-
sance ? L’Histoire semble indiquer le contraire. Depuis les débuts de la révolution industrielle, plu-sieurs pandémies ont affecté l’humanité. On peut en dénombrer quatre majeures: la troisième peste à la fin du e XIX siècle (principalement en Inde), la grippe espagnole entre 1918 et 1919, le Sida depuis 1981 et, très loin derrière les trois précé-dentes, la pandémie de Covid-19 1. Aucune d’entre elles n’a remis en cause la dynamique du système monde. On peut objecter que les deux premiers exemples ne sont pas pertinents. La troisième peste a frappé un pays non industrialisé à une époque où l’intégration mondiale était bien moindre qu’aujourd’hui. Cette dernière remarque peut être reprise pour la grippe espagnole, en dépit du fait qu’elle a lourdement touché des pays très industria-lisés. Les exemples du Sida et du coronavirus sont les plus pertinents. Le Sida a jusqu’ici tué trois à neuf fois plus que la Covid-19 mais n’a eu aucun impact sur le système économique mondial. En
1. Silvio D. Pitlik, COVID-19 Compared to Other Pande-mic Diseases, National Center for Biotechnology Informa-tion, 31 juillet 2020.
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2020, la Covid-19 a affecté le monde entier, à une époque où la mondialisation n’a jamais été aussi poussée et a imposé du jour au lendemain l’arrêt d’une partie substantielle de l’économie globale, conduisant à une récession majeure. Et pourtant, dès 2021, le monde avait retrouvé son niveau de production d’avant la crise.
On peut objecter que ni la pandémie de Sida ni celle de Covid-19 n’ont eu la gravité des plus grandes pandémies ayant affecté l’humanité au cours de son histoire. Le Sida aurait tué entre 0,6 et 0,9 % de la population mondiale, la Covid-19, entre 0,1 et 0,3 % 1 e , tandis que la peste noire du XIV siècle a emporté entre 19 % et 51 % de la population de l’époque. Le retour d’un Big One, que craignent les spécialistes, c’est-à-dire d’un virus beaucoup plus contagieux et beaucoup plus létal, sonnerait-il le glas de l’ordre mondial ? Sans doute pas. Car ce n’est pas un hasard si les épidémies actuelles sont moins graves que par le passé. L’impact d’une pandémie ne dépend pas seulement de la plus ou moins grande virulence des virus et bacilles qui la causent, mais aussi de notre capacité à y faire face. Certes, la mon-dialisation d’aujourd’hui favorise la propagation rapide des maladies mais, en contrepartie, nous avons infiniment plus de moyens pour les com-battre. Des moyens économiques et scientifiques.
1. David Adam, « The Pandemic’s True Death Toll : Mllions More than Official Counts », Nature, 31 janvier 2022.
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Songeons qu’un vaccin contre le Coronavirus a été trouvé en quelques mois seulement. Une prouesse. Si nous pouvons traiter les maladies de plus en plus vite et de plus en plus efficacement, nous savons aussi de mieux en mieux en entraver la propagation. Il est bien évident qu’à toute autre époque, bien plus de personnes auraient péri de la Covid-19. Et cette crise pourrait jouer le rôle de répétition générale pour l’avenir. Car, si demain un Big One se présen-tait, nous pourrions au moins l’accueillir avec des masques, du gel, des gestes barrière, du confinement et du télétravail. Admettons qu’il soit tellement féroce que cela soit insuffisant pour l’empêcher de faire de gros dégâts. Admettons qu’il parvienne même à causer un carnage malgré l’état d’urgence sanitaire mondial. Disons 400 millions de morts. Deux fois plus que la peste en mille ans. Huit fois plus que la grippe espagnole. Treize fois plus que le Sida. Du jamais-vu. Une abomination. Ce faisant, il ne supprimerait encore que 5 % de la population mondiale… Pas de quoi arrêter la croissance. Et l’expérience de la Covid-19 a prouvé qu’un arrêt de la machine économique ne la condamnait pas. D’autant moins que la tendance naturelle des virus, observée avec les variants du coronavirus, est de perdre en létalité pour gagner en contagiosité. Comme dans le cas de la Covid, l’arrêt économique ne pourrait donc être que temporaire. En un mot, et pour verser dans la référence cinématographique,
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le scénario de Contagion (histoire d’une terrible pan-démie maîtrisée) est bien plus crédible que celui de I’m Legend (histoire d’un horrible virus qui crée une humanité de zombis).
L’hypothèse d’une atteinte à l’un des maillons essentiels de l’écosystème dont nous dépendons est-elle plus alarmante ? Jusqu’à présent, aucune étude sérieuse ne désigne la baisse du taux d’oxy-gène dans l’air comme une menace réelle, et encore moins imminente, pour l’humanité. Même si la concentration en oxygène chute au-dessus des zones les plus polluées, elle demeure constante à l’échelle du globe. L’évolution du taux d’oxygène dans l’air doit être mieux étudiée, mieux comprise et mieux surveillée. Mais on ne peut pas encore aujourd’hui dire que l’humanité soit au bord de l’asphyxie.
Aussi la menace écosystémique la plus tangible demeure-t-elle celle de la disparition des pollinisa-teurs. Mais, nous l’avons vu, seuls 5 % à 8 % de la production alimentaire mondiale dépendent directement de la pollinisation animale. L’essentiel de nos ressources agricoles n’en dépend pas, ou très indirectement. De plus, pour que toute la produc-tion alimentaire dépendant de la pollinisation dis-paraisse, il faudrait que tous les pollinisateurs disparaissent. Heureusement, nous n’en sommes pas là. Il est encore largement temps de prendre des mesures pour les protéger, telles que l’interdic-tion de certains insecticides comme les néonicoti-noïdes. Ce qui a commencé à être fait par exemple
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