L'effondrement (du monde) n'aura (probablement) pas lieu

Menaces sanitaires

 

Le principe de croissance, sur lequel est fondé

notre monde, se décline : croissance économique, croissance démographique, croissance énergétique et… croissance de la longévité. Nous nous sommes habitués à l’augmentation régulière de notre espé-rance de vie. Les réformes des systèmes de retraite par répartition se fondent sur l’idée que, demain, nous vivrons toujours plus vieux et plus longtemps en meilleure santé. Ce qui se vérifie tendancielle-ment depuis la révolution industrielle. En deux cents ans, la durée de vie moyenne a plus que doublé dans les pays développés. Au cours des soixante-dix der-nières années, l’espérance de vie mondiale est passée de moins de cinquante ans à plus de soixante-dix ans. Mais cette tendance n’a rien d’irréversible. Ponctuellement, l’espérance de vie chute. C’est bien sûr le cas durant les guerres. Mais pas uniquement. Au cours de la période récente, l’espérance de vie a marqué le pas dans les deux anciennes superpuis-sances. En Russie, elle a régressé entre 1988 et 2011. Aux États-Unis, elle a décroché entre 2014 et 2018. Simples accidents conjoncturels ou signes avant-coureurs d’une inversion de la courbe ? Pour l’heure, on ne peut pas parler d’un retournement de ten-dance. Dans les deux cas, le phénomène est attri-buable aux addictions : la vodka en Russie 1, les

 

1. Anne-Laure Lebrun, « La faible espérance de vie en Russie attribuée à la vodka », Le Figaro, 31 janvier 2014.

 

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opioïdes aux États-Unis 1. Mais, demain, les atteintes que nous portons à l’environnement pourraient structurellement faire chuter l’espérance de vie humaine. Nous pourrions entrer dans une nouvelle période de notre histoire où les bienfaits de la civili-sation thermo-industrielle seraient surcompensés par ses nuisances.

Dans ses deux dimensions sanitaire et climatique, la crise environnementale pourrait faire dégringoler notre espérance de vie. L’impact sanitaire de la destruction des écosystèmes et de la pollution est déjà dévastateur. La destruction et la déstabilisation des écosystèmes exposent plus fréquemment l’humanité aux zoonoses, c’est-à-dire aux maladies passées de l’animal à l’homme. Un phénomène déjà massif puisque 60 % des maladies infectieuses et 75 % des maladies émergentes telles qu’Ebola, le Sida ou le SRAS sont des zoonoses 2. Avec la défo-restation, l’urbanisation ou l’élevage intensif, ce phé-nomène ne peut que s’accentuer à l’avenir.

La pollution est elle aussi un fléau pour la santé. Selon un rapport de l’OMS de 2017, la pollution de l’air, intérieur ou atmosphérique, serait d’ores et déjà la première cause de mortalité dans le monde 3. L’OMS estime en effet qu’elle est l’un

 

1. « Crise des opiacés : l’espérance de vie continue de baisser aux États-Unis », AFP, 29 novembre 2018.

2. PNUE, « Emerging Issues of Environmental Concern », UNEP Frontiers Report 2016, p. 18.

3. World Health Statitics 2017, OMS, 2017.

 

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des déclencheurs clefs de maladies non transmis-sibles telles que les affections cardiovasculaires et respiratoires, le diabète et les cancers, responsables chaque année du plus grand nombre de morts prématurées à l’échelle mondiale. Et cette tendance ne peut évidemment que s’alourdir. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les scandales sanitaires se sont multipliés dans les pays développés. Il n’y a aucune raison que cela s’arrête. Nous baignons en permanence dans un cocktail de particules fines, de molécules chimiques et d’ondes électromagné-tiques chaque année plus épais. L’impact sur la santé de l’immense majorité des produits chi-miques avec lesquels nous sommes quotidienne-ment en contact n’a jamais été testé. Dès aujourd’hui, la démultiplication du nombre de cancers ne peut s’expliquer par la seule augmenta-tion de la longévité. Par ailleurs, après avoir régu-lièrement augmenté, depuis les années 1990, le QI moyen baisse en Occident 1. À l’heure où les trans-humanistes rêvent d’augmentation cérébrale et de super-intelligence, il semblerait que l’humanité s’achemine tranquillement vers le crétinisme. Non pas comme dans le film Idiocratie parce que les intel-lectuels diplômés ont moins d’enfants que les autres (ce qui supposerait que le QI soit corrélé à l’échelon

 

1. Bernt Bratsberg et Ole Rogeberg, « Flynn Effect and Its Reversal Are Both Environmentally Caused », PNAS, 26 juin 2018.

 

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social…), mais du fait des perturbateurs endocriniens tels que le brome, le fluor et le chlore qui affectent le développement cérébral. Et que dire de l’impact sur la santé des pesticides et des microplastiques qui sont maintenant omniprésents dans notre alimentation ? Enfin, une dernière pollution doit être mentionnée : la pollution aux antibiotiques. Leur mauvais usage – surconsommation dans l’agriculture industrielle et certains pays développés, interruption prématurée des traitements, emploi d’antibiotiques inadaptés ou fre-latés dans les pays en développement – est bien une forme de pollution. Il conduit les bactéries à y résister de mieux en mieux. À terme, cela entraîne l’émer-gence de super-bactéries mortelles. L’OMS, encore elle, a alerté sur le danger que représente cette évolu-tion qui constitue à ses yeux « l’une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale 1 ». La résistance bactérienne aux antibiotiques est une bombe sanitaire à retardement. Au rythme d’évolution du phéno-mène, nous pourrions ne plus en avoir que pour quelques années d’antibiotiques efficaces. L’OMS craint une « ère post-antibiotique » qui nous renver-rait cent ans en arrière, à une époque où les infections courantes redeviendraient mortelles.

Quant à l’impact humanitaire potentiel du réchauffement climatique, inutile d’épiloguer lon-guement dessus, tant il est connu. L’augmentation

 

1. « L’OMS craint une “ère post-antibiotique” où les infections courantes sont à nouveau mortelles », AFP, 14 novembre 2018.

 

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