Les Jours meilleurs (Fiction) (French Edition)
Chapitre 25
Kitty ne parvint pas à trouver le sommeil cette nuit-là. Elle ne pouvait même pas fermer les yeux. Elle avait rangé l’humiliation subie lors de l’entretien dans un coin de sa tête ; elle s’en préoccuperait à un autre moment, un jour où elle en aurait le courage. Pour l’instant, elle ne songeait qu’à son article, aux gens et au voyage. Elle était nerveuse. Des picotements d’excitation lui nouaient le ventre, aussitôt suivis par les pensées négatives qu’elle ne connaissait que trop bien. Et si elle avait commis une erreur en les réunissant ? Et si son plan d’action concernant l’angle qu’elle avait trouvé était erroné ? Elle était submergée par le sentiment du devoir à remplir envers Constance et Bob. Elle n’était plus animée, en revanche, par le désir de plaire à Pete. Il n’aurait qu’à employer un peu de la foi et de l’enthousiasme de Constance et faire confiance à son auteur. Elle sentait au plus profond d’elle-même qu’elle avait raison ; elle avait recommencé à suivre son instinct au lieu de réagir en fonction de celui de quelqu’un d’autre. Cette conséquence du processus était suffisamment importante à elle seule pour être célébrée. Elle avait retrouvé sa confiance en elle, mais elle redoutait que son instinct ne soit faux et ce voyage désastreux.
Tandis qu’elle était étendue dans son lit et qu’elle contemplait son appartement baigné dans la lueur bleue de la lune, elle commença à penser qu’elle devait le quitter. Elle y avait vécu seule pendant cinq ans, puis quatre mois avec Glen. Elle adorait cet appartement et n’avait aucune envie de partir. Elle avait eu de la chance de le dénicher, l’insolence de menacer le propriétaire pour qu’il lui fasse une ristourne de loyer, et voilà que ses manières discutables revenaient la hanter. Dans moins de quinze jours, elle serait à la rue. Bien éveillée à l’idée de son avenir incertain, elle repoussa les couvertures et commença à faire ses valises, effrayée par le voyage du lendemain et par le déménagement. À 3 h 30, toute sa garde-robe était emballée dans ses valises ; à 4 heures, elle dormait comme une souche et rêvait des aventures des six de ses cent noms.
Kitty avait décidé d’aller chercher Birdie en taxi. La mégère de l’accueil avait été informée qu’elle venait la prendre pour l’emmener dans sa famille, où elle passerait la nuit. Au même moment, les Oldtown Pistols revinrent comme prévu, victorieux contre les Balbriggan Eagles. Pendant son service, Molly s’était arrangée pour programmer une révision pour le bus, en prétextant avoir entendu « un drôle de bruit » et en ajoutant qu’un des « Pistols » avait remarqué une odeur étrange. Cette déclaration fut prise très au sérieux et les infirmières avaient approuvé l’arrangement de Molly avec un mécanicien du coin, Billy Meaghar, qui devait le réviser et le rapporter le vendredi soir pour que les Pink Ladies puissent aller au bridge. Pour cinquante euros, Billy avait accepté que Molly récupère le bus, à condition qu’elle le lui rapporte à temps pour qu’il puisse être à l’heure à la maison de retraite.
Jusque-là tout allait bien.
Birdie et Kitty attendirent anxieusement l’arrivée de Molly au café d’Oldtown. Elles s’attendaient à ce que la mégère leur mette des bâtons dans les roues.
— Comment vous vous sentez ? demanda Kitty.
— À propos du bus ?
— Non, du voyage. À l’idée de revenir chez vous.
La vieille dame poussa un long soupir, et Kitty n’aurait su dire si c’était de contentement ou d’angoisse. Peut-être les deux.
— Je suis excitée, mais j’ai le trac. Je n’y suis revenue qu’une fois, pour l’enterrement de mon père, il y a quarante ans. Ce voyage m’a donné à penser. C’est drôle comme la simple idée de revenir m’a fait disparaître dans mes souvenirs… (Elle laissa sa phrase en suspens comme si elle était prise dans une autre toile de réminiscences.) Je me souviens de choses que je croyais avoir complètement oubliées.
— Vous êtes sûre que ça ne vous ennuie pas que les autres se joignent à nous ? Je sais que ce voyage est très personnel pour vous.
— Kitty, je suis ravie de rencontrer ces gens, affirma Birdie avec un sourire. Je suis très curieuse de savoir qui d’autre figurait sur cette liste avec moi.
— La curiosité, voilà le maître mot, répondit Kitty avec un rire un peu anxieux.
— Vous avez trouvé, n’est-ce pas ? La chose qui nous lie ?
— Oui. Je pense que oui.
Elle fut reconnaissante à Birdie de ne pas lui demander de quoi il s’agissait.
— C’est bon, moi aussi j’ai un petit secret, gloussa Birdie, les yeux brillants de malice. Molly ne le sait pas encore, mais nous avons un arrêt supplémentaire à faire sur la route.
Cet arrêt, c’était l’Université de Trinity où Edward, son petit-fils, faisait ses études de droit. Kitty se souvint de l’avoir croisé à la maison de retraite. C’était un beau jeune homme d’une vingtaine d’années, responsable et appliqué, et, aux yeux de Birdie, c’était le parti rêvé pour Molly, même si Kitty pensait qu’il n’y avait pas plus mal assortis.
— Espèce de romantique, la taquina Kitty.
— Molly me tuera, j’en suis certaine, mais Edward a besoin d’être un peu secoué. C’est vraiment le fils de Caroline, dit-elle comme si cela expliquait tout. Il passe son temps à étudier et il ne reconnaîtrait pas une bonne chose même si elle se déshabillait et s’agitait sous son nez.
— Je pense que Molly en est capable.
Birdie éclata de rire.
Un bruit sonore de klaxon se fit soudain entendre. Elles sursautèrent toutes deux, de même que les autres clients. Elles regardèrent par la vitrine du café : Molly était derrière le volant, les deux pouces en l’air.
— Voilà qui est subtil, marmonna Kitty entre ses dents tandis qu’elles se dirigeaient vers le bus.
— J’adore faire ça, dit Molly, toute joyeuse en refermant les portes et en savourant sa joie.
Elle tira sur un levier et les portes se rouvrirent, puis elle les referma.
— Ça suffit, protesta Kitty, nerveuse. Cessez de jouer avec ce bus. Je ne veux pas être arrêtée pour vol avant la fin du voyage.
Birdie et Kitty s’installèrent sur le siège juste derrière le chauffeur, mais Kitty se dit que si les talents de conductrice de Molly étaient les mêmes que sur sa moto, elle n’allait pas rester là longtemps.
— Il y a même un micro, constata Molly, excitée comme une puce. Prochain arrêt, dit-elle dans le micro, les contreforts de Boggeragh Mountains.
— Il faut d’abord faire un arrêt à Trinity, annonça Kitty.
— Je croyais qu’on récupérait tout le monde sous l’horloge de Clerys et qu’on allait directement à Cork, s’étonna l’infirmière. Oh, ne me dites pas que…
Elle jeta un coup d’œil à Birdie par-dessus son épaule.
— Gardez les yeux sur la route, mon enfant ! s’écria Birdie. Je veux fêter mon quatre-vingt-cinquième anniversaire. Il ne sait pas encore qu’il vient avec nous.
Molly leva les yeux au ciel et elles quittèrent Oldtown avant que quiconque ne puisse les voir.
Elles s’arrêtèrent devant chez Clerys sur O’Connell Street, sous les coups de klaxon furieux des nombreux bus et voitures alarmés par la conduite irrationnelle de Molly.
— Oh, vos gueules, marmonna cette dernière en allumant les warnings. Ils sont là, Kitty ?
Kitty avait le ventre noué en les cherchant des yeux devant Clerys : elle les aperçut soudain. Ils étaient tous là, certains en groupes, d’autres seuls. Elle fut ravie de voir Ambrose et Eugene côte à côte. Les cheveux roux d’Ambrose lui dissimulaient le visage et elle contemplait ses pieds, tandis qu’Eugene avait levé le visage vers le soleil avec bonheur, faisant sans aucun doute son possible pour qu’Ambrose oublie qu’elle était dehors dans le grand méchant monde rempli d’étrangers, et loin de ses précieux papillons.
Eva Wu fut la première à apercevoir Kitty dans l’encadrement de la porte à soufflet du bus. Elle jeta un regard intrigué au blason « Sainte-Margaret » qui s’étalait sur le flanc de l’autocar. Bien qu’elle eût de nombreux cadeaux à distribuer pendant le mariage, elle n’avait qu’un sac de week-end et un cabas avec elle. Kitty se dit qu’elle avait certainement prévu de faire livrer les cadeaux plus tard.
— Bonjour, Kitty, dit Eva en l’embrassant.
Lorsque les autres aperçurent Kitty à leur tour, ils rejoignirent le bus devant lequel ils firent la queue. Kitty fut surprise en apercevant Steve qui attendait en bout de file. Elle lui lança un regard perplexe, puis continua d’accueillir ses invités.
— C’est quoi ce bus de maison de retraite ? demanda Eva, amusée.
— Tout vous sera révélé en temps et heure, promit Kitty. Archie !
Elle lui sourit et l’enlaça. Il se raidit, gêné par cette démonstration d’affection.
— Euh… J’ai amené quelqu’un, j’espère que vous êtes d’accord. Elle s’appelle Regina. (Il fit un pas de côté, dévoilant la femme effacée du café.) Je lui ai tout raconté.
Regina leva les yeux vers lui avec un sourire timide, puis lança un coup d’œil anxieux à Kitty. Elle avait encore ce regard légèrement hanté, comme si elle avait peur qu’il arrive quelque chose, ou comme si elle espérait que quelque chose se passerait tout en redoutant que cela n’arrive pas.
— Vous êtes la bienvenue, Regina, fit Kitty, tout sourires, en lui serrant la main.
Elle essaya de dissimuler son ébahissement, en vain.
— Merci.
Regina rougit et chercha le regard d’Archie.
— Asseyez-vous où vous voulez.
Ils choisirent deux sièges au troisième rang et Archie laissa la fenêtre à Regina. Les suivants étaient Eugene et Ambrose. Kitty embrassa Eugene mais ne toucha pas Ambrose. Elle ne s’attarda pas non plus sur sa présence. Eugene avait l’air ravi, il portait un pull, une chemise et un nœud papillon avec des papillons brodés, quant à Ambrose, elle accorda à peine un regard à Kitty et se dirigea vers l’arrière du bus. Il y avait là cinq sièges devant lesquels étaient fixées des tables, et deux sièges en face. Sans surprise, Ambrose évita les sièges qui permettaient de bavarder et s’installa sur l’un des deux les plus éloignés.
Vinrent ensuite Mary-Rose et Sam.
— J’espère que ça ne vous ennuie pas qu’elle m’ait emmené, fit Sam.
— Je n’en attendais pas moins, le taquina Kitty.
Mary-Rose rougit et elle les embrassa tous les deux. Ils se dirigèrent vers l’arrière du bus, et Sam se présenta à tout le monde au passage. L’atmosphère en fut immédiatement allégée.
Montèrent ensuite Jedrek et Achar, qui, au grand amusement de Kitty et des passants, avaient apporté leur pédalo. Il fallut que Sam, Jedrek, Achar et Steve s’y mettent à quatre pour réussir à le coincer de travers dans la soute.
— Qu’est-ce que tu fais là ? demanda Kitty à Steve quand ils remontèrent dans le bus. Où est Katja ?
— Elle ne pouvait pas venir, alors je me suis dit que je serais ton photographe pendant les deux prochains jours.
— Steve, protesta Kitty, paniquée, tu aurais dû me prévenir. J’ai besoin d’un vrai photographe pour le magazine.
— Je t’arrête tout de suite avant que tu ne m’insultes : on a tous les deux étudié le photojournalisme, tu te souviens ? Je sais ce que je fais.
— C’était il y a dix ans et tu étais nul.
— Je n’étais pas nul, j’étais créatif, c’est pas pareil.
— Bon, au moins, essaie de ne pas décapiter les gens sur les photos, d’accord ?
— Eh ben, merci, Steve, d’avoir pris un jour de congé pour m’aider, je suis vraiment contente.
— Désolée. Merci, fit-elle, sincère, en s’asseyant. Mais ne gâche pas tout.
Il s’installa à côté d’elle au premier rang et contempla la petite assemblée éclectique.
— C’est le résultat de ton boulot. C’est super, Kitty. Je suis vraiment content que tu fasses ça.
Aucune réponse sarcastique ne lui venant à l’esprit, elle se contenta de le remercier en souriant. Elle était ravie qu’il soit là. C’était bien.
— Bon, faites vite, ordonna Molly, un peu nerveuse, tout en regardant dans le rétroviseur intérieur au moment où elle tournait sur Nassau Street. Je ne peux pas rester stationnée ici longtemps.
— Comment ça, faites vite ?
— C’est vous qui devez aller chercher Edward. Je ne peux pas quitter le bus.
— Vous ne pouvez pas lui passer un coup de fil ? demanda Kitty. Je ne le connais même pas.
— Il a coupé son portable, expliqua Birdie, navrée. Il est à la bibliothèque.
Kitty et Steve gagnèrent en courant l’entrée sur le côté du bâtiment. Ils trouvèrent la bibliothèque et demandèrent Edward Fitzsimons.
— On ne peut pas le déranger, il travaille sur un devoir en groupe et il a demandé que personne ne l’approche.
Kitty soupira et fit un pas en arrière.
— Partons. Il faut que nous expliquions à Birdie qu’il n’est pas disponible.
— Hein ? Tu veux briser le cœur de cette vieille dame ? Elle vit l’aventure de sa vie – je suis surexcité et je ne la connais même pas –, et si c’était ma grand-mère je ne voudrais rater ça pour rien au monde.
— Mais tu as entendu ce qu’a dit l’employée.
— Arrête. Ne me dis pas que la journaliste sans état d’âme Katherine Logan ne peut pas imaginer un stratagème pour nous tirer de là !
— Plus maintenant, rétorqua Kitty sur un ton sans appel. Je ne suis plus cette femme-là. Et puis tu détestais cette facette de ma personnalité.
Elle n’avait pas envie que la conversation prenne un tour si sérieux, ce n’était pas le moment, pas quand onze personnes et un pédalo les attendaient dans un bus appartenant à une maison de retraite garé en double file, mais elle ne pouvait pas s’en empêcher.
Steve lui lança de nouveau ce regard, celui qui la faisait frissonner et qu’il avait déjà eu la veille. Elle tenta de ne pas y prêter attention, embarrassée.
— Tout ça n’a aucune importance.
Elle tourna les talons et sortit de la bibliothèque. Soudain elle sentit une main se poser sur son bras.
— Kitty… Je ne pensais pas ce que je disais.
— Si.
— D’accord, en partie. C’est vrai. Mais je ne déteste pas cette facette de ta personnalité, c’est juste que j’ai eu peur qu’elle ne t’engloutisse tout entière.
— J’ai bien compris, et je ne serai plus jamais comme ça.
Il lui lança un regard incrédule.
— En l’occurrence… Tu ne peux pas être cette journaliste menteuse et manipulatrice une dernière fois ?
— Tu me donnes la permission ?
— Il y a un temps pour tout. Fais de ton pire, dit-il en souriant.
— D’accord. (Elle carra les épaules et rebroussa chemin.) Re-bonjour. Je suis désolée de vous ennuyer, mais je dois absolument parler à Edward. Je ne voulais pas faire les choses comme ça, mais nous sommes là à cause de sa grand-mère, Birdie. Elle vient de mourir et nous devons le lui annoncer en personne.
Kitty entendit Steve s’étouffer derrière elle et elle réprima un sourire tandis que la bibliothécaire courait chercher Edward.
Un quart d’heure et des dizaines d’excuses plus tard, ils avaient repris la route et Edward, assis à côté de sa grand-mère, la bombardait de questions.
— Tu es sûre que tu vas bien ?
— Oui. Certaine.
— Tu n’es pas… mourante.
— On est tous mourants, mon chéri, et je suis certainement beaucoup plus près de la tombe que toi, le taquina-t-elle.
— Je ne suis pas d’accord, intervint Molly. Il peut mourir d’une seconde à l’autre.
— Surtout vu la façon dont tu conduis, rétorqua-t-il. Qui a eu la grande idée de voler ce bus ?
Molly détourna les yeux du rétroviseur et se mit à siffloter.
— Tu n’as pas pensé à me demander si je pouvais la conduire ? demanda Edward.
— Oh, bien sûr que si. Il n’y a rien qui me fasse plus envie que de passer quatre heures dans ta bagnole pourrie.
— Tout ça parce que ta moto est plus grosse que la mienne.
— Au moins, elle n’est pas en panne toutes les cinq minutes.
— Au moins, je conduis sans mettre la vie des autres en danger.
— Quoi ? demanda sèchement Molly en dévisageant Edward dans le rétroviseur. Pourquoi tu me regardes comme ça ?
— Je me demande pourquoi tes cheveux sont bleus. Non, mais sérieux, de toutes les couleurs possibles, t’as choisi bleu.
— Pour être assortis à ta personnalité, monsieur J’ai-toujours-des-bleus-à-l’âme.
Donc Edward et Molly se connaissaient bien. Kitty surprit Birdie en train de sourire avant de se détourner vers la vitre.
Kitty se leva et se dirigea vers le micro. Sam se mit immédiatement à crier pour lui demander de chanter ; les autres éclatèrent de rire et tout le monde reporta son attention sur elle.
— Je ne chanterai pas, promis.
— Elle fait bien, croyez-moi, intervint Steve, ce qui provoqua l’hilarité générale.
— Je voudrais juste vous dire quelques mots à propos de ce voyage. Je sais que la plupart d’entre vous n’ont aucune idée de ce qui se trame, et j’apprécie vraiment que vous m’ayez accompagnée quand même. Mais, en réalité, c’est vous qui m’avez emmenée en voyage. (Elle s’éclaircit la voix.) Une amie, qui était aussi ma rédactrice en chef, est morte d’un cancer il y a quelques semaines et elle m’avait demandé d’écrire l’histoire qu’elle n’avait pas eu le temps d’écrire. Le seul indice qu’elle m’a laissé, c’étaient vos noms – et quatre-vingt-quatorze autres qui ne rentraient pas dans le bus.
Ils gloussèrent.
— Je n’avais aucune idée de l’angle par lequel Constance comptait aborder son histoire, mais plus je vous parlais, plus j’apprenais à vous connaître, certains mieux que d’autres, plus je sentais que l’histoire s’écrivait toute seule parce que vous êtes tous des gens remarquables avec des histoires fascinantes, et je vous remercie de les avoir partagées avec moi. Surtout à une période de ma vie où…
Elle entendit un tremblement dans sa voix et elle s’interrompit pour se ressaisir. Tous les yeux étaient rivés sur elle, y compris ceux de Molly.
— Regardez la route, ordonna Kitty, et ces simples mots lui permirent de poursuivre… Surtout à une période de ma vie où j’en avais particulièrement besoin. Je sais que j’en ai agacé pas mal parmi vous, que je me suis imposée dans vos vies alors que vous n’en aviez pas envie, et j’apprécie votre patience. J’espère que vous avez compris que j’ai tout misé sur vous, pour apprendre à vous connaître, pour entendre vos histoires et leur rendre justice. J’ai beaucoup appris de vous tous, vous m’avez émue, et, je n’ai pas peur de le dire, vous m’avez rendue meilleure et remise sur les rails.
Ambrose ne la quittait pas de son regard puissant.
— Je voudrais vous présenter les uns aux autres. Nous avons beaucoup de route à faire, et je suis certaine que vous aurez l’occasion de discuter et de découvrir vos histoires respectives, sauf en ce qui concerne cet homme. (Elle désigna Steve.) Il n’est pas là pour l’article, il n’a rien à raconter, c’est juste mon ami, alors ne lui parlez pas.
Ils rirent.
— Il pourrait nous raconter votre histoire, Kitty, cria Jedrek depuis le fond du bus, et tous pouffèrent.
— Non, croyez-moi, vous ne voulez pas la connaître.
— Il fallait lire le journal de dimanche, cria Steve, et ceux qui comprirent la plaisanterie se mirent à rire.
— Merci, Steve. Mais je voudrais d’abord vous présenter notre invitée d’honneur. Dont c’est l’anniversaire aujourd’hui. Birdie Murphy.
Tout le bus applaudit et se mit à chanter « Joyeux anniversaire ».
L’atmosphère devint très spéciale : les passagers se mélangèrent, et un véritable sentiment de fête et de jubilation s’installa dans le bus. Quand elle se rassit à côté de Steve, Kitty ne put dissimuler sa satisfaction.
— Regarde comme tu es contente, fit remarquer son ami en lui ébouriffant affectueusement les cheveux.
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