Les Jours meilleurs (Fiction) (French Edition)
Chapitre 7
Oldtown étant très mal desservi par les transports en commun, Kitty n’eut pas d’autre choix que de prendre un taxi. Le chauffeur n’était pas du coin, ce qu’il lui rappela au moins dix fois durant le trajet, et ils durent s’arrêter à trois reprises pour demander leur chemin au milieu d’un lacis de petites routes de campagne de plus en plus étroites. Ils finirent par atteindre, au milieu de nulle part, Sainte-Margaret, un pavillon datant des années 1970, agrandi et transformé plus tard en maison de retraite. Sur la droite, la véranda plein sud servait de salle à manger. Des fauteuils et des canapés meublaient l’extension sur la gauche qui tenait lieu de séjour aux pensionnaires de la maison. Les jardins étaient très bien entretenus, avec des bancs un peu partout, et des paniers colorés étaient fixés sur les murs de la bâtisse. Si jamais elle la revoyait, Kitty pourrait dire à Agnes que son amie était installée dans un endroit très agréable. Il était 19 heures ; les visites prenaient fin une demi-heure plus tard. Ayant jusque-là joué de malchance, Kitty espérait de tout son cœur que Bridget accepterait de la voir.
Elle s’annonça à la réception et attendit qu’une infirmière à l’air sévère, les cheveux relevés en chignon, consulte le registre des visiteurs. Kitty la regarda faire avec inquiétude, essayant de mettre en place une stratégie pour lui annoncer qu’elle n’était pas attendue et retourner la situation à son avantage. Sur sa droite s’ouvrait la salle commune, pleine de visiteurs ; on y disputait des parties d’échecs animées. Une femme entre deux âges avec des dreadlocks obligeait trois vieux bonhommes, l’un avec un déambulateur, l’autre avec un sonotone, à jouer à Jacques a dit.
— Non, Wally ! s’exclama-t-elle, hilare. Je n’ai pas dit « Jacques a dit » !
Le vieil homme avec le sonotone eut l’air perplexe.
— Asseyez-vous, vous êtes éliminé. Éliminé ! cria-t-elle encore plus fort.
Elle abandonna les deux joueurs restant les mains sur la tête et s’avança jusqu’au seuil de la salle commune.
— Molly, dit-elle en détaillant Kitty des pieds à la tête comme si elle jaugeait la concurrence. Où est Birdie ?
— Elle se repose, répondit sur un ton blasé une jeune infirmière aux cheveux et aux ongles bleus sans lever le nez du dossier qu’elle était en train de compulser.
— Est-ce que je peux monter la voir ? demanda la femme aux dreadlocks. J’ai apporté mes cartes des anges.
Molly jeta un coup d’œil en direction de Kitty comme pour dire : « Pas étonnant qu’elle se repose. »
La femme aux dreadlocks eut l’air un peu désemparée en apprenant ça, comme une petite fille qui aurait perdu son compagnon de jeu.
Molly soupira.
— Je vais aller la voir et lui demander si elle veut descendre.
La femme regarda autour d’elle et s’adressa d’une voix très forte au vieil homme à côté d’elle.
— Seth, vous voulez que je vous lise le poème que j’ai écrit cette semaine ?
L’intéressé avait l’air un peu méfiant, mais elle s’installa quand même à côté de lui avant qu’il n’ait le temps de répondre et commença à lui réciter son poème comme une enfant de six ans.
Kitty vit Molly emprunter un couloir, s’arrêter devant les toilettes, s’adosser au mur et examiner ses ongles. Au bout de dix secondes, elle regagna l’entrée.
— Elle dort, dit-elle à la femme aux dreadlocks.
— Seth a besoin de piles, annonça l’infirmière qui s’occupait de Kitty lorsque Molly parvint à la hauteur de la réception.
Molly lança un coup d’œil à la femme qui n’avait pas fini de réciter son poème.
— Et si on attendait un peu avant de les changer ?
Kitty aimait bien le style de Molly.
— Je suis désolée, c’est quoi votre nom déjà ? demanda l’infirmière à l’air sévère en levant enfin le nez de son registre.
— Kath…
Elle s’interrompit, incapable de donner son nom, puis rectifia le tir :
— Kitty Logan.
— Vous avez rendez-vous avec Bridget ?
— Non. Je passais juste dans le coin, répondit-elle avec autant d’amabilité que possible.
Il paraissait pourtant impossible de se retrouver par hasard dans cet endroit paumé. Même un missile ne pourrait pas être programmé pour cibler cette maison de retraite.
— Les visites ne se font que sur rendez-vous, répliqua l’infirmière en fermant le registre d’un coup sec.
Les négociations s’annonçaient difficiles.
— Mais je suis là et je viens de loin. Est-ce que vous pourriez lui demander si elle accepte de me recevoir ? Dites-lui qu’Agnes pense que je suis sympa, fit-elle en souriant.
— Ça va à l’encontre des règles de la maison. Vous reviendrez si Brenda…
— Bridget. Je suis venue voir Bridget Murphy, la coupa Kitty qui commençait à bouillir intérieurement.
Elle n’avait encore réussi à rencontrer personne de la liste, les jours passaient et elle était à bout de patience. Elle n’avait pas l’intention de partir sans avoir vu Bridget ou giflé quelqu’un, peu importe qui, mais de préférence la mégère en face d’elle.
— Eh bien…
L’infirmière posa les mains sur ses hanches, l’air prête à donner la fessée à Kitty.
— Bernadette, intervint la jeune femme aux cheveux bleus. Je m’en charge. Si tu allais t’occuper de Seth ? Il t’aime mieux que moi.
Bernadette lui lança un regard noir, agacée d’être interrompue dans ses remontrances, puis elle céda avec un dernier grognement à l’intention de Kitty et vola au secours de Seth.
— Suivez-moi, dit Molly en se dirigeant vers l’extension du fond.
Super, c’était la marche de la honte : elles n’avaient même pas le courage de la mettre dehors par la grande porte. Lorsqu’elles débouchèrent sur le magnifique jardin, Molly se tourna enfin vers elle.
— Ne faites pas attention à elle, c’était un sergent instructeur dans une vie antérieure, et sacrément frustré, par-dessus le marché. Birdie déteste les visites. L’espèce de hippie que vous avez vue emmerde tout le monde, et spécialement Birdie. Si je pouvais, je lui mettrais mon poing dans la figure. Elle n’a rien de mieux à faire, soit elle embrasse des arbres, soit elle ennuie les petits vieux, et si elle embrasse les petits vieux autant qu’elle ennuie les arbres, elle n’en est pas très appréciée pour autant. Par ici, poursuivit-elle en conduisant Kitty vers un banc. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, c’est génial que les pensionnaires aient des visites, affirma-t-elle comme pour lui montrer qu’elle n’avait pas de problème avec elle. Ils se sentent seuls parfois, mais bon, ce serait bien que ce soient des gens sains d’esprit qui viennent les voir.
Des notes de piano leur parvinrent, et la femme aux dreadlocks se mit à chanter un gospel, « This little light of mine ».
— Bridget n’a pas de visiteurs le soir ?
— Sa famille ne peut venir que le week-end. On est loin de tout, ici, comme vous avez pu vous en rendre compte. Mais ne vous inquiétez pas, Birdie s’en fiche. Je pense même qu’elle s’en accommode à merveille. Mettez-vous à l’aise, je vais la chercher.
Elle se dirigea vers les minuscules bungalows qui se dressaient non loin. Kitty prépara son carnet et son enregistreur. Quel pouvait bien être le sujet de Constance ?
Bridget fit son apparition. C’était une femme gracieuse qui se déplaçait lentement à l’aide d’une canne. Elle ressemblait davantage à une prof de danse classique qu’à une vieille dame. Ses cheveux gris étaient sagement tirés en arrière, sans une mèche de travers. Un doux sourire étirait ses lèvres peintes en rose, et son regard curieux se posa sur Kitty, qui devina que Bridget se demandait si elle la connaissait. Elle était vêtue avec une certaine sophistication, et il semblait qu’elle avait fait un effort même si elle n’avait prévu de voir personne ce jour-là.
Kitty se leva pour la saluer.
— Je reviens avec votre thé, Birdie. Kitty ?
Cette dernière accepta d’un hochement de tête et se tourna vers la vieille dame.
— Je suis ravie de faire enfin votre connaissance, Bridget, dit-elle.
Ce disant, elle se rendit compte, à sa grande surprise, qu’elle était sincère.
Elle avait enfin réussi à établir un contact avec quelqu’un de la liste. Elle se sentait liée à Constance, prête à embarquer pour le dernier voyage qu’elle aurait voulu faire.
Bridget sembla soulagée.
— Appelez-moi Birdie, je vous en prie. Donc, nous ne nous connaissons pas.
C’était une affirmation plus qu’une question. Elle avait un léger accent de Cork.
— Non.
— Je me vante d’avoir une bonne mémoire, mais il arrive qu’elle me joue des tours, expliqua Bridget en souriant.
— Pas cette fois-ci. Nous ne nous sommes jamais rencontrées. Mais nous avons une connaissance commune, et c’est pour ça que je suis ici. Elle s’appelle Constance Dubois.
Kitty se rendit compte qu’elle s’était assise au bord du banc, tant elle était impatiente. Elle attendit de déceler une lueur de reconnaissance dans les yeux de Birdie. En vain. Elle sentit son enthousiasme décroître. Elle sortit un exemplaire d’Etcetera de son sac à main afin de lui rafraîchir la mémoire.
— Je travaille pour ce magazine. Constance Dubois en était la rédactrice en chef. Elle voulait écrire une histoire dont vous faites partie.
— Oh, ma chère, répondit Birdie en ôtant ses lunettes et en levant les yeux du journal. J’ai bien peur que vous ne vous trompiez de personne. Je suis désolée que vous ayez fait tout ce chemin. Je n’ai jamais entendu parler de votre amie…
— Constance.
— Oui, Constance. Je n’ai jamais été en contact avec elle de quelque manière que ce soit. (Elle regarda de nouveau le mensuel comme pour essayer de se souvenir de quelque chose.) Je n’ai jamais vu ce magazine. Je suis vraiment navrée.
— Vous n’avez jamais été en contact avec Constance Dubois ?
— Non, ma chère.
— Vous n’avez reçu aucune lettre d’elle, ni mail, ni message ?
Le désespoir de Kitty exsudait par tous les pores de sa peau, de même que sa frustration : elle était à deux doigts de demander à Birdie s’il y avait des antécédents de maladie d’Alzheimer dans sa famille.
— Non, ma chère, je suis désolée. Je m’en souviendrais. Je suis ici depuis six mois, alors à moins qu’elle ne soit tombée sur la virago de l’accueil qui a exigé qu’elle prenne un rendez-vous pour me voir, elle ne m’a jamais contactée. (Birdie contempla de nouveau le magazine.) Je n’aurais pas oublié quelque chose d’aussi excitant qu’une rédactrice en chef qui aurait voulu me parler.
Molly arriva avec le thé et fit un clin d’œil à Birdie en lui tendant sa tasse. L’odeur qu’exhalait le breuvage ne ressemblait pas à celle du thé.
— C’est ma complice, les autres sont raides comme la justice, expliqua Birdie en souriant avant de prendre une gorgée de brandy.
Kitty fut déçue de découvrir que son thé, en revanche, était bien du thé : elle n’aurait rien eu contre quelque chose de plus fort.
— Si Constance vous a contactée, c’était il y a plus de six mois, plus vraisemblablement un an. Vous viviez encore à Beaumont. (En voyant la surprise se peindre sur les traits de la vieille dame, Kitty jugea bon de s’expliquer.) Je suis d’abord allée chez vous. C’est Agnes qui m’a appris que vous étiez ici.
— Ah, voilà le lien avec Agnes, commenta la vieille dame en souriant. Agnes Dowling. La plus curieuse des vieilles chouettes et la plus loyale des femmes. Comment va-t-elle ?
— Vous lui manquez. Elle n’a pas l’air d’aimer beaucoup ses nouveaux voisins.
Birdie gloussa.
— Agnes et moi formions une bonne équipe. Nous avons été voisines pendant quarante ans. Nous nous sommes beaucoup rendu service au fil des ans.
— Elle aimerait beaucoup vous rendre visite, mais elle a du mal à se déplacer.
— Ah, oui, murmura Birdie.
Kitty fut soudain frappée par une révélation : en venant vivre en maison de retraite, on se coupait du reste du monde. Les résidents recevaient de la visite et faisaient parfois des sorties d’une journée, voire d’un week-end ou d’une semaine, mais la vie qu’ils avaient connue et les gens qui les entouraient disparaissaient. Elle songea à Sarah McGowan, ancienne comptable qui ramassait des pastèques à l’autre bout du monde.
Hypothèse : dire adieu à une ancienne vie, bonjour à une nouvelle. Des laissés-pour-compte ?
Birdie posa un regard inquiet sur ce que Kitty venait de griffonner. Kitty y était habituée : les gens avaient peur de parler aux journalistes, peur de dire quelque chose qu’ils regretteraient ensuite.
— Ma rédactrice en chef et amie, Constance, est morte il y a quelques semaines, expliqua Kitty. Elle voulait rédiger un article dont elle m’a en quelque sorte confié la rédaction, mais elle n’a jamais pu m’expliquer exactement ce dont il s’agissait. Votre nom apparaît dans la liste des gens dont elle voulait parler.
— Mon nom ? s’étonna Birdie. Mais en quoi pouvais-je l’intéresser ?
— À vous de me le dire, la pressa Kitty. Est-ce qu’il vous est arrivé quelque chose d’extraordinaire ? Quelque chose qui aurait pu lui revenir aux oreilles ? Quelque chose dont vous avez parlé en public et qu’elle aurait pu apprendre de quelqu’un d’autre ? Peut-être que vos chemins se sont croisés à un moment. Elle avait cinquante-quatre ans, l’accent français et elle était dure à cuire.
Kitty sourit pour elle-même.
— Mon Dieu, par où commencer ? Je n’ai jamais rien fait de particulier de ma vie. Je n’ai sauvé personne, jamais été récompensée… Je ne vois pas en quoi j’aurais pu l’intéresser.
— Est-ce que vous accepteriez de me laisser écrire un article sur vous ? demanda Kitty. Est-ce que vous voulez bien que je vous pose quelques questions, histoire de comprendre ce qui aurait pu intéresser Constance ?
Birdie se mit à rosir.
— Dire que je m’apprêtais à aller jouer aux échecs avec Walter et que je me retrouve interviewée par une journaliste, fit-elle remarquer avec un rire aux accents enfantins. Je serais ravie de vous aider. Je ne sais pas si je vais pouvoir vous être utile, cela dit.
— Fantastique, répondit Kitty, sans grande conviction.
Elle avait enfin mis la main sur quelqu’un de la liste, mais n’était pas plus avancée. Tout ça était de plus en plus étrange.
Birdie devina son hésitation.
— Combien de noms y a-t-il sur cette liste ?
— Cent.
— Doux Jésus ! Et si personne ne sait de quoi il s’agit ?
— Vous êtes la première que je rencontre.
— J’espère que vous aurez plus de chance avec les autres.
Moi aussi, songea Kitty sans oser le dire à haute voix.
Encouragée par la journaliste, Birdie raconta sa vie en commençant par son enfance. Kitty n’entra pas dans les détails, se contentant de noter des bricoles qu’elle lui demanderait de préciser la prochaine fois qu’elle lui rendrait visite. Birdie se montra d’abord intimidée, comme la plupart des gens lorsqu’on leur demandait de parler d’eux. Elle laissa de côté certains aspects de sa vie, en privilégia d’autres, mais elle finit par se détendre vers la fin de l’entretien, les rouages de sa mémoire se dégrippant davantage avec chaque question.
Birdie avait quatre-vingt-quatre ans et elle avait grandi dans une petite ville du comté de Cork, dans le sud-ouest de l’Irlande. Son père était instituteur, aussi sévère à la maison qu’à l’école, et sa mère était morte peu après sa naissance. Elle avait trois sœurs et un frère, et, lorsqu’elle avait eu dix-huit ans, elle avait déménagé pour Dublin où elle était devenue nounou. Cette année-là, elle avait rencontré son mari, Niall. Ils s’étaient mariés et avaient aussitôt fondé une famille. Elle avait sept enfants, six garçons et une fille, qui avaient entre soixante-cinq et quarante-six ans. Sa fille était la plus jeune. Birdie l’avait eue à trente-huit ans. S’il n’y avait pas eu d’autre enfant après, c’était parce qu’elle avait envoyé son mari dormir sur le canapé. Les sept enfants avaient été élevés à Cabra, puis à Beaumont, dans la maison où Kitty s’était rendue un peu plus tôt, et Agnes avait tout l’air d’être le deuxième parent : elle avait pris la place que le mari de Birdie, très occupé par son job de fonctionnaire, avait laissée vacante.
Même si la vie de Birdie était intéressante, rien ne frappa particulièrement Kitty. La vieille dame était gênée et s’excusa de ne pas avoir mené une vie plus palpitante. Kitty l’assura qu’il n’en était rien, que sa vie était passionnante et qu’elle était une source d’inspiration pour bien des femmes.
En rentrant chez elle, Kitty compulsa ses notes et se sentit coupable : pourquoi la vie riche et dense de Birdie ne suffirait-elle pas ?
La vieille dame resta assise sur le banc longtemps après que Kitty fut partie, contemplant le jardin plongé dans la pénombre, uniquement éclairé par les loupiotes qui balisaient le sentier et les lanternes. Elle était consciente de la banalité embarrassante de sa vie et sentait que ses réponses simples n’avaient pas inspiré la femme qui lui avait consacré une heure entière, même si cette dernière avait tout fait pour la persuader du contraire. Birdie était convaincue que sa vie ne présentait pas le moindre intérêt. Elle avait parfois peiné à lui en trouver elle-même, mais c’était sa vie et elle l’avait appréciée : elle n’avait jamais eu à supporter plus qu’elle ne le pouvait. Birdie ne put s’empêcher de se perdre dans ses souvenirs ce soir-là, et elle eut la tête ailleurs pendant toute la partie d’échecs, laissant Walter gagner.
Birdie allait avoir quatre-vingt-cinq ans la semaine suivante ; bien sûr qu’elle avait des histoires à raconter, bien sûr qu’elle avait des secrets, comme tout le monde. Il fallait juste décider lequel plairait le plus à la journaliste et lequel elle était prête à révéler.
Kitty ignora le coup de fil de Pete alors qu’elle rentrait chez elle en taxi. Elle ne voulait pas lui avouer qu’elle n’avait pas avancé d’un iota. Elle ne supporterait pas d’entendre de la condescendance dans sa voix, ni le jugement et le doute qui imprégneraient chacun de ses mots. Elle mit son téléphone sur silencieux et rata un autre appel. Lorsqu’elle écouta le message, son interlocutrice parlait si fort que le chauffeur lui jeta un regard courroucé et qu’elle dut baisser le volume.
— Bonjour, Kitty, ici Gaby O’Connor, l’agent d’Eva Wu. Nous avons bien reçu votre message. Désolée, nous sommes débordées. Eva est ravie de vous accorder une interview. Nous sommes à Galway, mais serons à Dublin demain. En fait, Eva donne une interview demain chez Arnotts sur Henry Street, ce serait bien que vous veniez aussi.
Eva Wu. Numéro trois des cent noms. Kitty avait pris contact avec la deuxième personne de la liste, et celle-ci avait un agent et donnait une interview télévisée. Qui était-elle, et comment Kitty avait-elle pu la rater ?
Lorsqu’elle arriva chez elle, épuisée mais un peu plus optimiste quant à son article, elle trouva de la merde de chien étalée sur sa porte.
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