Les Jours meilleurs (Fiction) (French Edition)

Cecelia Ahern · Chapitre 26 sur 37

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Les Jours meilleurs (Fiction) (French Edition)

Chapitre 26

 

 

La plupart des « noms » s’étaient réunis à l’arrière du bus pour écouter Jedrek et Achar parler de leur tentative de record.

— C’est le cent mètres masculin, expliqua Jedrek avec le plus grand sérieux. Le record du monde actuel est d’une minute cinquante-huit secondes et six dixièmes. On peut le faire en une cinquante.

Tout le monde les félicita.

— Vous allez battre ce record à Cork ? demanda Eva.

— Notre souhait était que nos familles assistent à notre triomphe, répondit Jedrek avec tristesse. Ils nous ont soutenus tout du long et leur absence…

Achar lui coupa la parole, plus enthousiaste.

— Ils n’ont pas pu nous accompagner, mais si nous sommes là avec vous aujourd’hui, c’est parce que nous savons qu’un juge est à Cork en ce moment. Si nous arrivons à le convaincre d’assister à notre course, il pourra enregistrer notre record dans le Guinness.

— Même si nous n’avons pas besoin de la présence d’un juge pour homologuer un record, rebondit Jedrek.

— C’est vrai. Mais sa présence est la seule façon de savoir tout de suite si nous avons battu le record. Si on veut qu’il soit approuvé tout de suite et avoir une couverture médiatique, alors il faut en passer par là. Il décerne un certificat encadré. On s’est renseigné, mais ça coûte cinq mille euros d’en faire venir un. On a appris qu’il y en avait un à Cork aujourd’hui pour un événement. Si on peut le convaincre d’assister à notre tentative, on saura tout de suite.

— Oui, mais il n’est pas obligatoire d’avoir un juge, répéta Jedrek. Je ne veux pas que tu te fasses des films.

— Et si j’en ai envie ? protesta Achar. Tu manques d’optimisme.

Ils se disputèrent ainsi jusqu’à ce qu’Archie finisse par intervenir.

— Ça vaut le coup d’essayer, non, les gars ? Et si vous ne parvenez pas à avoir le juge, on sera tous vos témoins.

— Je vous filmerai avec mon iPhone, comme ça vous aurez une preuve vidéo à ajouter au dossier, proposa Sam.

— Et je prendrai plein de photos, ajouta Steve. Et tout ça sera rendu encore plus légitime par la journaliste qui va écrire un article sur vous.

Jedrek, toujours sentimental, parut ému par leurs gentils encouragements, mais il demeura cynique quant à la possibilité que le juge accepte.

Tandis que Steve parlait papillons avec Eugene qui lui expliquait quelles plantes faire pousser dans son jardin afin de les attirer, Kitty s’assit à côté d’Ambrose.

— La succise des prés pousse en terrain humide et sec, l’œillet des prés aime les primeroses, les violettes, les pissenlits…

Steve écoutait sans piper mot.

— Je suis vraiment contente que vous soyez venue aujourd’hui, dit doucement Kitty. Je sais que ce n’est pas… facile pour vous.

Les paroles de Kitty étaient bienveillantes, mais elles excitèrent la colère d’Ambrose.

— À cause de mon visage, rétorqua-t-elle sèchement, son œil vert rivé à Kitty. Je suis au courant de la conversation que vous avez eue avec Eugene. Il n’aurait jamais dû vous raconter ça.

Kitty comprit tout de suite qu’elle parlait de l’opération pour laquelle elle économisait. Eugene avait avoué à Kitty qu’elle était prête à mettre toutes ses économies dans les multiples opérations au laser censées enlever ce qu’ils appelaient un angiome plan défigurant, même si Kitty pensait tout le contraire : la tache ne ravageait pas sa beauté, elle l’accentuait ; Ambrose ressemblait à un de ses papillons exotiques encadrés. Mais elle doutait fort qu’Ambrose la croie si elle lui disait ça.

— On n’a pas du tout parlé de vous comme vous le croyez, déclara lentement Kitty.

Ambrose fronça les sourcils, perplexe.

— Mais bien sûr. Je suis certaine que vous ne vous êtes pas moqués de moi ni que vous avez discuté du pauvre visage répugnant d’Ambrose. Je ne veux pas que vous écriviez là-dessus. Je ne veux aucune mention de mon apparence dans votre article.

— Tout l’article est sur vous, Ambrose. Si je ne peux pas écrire sur vous, je ne peux pas écrire tout court.

— On ferait mieux d’arrêter ce bus, alors, parce que je ne vous donnerai jamais la permission de vous moquer de moi en public.

— Mais pourquoi croyez-vous que je vais me moquer de vous ? Bien au contraire. Pour tout vous dire, et je pense que vous méritez de le savoir, la seule raison pour laquelle Eugene m’a parlé de votre opération, c’est parce qu’il est contre. Il pense que vous ne devriez pas le faire.

Kitty savait qu’elle dépassait les bornes, mais elle ne voyait pas le mal qu’il y avait à régler le malentendu entre elles, et certainement aussi entre Eugene et Ambrose. Ambrose ne voyait pas ce qu’Eugene ressentait pour elle.

— Quoi ?

— Il vous a comparée aux papillons que vous adorez et chérissez tous les deux, et il a dit que vous étiez unique pour les mêmes raisons : vous êtes rare, exotique et entièrement vous-même. Il vous trouve belle comme vous êtes. C’est uniquement pour ça que nous avons parlé de vous, je vous le jure.

Ambrose ouvrit et ferma la bouche tout en essayant de digérer ce qu’elle venait d’entendre. Elle avait envie de se mettre en colère, devina Kitty – toute remarque sur son apparence avait cet effet-là –, mais, pour une fois, elle ne le fit pas. Elle finit par fermer la bouche et une esquisse de sourire se dessina sur ses lèvres.

Kitty avait prévu d’utiliser ce voyage, comme elle l’avait promis à Gaby, pour essayer de mieux cerner Eva, mais très vite après qu’ils eurent quitté Dublin, celle-ci s’installa à côté de Birdie et elles se mirent à converser. Edward avait choisi le siège du guide à côté de Molly et ils se disputaient pour savoir quelle route était la meilleure pour pouvoir déposer tout le monde à destination. Après Cork, ils se rendraient dans la ville natale de Birdie, Nadd, dans l’après-midi, et le mariage d’Eva n’avait lieu que le lendemain. Kitty avait tout planifié, et c’était bien ce qui l’inquiétait : les choses ne se déroulaient jamais comme prévu. Kitty avait désespérément envie de se mêler à la conversation d’Eva et de Birdie, mais c’était impossible. Au lieu de ça, Mary-Rose la rejoignit.

— Kitty, ça vous ennuie si on discute deux minutes ?

Elle avait l’air nerveuse. Elles s’assirent sur deux sièges vacants, d’où Kitty pouvait entendre Eugene dispenser sa leçon sur les papillons à Steve.

— Est-ce que tout va bien ?

— Oui. Tout le monde est très poli et chaleureux. J’adore écouter leurs histoires, mais, euh, je ne comprends pas bien ce que je fais là. Ils ont tous un but, vous comprenez, ils vont quelque part ou faire quelque chose. Je ne sais pas ce que je fais là.

— Je voulais juste que vous les rencontriez. Je vous ai tous rencontrés pour la même raison. Ne croyez pas que vous ayez besoin de faire quoi que ce soit.

— Mais je me sens inutile.

Kitty eut soudain une idée.

— Vous avez votre matériel avec vous ?

— Je l’emporte partout.

— Et si vous vous occupiez de Birdie ? C’est son anniversaire.

Mary-Rose s’illumina, ravie de pouvoir se rendre utile. Kitty se dit que du coup elle pourrait parler à Eva.

— Et puis, on ne sait jamais, toute cette aventure pourrait inspirer une autre demande en mariage, plaisanta Kitty.

Les traits de Mary-Rose s’assombrirent.

— Oh, je ne sais pas.

Kitty devina tout de suite ce qui la tracassait.

— C’est sérieux avec Aoife ?

Mary-Rose déglutit.

— Oui, je pense, enfin, on n’a pas vraiment parlé… d’elle.

Un silence.

— Et votre ami ? demanda Mary-Rose en faisant un signe de tête en direction de Steve.

— Comment ça ?

Kitty se sentit immédiatement contrariée, voire agacée. Mary-Rose en pinçait-elle pour Steve ? Ce genre de chose était interdit, non ? Mary-Rose avait au moins dix ans de moins que lui, elle était beaucoup plus jolie, juvénile… elle ne pouvait pas s’intéresser à lui.

— Il a une petite amie ?

— Oui ! s’exclama Kitty avec un enthousiasme un peu trop appuyé. Depuis un moment. Ils sont fous l’un de l’autre.

Elle ne savait pas si c’était vrai, mais elle se sentait mal à l’idée que Mary-Rose puisse sortir avec Steve. C’était quoi son problème à la fin ?

— Oh, c’est dommage, fit Mary-Rose, désolée, et Kitty en fut secrètement soulagée. Vous iriez tellement bien ensemble.

Kitty fut tellement surprise qu’elle ne sut quoi répondre. Mary-Rose ne se rendit compte de rien et elle alla demander à Birdie si elle était prête pour son relooking. Les filles se mirent toutes à battre des mains, surexcitées, et même Regina quitta Archie pour se rapprocher d’elles.

Kitty se mit à rêvasser en imaginant ce que ça ferait d’être en couple avec Steve. Elle se rappela même la seule fois où ils avaient couché ensemble à la fac ; ils étaient saouls et ça n’avait pas été génial, mais le cœur de Kitty se mit à battre plus vite et des papillons élurent domicile dans son estomac… Elle ne pouvait pas…

— J’ai enfin réussi à m’échapper, merci de m’avoir présenté, souffla Steve en se glissant sur le siège voisin. Si jamais j’ai besoin d’en apprendre davantage sur les papillons, sois gentille, abats-moi, murmura-t-il au creux de son oreille. (Elle frissonna en sentant son souffle contre sa peau.) Qu’est-ce qui ne va pas ? Tu es écarlate.

Kitty ouvrit la bouche et la referma comme une carpe, mais le bus fit une brusque embardée et tout le monde reporta son attention sur Molly. Au fond, l’interprétation d’une chanson polonaise fut brutalement interrompue.

— À gauche ! J’ai dit à gauche ! cria Edward. Tu essaies de nous tuer ou quoi ?

— Non, juste toi, grogna Molly.

— Tout va bien devant ? demanda Eva tandis que Mary-Rose effaçait une trace de rouge à lèvres sur la joue de Birdie, le bâton ayant dérapé quand le bus s’était affolé.

— Ouais, merci. Grand Schtroumpf ici présent a la situation sous contrôle, répondit Edward.

Kitty surprit de nouveau un sourire chez Birdie, amusée de voir cette lutte de pouvoir entre son infirmière et son petit-fils.

À leur arrivée à Cork, Kitty se sentit partagée. Si elle voulait respecter son planning, il fallait qu’ils se séparent. Tandis qu’Eugene et Ambrose allaient au symposium sur les papillons à l’Université de Cork, Achar et Jedrek se rendirent à l’English Market où le Conseil de la gastronomie irlandaise, Bord Bia, avait fait venir un juge assermenté du Livre Guinness des records pour qu’il homologue le record du plus grand nombre de personnes habillées en œuf réunies au même endroit. C’était censé aider à promouvoir les fermiers bio de la région. Sachant qu’elle devait assister aux deux événements, de même que Steve, Kitty descendit du bus et se fraya rapidement un chemin au milieu des gens déguisés en œufs, dont le visage sortait d’un trou de leur costume et qui portaient des leggings en lycra doré, afin de trouver le juge. Jedrek et Achar le cherchaient de leur côté avec autant de frénésie.

— Vous le voyez ? demanda Achar en fouillant l’endroit des yeux.

— Il ressemble à quoi ? répondit Sam.

À ce moment-là, un œuf trébucha et heurta Mary-Rose ; Sam s’interposa immédiatement pour l’empêcher de tomber et la protéger.

— Pas à ça, j’espère, répliqua Jedrek, et ils éclatèrent de rire.

Cramponnée au bras d’Edward, Birdie contemplait la scène avec ravissement. Quant à Molly, même si elle avait prétendu qu’il lui tardait de pouvoir s’éloigner de l’étudiant, elle ne les quittait pas d’une semelle. Ne sachant pas si le record des œufs avait déjà été homologué, ils décidèrent de se séparer pour trouver le juge.

— Regarde, Jedrek, c’est exactement ce qu’il nous faut.

La presse locale, le support de la foule et un juge assermenté. C’était exactement ce dont Achar rêvait.

— Oui, Achar, mais il n’y a pas d’eau.

Les paroles de son ami lui firent l’effet d’une douche froide.

— Je l’ai trouvé ! cria Eva.

Kitty suivit la direction de sa voix et parvint devant un homme en costume noir visiblement ahuri par la drôle de bande qui l’encerclait.

Jedrek et Achar traversèrent la foule et, lorsqu’ils aperçurent le juge, on aurait dit qu’ils avaient trouvé le Graal. Jedrek fondit sur lui, main tendue. Le juge jeta un regard à l’équipe de Kitty avant de baisser les yeux sur la main offerte de Jedrek comme s’il croyait à une plaisanterie, puis, sentant la solennité de l’instant, il la lui serra.

— Monsieur le Juge… (Jedrek s’adressait à lui comme à un membre de la famille royale ; il lui tenait les mains et le regardait comme si la grandeur s’était invitée au marché.) Nous sommes venus de loin, mes amis et moi, pour vous trouver.

Le juge lança un regard incertain au petit groupe.

— Euh, bonjour. Je m’appelle James.

— James ! répéta Jedrek, manifestement fasciné par cette information. Je m’appelle Jedrek Vysotski et voici mon ami Achar Singh. Et cette dame, James, c’est Kitty Logan, la grande journaliste reporter qui nous fait l’honneur d’écrire notre histoire.

Kitty hocha la tête avec enthousiasme et James la salua, embarrassé.

— James, intervint un homme derrière lui, on va commencer.

— D’accord, juste une minute, répondit aimablement James en se tournant de nouveau vers Jedrek, intrigué.

— Achar et moi allons essayer de battre le record de pédalo masculin sur cent mètres. Il est établi pour l’instant à une minute cinquante-huit secondes et six centièmes, et Achar et moi, on peut le faire en une cinquante. On va le faire, James. À Cork. Et on aimerait que vous soyez notre juge.

Cette fois, c’est un œuf qui les interrompit.

— On est prêts, James.

— Oui, juste une seconde, répondit celui-ci, un peu paniqué.

— On ne vous décevra pas, James, insista Achar.

Jedrek posa une main légère sur l’épaule de son ami.

— Laisse-le parler.

— Merci, dit James, qui commençait à transpirer. Je suis désolé, mais je ne peux pas venir assister à votre événement, même s’il a l’air merveilleux. (Il s’exprimait avec un accent anglais.) Mais, d’après le règlement, vous devez vous être enregistrés auprès du Livre Guinness.

— Tout à fait, tout à fait, répondit Jedrek avec enthousiasme.

— Et qu’est-ce qu’ils ont dit ?

— Ils nous ont expliqué combien ça coûtait de faire venir un juge et on n’a pas les moyens, répliqua immédiatement Achar, ce qui agaça Jedrek. C’est pour ça qu’on est venus vous chercher ici. On est venus jusqu’à vous pour que vous n’ayez pas à venir jusqu’à nous, conclut-il comme s’ils lui faisaient une faveur.

— Je suis désolé messieurs, mais les choses ne fonctionnent pas comme ça.

— Ils s’entraînent depuis des mois, intervint Archie. Vous pouvez bien venir les regarder, non ?

Archie n’était pas vraiment subtil et sa question était vaguement menaçante. Eva le sentit et prit le relais.

— Nous serons à Kinsale Pier demain à 14 heures. Tout ce que vous avez à faire, c’est venir les regarder, servir de témoin et ils feront le reste. Qu’est-ce que vous en pensez ?

— J’ai un vol pour Londres demain matin…

— Changez-le, dit Sam.

— Je paierai votre billet, promit Kitty. Ils méritent vraiment que vous assistiez à leur course.

— Ils sont à fond, lança Regina, un peu en dehors du cercle. On croit en eux.

— Je paierai votre salaire, dit soudain Birdie, et tout le monde la regarda, sidéré.

— Non, non, protestèrent Achar et Jedrek. C’est beaucoup trop. On ne peut pas accepter.

— Après aujourd’hui, je pourrai acheter tout ce que je veux, répliqua Birdie avec un sourire malicieux avant de reporter son attention sur le juge. Votre prix sera le mien.

— Ça n’a rien à voir avec ça. (James transpirait sérieusement à présent.) C’est à cause du protocole. Votre tentative de record doit être statuée d’avance afin que j’aie le certificat avec moi pour…

— Vous pourrez nous l’envoyer quand il sera prêt, l’interrompit Achar. Vous n’êtes pas obligé de nous le donner demain.

Tout le monde se mit soudain à parler en même temps, chacun énonçant ses propres arguments. James ne comprenait pas un traître mot. Il leva les mains, sur la défensive.

— Je suis vraiment désolé de ne pas pouvoir, s’excusa-t-il, sincère. Mais je vous souhaite bonne chance.

Il y eut un silence gêné ; il était évident qu’il se sentait très mal.

— Kinsale Pier, demain, 14 heures, rappela Kitty sur un ton sans appel. Venez, je vous en prie.

Il fut entraîné vers une petite estrade où il se prépara à délivrer le certificat pour le record du plus grand nombre de personnes déguisées en œufs au même endroit. Tandis que tout le monde s’agglutinait autour de la scène, Kitty et sa bande se frayèrent un chemin dans la direction opposée et regagnèrent le bus, découragés.

Kitty et Steve arrivèrent juste à temps à l’autre bout de la ville, essoufflés, en nage et étourdis, pour entendre le nom d’Ambrose, qui s’apprêtait à prendre la parole pour détailler le rapport que tout le monde attendait. Cinq cents personnes applaudirent. Mais pas de signe d’Ambrose. Les gens regardèrent autour d’eux et le présentateur derrière lui, perplexe.

Kitty vit Eugene se lever du siège qu’il occupait au premier rang et se diriger vers les coulisses. Il revint, monta sur scène et chuchota quelques mots à l’oreille de l’homme.

Kitty sentit son cœur se serrer.

— Oh, non, chuchota-t-elle et, à sa grande surprise, les larmes lui montèrent aux yeux.

Steve, l’homme qui détestait toucher les gens, passa le bras autour de ses épaules et la serra contre lui.

— Mesdames et messieurs, encore deux minutes apparemment, si ça ne vous ennuie pas de me supporter encore un peu.

Les gens se détendirent et commencèrent à bavarder entre eux. Cinq minutes s’écoulèrent. Le présentateur avait l’air embarrassé.

— Tu crois que je devrais aller la voir ? demanda Kitty, inquiète.

Juste au moment où elle se levait pour rejoindre les coulisses, l’homme regarda derrière lui et hocha la tête.

— Nous sommes prêts à continuer. Encore une fois, pour nous parler de notre papillon le plus beau, le paon du jour, connu pour la plupart d’entre vous sous le nom d’Inachis io, notre cher membre de la Sauvegarde des papillons, Ambrose Nolan.

Il y eut des applaudissements polis.

Ambrose, les cheveux en rideau devant le visage, tête baissée, gagna l’estrade.

Elle se redressa et s’éclaircit la voix dans le micro : le bruit se réverbéra bruyamment dans la salle.

— Désolée pour le retard. Mon partenaire m’a dit de vous dire que je ressemble beaucoup à l’Aglais urticae, plus connu sous le nom de petite tortue, qui est rapide et vigilant, mais extrêmement méfiant et difficile à approcher.

Tout le monde rit en entendant cette plaisanterie destinée aux amateurs de papillons, et l’atmosphère s’allégea instantanément. Ambrose leva les yeux, aperçut Kitty et prit une profonde inspiration. Puis elle commença à parler.

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