Les Jours meilleurs (Fiction) (French Edition)

Cecelia Ahern · Chapitre 30 sur 37

Pages du PDF

Les Jours meilleurs (Fiction) (French Edition)

Chapitre 30

 

— Oui, ma chérie, je t’aime, moi aussi. J’aimerais que tu sois là mais c’est ma chance de prouver à tout le monde, toi y compris, que je peux être quelqu’un.

La voix de Jedrek se brisa et il s’interrompit pour se ressaisir. Kitty avait envie de le presser, mais c’était impossible. Elle avait surpris sa conversation avec sa femme, qui était très touchante, mais un juge impatient attendait et tous les invités du mariage s’étaient rassemblés sur la berge pour regarder dès que Kitty avait fait irruption dans la salle de réception et crié que le juge était là. L’intérêt des autres invités avait été éveillé par tous ces gens quittant à toute allure la salle de réception et la vue de deux hommes traversant la pelouse en courant, chargés d’un pédalo. Du coup, tout le monde les avait suivis sur la berge où ils attendaient que Jedrek raccroche.

Il finit par s’exécuter, s’essuya les yeux et se tourna vers la foule, le regard fier et confiant.

— On peut y arriver, Achar, mon ami.

Les deux amis descendirent bras dessus bras dessous vers l’eau sous les applaudissements des convives.

— Vous voulez bien nous faire les honneurs ? demanda Jedrek à Kitty.

— Euh, d’accord… (Kitty s’éclaircit la voix. Steve se mit à la mitrailler avec son appareil photo.) Mesdames et messieurs, chers mariés, nous sommes désolés de vous avoir arrachés à la réception. (Les mariés avaient l’air aussi excités que les autres.) Mais nos amis Jedrek et Achar, qui s’entraînent depuis presque un an, sont sur le point de battre le record du cent mètres masculin en pédalo. Le record actuel est d’une minute cinquante-huit secondes et six dixièmes, et ils vont tenter de parcourir la distance en une minute cinquante.

La foule cria.

— Je les ai déjà vus faire, mais aujourd’hui un juge du Livre Guinness des records assiste officiellement à cet exploit. Allez, soutenons nos amis, Jedrek et Achar !

Des applaudissements et des cris. James, le juge, était manifestement enchanté de la réaction des deux cents personnes.

— Vous pouvez y arriver.

Birdie leur fit une bise à chacun, laissant une trace de rouge à lèvres rose sur leurs joues. Archie leur donna une tape dans le dos et prit sa place de coach et de remonteur de moral. Steve prenait des photos, Eva, Mary-Rose, Ambrose et Eugene les entouraient, et Kitty se sentit soudain très fière de ce petit groupe de personnes qu’elle avait rassemblées – non, que Constance avait réunies.

Tout le monde s’agglutina près de l’eau pour assister au spectacle.

Jedrek et Achar grimpèrent sur le pédalo et s’éloignèrent de cent cinquante mètres. Ils joignirent leurs mains, dirent une prière et échangèrent un regard encourageant. Ils étaient prêts.

Le juge donna le signal du départ, chronomètre en main, et ils démarrèrent.

La foule se mit à hurler et applaudir. Les mariés n’étaient pas en reste, ravis de cette animation inattendue pour leur mariage. Achar et Jedrek moulinaient comme jamais auparavant, et leurs visages étaient un concentré d’intensité, de nécessité absolue et de désir d’être acceptés, d’être jugés dignes, d’oublier les années de vide et de désespoir. Ils voulaient que cet instant les sauve et fasse de nouveau d’eux des hommes. On les entendait s’encourager mutuellement depuis la rive. Ils atteignirent la ligne d’arrivée sous les hurlements de la foule en délire. Les deux hommes levèrent les yeux pour entendre le verdict.

— C’est gagné ! s’écria Kitty.

Ils se levèrent, tombèrent dans les bras l’un de l’autre et se mirent à sauter sur place. Le pédalo tangua et ils tombèrent à l’eau.

Tout le monde éclata de rire, et Eugene et Archie les aidèrent à sortir de la rivière.

Le juge sortit une feuille roulée de sa sacoche et demanda à Jedrek et Achar, trempés, de le rejoindre.

— J’ignorais malheureusement que je serais là aujourd’hui. Ces deux hommes m’ont abordé hier. Mais j’ai demandé à ce qu’on me faxe des papiers afin que je puisse leur donner quelque chose aujourd’hui. Ce certificat déclare qu’ils détiennent officiellement le titre de record de course en pédalo masculine sur cent mètres.

Il leur tendit le fax, et Jedrek et Achar s’en emparèrent comme s’il s’agissait du Saint-Graal. Même si la victoire revenait aux deux hommes, Kitty avait le sentiment qu’elle rejaillissait sur tout le petit groupe. Ils étaient parvenus à convaincre le juge de se déplacer, et c’était donc un peu grâce à eux. Ils s’embrassèrent et se congratulèrent. Et Kitty finit par se retrouver face à Steve.

Leurs regards se croisèrent.

— Oui, dit-elle.

— Oui, quoi ?

— Je veux bien être ta petite amie, fit-elle à voix basse.

— Oh, répondit-il, l’air soucieux. Je n’en ai plus envie. C’est tellement dépassé… de vingt minutes.

Elle lui donna une tape légère et il l’attira à lui. Et ils s’embrassèrent enfin.

Les applaudissements gagnèrent en intensité, et alors que Kitty imaginait qu’ils leur étaient destinés, Jedrek et Achar étaient portés en triomphe sur les épaules à présent humides d’Archie et de Sam.

— Il faut y aller, annonça Molly en jetant un coup d’œil préoccupé à sa montre. Je dois absolument rendre le bus ce soir.

— Ne t’inquiète pas, on a largement le temps, affirma Edward en plaçant une main protectrice sur son épaule, et la jeune femme lui adressa un sourire plus détendu.

— Merci.

— On a intérêt à être à l’heure, renchérit Kitty, inquiète. J’ai une présentation au journal à 18 heures.

— Tu ne peux pas la repousser ?

— Je l’ai déjà repoussée d’une semaine. C’est à propos de l’histoire de Constance.

À cette idée, Kitty se sentit envahie par une sueur froide.

Ils embarquèrent tous dans le bus et attendirent Eva, qui était toujours avec George. Nul ne montrait de signe de nervosité en dehors de Molly et de Kitty.

— Tu fais décidément tout à la dernière minute, pas vrai ? constata Steve en souriant. Tu sais quel est le sujet ? Le lien entre tous ? Parce que, personnellement, je n’ai pas trouvé.

Il jeta un coup d’œil au groupe hétérogène qui les entourait.

Kitty hocha la tête.

— Non, je sais.

— Eh bien, alors, pas la peine de t’inquiéter.

— Sauf en ce qui concerne notre chauffeur, répondit-elle à voix basse.

Lorsque Eva finit par faire son apparition, elle était blanche comme un linge, ce qui n’échappa à personne, mais nul ne fit de commentaire. Elle s’installa près d’une fenêtre.

Peu de temps après leur départ, Kitty quitta son siège et la rejoignit.

— Cela vous dérange que je m’installe à côté de vous ?

— Pas du tout, répondit Eva avec un faible sourire qui ne gagna pas ses yeux.

— Je voulais vous féliciter, vous pouvez être fière de ce que vous avez fait aujourd’hui. Le cadeau pour Seamus était tellement beau que vous avez réussi à émouvoir la vieille cynique que je suis, plaisanta Kitty.

— Mmm ? Oh, oui, c’était bien. Un succès.

— Tout va bien ?

— Oui, bien sûr, pourquoi ?

Eva lui adressa un grand sourire qui cette fois gagna ses yeux, mais auquel Kitty ne crut pas.

— On dirait que vous avez vu un fantôme et vous paraissez… abattue. Il s’est passé quelque chose avec George ?

— Vous êtes une incorrigible romantique, n’est-ce pas ? Archie et Regina, Ambrose et Eugene, Mary-Rose et Sam, Molly et Edward – est-ce que tout ça n’était qu’un complot pour former des couples ?

Kitty éclata de rire.

— Non, non, pas du tout. Ils se sont débrouillés tout seuls, je vous le promets, même si Mary-Rose et Sam sont encore au stade du brouillon, je pense. (Elles jetèrent un coup d’œil aux deux jeunes gens, plongés dans une conversation très sérieuse.) Vous devriez leur faire un cadeau pour les aider.

Eva sourit tout en jouant avec son sac. Elle regarda Kitty et soupira.

— Vous êtes impossible.

Kitty gloussa.

— Bien.

— George m’a fait un cadeau.

— Oh ? Un cadeau pour celle qui en fait aux autres – je n’en aurais pas eu le courage.

— Ce voyage a été fabuleux, vous savez, dit Eva, et Kitty sut qu’elle était sincère.

— Merci. Qu’est-ce qu’il vous a offert ?

— Une boîte.

Elle ouvrit son sac à main et en sortit une petite boîte chinoise laquée. Ses yeux se remplirent de larmes rien qu’en la regardant.

— J’en déduis que cette boîte a du sens pour vous.

— Oui, répondit-elle en s’essuyant les yeux. Il s’est souvenu que je lui avais parlé d’un cadeau très important pour moi. Et il a trouvé une imitation presque parfaite.

— Est-ce qu’on vous a déjà fait un cadeau aussi émouvant ?

— Pas vraiment, dit-elle, et ses larmes se mirent à couler. Pas depuis que j’ai reçu l’original.

Ah, enfin.

— Donc vous m’avez menti en affirmant que le Little Pony était le plus beau cadeau de votre vie, fit doucement remarquer Kitty.

Eva rit.

— Désolée. Mais vous l’aviez déjà compris. (Elle renifla et lui lança un regard sérieux.) Vous ne pouvez pas écrire cette histoire, Kitty, parce qu’elle concerne d’autres personnes.

Kitty acquiesça.

— Je vous donne ma parole.

— Écrivez juste ce qu’il faut pour que ça ait du sens.

Kitty comprenait parfaitement ce qu’elle entendait par là.

— C’était le jour de Noël, et ma mère et moi attendions. Le repas était prêt et la table mise, et je me rappelle que ça sentait tellement bon. Ma mère insistait pour cuisiner un repas traditionnel à Noël. Irlandais, comme elle. Mon père est originaire de Shanghai. Il est traiteur à Galway. Chez Wu. Il avait deux heures de retard et nous étions affamées. Ma mère m’a regardée, et même si elle ne l’a pas formulé à haute voix, elle m’a demandé ce que je pensais qu’on devait faire. Il faut s’y prendre d’une certaine manière avec ma mère, du moins c’était le cas à l’époque. Je ne pouvais pas lui dire ce que je pensais parce qu’elle aurait fait le contraire. C’était comme de la psychologie inversée : il fallait lui faire croire que c’était sa décision, et donc la bonne. Elle a commencé à couper la dinde, qui sentait divinement bon, même si elle était trop cuite et avait trop attendu. Je me suis servi des légumes ; je ne pouvais pas attendre, j’avais trop faim. Je venais de mettre la première cuillère dans ma bouche quand j’ai entendu la clé tourner dans la serrure et j’ai eu envie de mourir. Je ne pouvais ni avaler ni recracher. Maman n’avait pas fini de découper la dinde. Mon père est entré – j’ai senti son parfum avant même de le voir – et il a vu qu’on avait commencé sans lui, ce qui l’a mis en colère.

« Juste à temps », a dit ma mère sur un ton guilleret. Trop guilleret. Il a compris qu’on ne l’avait pas attendu. Il a quitté la pièce. Il a piétiné tous les cadeaux, écrabouillé une poupée chinoise qui était pour moi, renversé le sapin, arraché les guirlandes fixées au plafond qui sont tombées sur la table et l’ont abîmée. Il a tout brisé, même la jolie vaisselle rangée dans le buffet.

Elle déglutit.

— Puis il s’est jeté sur ma mère. Elle avait toujours le couteau à découper à la main. Le couteau a fini planté dans son bras.

— Eva, murmura Kitty dans un souffle. Je suis tellement désolée.

— Je ne vous raconte pas ça pour que vous soyez désolée. Vous voulez comprendre et je vous y aide.

Kitty opina.

— J’ai fini chez la vieille voisine d’en face. On a regardé la télé pendant quatre heures avant que ma tante vienne me chercher pour m’emmener chez elle. Elle avait un vieux téléviseur en noir et blanc et je me souviens d’avoir regardé I love Lucy en boucle. Je vous jure que je ne peux plus voir un seul épisode avec cette femme ridicule qui fait rire tout le monde avec ses maladresses, alors que moi je me repassais mentalement le film de ce qui venait de se produire. La vieille femme, dont j’ai oublié le nom, ne m’a pas adressé la parole de tout l’après-midi. Elle m’a donné un verre de lait et des biscuits, puis elle s’est assise dans le fauteuil à côté du mien et on a regardé la télévision en silence. Elle n’a jamais ri, ce qui rendait la série encore plus pathétique. Mais avant que je parte, elle m’a fait un cadeau. C’était une petite boîte chinoise laquée, avec une clé. Elle a dit que c’était pour mes secrets, que toutes les petites filles devaient en avoir une. Je ne sais pas pourquoi, mais c’était le cadeau le plus parfait qu’on m’ait jamais fait. C’était tellement approprié. Elle n’avait rien dit sur ce qui s’était passé, mais son cadeau disait tout.

— C’est le cadeau qui vous a poussée à penser comme vous le faites, qui vous a donné envie d’aider les gens en leur offrant quelque chose.

— Oui.

Eva fit courir le bout de ses doigts sur la boîte que George lui avait offerte.

— Vous avez raconté cette histoire à George ?

— Non. Je lui ai juste parlé de la boîte. C’est la première fois que je raconte tout ça. Je l’ai perdue il y a des années quand on a déménagé.

— Il a dû deviner que c’était très important pour vous.

— Oui, répondit-elle, un peu perplexe.

— Eva, vous permettez que je vous pose la question… Quel âge aviez-vous quand ça s’est produit ?

— Cinq ans, murmura-t-elle, et ses yeux se remplirent de nouveau de larmes.

Kitty prit note mentalement.

Nom numéro 3 : Eva Wu

Titre de l’histoire : La boîte de Pandore

— Ah, au fait, poursuivit Eva en s’éclaircissant la voix, et toute émotion déserta son visage, qui redevint un beau masque, j’ai un cadeau pour vous.

— Pour moi ? Eva, il ne fallait pas. Ne me dites pas que ce sont les deux vieux du mariage.

Eva gloussa.

— C’est vraiment une bricole. Je ne cherchais rien de particulier, je suis tombée dessus et vu tout ce que vous avez traversé récemment, j’ai pensé à vous.

Elle sortit de son sac un petit pot de fleurs. Kitty ne comprit que lorsqu’elle eut lu l’étiquette.

— « Faites pousser votre chance », déchiffra-t-elle à haute voix, ce qui la fit rire.

C’était un petit pot empli de terre avec un sachet de graines de trèfles à planter.

— J’espère que ça marchera, fit Eva avec un sourire.

— Moi aussi, répondit Kitty en pensant au chemin qui lui restait à parcourir. Merci, Eva.

— Je connais quelqu’un qui pourra vous aider à les planter, ajouta Eva, et elles pouffèrent de concert.

Des voix s’élevant de l’avant du bus attirèrent l’attention des passagers. Molly et Edward étaient en train de se chamailler pour savoir si Molly avait bien fait de tourner.

— Et merde, s’écria Molly en regardant dans le rétroviseur.

Tout le monde tourna la tête et constata que sa réaction était entièrement justifiée. Sur la bande d’arrêt d’urgence, venait une voiture de police.

— Ce n’est peut-être pas pour moi, suggéra Molly.

— Bien sûr que si, rétorqua sèchement Edward. Tu as vu ce que tu viens de faire ?

— Ta gueule.

— Ralentis, d’accord ? Ils te font signe de t’arrêter.

— Putain de bordel de merde, marmonna Molly qui ralentit puis s’arrêta.

Le policier contourna le bus pour se porter à la hauteur de Molly.

— Vous essayez de tuer quelqu’un ? demanda-t-il.

— Non, bien sûr que non, répondit-elle d’une voix douce. Je ne savais pas quel chemin prendre.

— Permis de conduire, s’il vous plaît.

Molly fourragea dans son sac à main. Pourvu qu’elle ait ses papiers, songea Kitty en regardant l’heure. Il fallait qu’elle rentre à Dublin pour la réunion avec Pete. Ça faisait bien assez longtemps qu’elle retardait l’échéance, le journal partait à l’impression lundi, ce qui signifiait qu’elle devait rédiger son article pendant le week-end, mais pour ça il fallait qu’il soit validé aujourd’hui. Pete la tuerait si elle n’était pas là tout à l’heure. Elle ne pouvait pas utiliser la culpabilité qu’il ressentait à son égard plus longtemps : elle était en train de s’estomper.

Le policier disparut pour vérifier le permis de Molly et Edward redevint M. Sympa avec elle.

L’officier revint cinq minutes plus tard.

— À qui appartient ce véhicule ?

— À la maison de retraite de Sainte-Margaret, à Oldtown, Dublin, répondit-elle d’une toute petite voix. Je travaille là-bas. On y rentre.

— Ouvrez la porte, je vous prie.

Elle tira sur le levier, ce qui n’avait plus l’air de l’amuser, et le flic grimpa dans le bus. Il jeta un coup d’œil à la ronde. Le plus grand silence régnait.

— Je n’ai pas l’impression que vous soyez des résidents de la maison de retraite.

— Ah, oui, eh bien, Birdie, ici présente, est une résidente. Je l’ai emmenée en voyage pour son anniversaire avec ses amis. Et maintenant on rentre. Les Pink Ladies ont besoin du bus pour leur partie de bridge, donc…

Il lui lança un regard peu amène.

— Ce bus a été déclaré volé hier.

Molly pâlit.

— Pardon ?

— Vous avez bien entendu. Vous savez quelque chose ?

— Non, enfin je veux dire, oui, on l’a emprunté. Mais on ne l’a pas volé. On rentre tout de suite.

Le policier la considéra un instant dans un silence tendu.

— Vous voulez bien descendre du véhicule, mademoiselle McGrath ?

Molly poussa un petit couinement. Edward se leva et l’aida à descendre tout en lui murmurant quelque chose à l’oreille que Kitty ne put saisir.

— Oh, mon Dieu, dit Kitty en lançant un regard apeuré à Steve.

— Quel est le problème ? répondit Steve, impassible. Il essaie juste de l’intimider. Elle n’a pas volé ce bus. Kitty ? Pourquoi tu me regardes comme ça ? S’il te plaît, dis-moi que Molly n’a pas volé ce bus !

Kitty était incapable de faire autre chose que lui adresser un sourire contrit. Et dire que tout se passait si bien entre eux.

 

OceanofPDF.com