Les Jours meilleurs (Fiction) (French Edition)
Chapitre 5
Sarah McGowan
Ambrose Nolan
Eva Wu
Jedrek Vysotski
Bartle Faulkner
Bridget Murphy
Mary-Rose Godfrey
Bernadette Toomy
Raymond Cosgrave
Olive Byrne
Marion Brennan
Julio Quintero
Maureen Rabbit
Patrick Quinn
Gloria Flannery
Susan Flood
Kieran Kidd
Anthony Kershaw
Janice O’Meara
Angela O’Neill
Eugene Cullen
Evelyn Meagher
Barry Meegan
Aiden Traynor
Seamus Tully
Diana Zukov
Bin Yang
Gabriela Zat
Barbara Tomlin
Benjamin Toland
Anthony Spencer
Aidan Somerville
Patrick Leahy
Cyril Lee
Kelly Marshall
Josephine Fowler
Colette Burrows
Ann Kimmage
Dermot Murphy
Sharon Vickers
George Wallace
Michael O’Fagain
Lisa Dwyer
Danny Flannery
Karen Flood
Máire O’Muireagáin
Barry O’Shea
Frank O’Rourke
Claire Shanley
Kevin Sharkey
Carmel Reilly
Russell Todd
Heather Spencer
Ingrid Smith
Ken Sheeran
Margaret McCarthy
Janet Martin
John O’Shea
Catherine Sheppard
Magdalena Ludwiczak
Declan Keogh
Siobhán Kennedy
Dudley Foster
Denis MacCauley
Nigel Meaney
Thomas Masterson
Archie Hamilton
Damien Rafferty
Ian Sheridan
Gordon Phelan
Marie Perrem
Emma Pierce
Eileen Foley
Liam Greene
Aoife Graham
Sinéad Hennessey
Andrew Perkins
Patricia Shelley
Peter O’Carroll
Seán Maguire
Michael Sheils
Alan Waldron
Carmel Wagner
Jonathan Treacy
Lee Reehill
Pauric Naughton
Ben Gleeson
Darlene Gochoco
Desmond Hand
Jim Duffy
Maurice Lucas
Denise McBride
Jos Merrigan
Frank Jones
Gwen Megarry
Vida Tonacao
Alan Shanahan
Orla Foley
Simon Fitzgerald
Katrina Mooney
Aucun résumé. Pas la moindre explication. Comment savoir qui étaient ces gens ou quel était le sujet de l’article ? Kitty glissa de nouveau la main dans l’enveloppe, mais elle ne contenait rien de plus.
— De quoi s’agit-il ? demanda Pete.
— D’une liste de noms, répondit Kitty.
Ils étaient tapés à l’ordinateur et numérotés de un à cent sur la gauche.
— Ces noms te disent quelque chose ?
Pete se pencha tant qu’il termina pratiquement étalé sur la table.
Kitty secoua la tête, de nouveau assaillie par un terrible sentiment d’échec.
— Peut-être qu’ils vous seront familiers.
Elle fit glisser la feuille vers eux, et ils se ruèrent dessus comme un seul homme. Ils la placèrent au milieu du bureau, devant Pete, et la parcoururent. Kitty guetta leur réaction ; elle s’attendait à ce qu’ils reconnaissent certains noms, mais, lorsqu’ils relevèrent la tête, visiblement aussi perplexes qu’elle, elle se rencogna sur sa chaise, à la fois soulagée et intriguée. Aurait-elle dû comprendre ce que ces noms signifiaient ? Constance les avait-elle évoqués avant ? Y avait-il un message caché dans cette liste ?
— Qu’est-ce qu’il y a d’autre dans l’enveloppe ? demanda Pete.
— Rien.
— Fais voir.
Voilà qu’il remettait en question sa parole, et la faisant douter d’elle-même, alors qu’elle avait déjà vérifié à deux reprises le contenu de l’enveloppe. Obligé d’admettre qu’elle avait raison, Pete balança l’enveloppe vide sur la table. Kitty s’en saisit et la tint aussi précautionneusement que s’il s’était agi d’un nourrisson.
— Est-ce qu’elle gardait des notes ? demanda Pete à Bob. Dans un carnet ou un dossier ? Il y a peut-être quelque chose dans son bureau.
— Si c’est le cas, alors c’est chez nous, répondit Bob, les yeux rivés sur la liste. Ma chère Constance, qu’est-ce que tu mijotais ?
Kitty ne put s’empêcher d’éclater de rire. Constance aurait adoré les voir se torturer les méninges comme ça.
— Je ne trouve pas ça très drôle, lança Pete. L’article n’a pas de sens si on n’a pas l’histoire qu’elle voulait raconter.
— Je ne suis pas d’accord, protesta Kitty. C’est le dernier article qu’elle a suggéré pour le magazine.
— J’aimerais mieux qu’on ait l’article de Constance, insista Pete, têtu. Je veux que les autres sujets tournent autour de lui. Si on ne l’a pas, le reste ne tient pas.
— Mais nous ne disposons que d’une liste de noms, rétorqua Kitty, de nouveau incertaine.
Elle ne voulait pas que tout l’hommage repose sur sa capacité à résoudre ce mystère. Elle n’avait pas assez de temps devant elle, et tout ça tombait au plus mauvais moment dans sa vie. Elle ne se sentait pas inspirée, et sa confiance en elle était au plus bas.
— Impossible de connaître les intentions de Constance, ni ce qu’elle en pensait.
— Bon, dans ce cas, je donne l’article à Cheryl, trancha Pete, les prenant tous par surprise. Elle saura découvrir de quoi il retourne.
Il referma brusquement son dossier et se leva.
— Sans vouloir t’offenser, je pense que Kitty devrait s’en charger, protesta Bob.
— Apparemment, elle ne s’en sent pas capable.
— Elle a juste besoin d’être encouragée, déclara fermement Bob. C’est une tâche intimidante.
— Comme tu veux, rétorqua Pete. On imprime dans deux semaines. Kitty, tiens-moi au courant de l’avancée de tes recherches. Je veux un rapport quotidien.
— Quotidien ? répéta-t-elle, surprise.
— Oui.
Il rassembla ses affaires et se dirigea vers le bureau de Constance – son bureau désormais.
L’exigence de Pete confirma à Kitty que son renvoi par la chaîne, les graffitis sur sa porte, sa rupture et le procès ne faisaient qu’annoncer les véritables répercussions du scandale.
À contrecœur, Kitty s’assit, hésitante, devant le bureau de Constance dans son appartement, les mains en l’air comme si elle était tenue en joue. Elle avait peur de toucher à quoi que ce soit, de déplacer les affaires de son amie : personne ne pourrait plus jamais les remettre en place. La semaine précédente, elle avait adoré s’y trouver, mais ce jour-là elle avait l’impression d’être une intruse. Bob lui avait donné carte blanche : elle était libre de tout lire et de tout fouiller. L’ancienne Kitty – celle qui avait toujours Constance dans sa vie et qui n’avait pas été accusée d’être une journaliste irresponsable – aurait sauté sur l’occasion de fourrer son nez partout et aurait lu tout ce qui lui serait tombé sous la main, en rapport ou non avec l’article. Mais plus rien n’était pareil.
Elle passa l’après-midi à faire des recherches infructueuses dans le meuble de classement, dans l’espoir de trouver quelque chose qui ait un lien avec la liste. C’était absurde : elle n’avait aucune idée de ce que cette liste pouvait signifier, ni du point commun entre ces noms. Elle les chercha un à un sur Google, sans rien découvrir d’intéressant : tous les chemins menaient à des impasses.
À la fin du deuxième jour, après un entretien embarrassant avec Pete à qui elle n’avait rien eu à annoncer, elle rentra chez elle. Des bandes de papier toilette peintes en rouge avaient été fixées sur sa porte pour imiter le ruban de balisage utilisé par la police judiciaire sur les scènes de crime.
En dépit du fait qu’elle s’était couchée désespérée et avait bouché ses toilettes en voulant se débarrasser du papier toilette, elle s’éveilla pleine d’entrain et d’énergie. Un nouveau jour signifiait de nouvelles recherches. Elle en était capable. C’était l’occasion de se racheter et d’être à la hauteur des attentes de Constance. Sa dernière pensée avant de s’endormir avait été que les noms sur la liste pouvaient être ceux de n’importe qui – et où trouver n’importe qui ? Elle s’assit à la table de la cuisine sans prendre la peine de s’habiller et se mit à compulser l’annuaire.
Elle avait fait plusieurs photocopies de la liste de Constance pour ne pas endommager l’originale, qu’elle avait remise à sa place dans le meuble. Sa copie disparaissait sous les idées, les questions et les gribouillis. Elle disposa donc devant elle une liste vierge, un carnet neuf, l’annuaire, une tasse de café frais – instantané puisque Glen était parti avec sa machine et son café en grains – et inspira profondément. Elle était prête.
C’est alors qu’elle entendit la clé dans la serrure et que la porte s’ouvrit sur… Glen. Se sentant vulnérable, elle porta immédiatement les mains à sa poitrine nue, croisa les jambes, puis ouvrit l’annuaire et s’en couvrit.
— Désolé, dit Glen, figé sur le seuil, clé en main. Je pensais que tu serais au boulot.
— Tu es obligé de continuer à me regarder comme ça ?
— Désolé. (Il cilla, détourna les yeux puis lui tourna le dos.) Tu veux que je m’en aille ?
— C’est un peu tard pour poser la question, non ? répondit-elle sèchement en se dirigeant vers son armoire.
— Et c’est parti, lança-t-il, toute politesse ayant déserté sa voix.
La porte claqua et il la suivit dans la chambre.
— Je ne suis pas encore habillée.
— Tu sais quoi, Kitty, j’ai déjà vu tout ça et je m’en fous.
Il ne lui jeta pas un coup d’œil pendant qu’il farfouillait dans les tiroirs de la commode.
— Qu’est-ce que tu cherches ?
— Ça ne te regarde pas.
— C’est mon appart’, donc si, ça me regarde.
— J’ai payé la moitié du loyer pour le mois, donc techniquement c’est aussi le mien.
— Si tu me disais de quoi il s’agit, je pourrais t’aider. J’aimerais vraiment que tu ôtes tes mains de mes culottes.
Il finit par sortir une montre du tiroir de sous-vêtements de Kitty et la mit à son poignet.
— Depuis combien de temps elle est là ?
— Toujours.
— Oh.
Y avait-il d’autres choses qu’elle ignorait de lui ? Se posait-il la même question à son propos ? Ils restèrent silencieux un moment, puis Glen parcourut la chambre plus calmement et récupéra des chaussures, des CD et d’autres affaires éparses qu’il fourra au fur et à mesure dans un sac-poubelle noir. Incapable de le regarder faire, Kitty retourna s’asseoir dans la cuisine.
— Merci de m’avoir prévenue que tu partais, lança-t-elle tandis qu’il faisait le tour de la cuisine. (Il récupéra les maniques. Les maniques !) Très courtois de ta part.
— Tu savais que j’allais le faire.
— Ah oui ? Et comment ?
— Combien de fois on s’est engueulés ? Combien de fois je t’ai expliqué ce que je ressentais exactement ? Combien de disputes tu voulais encore avoir ?
— Zéro, évidemment.
— Eh bien, voilà !
— Mais ce n’est pas le dénouement que j’espérais.
Il parut surpris.
— Je pensais que tu n’étais pas heureuse. C’est ce que tu disais.
— C’était une période difficile. Je ne pensais pas que… Quoi qu’il en soit, tout ça n’a plus d’importance, n’est-ce pas ?
Elle fut étonnée de constater qu’elle espérait qu’il dise que si, au contraire, ça en avait, qu’ils pouvaient arranger les choses… Au lieu de ça, il laissa le silence s’installer.
— Pourquoi tu n’es pas au boulot ?
— J’ai décidé de travailler à la maison.
— Le magazine t’a virée ? demanda-t-il.
— Non, aboya-t-elle, fatiguée qu’on doute systématiquement d’elle. Ils ne m’ont pas virée. Ça va te surprendre, mais il y a encore des gens qui croient en moi.
Ce qui n’était pas entièrement vrai, il n’y avait qu’à voir la façon dont Pete la traitait.
Glen soupira puis se dirigea vers la porte, le sac-poubelle sur l’épaule. Kitty reporta son attention sur l’annuaire. Ses yeux sautaient d’un nom à l’autre : elle était incapable de se concentrer tant qu’il était là.
— Je suis désolé pour Constance.
L’émotion la submergea et elle fut incapable de répondre.
— J’étais à l’enterrement, au cas où tu ne l’aurais pas su.
— Sally me l’a dit.
Elle se frotta violemment les yeux, agacée par ses larmes.
— Ça va ?
Kitty enfouit le visage dans ses mains. C’était trop humiliant de pleurer devant lui alors que, quelques semaines plus tôt, il l’aurait consolée. Elle pleurait sur ça autant que sur Constance. Et tout le reste.
— Va-t’en, s’il te plaît, sanglota-t-elle.
Elle entendit la porte se fermer doucement.
Une fois les yeux secs, elle se mit au travail. Elle commença par le premier nom de la liste, Sarah McGowan. Elle ouvrit l’annuaire à la bonne page. Il y avait des centaines de McGowan. Quatre-vingts M. et Mme, vingt S. McGowan et huit Sarah McGowan : si les vingt-huit McGowan spécifiques ne donnaient rien, elle devrait appeler tout le monde.
Elle commença par la première Sarah. Elle décrocha tout de suite.
— Allô ? Je voudrais parler à Sarah McGowan, s’il vous plaît.
— C’est moi-même.
— Je m’appelle Katherine Logan et je suis journaliste pour le magazine Etcetera.
Elle laissa planer un silence pour voir si son interlocutrice réagissait.
— Je ne veux participer à aucun sondage.
— Il ne s’agit pas de ça. Je vous appelle de la part de mon éditrice, Constance Dubois. Je pense qu’elle a été en contact avec vous pour rédiger un article.
Ce n’était pas le cas. Pas plus que pour les six autres S. qu’elle appela ensuite. Deux sonnèrent dans le vide et elle laissa deux messages. Kitty s’attaqua ensuite aux autres McGowan en espérant que Sarah était enregistrée sous le nom de son mari. Dix personnes ne répondirent pas et elle décida de les rappeler plus tard. Aucune Sarah dans les huit premiers McGowan qu’elle contacta. Il y en avait bien une chez le neuvième, mais, à trois mois, la petite Sarah en question n’avait aucun rapport avec Constance. Il lui restait vingt McGowan à appeler, sans parler des quatre-vingt-dix-neuf autres noms de la liste, qui allaient se multiplier en des centaines de coups de fil pour chacun. Il était possible qu’elle ait un millier de coups de fil à passer, à moins de commencer avec les noms les moins courants. Kitty ne doutait pas un instant de pouvoir le faire – les recherches ne l’ennuyaient jamais –, mais deux facteurs jouaient contre elle : le temps et l’argent. Elle n’avait pas les moyens de passer tous ces coups de fil.
À l’heure du déjeuner, elle abandonna l’idée de travailler chez elle et se rendit au magazine. Tout le monde bossait dur pour respecter la deadline et pour que l’hommage à Constance soit prêt à temps.
Rebecca, la directrice artistique, sortit du bureau de Pete en grimaçant.
— Il est de mauvaise humeur. Bonne chance.
Une inconnue était assise au bureau qu’elle utilisait généralement. Ce n’était pas inhabituel : ils employaient beaucoup de journalistes free-lance qui allaient et venaient. Kitty chercha des yeux un bureau inoccupé. En vain. Elle partit alors en quête d’un téléphone. Pete ouvrit la porte de son bureau et l’interpella.
— Qu’est-ce que tu fiches ?
— Je cherche un bureau. J’ai une tonne de coups de fil à passer. Tu crois que tu pourrais demander à quelqu’un de me prêter son téléphone pour la journée ? Et qui est la femme assise à mon bureau ?
— Tu as trouvé quelque chose ?
— Je vais appeler les gens de la liste directement histoire de voir s’ils ont eu des contacts avec Constance. Qui est la femme assise à mon bureau ?
— Comment tu comptes les contacter ?
— Grâce à l’annuaire, répondit-elle en essayant de ne pas lui montrer qu’elle savait l’idée ridicule.
— C’est tout ?
— Oui.
— Combien il y a de noms sur la liste ?
— Cent. Qui est la femme assise à mon bureau ?
— Cent ? Bon sang, Kitty, ça va te prendre une éternité.
— J’ai presque terminé le premier nom.
— Et ? Tu as trouvé quelque chose ?
— Pas encore.
Il lui lança un regard noir.
— Elle s’appelle McGowan, probablement le nom le plus courant de tout le pays. J’ai déjà passé une centaine de coups de fil. Pete, tu veux que je fasse quoi ? Il n’y a pas d’autre solution. J’ai commencé par une recherche Google, et soit Archie Hamilton est un clown disponible pour les anniversaires d’enfants, soit il travaille pour un agent de change, soit il est mort il y a dix ans, soit il est en prison depuis cinq ans pour agression. D’après toi, lequel est le bon ?
Il soupira.
— Écoute, tu ne peux pas travailler ici.
— Et pourquoi donc ?
Elle jeta un coup d’œil par la fenêtre, puis reporta ostensiblement son attention sur son bureau.
— C’est Bernie Mulligan. Je lui ai demandé d’écrire un article à ta place pour le prochain numéro. Les frères Cox ont téléphoné, ainsi que certains de nos plus gros annonceurs. On leur met la pression pour qu’ils retirent leurs pubs ce mois-ci.
— Pourquoi ?
Un silence.
— Oh. À cause de moi.
— Ça fait des mois que ça dure, mais maintenant que le procès a eu lieu, ils exigent que tu sois punie d’une manière ou d’une autre.
— Mais la chaîne m’a déjà suspendue. Ça n’a rien à voir avec Etcetera.
— Ils sont harcelés.
— Les partisans de Colin Maguire, comprit-elle. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour me détruire.
— Rien ne prouve qu’il s’agit d’eux, fit-il remarquer sur un ton qui manquait de conviction.
Il se passa une main dans les cheveux. Ils étaient si brillants et parfaitement coupés qu’ils retombèrent aussitôt en place, comme dans une pub pour Head & Shoulders. Pour la première fois, Kitty se fit la réflexion qu’il était plutôt beau.
— Donc, tu me suspends.
— Non… Je te demande juste de ne pas venir travailler ici pendant les trois prochaines semaines, le temps qu’il me faut pour les convaincre.
— Et l’histoire de Constance, alors ?
Il se frotta les yeux, fatigué.
— C’est pour ça que tu ne voulais pas que je m’en charge, pas vrai ? C’est pour ça que tu voulais la donner à Cheryl.
— Je n’ai aucune marge de manœuvre, Kitty. Ce sont nos plus gros annonceurs. Si on les perd, on se suicide. Je ne peux pas permettre ça.
— Est-ce que Bob est au courant ?
— Non, et je t’interdis de le lui dire. Il n’a pas besoin de ça en ce moment. C’est à Cheryl et moi de gérer ça.
— Je veux écrire ce papier.
Kitty ressentit un besoin soudain de faire cette enquête. C’était tout ce qui lui restait.
— Si je ne parviens pas à négocier avec eux, alors ton nom ne peut pas apparaître dans le magazine, expliqua-t-il, l’air soudain épuisé. Je ne vois pas comment faire.
Kitty aima ce qu’elle voyait : il paraissait soudain plus humain et il ne ressemblait plus au pitbull dont elle avait l’habitude.
— J’avais pensé à écrire sous le nom de Kitty Logan à partir de maintenant, et à laisser tomber Katherine. Il n’y a que ma mère qui m’appelle comme ça, de toute façon…
Elle déglutit. Katherine Logan traînait tellement de casseroles qu’elle était gênée de prononcer son nom à haute voix et s’était sentie mal à l’aise en appelant tous ces gens. En proie à une paranoïa permanente, elle se demandait en permanence comment les autres allaient réagir, ce qu’ils pensaient sans oser le dire. En devenant Kitty, elle pouvait repartir de zéro.
Pete lui lança un regard plein de commisération.
— Ou encore mieux, répondit-elle en feignant de ne pas avoir perçu sa pitié, ravie d’avoir eu une nouvelle idée. On n’a qu’à utiliser le nom de Constance. C’est son histoire après tout.
— C’est impossible, Kitty. Ce sera ton article, pas le sien.
Il parut agréablement surpris de voir qu’elle était prête à renoncer à ce que son travail soit reconnu. Il s’adoucit.
— On trouvera une solution. Continue de bosser. Tu ne peux pas travailler chez toi ?
— Je… je n’ai pas les moyens de passer autant de coups de fil.
Il soupira et se pencha en avant, les deux mains à plat sur son bureau. Il avait un dos très musclé et, à sa grande surprise, Kitty se sentit fondre. Elle avait envie de lui masser les épaules pour lui permettre de se détendre.
— D’accord, dit-il doucement. Utilise ton téléphone fixe ; le magazine paiera la facture.
— Merci.
— Mais il va falloir que tu procèdes autrement. L’annuaire n’est pas la solution.
— Oui. Je sais.
En descendant l’escalier, Kitty découvrit que le nichoir dans le jardin portait un panneau « Publicités » et débordait de prospectus. Elle songea à Glen, qui cachait sa montre sous ses culottes. Bob et Constance rangeaient des choses à des endroits étranges : la clé de l’histoire de Constance se trouvait certainement chez eux. Elle frappa à la porte.
Teresa lui ouvrit.
— Il fait la sieste, ma chérie.
— J’ai besoin d’utiliser le bureau de Constance. Il faut que tu m’aides à trouver leur annuaire.
Teresa éclata de rire.
— Bonne chance. Tu sais que, l’autre jour, j’ai retrouvé leur téléphone dans le panier à linge sale ? Bob m’a expliqué l’avoir mis là parce que sa sonnerie était trop forte.
Elles regardèrent autour d’elles.
— De la monnaie dans la théière, les passeports dans le grille-pain, les prospectus dans le nichoir – où diable Constance pouvait-elle bien ranger l’annuaire ?
— Probablement au petit coin. Elle devait s’en servir comme papier toilette, répondit Teresa en regagnant la cuisine où Kitty entendait ronronner le lave-vaisselle.
La jeune femme fut ravie de constater que Teresa ne se contentait plus de faire la poussière et qu’elle s’occupait de Bob à présent.
Livrée à elle-même, elle se mit à la recherche de l’annuaire. Elle commença par les endroits les plus évidents, puis se força à songer aux plus improbables. Elle s’agenouilla sur le tapis en peau de mouton à poil long posé sur le sol du bureau de Constance et Bob, curieusement déplacé à côté de son voisin persan, et fouilla la table basse sur laquelle était posé le téléphone. Sans savoir pourquoi, elle vérifia sous la table : ils étaient là. En lieu et place des pieds attendus, le plateau en bois reposait sur des piles de pages blanches et de pages jaunes qui s’étalaient sur dix ans. Kitty éclata de rire et Teresa vint voir sur quoi elle avait mis la main. En voyant Kitty ôter le plateau de bois, la gouvernante leva les yeux au ciel, mais ne put dissimuler son amusement avant de tourner les talons pour regagner la cuisine. Kitty feuilleta l’annuaire en cours : il ne contenait rien d’intéressant. Elle passa à celui de l’année précédente. Elle se rendit directement à la page des McGowan et faillit sauter de joie. L’un des noms était surligné en rose. Elle tourna les pages jusqu’au deuxième de la liste, Ambrose Nolan, et découvrit avec ravissement qu’il l’était également. Elle sortit la liste de sa chemise et vérifia les noms. Ils étaient tous surlignés. Elle avait enfin de la chance. Elle brandit le poing en signe de victoire et heurta une lampe. Cette dernière vacilla dangereusement et un petit carnet d’adresses en cuir rouge tomba sur le sol, celui que Bob cherchait. Kitty éclata de rire, l’annuaire serré contre elle, et leva le visage vers le ciel.
— Merci, murmura-t-elle.
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