Poésies choisies de André Chénier
XV Néère
(Pris de Virgile.)
XV
NÉÈRE
Mais telle qu'à sa mort, pour la dernière fois, Un beau cygne soupire, et de sa douce voix, De sa voix qui bientôt lui doit être ravie,
Chante, avant de partir, ses adieux à la vie, 5
Ainsi, les yeux remplis de langueur et de mort, Pâle, elle ouvrit sa bouche en un dernier effort: 'O vous, du Sébéthus naïades vagabondes, Coupez sur mon tombeau vos chevelures blondes. Adieu, mon Clinias! moi, celle qui te plus,
10
Moi, celle qui t'aimai, que tu ne verras plus. 10 O cieux, ô terre, ô mer, prés, montagnes, rivages, Fleurs, bois mélodieux, vallons, grottes sauvages, Rappelez-lui souvent, rappelez-lui toujours Néère tout son bien, Néère ses amours;
15
Cette Néère, hélas! qu'il nommait sa Néère, Qui, pour lui criminelle, abandonna sa mère; Qui, pour lui fugitive, errant de lieux en lieux, Aux regards des humains n'osa lever les yeux. Oh! soit que l'astre pur des deux frères d'Hélène 20
Calme sous ton vaisseau la vague ionienne;